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lundi 13 mai 2024

A propos des mouches Carnus et de leur infestation du nid de faucon pèlerin de l'Université de Montréal

Depuis 2020 le couple de faucon pèlerin qui niche à l'Université de Montréal est affecté par une infestation de mouches mangeuses de sang qui a couté la vie à 2 fauconneaux en plus de possiblement détériorer la santé d'au moins un 3ième fauconneau et qui a entrainé plusieurs interventions humaines au nichoir pour tenter de limiter les dégâts. La mouche en question a été identifiée comme appartenant au genre Carnus. Cet article apporte quelques éléments d'information sur cette mouche à l'aube d'un possible nouvel épisode.

Organisation de l'article. Je commence par donner dans la section 1 quelques informations en bref sur la mouche. Je rappelle ensuite les épisodes d'infestation du nid de faucon pèlerin de 2020 à 2023 à l'Université de Montréal et (peut-être) à l'Oratoire Saint-Joseph. La section 3 est consacrée à une justification des affirmations faites dans la section 1 et à d'autres informations plus pointues sur la mouche. Finalement dans la section 4 je propose deux explications possibles pour l'infestation de mouche à l'Université de Montréal et j'explique pourquoi ce pourrait être préférable de ne pas intervenir et de laisser faire la nature. 

Remerciements: mes remerciements vont d'abord à Eve Belisle pour ses réponses à mes nombreuses questions et pour ses importantes contributions, dans le cadre de Faucons de l'UdeM qu'elle a créé, aux nidifications du faucon pèlerin à l'Université de Montréal via la mise en place de nichoirs et le partage des images par un système de caméras. Merci également au docteur Guy Fitzgerald de l'UQROP, à Jo-Annie Gagnon du Nichoir et à Marilou Skelling d'Environnement Faucon pour leurs réponses à mes questions.


1. En bref

  • La mouche Carnus Hemapterus, principal représentante du genre Carnus et la plus étudiée, mesure jusqu'à 2 mms et se présente à l'âge adulte sous 2 formes: une forme ailée et une forme non-ailée.  Les ailes seraient perdues après que l'adulte ait trouvé des oisillons dont il peut se nourrir du sang. Les femelles pondent des œufs dans le nid. Les larves passent l'hiver dans le nid où ils se nourrissent de débris organiques. La transformation de la larve en mouche adulte coïncide avec la naissance des oisillons. Les mouches disparaissent lorsque les plumes commencent à apparaitre chez les oisillons.
  • Les mouches atteindraient un nid de différentes façons: en naissant sur place d’œufs pondus l'année précédente, en arrivant en vol depuis l'extérieur ou en voyageant sur des proies. Il ne semble pas que les mouches soient transportées par les parents..
  • Les excréments des mouches sur les œufs favorisent le développement de bactéries dont certaines peuvent pénétrer à l'intérieur de l’œuf et causer la mort de l'embryon .
  • Le Nichoir, qui prend soin des oiseaux sauvages malades ou orphelins dans la région de Montréal  en vue de les retourner dans la nature (à l'exception de 2 catégories d'oiseau: les oiseaux de proie qui sont gérés par l'UQROP, et les pigeons) est familier avec un parasite correspondant à la description de la mouche Carnus (qui ne semble cependant pas avoir été formellement identifié en tant que tel), tant sous sa forme ailée que non-ailée (cette dernière forme est appelée 'mite' par Le Nichoir). Ce parasite est trouvé sur des oisillons apportés au refuge lorsque le nid a été accidentellement détruit et sur de jeunes oiseaux apprenant à voler et recueillis au sol. Ce parasite est surtout vu sur des étourneaux (formes ailée et non-ailée) mais les mites sont aussi rencontrées chez les cardinaux, merles et quiscales (cette liste a été donnée de mémoire et n'est donc possiblement pas exhaustive; à noter que comme les pigeons ne sont pas admis au Nichoir, on ne sait pas si cette proie très appréciée des faucons pèlerins est affectée par ce parasite). Un grand merci à Jo-Annie Gagnon, coordonnatrice des soins aux oiseaux au Nichoir, pour avoir pris le temps de répondre à mes questions. 
  • D'après le docteur Guy Fitzgerald de l'UQROP la mouche qui a infesté les fauconneaux à l'Université de Montréal est du genre Carnus mais en date de juin 2020 il restait à confirmer qu'il s'agissait de l'espèce Carnus Hemapterus. Il semble que le cas de l'Université de Montréal était le premier où ce parasite a été observé par la Clinique des oiseaux de proie (d'après Eve Belisle qui a beaucoup échangé avec le docteur Fitzgerald à ce sujet). (La mouche Carnus est cependant connue pour infester des nids de faucon pèlerin sur la côte est des États-Unis, voir cet article de mon blogue pour plus de détails.)

 

2. Rappel des évènements à l'Université de Montréal: 2020-2023

2020

Eve n'étant pas baguée il y aura toujours un léger doute sur son identification - d'autant que son mâle Éole (né en 2011 sur la tour de l'Université de Montréal et bagué) a eu une relation avec au moins 2 femelles différentes - mais il semble que la relation Éole/Eve ait débuté en 2014 à l'incinérateur des Carrières, voir cet article du blogue d'Eve Belisle (le nom d'Eve choisi par Richard Dupuis pour la femelle d'Eole ne s'était pas encore imposé). À l'automne 2014 Eole remplace son père Roger à l'Université de Montréal et a dès lors 2 compagnes: Eve et sa mère Spirit. En 2015 Eve et Eole mènent 4 fauconneaux à l'envol à l'église Saint-Marc et en 2016 2 fauconneaux à l'incinérateur des Carrières. En 2017 Eve parvient à chasser Spirit de l'Université de Montréal et devient la seule femelle d'Éole. En 2018 le couple Eve/Eole amène pour la première fois 4 fauconneaux à l'envol à l'Université de Montréal. Puis 4 autres en 2019.
 
Eole est vu pour la dernière fois par une caméra de Faucons de l'UdeM le 5 avril 2020 vers 9h du matin. Le 6 avril au matin un nouveau mâle - baptisé Sphinx - accompagne Eve jusqu'au nichoir. Le 7 avril à 18h30 Eve pond son premier œuf, voir cet article pour plus de détails. Au total 3 œufs seulement seront pondus avec des écarts inhabituellement longs entre les différents œufs. Dans un premier temps Sphinx ne participe pas à la couvaison, ce qui résulte en plusieurs périodes de plus de 2 heures où les œufs ne sont pas couvés;  ce n'est que le 25 avril que Sphinx commence vraiment à couver, voir cet article pour plus de détails.

