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mardi 4 juillet 2017

Coup réussi à l'Université de Montréal: Spirit chassée par une autre femelle

Les 10 et 11 juin est arrivé ce qu'on pressentait/redoutait depuis quelques temps déjà: une nouvelle femelle faucon pèlerin a pris le contrôle de l'Université de Montréal. Après avoir été chassé de la tour en fin d'après le 10 juin, la femelle résidente - Spirit - a semble-t-il tenté un retour tôt le le matin du 11 juin mais a échoué. 3 semaines plus tard, on est toujours sans nouvelle d'elle.


10 juin: la nouvelle femelle prend le contrôle du nichoir

Spirit est photographiée une dernière fois au nichoir par la caméra de Faucons de l'UdeM à 16h54mn50. Voici une des dernières photos d'elle prise à 16h06mn07.

Une des dernières photos de Spirit (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)

À 19h59mn l'intruse pénètre dans le nichoir. La photo ci-dessous a été prise à 20h05.
Nouvelle femelle dans le nichoir (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)
On remarque que le faucon n'est pas bagué, contrairement à Spirit et à Éole qui sont bagués aux 2 pattes.

11 juin: tentative avortée de retour de Spirit

Bien que Spirit ne semble apparaitre sur aucune photos prises le 11 juin,  les images enregistrées par la caméra de Faucons de l'UdeM laissent peu de doute sur le fait que Spirit a tenté un retour tôt le matin du 11 juin. Mais contrairement à ce qui s'était passé après la bataille du 26 avril, Spirit a échoué.

Tout semble s'être joué entre 5h23 et 7h32, probablement même entre 6h16 et 7h01.

À partir de 7h32, une série de gros plans pris par la caméra montre que la femelle est sérieusement blessée au niveau du bec du côté gauche.
Femelle blessée au visage, 7h35 (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)


Ces blessures ont été causées après 5h23, comme le montre cette autre photo.
Blessures non présentes à 5h23 (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)

De toute évidence il y a eu une bataille entre 5h23 et 7h32. Bien entendu rien ne prouve que cette bataille impliquait Spirit (il pouvait s'agir d'un autre faucon pèlerin ou d'un autre oiseau de proie). Mais comme Spirit avait regagné le contrôle du nichoir le matin du 27 avril après avoir perdu la bataille de la veille, il est raisonnable de penser qu'elle a contre-attaqué ce matin du 11 juin et donc que c'est elle qui a infligé ces blessures à la femelle.

Si on examine soigneusement les photos enregistrées par la caméra entre 5h23 et 7h32, on peut possiblement affiner l'intervalle de temps où s'est passé cette bataille (ou en tout cas la fin de celle-ci).

La femelle disparait de vue à 5h23. À 5h28 la caméra montre 2 faucons: un faucon qui couve et qui est de toute évidence Éole (il a commencé à couver à 5h06)  et un autre faucon à droite du nichoir. Logiquement ce faucon est la nouvelle femelle: on imagine mal Spirit tranquillement perchée à côté du nichoir pendant plusieurs minutes sans réaction de sa rivale! Ce faucon à droite du nichoir disparait à 5h31. La caméra revient sur le nichoir et Eole en train de couver, et ce jusqu'à 6h16.

De 6h16 à 6h21 la caméra enregistre des photos dans toutes les directions, particulièrement vers le bas. Ici on ne peut que spéculer mais une possibilité est que l'opérateur de la caméra entendait des cris et essayait de voir ce qui se passait (à ma connaissance aucune vidéo n'a été publiée pour cette période). La caméra revient ensuite sur Éole en train de couver jusqu'à 6h45.

À 6h48, Eole (identifiable grâce à sa bague) cesse de couver. Est-il curieux de voir ce qui se passe? Il disparait 1 minute plus tard.

À 7h01, après une série de gros plans sur les œufs, la caméra retrouve la femelle à droite du nichoir. On remarquera que la femelle a des plumes blanches (duvet?) sous sa patte gauche.
Femelle avec des plumes blanches sous la patte gauche, 7h02 (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)
D'autres photos montrent des plumes blanches aux abords du nichoir, possiblement venant d'une proie ou peut-être même d'un faucon à l'occasion de la mue. Ces plumes viennent peut-être de là. Ou peut-être pas... Malheureusement comme le faucon ne montre que sa face droite, il n'est pas possible de savoir s'il porte déjà les blessures mentionnées plus haut.

La femelle reste visible jusqu'à 7h14. À 7h17, Éole recommence à couver. À 7h32 la caméra retrouve la femelle à droite du nichoir, blessée à la tête du côté gauche.

Je termine cette section en soulignant le travail de celui/celle qui a opéré la caméra (vraisemblablement Richard Dupuis). Je n'ai mentionné des photos qu'à partir de 5h23 mais en réalité il y a eu un suivi des faucons pendant toute la nuit! (ce suivi suggère que la femelle était présente sur la tour pendant toute la nuit, en particulier elle a visité le nichoir vers 1h30 et 3h30). Et évidemment le récit de ce qui s'est passé entre 5h23 et 7h32 aurait été beaucoup moins complet si la caméra n'avait pas été dirigée vers là où le faucon se trouvait, sans parler des zooms.

Les jours d'après (et une note plus personnelle)

À ma connaissance rien ne suggère que Spirit a fait une autre tentative après celle que je viens de raconter. D'après le message d'Eve Belisle publié sur Facebook "des vérifications ont été faites sur les toits aux alentours" sans trouver de trace de Spirit. Le 13 juin, un accouplement est rapporté sur eBird par Jean-Sébastien Mayer (le libellé de eBird est un peu vague mais j'ai vérifié auprès de l'auteur que c'était bel et bien un accouplement qui avait été observé). On ignore s'il y a eu d'autres accouplements. Le 17 juin ce qui semble être un faucon pèlerin est photographié de loin à l'Oratoire Saint-Joseph qui est un lieu que semblait apprécier particulièrement Spirit mais il pouvait s'agir tout aussi bien d'Éole ou de la nouvelle femelle que de Spirit.