À la surprise de beaucoup, malgré ces importantes perturbations de la couvaison, les 3 œufs éclosent les 23 et 24 mai! La dernière éclosion est particulièrement longue et difficile (œuf partiellement écrasé, sang visible), voir cet article

Lors de leurs premiers repas les fauconneaux peinent à rester debout; de plus des tâches noires sont visibles sous leurs ailes. Dans l'après-midi du 27 mai des mouches sont aperçues (voir cette vidéo de Faucons de l'UdeM). En concertation avec la Clinique des oiseaux de proie, une intervention est programmée pour le lendemain matin mais il est trop tard pour le dernier-né, qui affaibli par sa difficile éclosion, est décédé durant la nuit ou tôt le matin. Le cadavre et les 2 survivants ont été amenés à la Clinique des oiseaux de proie par Eve Belisle. Les 2 fauconneaux encore vivants ont été traités à la Clinique puis replacés dans le nichoir l'après-midi du même jour. Un 2ième traitement a été administré aux fauconneaux sur la tour-même le lendemain. Voir cet article pour plus de détails.

Après avoir éte bagués le 16 juin et reçu par la même occasion un autre traitement contre les mouches, les 2 fauconneaux - 2 femelles baptisées Vanadis et Donna - ont effectué leurs premiers vols entre le 30 juin et le 9 juillet. Elles ont cessé d'être observés dans le voisinage du nid vers la mi-août - début septembre  (ce qui est tout à fait normal).

2021

En 2021 à la surprise générale le couple de faucon pèlerin choisit d'aller nicher dans un ancien nid de corbeau à l'Oratoire Saint-Joseph. Cela faisait quelques années que l'on voyait l'un ou l'autre des faucons dans l'un de ces nids de corbeau mais jusqu'à là le couple était toujours venu nicher sur la tour de l'Université de Montréal. Le 7 avril s'est produit une cassure brutale: les faucons ont brusquement cessé de fréquenter l'Université de Montréal et n'étaient plus que visibles à l'Oratoire Saint-Joseph où ils ont finalement niché. Dans cet article je passe en revue différents facteurs qui pourraient éclairer la décision du couple de déménager (un de ces facteurs est ce qui aurait pu être vu par le couple comme une prédation réussie par les humains sur un fauconneau qui était en réalité déjà mort mais ce n'était probablement pas le seul facteur).
 
Puisque ce nid n'était pas suivi par caméra on sait peu de chose sur cette nidification, sinon que 2 fauconneaux seulement ont atteint le stade où ils étaient visibles depuis le sol. On ignore en particulier combien d’œufs ont été pondus, combien ont éclos et ce qui est arrivé aux éventuels fauconneaux en surnombre. Un des 2 fauconneaux était un mâle (baptisé Jean en l'honneur de Me Jean Masson qui durant sa vie était fortement impliqué dans la protection des fauconneaux nés sur la tour de la Bourse) et l'autre une femelle (baptisée Jacinthe). Seul le mâle a pu être bagué, en profitant qu'il s'est retrouvé au sol à l'occasion de son premier vol.
 
Fait remarquable: Jean s'est fracturé par 2 fois une aile! Il a été trouvé au sol blessé une première fois à Montréal pas très loin du nid le 29 juillet puis près d'Utica dans l'état de New-York le 8 novembre, voir cet article. Il a à chaque fois été soigné puis relâché.

Il n'est pas clair si les mouches ont perturbé la nidification cette année-là mais on peut remarquer 2 choses potentiellement suspectes dans cette nidification:
  • Faible nombre de fauconneaux. Ce nombre contraste avec la production d'Eve lors des 3 années précédentes: 4 fauconneaux en 2018 et en 2019, 3 fauconneaux en 2020 (seulement 3 œufs avaient été pondus cette année-là, possiblement à cause du changement de mâle qui a coincidé avec le début de la ponte; un des fauconneaux est mort peu de temps après sa naissance). Ce faible nombre pourrait être attribuable à une autre cause que les mouches, par exemple à une difficulté d'adaptation au nouveau type de nid (mais Eve avait eu 4 fauconneaux lorsqu'elle avait niché dans un endroit assez similaire à l'église Saint-Marc en 2015) ou à de la prédation. Mais on ne peut pas exclure que ce faible nombre soit attribuable à un ou plusieurs  décès causés par les mouches comme en 2020 et en 2023.
  • Le double accident de Jean. La première année est difficile pour les jeunes faucons pèlerins et une proportion non négligeable n'y survit pas.  Les juvéniles peuvent être victime d'accidents, être tué par un autre oiseau de proie, mourir de maladie ou tout simplement mourir de faim faute d'avoir su développer une bonne technique de chasse.  Les chances de retrouver un faucon pèlerin blessé ou décédé sont a priori faibles compte tenu qu'il peut se retrouver à un endroit peu fréquenté (comme par exemple un toit) et/ou être rapidement mangé par un autre animal. Les 2 accidents de Jean pourraient s'expliquer par le destin normal des jeunes fauconneaux, doublé de la chance d'avoir été par 2 fois trouvé par un bon Samaritain. Mais on ne peut pas totalement exclure que Jean souffrait d'une fragilité quelconque (d'ordre neurologique ?) qui aurait pu résulter de l'exposition à des mouches ou aux bactéries qui les accompagnent et qui l'aurait rendu plus susceptible d'être victime d'un accident.
D'après Eve Belisle, au moment du baguage de Jean, les mouches n'ont pas été spécifiquement recherchées mais l'examen de routine n'a rien révélé d'anormal.

2022

Le 21 mars 2022 Sphinx est remplacé par un nouveau mâle après une courte bataille dans le nichoir 1.  Ce nouveau mâle est baptisé Miro, voir cet article de blogue pour plus de détails.

Du 16 au 23 avril 2022 Eve pond 4 œufs dans le nichoir 1. Entre le 25 et le 27 mai 3 des 4 œufs éclosent. Le baguage (et la mesure du poids qui vient avec) effectués le 17 juin révèlent que les fauconneaux sont 2 femelles et un mâle, nommés Véga, Mira et Sirius. Quelques mouches ont été trouvées sur les fauconneaux à cette occasion mais l'infestation était beaucoup plus modérée qu'en 2020 et en 2023, en particulier il n'y a eu ni décès ni nécessité de traiter les fauconneaux.
 
Les fauconneaux effectuent leurs premiers vols à partir du 3 juillet et sont tous capables de remonter sur la tour le 9 juillet, voir cet article pour plus de détails.  Malheureusement le 20 août Faucons de l'UdeM annonçait que le corps de Mira avait été trouvée sans vie au fond de la grande cheminée de l'École Polytechnique, voir aussi cet article.


2023 

Le 22 octobre 2022, Miro est remplacé par un nouveau mâle, baptisé Monsieur ou tout simplement M. Le 16 avril 2023 Eve pond le premier de 4 œufs dans le nichoir 2. C'est la première fois qu'une nidification a lieu dans ce nichoir.

Sur les 4 œufs pondus, seulement 2 éclosent, le 28 mai. C'est la première fois qu'autant d’œufs n'éclosent pas à l'Université de Montréal dans des circonstances en apparence normales (en particulier il n'y a apparemment pas eu d'interruption significative de la couvaison). Lorsque examinés par mirage à la Clinique des oiseaux de proie, les 2 œufs non éclos ne montraient aucun développement embryonnaire.  

Le 31 mai un des fauconneaux décède. Les mouches Carnus sont identifiées comme la cause probable du décès dans cette publication Facebook de Faucons de l'UdeM, qui indique en outre que le 2ième fauconneau semble aussi atteint: difficulté à se tenir debout, taches noires sous les ailes.

Le 2 juin, une intervention est effectuée par Faucons de l'UdeM pour débarrasser le fauconneau survivant de ses mouches et le nourrir. Le fauconneau reprend du mieux suite à cette intervention.
 
Le 17 juin Faucons de l'UdeM annonce sur Facebook que le fauconneau souffre d'une anomalie de la croissance des ailes. Possiblement en raison de cette anomalie, le fauconneau perd la vie le 4 juillet lors d'une chute d'une vingtaine d'étages.

Pour plus de détails sur cette nidification 2023, voir cet article de blogue.



3. Plus sur Carnus Hemapterus

La fin de cette section contient une courte liste de publications qui sont référencées dans les sous-sections suivantes.

Généralités

D'après Wikipédia [6] le genre Carnus est composé de 5 espèces de mouches, toutes des parasites d'oiseau.  L'espèce Carnus Hemapterus est la seule du genre Carnus à être largement répandue en Europe et dans les régions froides et tempérées d'Asie et d'Amérique du Nord d'après Wikipédia [7]. Carnus Hemapterus est aussi la plus étudiée. Le premier point de la section 1 de cet article provient en grande partie de Wikipédia [7].  Le fait que la mouche perd typiquement ses ailes après avoir trouvé un hôte est mentionné par Valera et al.  [3].  
 
Une photo en gros plan d'une mouche Carnus prélevée sur un fauconneau en 2020 a été publiée par le Dr. Fitzgerald en commentaire de cette publication Facebook de Faucons de l'UdeM (rappelons que cette mouche mesure autour de 1,5mm). 

Quelle est la durée de vie d'une mouche ?

Veiga et al. [9] ont déterminé que la durée de vie moyenne d'une mouche Carnus Hemapterus (depuis le moment où la larve s'est transformée en mouche) est d'environ 55 heures, mais c'était en l'absence de leur nourriture préférée, c'est-à-dire d'oisillon gorgée de sang. On peut imaginer plus généralement que les mouches décèdent lorsque leur nourriture devient inaccessible, c'est-à-dire lorsque les oisillons acquièrent leur plumage. En effet, comme les mouches ont perdu leurs ailes, elles peuvent difficilement chercher une autre source d'alimentation, et de toute façon les oisillons ne sont présents qu'à certains mois de l'année. Par contre si on considère l'ensemble du cycle de vie de la mouche, elle pourrait survivre sous forme de larve pendant plusieurs années si le nid d'oiseau n'est pas utilisé. 

Comment les mouches colonisent-elles un nid ?

Une partie des mouches trouvées dans un nid d'oiseau est constituée de celles qui y sont nées. Mais pour cela il fallait qu'il y ait des mouches l'année précédente pour pondre les œufs. Pour coloniser un nouveau nid, les mouches arriveraient soit sur des proies, soit en volant. Poulin [2] écrit ''Les immigrants trouvent les sites de reproduction de leur hôte en volant ou en étant transportés sur les proies, mais probablement pas en s'accrochant aux chouettes adultes, car ces mouches n'ont toujours été trouvées que sur des oisillons [3 références omises]'' (d'après Tomas et al [8], au moins chez certaines espèces d'oiseau, Carnus Hemapterus se nourrirait aussi sur l'oiseau couveur; mais l'adulte serait alors plus une victime collatérale de l'infestation que sa cause). Incidemment la réponse du Nichoir semble confirmer que ces mouches ne s’intéressent qu'aux oisillons ou aux jeunes oiseaux qui viennent de quitter le nid. Dans sa recherche, Poulin [2] a constaté que le nombre de mouches ailées restait constant durant la nidification des chouettes, malgré qu'une partie de ces mouches perdent leurs ailes, ce qui indique que la population ailée est continuellement alimentée soit par des larves nées sur place et qui se métamorphosent en mouche, soit par l'arrivage par la voie des airs de mouches venues de l'extérieur.

La gravité d'une infestation déterminée par la génétique des parents oiseaux ?

Tout comme certains humains se font plus piquer que d'autres par les maringouins, les individus oiseau ne seraient pas égaux face aux mouches Carnus. Une intrigante étude par Roulin et al. [1] suggère que chez l'effraie des clochers, le nombre de mouches trouvées sur les oisillons (et donc l'intensité de l'infestation) varie en fonction de si le nichoir était utilisé ou pas l'année précédente mais aussi en fonction de la proportion de noir sur le plumage de la femelle! (le plumage de l'effraie des clochers varie de blanc immaculé à fortement taché de noir; de plus la femelle est la seule à couver les œufs et les oisillons). Plus la femelle est tachetée, moins il y a de mouches sur les oisillons et moins ces mouches sont fécondes. Selon les auteurs qui s'appuient sur des études similaires, les ornements des oiseaux (dans ce cas-ci, la proportion de tâches noires dans le plumage de la femelle) fourniraient aux partenaires potentiels des informations sur la santé d'un individu (dans ce cas-ci la résistance aux parasites) et les aideraient à décider s'ils veulent former ou non un couple avec cet individu. De plus il a été montré que ces traits sont héritables génétiquement parlant.
 

Un produit anti-mouches sécrété par les plumes de certains oiseaux ?

Pour expliquer que certaines chouettes ont un nombre plus réduit de mouches sur leurs oisillons, il a été spéculé que les plumes de certains individus contiendraient une substance toxique pour les mouches. Dans [2] Poulin écrit ''Un test simple de cette hypothèse serait de mesurer las survie et le succès de reproduction des mouches en présence et absence de plumes, car il a été proposé que celles-ci contiennent des substances toxiques pour les ectoparasites (Winkler, 1993)''. L'article cité (Winkler [5]) étudie l'hirondelle bicolore qui a la particularité d'inclure dans son nid des plumes d'autres oiseaux. Winkler.a constaté que dans les nids où ces plumes étaient retirées, les oisillons avait une croissance moins rapide et étaient davantage infestées par des parasites. S'il est vrai que les plumes de certains oiseaux contiennent une substance toxique pour les mouches, on peut imaginer que la production ou non de cette substance (ou son intensité) est déterminée par la génétique de l'oiseau.
 