Le destin a voulu que ces évènements se déroulent le lendemain de mon départ pour la France pour un séjour de 3 semaines dans ma famille... Qui plus est, j'avais devancé ce voyage en grande partie à cause de la situation des faucons de l'Université de Montréal, plus spécifiquement à cause de la ponte d'un 3ième œuf le 16 mai et le retour au calme après les dérangements qui avaient culminé avec la bataille du 26 avril: j'anticipais en effet la naissance d'un fauconneau en juin que j'aurais pu suivre à mon retour, une naissance qui n'a évidemment pas eu lieu. De même j'avais anticipé que des fauconneaux naitraient à l'Échangeur Turcot fin mai/début juin, naissances qui n'ont pas eu lieu non plus. En contrepartie j'ai du renoncer à suivre l'envol des fauconneaux de la Tour de la Bourse ainsi que ceux du Pont Champlain puisque ces envols allaient avoir lieu durant mon absence (je comptais en revanche suivre ces fauconneaux durant leur période d'apprentissage à mon retour). Énorme frustration donc d'abord par rapport à ce qui ne s'est pas passé (aucune naissance à l'Université de Montréal ni à l'Échangeur Turcot) et aux sacrifices que j'avais fait en vain (les envols à 2 autres sites). Mais aussi une énorme frustration de ne pas avoir été présent lors de ces évènements des 10 et 11 juin. Certes il est peu probable que ma présence aurait changé le destin de Spirit. Mais elle aurait possiblement pu lever l'incertitude sur son sort. En particulier comme je l'avais fait le lendemain de la bataille du 26 avril, j'aurais sans doute été sur place vers 6h le 11 juin, c'est-à-dire au moment où semble avoir eu lieu la bataille décisive. Les observations des déplacements d'Éole et de la femelle par la suite auraient aussi pu fournir des indices intéressants sur la localisation de Spirit. Même si je n'avais en fin de compte pas réussi à localiser Spirit, j'aurais eu au moins la satisfaction d'avoir fait tout ce que je pouvais faire. Sur une note plus légère il aurait aussi été intéressant d'observer les premiers jours d'Éole et de la nouvelle femelle à l'Université de Montréal, ne serait-ce que pour savoir si l'accouplement du 13 juin était isolé ou non. Mentionnons pour finir que je n'étais pas le seul à être absent durant cette période critique: Eve Belisle - qui a suivi l'aventure de Spirit depuis le tout début et qui lui a fait installer le nichoir -  était également en voyage.

Je n'ai pu me rendre sur place que le 28 juin, au lendemain de mon retour à Montréal. J'ai pu constater que la femelle était présente sur place pratiquement constamment, une observation qui s'est confirmée lors de ma visite suivante le 3 juillet. En particulier la femelle était présente la plupart du temps sur la tour pendant que Éole (le mâle) couvait les œufs de sa rivale.


Des signes avant-coureurs

A posteriori c'est toujours plus facile de remarquer les signes avant-coureurs d'un évènement...

Si on examine le temps passé à couver, on remarque une première interruption de la couvaison d'une vingtaine de minutes le 4 juin de 13h37 à 14h02. Il faut aller ensuite au 7 juin pour trouver une absence de cette ampleur mais les choses se dégradent: le 7 juin, il y a 2 interruptions d'une vingtaine de minutes alors que le 8 juin il y en a 5. Le 9 juin la couvaison est interrompue pendant plus de 1 heure entre 6h21 et 7h45. Le 10 juin - jour où Spirit a été chassée - on note une interruption de 40 minutes de 13h27 à 14h09; de plus de 15h55 à 16h54 Spirit est présente au nichoir mais ne couve pas (c'est sa dernière présence documentée au nichoir).

Le 9 juin, dans une vidéo publiée par Richard Dupuis, Spirit a visiblement beaucoup de difficultés à se déplacer. Dans son annonce sur Facebook de la réapparition de l'intruse le 10 juin au soir, Faucons de l'UdeM indique par ailleurs que "Spirit semble mal-en-point depuis deux jours".


Conclusion

Une Spirit déjà affaiblie a été chassée de la tour de l'Université de Montréal le 10 juin par une autre femelle. Spirit a possiblement mis ces dernières forces dans une contre-attaque tôt le lendemain matin, qui malheureusement pour elle a échoué. La nouvelle femelle est réapparue dans le nichoir avec ce qui pourrait du duvet à la patte gauche et une blessure sanglante à la tête.

Qu'est-il advenu de Spirit? Je pense malheureusement que le pire des scénarios est le plus probable: la mort, dont on peut juste espérer qu'elle aura été rapide. On aurait tous souhaité qu'elle se retire et vive une retraite paisible. Mais les femelles faucon pèlerin nicheuses ne voient peut-être pas les choses comme cela. Surtout quand elles ont des œufs ou des petits...

Le décès de Spirit n'est toutefois pas le seul scénario possible. Elle a peut-être fui et est en train de récupérer de ses blessures quelque part. C'est possiblement ce qu'a fait la nouvelle femelle. En effet, SI c'est la même femelle qui s'est battue dans le nichoir avec Spirit le 26 avril, il y a eu une période de plusieurs semaines où elle ne s'est plus fait remarquer.  Et quand elle est réapparue dans le nichoir le 10 juin, sa blessure à la patte que j'ai mentionnée dans cet article avait guéri, de même que sa blessure au niveau du bec (et possiblement d'autres blessures qu'elle a pu acquérir après la bataille du 26 avril). Si Spirit réussit à soigner ses blessures, il se pourrait qu'elle tente un autre retour. Personnellement j'attends jusqu'au début de la prochaine saison de nidification avant de conclure que Spirit ne reviendra pas.

J'ai fait allusion un peu plus haut à l'identité de la nouvelle femelle. Commençons par remarquer que puisqu'elle n'est pas baguée aucune certitude ne sera jamais possible. Ceci étant dit, il faut reconnaitre que l'hypothèse selon laquelle il s'agirait d'Eve et qui semble retenue par Faucons de l'UdeM a beaucoup d'arguments en sa faveur. Eve est la femelle non baguée avec qui Éole a eu un total de 6 fauconneaux en 2015 et 2016 à l'église Saint-Marc et à l'Incinérateur des Carrières respectivement. Cependant tant que je ne me serai pas fait ma propre idée (notamment par comparaison de photos), je me retiendrai de la nommer et j'utiliserai plutôt pour la désigner des expressions vagues comme "nouvelle femelle".