Effet indirect des mouches sur le développement embryonnaire

Les mouches Carnus Hemapterus pourraient avoir un effet indirect nuisible aux fauconneaux avant même leur naissance. En effet des études citées par Wikipédia [7] (l'une d'elles est Tomas et al. [8]) ont montré que les excréments des mouches sur les œufs favorisent le développement de bactéries, qui à cause de la porosité de l’œuf peuvent pénétrer à l'intérieur et s'attaquer à l'embryon.

Références

Carnus Hemapterus fait l'objet de nombreux articles scientifiques. Pour donner une idée de leur nombre, une recherche effectuée le 4 mai 2024 dans Google Scholar avec le mot-clé ''Carnus Hemapterus'' a donné 549 résultats: il n'était évidemment pas question pour moi de tout lire! Voici quelques articles que j'ai soit lu, soit simplement parcouru le résumé. Les références sont données sans ordre particulier.
  • [1] A. Roulin, C. Riols, C. Dijkstra et A.-L. Ducrest: ''Female plumage spottiness signals parasite resistance in the barn owl (Tyto alba)'', Behavioral Ecology vol. 12 No. 1: 105-119 (2001)
  • [2] A. Roulin: ''Cycle de reproduction et abondance du diptère Carnus Hemapterus dans les nichées de chouettes effraies Tyto alba'', Alauda, revue internationale d'Ornithologie vol. 66 (4) 265-272 (1998). Fichier .pdf disponible sur le site ''The diptera Site'' à ce lien.
  • [3] F. Valera, A. Cassa-Crivillé and H. Hoi: ''Interspecific parasite exchange in a mixed colony of birds'', The Journal of Parasitology' vol. 89 (2) 245-250 (2003)
  • [4] Danks HV. ''LONG LIFE CYCLES IN INSECTS'', The Canadian Entomologist. 1992;124(1):167-187. doi:10.4039/Ent124167-1 
  • [5] D. W. Winkler: ''Use and importance of feathers as nest lining in Tree Swallows (Tachycineta bicolor)'', The Auk vol. 110 (1): 29-36 (1993)
  • [6] Wikipédia: ''Carnus (fly)''. Lien (en anglais, cet article n'est pas disponible en français)
  • [7] Wikipedia: ''Carnus Hemapterus''. Lien (en anglais, cet article n'est pas disponible en français).
  • [8] G. Tomas, D. Martin-Galvez, C. Ruiz-Castellano, M. Ruiz-Rodriguez, J.M. Peralta-Sanchez, M. Martin-Vivaldi, j.j. Soler: ''Ectoparasite activity during incubation increases microbial growth on avian eggs'', Microbial ecology vol. 76 p. 555-564 (2018)
  • [9] J. Veiga, E. Moreno, J. Benzal et F. Valera: ''Off-host longevity of the winged dispersal stage of Carnus Hemapterus (insecta: diptera) modulated by gender, body size and food provisioning'', Parasitology vol 146 p. 241-245 (2018).
     


4. Discussions

4.1. Première théorie pour la cause de l'infestation à l'Université de Montréal: un ou les 2 adultes ont une mauvaise résistance génétique face cette mouche

Cette théorie est basée sur l'observation que l'intensité de l'infestation et la fécondité des mouches semblent dépendre de la génétique de la femelle chez l'effraie des clochers. Je suppose ici que quelque chose de similaire se passe chez le faucon pèlerin. Pour simplifier, je suppose de plus que le mécanisme à l’œuvre est la présence d'une substance toxique pour les mouches dans les plumes (c'est une hypothèse qui est envisagée mais qui n'est pas prouvée), la production de cette toxine dépendant de la génétique. La toxine ne tuerait pas nécessairement les mouches mais les rendrait moins efficaces et nuirait à leur reproduction.

Contrairement à l'effraie des clochers, chez le faucon pèlerin le mâle et la femelle couvent tous les deux les œufs et les oisillons. Si les 2 parents secrètent la toxine, l'effet protecteur contre les mouches sera maximal et on peut imaginer que toutes les mouches seront neutralisées car constamment en contact avec la toxine. Si un seul parent sécrète la toxine, les mouches pourraient reprendre du mieux lorsque l'autre parent - celui qui ne sécrète pas la toxine - prend place dans le nid: dans ce cas il pourrait soit y avoir aucun effet des mouches sur les fauconneaux, soit un effet modéré. Si aucun des adultes ne sécrète la toxine, les mouches ont le champ libre et les effets négatifs sur les oisillons seront maximaux. Je vais essayer d'argumenter que les 2 membres du couple actuel pourraient ne pas sécréter la toxine. Pour cela, examinons les différents faucons pèlerins adultes impliqués:

Eve

C'est la femelle du couple actuel. Rien n'indique qu'il y a eu un problème de mouche dans ses nidifications jusqu'à l'arrivée de Sphinx en 2020. En 2018 et 2019, Eve a niché sur la tour de l'Université de Montréal sous l’œil des caméras et ses juvéniles ont été examinés lors de leur baguage sans qu'aucune anomalie ne soit constatée. En 2015 (sous la réserve habituelle qu'il n'y a pas eu d'erreur d'identification) elle a amené à l'envol 4 fauconneaux à l'église Saint-Marc. De 2015 à 2019, son mâle était Eole, fils de Spirit (il est intéressant de noter que les nidifications de Spirit ne semblent pas non plus avoir été impactées par les mouches). Se pourrait-il que ce soit Éole qui ait protégé les fauconneaux d'Eve contre les mouches ?
 

Sphinx et M

Les 2 infestations sévères de 2020 et 2023 ont eu lieu sous le règne des mâles Sphinx et M respectivement. Il est intéressant de noter qu'avant l'infestation de 2023, Eve Belisle était d'avis que M était Sphinx; cependant comme il n'y avait pas consensus au sein de l'équipe, un nouveau nom a été donné au mâle. Que M et Sphinx soient ou non 2 individus distincts ne change finalement pas grand chose: les 2 mâles pourraient ne pas produire la toxine.
 

Miro

C'était le mâle du couple en 2022. Lors du baguage des fauconneaux, des mouches ont été trouvées sous leurs ailes mais l'infestation était beaucoup moins sévère qu'en 2020 et 2023, en particulier aucune intervention au nichoir n'a été nécessaire.
 