Cet article a été publié le 24 juillet 2017.


vendredi 9 juin 2017

Les faucons pèlerins de l'Échangeur Turcot autorisés à poursuivre leur nidification moyennant une modification de leur nid

À l'automne dernier ainsi qu'au début de l'année, des mesures avaient été prises pour décourager les faucons pèlerins de nicher sous la structure de l'Échangeur Turcot en raison des travaux que l'on connait. Ces mesures consistaient essentiellement à obturer les endroits qui pourraient être utilisés pour nicher. Parallèlement 2 nichoirs avaient été mis à leur disposition, l'un sur une cheminée du centre Gadbois, l'autre sur l'ancien pensionnat Cote-Saint-Paul sur la  rue de l'Église. Voir cet article pour plus de détails.

Malgré ces mesures, les faucons avaient réussi à trouver un endroit où nicher au-dessus de la voie en direction Est de la rue Saint-Patrick. Le 26 avril j'avais pu observer des signes qui suggéraient que les faucons couvaient des œufs.

À partir de là se posait la question de savoir si les faucons seraient autorisés à poursuivre leur nidification ou s'ils seraient délogés (dans ce scénario, les œufs auraient probablement été placés en couveuse et les fauconneaux confiés à des parents adoptifs avant d'être possiblement relâchés; l'UQROP en particulier a les capacités pour réaliser cela).

Le 18 mai une intervention au niveau du nid est rapportée par Richard Dupuis sur la page de Faucons de l'UdeM. J'avais interprété cette intervention comme un indice que la décision avait été prise de déloger les faucons.

Un autre indice en ce sens était le signalement le dimanche 21 mai d'un couple de faucons pèlerins sur une corniche d'une église voisine. Après vérification toutefois, il est apparu que le couple de faucon était en fait des crécerelles d'Amérique. Un faucon émerillon a également fait une escale sur le clocher de l'église pendant ma visite.

Le 22 mai, à ma grande surprise, Éric Gingras - un des biologistes qui travaille pour le Projet Turcot - m'informe que "Le couple et les œufs restent là cette année".

Étrangement et malgré l'intervention inhabituelle du 18 mai, il ne m'était jamais passé à l'esprit que le nid avait pu être modifié. Lors de mes observations subséquentes j'avais bien remarqué une sorte d'isolant mais je m'étais dit que c'était là depuis le début et que je ne l'avais tout simplement pas remarqué plus tôt. Mais lorsque Cuauhtémoc Avilés m'a interrogé sur la mousse qui d'après lui avait été ajouté récemment, j'ai tout de suite compris de quoi il parlait et compris mon erreur. De retour chez moi, un examen de mes photos a confirmé la chose.

Les 2 photos  ci-dessous montrent les modifications intervenues entre le 17 mai (la veille de l'intervention) et le 31 mai:
Photo prise le 17 mai


Photo prise le 31 mai

J'ai eu peu de réponse à mes nombreuses questions depuis que j'ai découvert ces modifications le 7 juin au soir. Il est vrai qu'il ne s'est pas écoulé beaucoup de temps.
  • Quand ces travaux ont-ils été effectués? Très vraisemblablement lors de l'intervention du 18 mai. 
  • D'autres modifications non visibles ont-elles été effectuées ? À moins de trouver un sens à l'ajout du matériau on peut imaginer que oui.
  • Quelle est la raison de ces travaux ? Une première idée qui passe par la tête est que le matériau a été installé pour empêcher les œufs de tomber. Si cela était le cas, l'intention était bonne mais ça n'en resterait pas moins une importante modification dans l'environnement immédiat du nid des faucons, et donc une source potentielle de stress pour eux. On pourrait aussi argumenter que si les faucons ont choisi cet endroit, ils devraient assumer les risques qui vont avec et par conséquent choisir de "laisser faire la nature". Mais ce qui me fait douter que ce matériau a été ajouté pour cette raison, c'est que dans le peu d'explication que j'ai reçu, cette raison n'est pas avancée. Il est plutôt fait référence vaguement à des "travaux prévus".
  • Est-il vrai que le nid se trouve dans le secteur de B sur la deuxième photo? Si oui le dérangement me parait encore plus important que s'il avait été en A puisque dans la nature les faucons nichent généralement près du bord de la falaise de façon à surveiller leur environnement.  Boucher en grande partie l'ouverture revient d'une certaine façon à reculer le nid dans la falaise. L'ajout du matériau a probablement aussi un impact sur la circulation d'air et l'humidité.   

J'ajoute que d'après mes informations, la décision sur les faucons pèlerins a fait l'objet de longues discussions auprès des ministères concernés et on peut imaginer que toutes les parties ont du faire des compromis. Toujours d'après mes sources, l'intervention dont je fais état ici a été approuvée par le MFFP (le ministère de la faune) et les faucons pèlerins auraient continué à fréquenter le nid dans les jours suivant l'intervention.

dimanche 4 juin 2017

Au moins 1 fauconneau au Pont Champlain

Pour une troisième année de suite, les faucons pèlerins du Pont Champlain ont adopté le nichoir installé sur le versant sud du pilier sud de la Voie Maritime pour nidifier.

Le 2 juin lors de ma visite, la famille comptait au moins un fauconneau comme le montre cette photo prise peu après midi:


Dans la vidéo ci-dessous qui regroupe des séquences filmées entre 12h15 et 15h on voit le fauconneau commencer déjà à battre des ailes. Par ailleurs la dernière séquence suggère qu'il y a au moins 2 fauconneaux mais cela devra être confirmé par d'autres observations. La vidéo montre également le passage inattendu d'une grande aigrette entre la caméra et le nichoir! (je ne me souviens pas avoir déjà vu cet oiseau lors de mes observations des années passées; elles étaient 2).



Ces observations ont été faites depuis la piste cyclable La Riveraine à l'endroit où cette piste s'interrompt à cause du chantier de construction du nouveau pont Champlain (côté Est). Le nichoir de faucon pèlerin est situé à environ 600 mètres. J'étais sur place de 12h15 à 16h.

L'adulte (vraisemblablement la femelle) a passé l'essentiel du temps sur la perche du nichoir tel que montré dans la vidéo. Il a aussi passé quelques minutes à l'intérieur du nichoir, possiblement pour nourrir le ou les fauconneaux. Malgré mes efforts je n'ai pas réussi à repérer le 2ième adulte (les endroits que j'ai examinés incluent les sommets de pylône électrique, les pointes du pont, le dessus du pilier du nid ainsi que le suivant dans la direction sud).

L'an dernier la famille comptait 3 fauconneaux. Le dernier fauconneau s'était envolé le 30 juin. Comme les années précédentes, le nid est suivi par les biologistes de Services Environnementaux Faucon.

Ce couple de faucon pèlerin a récemment fait parler d'eux dans les médias à propos de leur futur déménagement vers le nouveau pont Champlain, avec notamment un article détaillé du Devoir le 29 avril et des articles plus courts du Courrier du Sud et du journal Métro, tous deux datés du 8 mai.

mercredi 31 mai 2017

Au moins 2 fauconneaux à la Tour de la Bourse

2 fauconneaux étaient visibles en fin d'après-midi à l'étage où se trouve le nid de faucon pèlerin à la Tour de la Bourse. Lorsque j'ai quitté, plusieurs signes suggéraient que le repas allait être servi à l'autre extrémité de la façade. Les adultes avaient significativement élargi le périmètre de défense pour l'occasion: l'immeuble AON ainsi que le 1000 de la Gauchetière ont en particulier été utilisés comme perchoir.  Par ailleurs 2 corneilles ont été avertis alors qu'elles se trouvaient pourtant de l'autre côté du boulevard Robert-Bourassa.

Les fauconneaux

Lorsque je suis arrivé à 18h15, la position des adultes suggérait qu'il y avait eu des changements par rapport à mes précédentes visites: un adulte était perché sur le N du signe AON de l'immeuble du même nom (une première pour 2017) tandis que l'autre était perché sur la tour de la Bourse mais plus loin du nid que les autres fois. Ce n'est sans doute pas un hasard que j'ai découvert les 2 fauconneaux tout près de l'endroit où se tenait ce 2ième adulte.

La tête d'un fauconneau est visible dans la partie droite de la photo suivante prise à 19h:
Dans la partie centrale de la photo, la fine bande blanche s'est révélée quelques minutes plus tard être le sommet de la tête d'un 2ième fauconneau! On peut le voir par exemple sur cette photo prise 4 minutes plus tard:

Les 2 photos précédentes sont en fait des agrandissements. Voici l'original de la première photo qui permet de situer un peu mieux où se trouvent les fauconneaux:
La façade est celle qui donne sur la rue Saint-Jacques. La Tour de la Bourse est reconnaissable de loin grâce à ses étages techniques qui divisent la tour en 3 parties: les faucons se trouvent sur l'étage technique le plus haut. Le nid est présumé être au coin de la façade de la rue Saint-Jacques et celle du boulevard Henri-Bourassa.

Plusieurs photos montrent les 2 fauconneaux. En revanche sur certaines photos l'un ou l'autre a momentanément disparu, ce qui suggère que les fauconneaux étaient en mouvement.


Un nouveau perchoir pour les adultes

Comme les années précédentes, un adulte surveillait les alentours depuis le sigle AON de la tour AON. Un individu était présent à cet endroit de 18h15 à 18h49.

Mais la nouveauté de cette année, c'est l'utilisation du 1000 de la Gauchetière:


Bien entendu les adultes surveillaient aussi les environs du haut des airs:

Un repas à l'autre extrémité de la façade?

Les fauconneaux ont possiblement du avoir à traverser presque toute une façade pour manger ce soir...

À 19h01, un adulte se pose près du coin des façades de la rue Saint-Jacques et du Square-Victoria. Il a approché la tour en battant frénétiquement des ailes comme s'il était gêné par une proie.

Les 2 adultes étaient dans ce secteur vers 19h20. L'un d'eux semblait avoir une posture différente sur chacune des photos: était-il en train de nourrir les fauconneaux? Une vidéo aurait peut-être pu trancher la question mais malheureusement je n'avais pas amené le trépied.

Et finalement les fauconneaux avaient disparu de l'endroit où je les avais vus vers 19h.

L'an dernier j'avais pu observer 3 fauconneaux à l'occasion d'un repas approximativement au même endroit. C'était une semaine plus tard, le 8 juin. Le 31 mai est maintenant la nouvelle date à battre pour l'observation de fauconneaux sur la tour de la Bourse...


mercredi 24 mai 2017

Ponte surprise d'un 3ième oeuf par les faucons pèlerins de l'Université de Montréal

Le 17 mai au matin à la surprise générale un 3ième œuf était apparu dans le nichoir des faucons pèlerins de l'Université de Montréal! Voici l'annonce par Faucons de l'Université de Montréal. À noter que l’œuf n'a pas été placé dans le nichoir par un humain, contrairement à ce que laissait entendre à la blague un des commentateurs.

Les 2 premiers œufs ont été pondus les 14 et 16 avril et il s'écoule généralement entre 48 et 72 heures entre 2 œufs. Il y a donc eu un écart de presque 1 mois entre le deuxième et le 3ième œuf!  Il pourrait s'agir d'une 2ième couvée mais comme aucun autre œuf n'avait été pondu une semaine plus tard, il faudrait conclure que cette couvée se résume à un œuf unique, à moins d'une autre surprise à venir.  Cette ponte surprise n'est pas la première anomalie de cette saison de nidification. Il y avait déjà eu un écart plus grand que la normale entre la ponte des 2 premiers œufs; la ponte s'était arrêtée à 2 œufs alors qu'habituellement cette femelle - Spirit - pondait 3 à 4 œufs; et finalement les œufs n'étaient pratiquement pas couvés par la femelle. Ces anomalies pourraient s'expliquer par l`âge de Spirit - née en 2004 - mais aussi par le stress causé par la présence d'une rivale autour du nid. Les intrusions de cette rivale ont culminé le 26 avril avec une longue bataille dans le nichoir entre les 2 femelles.