 
Il parait donc possible que Eve, Sphinx et M ne secrètent pas de toxine contre ces mouches, contrairement à Eole et à Miro. Si cette théorie est correcte, on peut espérer une amélioration de la situation lors du prochain changement dans la composition du couple, que ce changement concerne le mâle ou la femelle. Pour simplifier j'ai raisonné en termes de toxine générée par les plumes mais ce raisonnement peut s'étendre à d'autres mécanismes anti-parasitaires.


4.2. Deuxième théorie pour la cause de l'infestation à l'Université de Montréal: infestation des nombreux nids d'étourneaux près des nichoirs de faucon pèlerin

Selon cette théorie, les mouches Carnus auraient commencé par infester les nombreux nids d'étourneaux du pavillon Roger Gaudry non loin du nichoir puis les mouches auraient ''découvert'' le nid de faucon pèlerin (il n'est pas clair comment cette information se transmettrait d'une année à l'autre mais si les mouches sont présentes en grand nombre il est inévitable que certaines découvrent les fauconneaux; il est possible aussi que le nettoyage des nichoirs à l'automne ne parvienne pas à tuer tous les œufs/larves de mouches). Cette théorie s'appuie sur le fait que d'après la littérature scientifique les nids d'étourneaux semblent être particulièrement infestés par ces mouches, une information que semblent confirmer les données du Nichoir. Si cette théorie est correcte, la mauvaise nouvelle est que ces mouches sont probablement là pour rester, du moins tant qu'il n'y a pas de travaux d'envergure pour refaire les façades dans ce secteur (une lueur d'espoir est que l'Université de Montréal semble actuellement engagée dans de tels travaux dans d'autres secteurs du campus). 
 
Un point faible de cette théorie est que si le nombre réduit de fauconneaux à l'envol à l'Oratoire Saint-Joseph a été causé par les mouches, cette théorie n'explique pas leur présence là-bas. Il faudrait aussi accepter la coïncidence entre le remplacement d'Éole par Sphinx et la découverte du nid de faucon pèlerin par les mouches (à moins que les mouches aient ''senti'' le sang du fauconneau qui a eu de la difficulté à éclore ?)


4.3. Quelques arguments en faveur d'une non-intervention

Les fauconneaux qui naissent sur la tour de l'Université de Montréal ont la particularité de se retrouver dans un grand nombre de foyers via les écrans, ce qui crée envers eux un attachement bien compréhensible.  Mais il n'en reste pas moins que ce sont des animaux sauvages. Et si au Québec on peut être puni pour des mauvais soins à un animal de compagnie, pour les animaux sauvages  la loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune stipule que ''Nul ne peut déranger, détruire ou endommager le barrage du castor ou les œufs, le nid ou la tanière d’un animal'' (c'est moi qui souligne). Des exceptions sont prévues par la loi mais à ma connaissance aucune ne permet à un particulier d'intervenir sur un nid sous prétexte qu'il s’inquiète pour ses occupants: une autorisation du Ministère est nécessaire. Le cas du nid de faucon pèlerin de l'Université de Montréal est un peu spécial puisqu'il semble que les interventions - toujours effectuées en consultation avec des experts - soient tolérées par le Ministère. Je pense néanmoins que c'est une situation où il faudrait laisser faire la nature et je présente quelques arguments en ce sens.   
  • Une intervention sans l'autorisation explicite du ministère, qui plus est à un nid aussi médiatisé que celui de l'Université de Montréal, transmet le message erroné que n'importe qui peut intervenir sur un nid à partir du moment où il a des inquiétudes sur la santé de ses occupants. Cela peut mettre d'autres nids - et pas seulement de faucon pèlerin - à risque de dérangement par des personnes pensant bien faire.
  • Une intervention ne garantira pas nécessairement la bonne santé des fauconneaux comme l'a montré tristement ce qui s'est passé en 2023. Les fauconneaux pourraient déjà avoir des dommages résultant de l'anémie provoquée par les mouches au moment où l'intervention est effectuée. Une solution pourrait être une intervention préventive avant que les symptômes soient constatés mais une telle intervention a davantage de chance de nécessiter une autorisation explicite du ministère; ne pas oublier non plus que les bactéries favorisées par les déjections des mouches pourraient avoir affecté les fauconneaux alors qu'ils étaient encore dans leur œuf.
  • Un fauconneau qui survivrait grâce à l'intervention humaine pourrait avoir hérité du bagage génétique favorisant ces mouches (surtout si ses 2 parents ont le ''mauvais'' gène), ce qui pourrait condamner ses petits à lui s'il forme un couple. Autrement dit, on ne peut pas exclure que le drame qui se joue dans le nichoir est un mécanisme de sélection naturelle destiné à renforcer la protection de la population de faucon pèlerin face à ce parasite en limitant la descendance d'individus mal armés génétiquement pour lutter contre lui.
  • Les parents faucon pèlerin ne semblent pas totalement dépourvus face à ces mouches. Par exemple dans cette vidéo publiée par Faucons de l'UdeM on voit le mâle donner de petits coups de bec sur le corps d'un fauconneau nouveau-né, il n'est donc pas inconcevable que les adultes puissent retirer eux-même des mouches. Encore faut-il qu'ils réalisent que les mouches sont le problème. Or à l'Université de Montréal jusqu'à présent, à chaque fois qu'il y a eu décès d'un fauconneau à cause des mouches, des êtres près de 1000 fois plus grand que les mouches ont fait irruption au nichoir: on pourrait comprendre que les faucons pèlerins aient du mal à réaliser que ceux sont les petites mouches qui sont le problème! Il est malheureusement possible qu'une ou plusieurs saisons sans aucun fauconneau survivant soient nécessaires. Ces échecs pourraient possiblement aussi entrainer la dissolution du couple puis la formation d'un nouveau couple, ce qui pourrait être une autre façon de régler le problème si la théorie 1 est correcte.
  • Les faucons pèlerins attrapent occasionnellement des insectes, même si on peut penser qu'ils les préfèrent en vol et de taille plus grosse que la mouche Carnus. 
  • L'irruption au nid d'humain dans la phase la plus critique de la nidification, celle où il y a des fauconneaux sans défense, pourrait potentiellement avoir pour effet d'inciter le couple de faucon pèlerin à chercher un endroit plus sécuritaire où nicher. En allant nicher à l'Oratoire Saint-Joseph en 2021, Eve a démontré qu'elle avait cette capacité à trouver un endroit alternatif. (Il est parfois question d'alternance entre des sites de nidification mais cette alternance se manifeste à mon avis surtout pour les sites naturels où le nid est attaquable par des prédateurs terrestres. Si le couple de faucon pèlerin trouve un endroit sécuritaire où nicher, je ne vois pas de raison pourquoi il ne l'utiliserait pas à nouveau les années suivantes et c'est d'ailleurs ce qui s'est passé pour la tour de l'Université de Montréal jusqu'en 2020). Si Eve décidait de nicher ailleurs qu'à l'Université de Montréal, il est possible que l'on perde pour longtemps la capacité à suivre par caméra leur nidification (rappelons que les faucons pèlerins ne sont pas revenus nicher à l'Université de Montréal par choix en 2022 mais parce que des travaux se déroulaient sur la façade de l'Oratoire Saint-Joseph où ils avaient niché en 2021).