Des observations sur place les 17, 18, 19 et 20 mai ne m'ont pas permis de voir de nouvelles intrusions à proximité de la tour. L'intruse a peut-être été blessée ou tuée, ou bien elle se consacre à sa propre nidification (signalons à ce propos ce qui ressemble à une tentative de rapprochement entre 2 faucons pèlerins le 16 mai dans le quartier Chabanel), ou encore Spirit a trouvé un moyen pour la maintenir à distance. Possible conséquence de cette tranquillité retrouvée, Spirit semble couver beaucoup plus depuis la ponte de ce 3ième œuf. Avec l'aide d'Éole, les œufs semblent maintenant couvés en quasi-permanence. Si tout continue ainsi on peut espérer une éclosion à partir du 19 juin environ.

On peut se demander s'il y a eu des accouplements dans les jours qui ont précédé la ponte de ce 3ième œuf. Il faut se rappeler que la femelle faucon pèlerin a la capacité de stocker le sperme du mâle (cet aspect est abordé dans cet article), donc des accouplements récents n'étaient pas indispensables. Durant mes visites des 17, 18, 19 et 20 mai, je n'ai observé aucun accouplement, ce qui suggère que les accouplements avaient cessé.  De même lors de ma visite précédente le 6 mai de 14h à 19h30.  En revanche j'en ai observé un lors de ma visite précédente le 29 avril. Par ailleurs sur le forum Bird Cams Around the World, "anniet" indique qu'un accouplement a eu lieu très tôt le matin du 30 avril. Aucun accouplement de signalé entre le 1er mai et le 16 mai. donc, mais cela ne signifie pas nécessairement qu'il n'y a pas eu d'accouplement. Ces faucons ont en effet été peu surveillés durant cette période.


Cet article a été publié en juillet 2017.


mardi 16 mai 2017

Mystérieuse interaction entre 2 faucons pèlerins dans le quartier Chabanel

À ce temps-ci de l'année, lorsque 2 faucons pèlerins interagissent, il s'agit généralement soit d'un couple nicheur, soit de 2 rivaux. L'interaction que j'ai observé jeudi au 555 Chabanel ne semblait pas être de l'un de ces types. Il pourrait s'agir de la curiosité d'un des faucons par rapport à l'autre, possible prélude à la formation d'un nouveau couple. Malheureusement malgré les 5 heures passées par un des faucons pèlerins sur le même perchoir, plusieurs tentatives de le revoir sur ce perchoir ont été infructueuses.

Prélude

En me rendant à ma pratique de bridge jeudi 11 mai vers midi, je remarque un oiseau solitaire sur le point le plus élevé du bâtiment de TD Assurances au bord de la Métropolitaine au niveau du boulevard Saint-Laurent. À première vue il s'agit d'un pigeon mais par précaution je le photographie: je constate alors qu'il s'agit d'un faucon pèlerin.



Le faucon a exploré maladroitement plusieurs perchoirs dans un rayon de 1 ou 2 mètres, ce qui donnait l'impression qu'il n'était pas familier avec cet endroit. Il s'est ensuite envolé approximativement dans l'axe du boulevard Saint-Laurent en direction nord. L'observation a duré 7 minutes. Le faucon n'était apparemment pas bagué.


2 faucons pèlerins au 555 Chabanel

En rentrant chez moi après la pratique de bridge, je remarque une excroissance blanche sur un des 5 de l'enseigne du 555 Chabanel. Je soupçonne un équipement quelconque mais la photo montre qu'il s'agit plutôt de la poitrine d'un faucon pèlerin. Comme cet endroit est au nord de la Métropolitaine je suis alors convaincu que j'ai retrouvé le faucon vu plus tôt. Il est 15h43.

Zoom sur le 555 et le faucon pèlerin

Comme mon emploi du temps me le permettait j'ai décidé de surveiller le faucon pendant quelques temps dans l'espoir de découvrir où il irait ensuite.

Première visite à 16h21

À ma grande surprise, j'assiste à 16h21 à l'arrivée d'un autre faucon pèlerin qui se pose sur le toit du même immeuble, au coin Chabanel/Meilleur. L'arrivant venait de la direction de la Métropolitaine. Je n'ai remarqué aucune réaction du faucon perché sur le 5.

Visiteur ou visiteuse, 16h21

Emplacement des 2 faucons pèlerins, le visiteur est B

Le visiteur s'est envolé 12 minutes plus tard à 16h33. Son départ a provoqué de fortes vocalises provenant apparemment du faucon perché, comme s'il venait juste de prendre conscience de la présence du visiteur. Le visiteur est reparti dans la direction d'où il était venu, c'est-à-dire vers la Métropolitaine.

Évidemment cette visite avait changé mes plans. J'ai décidé de rester le temps qu'il faudrait pour tenter de comprendre ce qui se passait là...

Une autre visite à 17h55

À 17h55 un faucon pèlerin arrive à son tour dans le secteur du 555 Chabanel mais en venant de la direction opposée à celle du 1er visiteur. Il est évidemment impossible de savoir s'il s'agissait du même visiteur ou d'un autre individu. Cependant ce faucon avait un comportement plus déterminé que le 1er visiteur: il a volé droit vers l'enseigne où était toujours perché le premier faucon, avec l'intention assez évidente de vouloir s'y percher. Le faucon perché a réagi très vocalement, ce qui a dissuadé le visiteur de le rejoindre. Le visiteur a contourné le bâtiment par la façade nord et je l'ai perdu de vue. Le tout a duré moins de 2 minutes.

Toujours présent à 20h32

Le faucon perché sur le 555 était toujours présent sur l'enseigne à 20h32. Il n'a pas quitté ce perchoir depuis 15h43, moment où je l'avais découvert.


Quelques autres observations

D'autres observations ont été faites dans ce secteur dernièrement. Je mentionne aussi ici mes tentatives infructueuses de revoir le faucon du 555 Chabanel.
  • Claudia Siano et Raymond Ladurantaye ont signalé sur eBird avoir observé un faucon pèlerin à l'intersection de la Métropolitaine et du boulevard de l'Acadie le 14 avril à 17h50. Cet endroit est situé à 850 mètres du 555 Chabanel.
  • Alors que je surveillais le faucon pèlerin sur le 555 Chabanel, un agent de la sécurité du Marché Central en patrouille automobile s'est arrêté à ma hauteur pour s'enquérir de ce que je faisais. Je lui ai montré le faucon pèlerin. Il m'a indiqué en retour avoir observé récemment un faucon pèlerin en vol se faire harceler par 2 corneilles près du Tim Hortons situé à l'intersection de Chabanel et du boulevard de l'Acadie (500 mètres à l'ouest du 555 Chabanel).
  • Le samedi 13 mai, 2 jours après mon observation, je suis revenu dans ce secteur pour tenter de retrouver le faucon pèlerin. À 8h18, alors que j'enregistrais un message indiquant qu'il n'y avait aucun faucon pèlerin sur l'enseigne, un individu est passé en vol sous l'enseigne, a viré sur Chabanel et s'est éloigné en direction du boulevard Saint-Laurent. Il a décrit des cercles pendant quelques instants à mi-chemin entre la rue Meilleur et le boulevard Saint-Laurent, avant de poursuivre sa route vers le boulevard Saint-Laurent qu'il a probablement atteint (ou dépassé) avant que je le perde de vue.
  • En revanche aucun faucon pèlerin n'était perché sur l'enseigne du 555 Chabanel de 18h45 à 20h30 le 13 mai, ni de 17h30 à 18h30 le 15 mai, ni à 20h08 le 15 mai.

Discussions

Aucune hypothèse ne peut être totalement écartée à ce stade, quoique certaines sont moins probables que d'autres.

S'agissait-il d'un couple et si oui y a-t-il un nid à proximité ?

La première visite de 16h21 peut possiblement s'expliquer par un faucon venu voir si son partenaire avait besoin de lui, et qui, constatant que ce n'était pas le cas, est reparti chasser ou vaquer à d'autres occupations. Par ailleurs les faucons pèlerins nichent parfois sur des enseignes (je crois que c'était le cas à Québec sur une enseigne de l'hôtel Delta mais il faudrait que je vérifie). Cependant l'enseigne du 555 ne semble pas assez large pour qu'un faucon pèlerin y passe inaperçu. Le fait que je n'ai pas revu de faucon à cet endroit les 13 et 15 mai rend donc peu probable qu'il y ait un nid là. Par ailleurs lors de la 2ième visite du 11 mai, le faucon aurait sans doute été plus agressif vis-à-vis de ce qui aurait probablement été un(e) intrus(e) s'il y avait eu un nid.

S'agissait-il de rivaux ?

Dans ce scénario le faucon perché serait sur le territoire d'un couple et les visites auraient pour but de le chasser. Ce scénario est très peu probable. Lors de la 2ième visite, le visiteur pouvait possiblement avoir pour intention de déloger le faucon perché mais dans ce cas il aurait été plus insistant. Lors de la première visite il n'y avait aucune agressivité de la part du visiteur (nb: j'emploie le masculin par défaut dans cet article).

Une tentative de rapprochement alors?

Par défaut, c'est l'hypothèse que je privilégie. La 2ième visite en particulier évoque ce qui s'était passé en avril 2013 quand une jeune femelle s'était posée à côté de Roger, qui était alors le mâle de l'Université de Montréal: voir les excellentes photos prises par Eve Belisle.  La différence est que le faucon du 555 Chabanel a immédiatement fermé la porte par ses vocalisations. La première visite peut aussi s'interpréter dans ce cadre, le faucon se posant à proximité du faucon qui l'intéresse mais pas trop près.

À l'Université de Montréal, Roger avait repoussé la jeune femelle parce qu'il était déjà en couple. Pourquoi le faucon du 555 Chabanel aurait-il repoussé le ou la visiteuse ? On peut imaginer quantité de raisons: il était peut-être en couple lui aussi mais dans ce cas on peut se demander où était son/sa partenaire; il était peut-être trop âgé ou blessé pour être intéressé à se reproduire, ou tout simplement pas intéressé.

Y-a-t-il un lien avec ce qui se passe à l'Université de Montréal?

L'Université de Montréal est située à 5km au nord-ouest du 555 Chabanel. C'est une distance qu'un faucon pèlerin peut facilement parcourir.

Actuellement la femelle Eve - qui avait niché en 2016 à l'Incinérateur des Carrières - n'a pas de mâle puisque Éole est occupé à l'Université de Montréal.  C'est cette même femelle qui est soupçonnée d'avoir été impliquée dans la bataille du 26 avril dans le nichoir de l'Université de Montréal (article à venir). Il semble que dans les jours qui ont suivi cette bataille Eve soit devenue plus discrète dans le secteur de l'Université de Montréal, mais si elle est encore en vie elle n'a certainement pas renoncé à se reproduire. Si le visiteur était une femelle et le faucon perché sur le 555 un mâle, il n'est donc pas impossible que la femelle était Eve.

ll y a une autre observation qui appuie légèrement cette hypothèse. Le 8 avril vers 19h j'ai remarqué un faucon pèlerin sur le clocher de l'église Sainte-Madeleine d'Outremont. Il s'agit d'un endroit qui est associé à Eve et qui semble utilisé principalement pour dormir. Mais à ma grande surprise le faucon s'est envolé quelques minutes après le coucher du soleil. La direction de départ m'avait aussi étonné (quoique en 2016 j'avais déjà remarqué un départ dans cette direction). Cette direction est approximativement celle du Marché Central. L'église Sainte-Madeleine d'Outremont est située à 3.8km du 555 Chabanel.

Faucon pèlerin à l'église Sainte-Madeleine d'Outremont, 8 avril 2017

Qu'est-il advenu du faucon du 555 Chabanel?