 

4.4. Divers

  • L'apport d'une proie dans le nichoir par un adulte (généralement un mâle) pourrait aussi potentiellement contribuer au problème. Le 26 avril 2020 Sphinx a par exemple trainé une proie sur les œufs comme s'il voulait les nourrir (source: vidéo Youtube de Faucons de l'UdeM partagée sur la page Facebook de Faucons de l'UdeM). Je me souviens avoir lu sur le clavardage de la caméra de Faucons de l'UdeM plus tôt cette année une phrase qui suggère que M aurait aussi amené une proie dans le nichoir, quoique avant la ponte des œufs. J'ignore comment se comportaient Miro et Éole à ce propos (Eole avait amené une proie dans le nichoir le 26 avril 2017 au moment où il y avait déjà des œufs mais c'était dans le contexte très particulier où ses 2 femelles se battaient dans le nichoir; on ne peut pas totalement exclure que l'apport de proie était relié à cet évènement exceptionnel). Je ne pense pas cependant que l'apport de proie dans le nichoir ait un effet très important sur la population de mouches: il faudrait déjà que la proie soit un juvénile et qu'elle soit infestée de mouches (non ailées puisque les mouches ailées pourraient de toute façon facilement se déplacer depuis la corniche où les proies sont mangées); de plus rappelons que seuls les adultes se nourrissent du sang des oisillons et qu'un œuf de mouche met 1 an à donner une mouche adulte: il ne peut donc pas y avoir d'explosion du nombre de mouches suite à l'apport de quelques unes sur une proie. Par contre l'apport d'une proie dans le nichoir avant la naissance des oisillons pourrait y amener des bactéries et autres pathogènes qui eux pourraient se multiplier rapidement et ultimement aggraver les effets de l'infestation de mouches.
  • Une question sans réponse est si la non-éclosion de 2 œufs en 2023 pourrait s'expliquer par une mort embryonnaire possiblement causée par des bactéries favorisées par la présence des mouches. Le 5 juin 2023, Faucons de l'UdeM a écrit sur Facebook: ''Les œufs non-éclos récoltés au nid étaient clairs: pas de développement embryonnaire''. L'examen est typiquement fait par mirage, c'est-à-dire en examinant les œufs par transparence sous une forte lumière, mais ce type d'examen n'est probablement pas capable de détecter un développement embryonnaire qui a été interrompu à un stade précoce.
     
 




 

samedi 20 mai 2023

Un troisième nid en 3 ans pour les faucons pèlerins de l'Université de Montréal, avec 4 oeufs

Cet article a été publié le 29 novembre 2023 et daté du 20 mai 2023 afin de le placer à l'endroit voulu dans le blogue.
 
En 2021 - après de nombreuses années sans interruption à nicher sur la tour de l'Université de Montréal - le couple de faucon pèlerin a niché à l'Oratoire Saint-Joseph où il a conduit 2 jeunes à l'envol. En 2022 il est revenu au nichoir habituel sur la tour de l'Université de Montréal, sur la façade donnant sur le Cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Cette année le couple a opté pour le second nichoir installé lui aussi sur la tour de l'Université de Montréal mais sur la façade donnant vers l'École Polytechnique. Entre le 16 et le 23 avril, la femelle y a pondu 4 œufs.
 
Le mâle M et les 4 œufs, 26 avril (crédit fauconsudem.com)

(L'image ci-dessus est tirée de la vidéo Facebook publiée le 26 avril par Faucons de l'UdeM).
 
À noter que la composition du couple a changé durant ces 3 années. Plus précisément il y a eu durant cette période au moins 2 changements de mâle: Sphinx a été remplacé par Miro le 21 mars 2022; puis Miro a été remplacé par M à l'automne 2022 (voir plus bas). Seule la femelle (Eve) semble être restée la même. Comme aucun des faucons n'est bagué, le changement d'individu se constate par de petites différences dans le plumage ainsi que dans les cicatrices, notamment au niveau du bec. Les caméras de Faucons de l'UdeM permettent de prendre des photos en gros plan des différents individus, ce qui facilite l'observation de ces petites différences. Le remplacement d'un individu par un autre individu lui ressemblant beaucoup pourrait cependant passer inaperçu. Des changements de comportement pourraient également indiquer un possible changement dans le couple et un déménagement est sans aucun doute un gros changement mais il ne semble pas que le couple ait changé entre la nidification de 2020 à l'Université de Montréal et celle de 2021 à l'Oratoire Saint-Joseph. En fait cela faisait plusieurs années que les différents couples qui ont niché à l'Université de Montréal fréquentaient l'Oratoire Saint-Joseph, autant les semaines précédant la nidification qu'à l'été avec leurs jeunes puis à l'automne sans eux. Cette fréquentation de l'Oratoire Saint-Joseph par le couple nichant à l'Université de Montréal est constatée depuis au moins 2012, année où le couple avait tenté de nicher à l'Oratoire en raison des travaux sur la tour de l'Université de Montréal qui avaient forcé le retrait des nichoirs, voir par exemple cet article de 2014.
 