Le fait que le faucon était toujours présent sur l'enseigne après 20h30 le 11 mai pouvait laisser penser qu'il passerait la nuit à cet endroit, bien qu'il ne s'agissait pas d'un endroit très sécuritaire (en particulier il aurait été assez vulnérable à une attaque d'un hibou grand-duc). Dans ce cas on aurait pu s'attendre à le revoir les soirs suivants. Or je ne l'ai pas revu en fin de journée les 13 et 15 mai. Fréquente-t-il toujours cet endroit durant la journée? Si oui j'espère que sa présence sera signalée. Mais le fait qu'il ait été importuné à au moins 2 reprises pourrait aussi l'avoir incité à déménager.

Appel à observations

Si vous apercevez un faucon pèlerin  dans ce secteur (pas juste au 555 Chabanel), je serais intéressé à le savoir. Vous pouvez m'envoyer un courriel à l'adresse  falcourbanis@gmail.com ou laisser un message sur ma page Facebook ou dans ce blogue. Merci d'avance!


 



samedi 6 mai 2017

Bagarre entre faucons pèlerins dans le nichoir de l'Université de Montréal

Le 26 avril peu après 18h15, Spirit - la femelle faucon pèlerin qui niche à l'Université de Montréal - surprend une autre femelle dans son nichoir sur ses œufs...  Elle se précipite sur elle, ne lui laissant aucune chance de s’échapper. S'ensuit une bataille de plus de 30 minutes dans le nichoir au milieu des œufs, bataille qui ne s'est terminée que lorsque les 2 protagonistes ont chuté d'une dizaine d'étages... Disons-le tout de suite: les 2 faucons sont sortis vivants de cette bataille.  Mais l'issue aurait pu être bien différente.

La bataille a été filmée dans son intégralité par la caméra du nichoir de Faucons de l'UdeM. Merci à Richard Dupuis pour la prise de vue et merci surtout à lui et à Eve Belisle pour la décision de publier la vidéo sans censure. Voici la vidéo:

Vidéo de la bagarre dans le nichoir (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)

Dans la suite de cet article, je vais commencer par rappeler le contexte dans laquelle cette bataille s'inscrit. Ensuite je décrirai la bataille elle-même en m'appuyant sur la vidéo et en illustrant mes propos par quelques photos prises par la caméra de Faucons de l'UdeM. Je parlerai ensuite de ce qui s'est passé dans les heures et les jours qui ont suivis.

Le contexte

Depuis quelques années, le faucon pèlerin mâle de l'Université de Montréal se partage entre 2 femelles: une femelle non baguée surnommée Eve avec qui il a eu 4 petits à l'église Saint-Marc en 2015 puis 2 à l'Incinérateur des Carrières en 2016, et une 2ième femelle à l'Université de Montréal, Spirit (Spirit est la mère d'Éole!). Le schéma qui semblait se dégager ces dernières années était qu'Éole commençait à nicher avec Spirit, puis rejoignait Eve par la suite. L'an dernier Eole semble être resté fidèle à Spirit jusqu'à ce que des attaques d'au moins 2 autres faucons pèlerins fassent échouer la nidification. C'est à la suite de ces attaques qu'Éole a rejoint Eve à l'Incinérateur des Carrières et qu'ils ont eu 2 fauconneaux.

À la saison 2017 des amours, Éole était la plupart du temps avec Spirit. Les 12 et 16 avril Spirit a pondu 2 œufs dans une ponte non-standard. Depuis, Spirit couvait peu. Ce comportement anormal pouvait s'expliquer par son âge (13 ans) et/ou par un dérangement causé par des faucons pèlerins intrus. Un tel dérangement est illustré spectaculairement par la bagarre du 26 avril, mais pouvait être observé dans une moindre mesure dans les jours précédents:
  • Les 8 et 9 avril, j'observe plusieurs passages d'oiseaux de proie à l'Université de Montréal, dont une buse pattue. J'avais alors l'impression qu'un 3ième faucon pèlerin était présent par moment mais je n'ai pas pu le confirmer, voir cet article.   
  • Le 20 avril, Louis Lemay et Jean-Sébastien Mayer observent et photographient depuis le cimetière 2 faucons pèlerins qui se poursuivent alors qu'un 3ième est présent sur la tour de l'université de Montréal. 
  • Le 22 avril vers 13h, j'observe un faucon se faire attaquer à proximité immédiate du nichoir. 3 faucons sont visibles sur cette action. Le faucon intrus me semble présent en quasi-permanence sur le campus (mais pas nécessairement au voisinage immédiatement de la tour) comme si Spirit était incapable de le chasser. À 15h13 j'observe un nouvel accrochage près de la tour que j'ai filmé en partie.
  • Le 23 avril Etienne Masse réalise plusieurs photos spectaculaires d'un accrochage entre 2 faucons pèlerins au-dessus du campus. Un peu plus tôt j'avais observé à plusieurs reprises 3 faucons pèlerins.

La bataille

La vidéo de la bataille citée plus haut n'est pas datée précisément mais en utilisant les images d'archive de la caméra - qui elles comportent une incrustation de l'heure - on peut estimer qu'elle commence à 18h17mn30. La vidéo ne semble pas comporter de coupure, je vais supposer que cela est bien le cas.

À 18h16mn26, une photo d'archive montre qu'un faucon est sur les œufs, il s'agit apparemment d'Éole. Lorsque la vidéo commence on entend des vocalisations et on distingue pendant une fraction de seconde 2 faucons au nichoir: on peut penser qu'il s'agit de l'intruse et d'Éole. La caméra se concentre ensuite sur l'intruse à l'intérieur du nichoir.

Sur cette photo extraite de la vidéo on peut remarquer que l'intruse, avant même le début de la bataille, est blessée à au moins 2 endroits: au-dessus du bec et à la patte droite. Ceci suggère qu'elle a été impliquée récemment dans d'autres batailles.
Blessures de l'intruse (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)

À 48s dans la vidéo, on voit apparaitre Spirit à gauche du nichoir. L'affrontement est imminent!
L'intruse à droite, Spirit à gauche (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)

Spirit se précipite sur l'intruse. Un bref combat corps-à-corps s'ensuit, les œufs valsent. Puis très vite la situation se stabilise, les 2 faucons se neutralisant mutuellement dans une position qui est essentiellement celle montrée par la photo suivante.