Crédit et notes sur les sources
Cet article est basé largement sur une (petite) partie des informations publiques de Faucons de l'UdeM. Ces informations sont de différents types: diffusion 24h sur 24 des images de 2 caméras sur la chaine Youtube + archivage d'images (pour une durée de 2 semaines) de ces 2 caméras ainsi que de 2 autres caméras; vidéos publiées sur la chaine Youtube; page Facebook (incluant des vidéos Facebook). Faucons de l'UdeM a été créé en 2009 par Eve Belisle pour partager ses observations d'un couple de faucons pèlerins sur la tour de l'Université de Montréal, couple pour lequel elle avait fait installer un nichoir, voir son blogue pour plus de détails sur les années 2009-2015. Récemment 2 personnes ont eu un rôle grandissant dans Faucons de l'UdeM: Huguette Lenoir et Élise Deshaies. Ces personnes sont en particulier très actives sur le clavardage des diffusions en direct des caméras où elles partagent leurs observations et leurs analyses. Cette source a cependant 2 inconvénients: elle est très éphémère (ce qui y est écrit disparait au bout de quelques heures) et elle est aussi beaucoup (trop selon moi) utilisée pour du bavardage sans rapport avec les faucons pèlerins de l'Université de Montréal. Ce dernier défaut serait moins pénible si les informations importantes concernant ces faucons étaient aussi partagées sur les autres médias comme par exemple la page Facebook. Mais la nouvelle du changement de mâle en octobre n'a jamais été partagée clairement sur Facebook. La première mention du nouveau mâle dans Facebook remonte à une publication d'Elise Deshaies datée du 27 novembre et rapportant les observations faites sur le terrain la veille avec Huguette Lenoir. Rien dans le texte, à part la présence d'un nouveau nom, n'indique qu'il y a eu changement de mâle ni quand. C'est en réponse à une question dans les commentaires que ces informations sont apportées. En février 2023 une vidéo Facebook est publiée où cette fois le nouveau mâle est appelé M, ce qui provoque en commentaires la question bien compréhensible de si M est le diminutif de Miro (Miro étant le nom de l'ancien mâle). À ma connaissance il n'y a jamais eu de photos comparatives publiées expliquant ce qui a amené à la conclusion qu'il y avait eu un changement de mâle (rappelons que ni Miro ni M ne sont bagués). Lorsque le nouveau mâle est apparu, une nouvelle femelle a simultanément été observée mais cette information partagée dans le clavardage n'a fait son chemin dans Facebook que très indirectement. Il est juste de mentionner qu'Eve Belisle avait d'autres priorités à ce moment-là avec la naissance prochaine de son premier enfant. Pour les 2 raisons mentionnées plus haut je n'ai consulté qu'une petite partie du clavardage.

Un autre aspect est que je me suis essentiellement contenté de repartager les informations partagées avec le grand public par Faucons de l'UdeM. Lorsqu'en octobre 2022 j'ai demandé à Eve Belisle si les mentions sur le clavardage d'un couple de faucon pèlerin intrus étaient sérieuses elle m'a rapidement envoyé des photos comparatives tendant à justifier cette affirmation. Personnellement je ne suis pas à l'aise avec la comparaison de 2 individus faucon pèlerin si l'un d'eux n'a pas une marque très distinctive puisqu'il y aura toujours de petites différences entre 2 photos dues au fait que les faucons ne sont pas exactement dans la même position ou que leurs plumes sont dans un état différent (mouillées, sèches, sales, ...). Je ne suis donc pas la meilleure personne pour partager et défendre ce genre d'analyse. Il n'en reste pas moins qu'une partie de cet article est basée sur des réponses d'Eve Belisle à mes messages, que je remercie pour sa patience et sa disponibilité.


3 nids différents en 3 ans

2009 à 2020

En 2008, un nichoir est installé sur la tour de l'Université de Montréal à l'initiative d'Eve Belisle qui avait observé depuis la fenêtre de son bureau un couple de faucon pèlerin s’intéresser à la tour. En 2009 le nichoir est adopté par Spirit et Roger (les noms donnés à la femelle et au mâle) qui ont eu 2 jeunes cette année-là. De 2009 à 2020 différents couples ont niché ou ont tenté de nicher dans ce même nichoir, à l'exception de 2012 où la tour était en travaux (les nidifications de 2016 et 2017 ont échoué en raison de conflits avec d'autres faucons pèlerins; en 2012 le couple a tenté sans succès de nicher à l'Oratoire Saint-Joseph). Pour plus d'informations, voir le site de Faucons de l'UdeM, en particulier son blogue pour la période de 2009 à 2015, ainsi que ce blogue à partir de 2014. En 2020 les fauconneaux ont été attaqués par des mouches buveuses de sang, ce qui a entrainé 2 interventions humaines pour les soigner; durant la première intervention un fauconneau fraichement décédé a été retiré du nichoir, voir cet article pour plus de détails.

2021

En 2021, à la surprise générale, le couple choisit de nicher à l'Oratoire Saint-Joseph!  L'Oratoire Saint-Joseph n'était pas un endroit nouveau pour eux, le couple (avec ou sans leurs jeunes) y avait en effet été observé à de nombreuses reprises et cela depuis au moins 2012. Le couple nicheur semblait cependant fidèle à l'Université de Montréal pour ce qui est de la nidification, jusqu'à cette année 2021. Une des hypothèses envisagées pour expliquer ce déménagement est que les faucons pèlerins auraient imputé aux humains la disparition d'un de leurs fauconneaux en 2020 et auraient par conséquent conclu que la tour n'était plus sécuritaire. Mais c'est plus probablement un ensemble de facteurs - et non un facteur unique - qui ont amené les faucons pèlerins à déménager, voir cet article pour une longue discussion de ce qui aurait pu provoquer le déménagement.

2022

Le 16 décembre 2021 l'Oratoire Saint-Joseph procède au retrait des nids de corbeau, dont celui qui a été utilisé par les faucons pèlerins, en vue de travaux prévus l'année suivante sur cette façade (déjà en 2021 des travaux prévus dans ce secteur avaient du être reprogrammés en raison de la nidification des faucons pèlerins). Ce retrait des nids de branches rendait difficile voire impossible une nouvelle nidification des faucons pèlerins à l'Oratoire Saint-Joseph en raison d'une légère inclinaison de la corniche (probablement pour éviter que l'eau ne s'y accumule), ce qui aurait probablement entrainé l'écrasement des œufs au sol (rappelons que les faucons pèlerins ne construisent pas eux mêmes de nid). Malgré ces obstacles le couple était très présent début 2022 près de la corniche où ils avaient niché l'année précédente. L'arrivée des travailleurs à cet endroit vers le 22 mars a mis fin définitivement à leur espoir de renicher sur cette corniche. Le couple s'est alors replié sur la tour de l'Université de Montréal, qu'ils n'avaient jamais complètement délaissée. Le 4 mars 2022 Faucons de l'UdeM avait procédé à l'installation d'un 2ième nichoir sur la tour de l'Université de Montréal, sur la façade donnant vers l'École Polytechnique. Le 13 avril Eve était présente dans ce nouveau nichoir quand 2 travailleurs ont ouvert la porte derrière le nichoir, provoquant sa fureur. Heureusement pour les amateurs de télé-réalité 'fauconesque', la conséquence de ce dérangement s'est limitée à un retour à l'ancien nichoir sur la façade donnant vers le cimetière: Eve y a pondu son premier œuf le 16 avril 2022. Voir cet article pour plus de détails sur les circonstances qui ont conduit à ce choix du nid.

2023

Après avoir hésité entre les 2 nichoirs de la tour de l'Université de Montréal, Eve a fait connaitre son choix pour le 2ième nichoir en y pondant le premier de 4 œufs le 16 avril vers 13h. Voir plus bas pour plus de détails.