Les faucons se neutralisent. Spirit est à droite (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)

Pendant ce temps Eole n'est pas loin. Il fait une brève apparition près du nichoir à 1mn26, puis va se percher plus loin, à gauche du nichoir. Il fait ensuite une apparition remarquée à 17mn03 alors qu'il apporte une proie au nichoir dans lequel se battent toujours les 2 femelles!
Le mâle avec une proie s'ajoute aux combattantes (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)
Il décide même de rentrer avec la proie dans le nichoir... Sa première tentative ne prête pas à conséquence; en revanche l'intruse profite de sa 2ième tentative à 25mn49 pour prendre le dessus sur Spirit. Les 2 faucons se tiennent alors par le bec, voir la photo ci-dessous. On imagine sans peine comment la blessure au haut du bec de l'intruse mentionnée plus haut a pu arriver...
Prise de bec (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)
Eole profite que la caméra zoome sur les 2 femelles pour s'éclipser avec sa proie.

À 30 minutes dans la vidéo, l'intruse semble sur le point de mettre Spirit sur le dos. C'est chose faite 3 minutes plus tard.
Spirit sur le dos (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)
Dans cette posture on a l'impression qu'il suffirait d'un coup de bec de l'intruse dans la poitrine de Spirit pour mettre fin au combat... Existe-t-il une sorte de code de l'honneur qui interdit ce geste? Ou bien Spirit était-elle encore capable de l'empêcher? Mystère. Les 2 faucons resteront de longues secondes dans cette position.

À 35 minutes, l'intruse embarque sur le corps de son adversaire, toujours étendue sur le dos. Le combat entre dans une phase très dynamique. 30 secondes plus tard, les 2 faucons basculent dans le vide.

15 secondes après la chute, la caméra (opérée par Richard Dupuis) retrouve les 2 faucons sur le toit du 10ième étage. Le fait que les 2 faucons étaient très proches suggère qu'ils sont restés accrochés l'un à l'autre pendant toute la chute ou presque. Un des faucons s'envole immédiatement et va se percher un peu loin. L'autre reste immobile pendant une trentaine de secondes avant de faire la même chose. Le premier faucon décolle alors à nouveau et sort du champ de la caméra.

L'après bataille: l'intruse victorieuse

L'intruse réapparait dans le nichoir moins de 20 minutes après la fin de la bataille et elle n'en est pas chassée. Il semble donc qu'elle ait remporté la bataille.

L'après bataille est documenté par une 2ième vidéo publiée par Faucons de l'UdeM, dont le début est estimé à 19h09m34s par comparaison avec les images archivées par la caméra. On y voit Éole qui offre une proie à l'intruse dans le nichoir, que celle-ci mange au-dessus des œufs! (en principe les faucons ne mangent jamais au milieu des œufs afin d'éviter de contaminer ceux-ci avec les bactéries du cadavre; l'exception à cette règle s'expliquerait-elle par le fait que ce n'est pas ses œufs à elle?). Le repas dure jusqu'à 19h22.

Je suis arrivé sur place à 19h18 avec Marcel Perez, qui m'a conduit depuis l'Échangeur Turcot (merci à lui pour ce transport!). À notre arrivée nous avons trouvé Eole en train de manger (ou de préparer) une proie sur le bâtiment pyramidal.

À 19h28 petite scène cocasse montrée par la vidéo: la femelle qui se trouvait alors à l'extrême gauche de la corniche aperçoit quelque chose en bas qui l'amène à retourner précipitamment vers le nichoir en poussant de petits cris et en semblant prendre soin de ne pas se déplacer au bord de la corniche... (j'espère que ce n'était pas moi qui ait provoqué cette réaction!)

À 19h32 je localise un faucon sur la façade de la tour donnant vers le pavillon André-Eisenstadt (la "facade André-Eisenstadt") qui s'envole et rejoint le nichoir. La caméra est alors en train de tenter de localiser Spirit. J'en fais de même au sol, ce qui m'empêche de suivre tous les mouvements d'Éole et de l'intruse. À 19h42 un faucon provenant approximativement de la direction de l'Oratoire Saint-Joseph se pose au nichoir. La caméra montre qu'il s'agit d'Éole. Celui-ci recommence à couver. À 20h01 la femelle s'envole de la façade André-Eisenstadt et se pose sur une corniche-prison d'où elle appelle. Eole dresse l'oreille. 1 minute plus tard la femelle s'envole à nouveau et se pose à gauche du nichoir. Eole quitte à 20h03 en direction approximativement de l'Oratoire. 

Je décide de me rendre à l'Oratoire. Malheureusement l'obscurité est déjà bien installée quand j'arrive sur place. Je crois voir une silhouette sur un des perchoirs de nuit habituellement utilisé par Spirit mais une visite le lendemain matin me convainc qu'il s'agissait probablement d'une partie de sculpture.


Le retour de Spirit

Grosse surprise le lendemain matin quand Spirit réapparait dans le nichoir!

Retour de Spirit (crédit: Faucons de l'UdeM, https://www.facebook.com/fauconsudem)
C'était un matin brumeux: depuis le sol il devenait parfois impossible de voir le nichoir. Je suis arrivé vers 7h30 à l'Université de Montréal après avoir cherché en vain Spirit à l'Oratoire Saint-Joseph. Spirit était peut-être déjà présente à l'université depuis un moment. Je l'ai vu se percher à 7h37 sur une corniche prison de la tour. Eole est arrivé à son tour et on a entendu une discussion. À 7h38 Spirit se rend sur le bras de la caméra. 1 minute plus tard son retour est célébré par un accouplement! Bien entendu ce n'est que lorsque Spirit s'est rendue dans le nichoir qu'elle a été identifiée comme telle par la caméra de Faucons de l'UdeM (depuis le sol, il était en effet très difficile de déterminer si c'était l'intruse ou Spirit). L'accouplement n'a pas été filmé puisqu'il a eu lieu sur la caméra mais des vidéos de Spirit au nichoir prises par la caméra du nichoir ont été publiées sur le forum Bird Cams Around the World par Anita Van der Landen: vidéo 1; vidéo 2.

À ce jour les intrusions continuent mais jusqu'à présent Spirit tient bon:

Cet article a été publié en juillet 2017.