Changement de partenaire, accouplements et ponte

Changement de mâle: M remplace Miro

Peu de chose a été communiqué par Faucons de l'UdeM sur le remplacement de Miro par M. Le 22 octobre Huguette Lenoir mentionne sur le clavardage que Miro a été vu pour la dernière fois le 18 octobre et que le nouveau mâle (surnommé Monsieur ou Mr ou M) a passé la journée du 20 octobre sur la tour. Le fait que Miro a été vu pour la dernière fois le 18 octobre et que M a été observé pour la première fois le 20 octobre est aussi mentionné en commentaire des publications Facebook du 27 novembre 2022 et du 1er février 2023 (et de probablement d'autres publications). Les premières photos de M apparaissent dans la publication Facebook du 27 novembre.
 
Par hasard je me trouvais à l'Université de Montréal le 20 octobre 2022. J'ai failli texter Eve Belisle lorsqu'un faucon pèlerin s'est perché sur une antenne au sommet de la tour vers 12h37: il y a quelques années ce perchoir était surtout utilisé lorsqu'il y avait des intrusions d'autres faucons pèlerins, sans doute parce qu'il permet une surveillance à 360 degrés. Mais je me suis abstenu parce que je ne connaissais pas assez Miro pour savoir si ce perchoir était inhabituel pour lui. À 12h49 il s'est envolé et s'est perché à la base du dôme au coin des façades Cimetière et Polytechnique, un perchoir plus fréquemment utilisé. À 12h59 il a plongé, possiblement vers une proie potentielle, puis est remonté en flèche et s'est perché sur la 1ière colonne de la façade Polytechnique, un autre perchoir habituel. Il s'est envolé à 13h01 vers l'avant et je ne l'ai plus revu, ni remarqué d'autres faucons. J'ai mangé à la cafétéria vers 13h25, j'ai ensuite refait un tour de la tour sans rien remarquer; rien non plus à l'Oratoire Saint-Joseph où je me suis rendu ensuite. À noter que le 27 novembre Élise Deshaies et Huguette Lenoir ont aussi observé M sur une antenne de la tour.
Faucon pèlerin à la base du dôme de la tour de l'UdeM - 20 octobre 12h52

À ma connaissance il n'y a pas eu de publication de photos comparatives de Miro et de M qui expliqueraient ce qui a amené à conclure qu'il s'agissait de faucons différents. Même si je ne suis pas à l'aise à comparer des individus faucon pèlerin je peux concevoir qu'il soit possible d'arriver à la conclusion que les 2 faucons sont très probablement différents. Une tâche plus difficile est de déterminer si M est Sphinx ou non (Sphinx est le mâle qui a précédé Miro). La difficulté additionnelle ici est que Sphinx n'avait pas été vu pendant un bout de temps, ce qui ouvre la possibilité que certaines de ses caractéristiques aient évolué avec le temps. Lorsque j'ai interrogé Eve Belisle sur les mentions sur le clavardage d'un couple de faucon pèlerin intrus sur la tour en octobre 2022, elle m'a répondu, photos à l'appui, que c'était bien le cas et que d'après elle le nouveau mâle était Sphinx mais que tout le monde ne partageait pas cette analyse. Je rappelle l'historique des changements de partenaire connus:
  • 2014: une femelle non baguée et Éole (un mâle né sur la tour de l'Université de Montréal en 2011) tentent sans succès de nicher à l'incinérateur des Carrières. Cette femelle sera nommée Eve par Richard Dupuis.
  • Automne 2014: Éole remplace son père Roger à l'Université de Montréal. 
  • En 2015 et 2016 Éole fréquente simultanément 2 femelles: sa mère Spirit et Eve. Durant la saison de reproduction il doit céder l'Université de Montréal à un autre mâle mais reprend à chaque fois sa place à la fin de la saison.
  • En juin 2017 Eve chasse Spirit de l'Université de Montréal et devient l'unique partenaire d'Éole (article).
  • Le 6 avril 2020 Sphinx remplace Éole, aperçu la veille pour la dernière fois (article).
  • 21 mars 2022: Miro remplace Sphinx après une courte bataille dans le nichoir 1 (article). Sphinx a par la suite été revu sur la tour le 3 mai 2022 (Facebook).

Visites de plusieurs femelles

Si Miro a du céder sa place, Eve s'en est mieux tirée mais elle a également été défiée.  Le 14 mars 2023 Huguette Lenoir signalait sur le clavardage de la caméra que depuis l'automne dernier 3 femelles intruses (surnommées Mme, Mlle et Neige) avaient été observées sur la tour.

Voici une liste, très probablement non exhaustive, de ces visites (certaines intrusions étaient possiblement par un mâle):
  • Le 9 octobre 2022 une femelle intruse, apparemment baguée à la patte droite, se perche à gauche du nichoir 1 et est chassée par Miro et Eve. Une vidéo de l'incident a été publiée par Faucons de l'UdeM. Sur le clavardage de la caméra, Huguette Lenoir a décrit ainsi l'incident: ''[...] début du jasage 17h11, 17h12:05arrivée d'une intruse sur la corniche gauche nichoir 1, 17h12:06 Miro la frôle, il repasse à 17h12:16 et elle quitte. Le jasage continue Eve arrive au nichoir 2 pas contente à 17h14:51, une arrivée corniche 1 17h15:15, Eve quitte  17h18:17 et Miro corniche 1 quitte 17h23:52''.
  • 23 octobre 2022: une femelle intruse visite le nichoir (source: Eve Belisle).
  • 12 décembre 2022: une femelle intruse est chassée du nichoir 1. Le 14 décembre j'observe un 3ième faucon pèlerin en vol autour de la tour (publication Facebook).
  • 26 décembre 2022: une femelle intruse profite de l'absence du couple pour prendre ses aises sur la tour: la publication Facebook de Faucons de l'UdeM ne donne aucune indication de temps, dans cette publication j'estime que sa présence a duré au moins 1h45. L'intruse est de retour le lendemain, avec une blessure près d'un œil, mais cette fois M est présent (source: clavardage).
  • 30 décembre 2022: Eve est revue sur la tour après quelques jours d'absence: publication Facebook de Faucons de l'UdeM.
  • 16 février 2023: à partir de 15h11 j'observe 2 faucons pèlerins sur la tour dont un agit comme un nouveau venu: il tente de se percher à des endroits impossibles comme par exemple les longues fenêtres de la tour et il se perche sur l'antenne de l'École Polytechnique, un perchoir plutôt rarement utilisé. De plus les faucons sont présents sur la tour jusqu'à après le coucher du soleil, ce qui est plutôt inhabituel à cette période de l'année. Ces anomalies suggèrent la présence d'un(e) intrus(e), pourtant les 2 faucons sont parfois aussi perchés côte-à-côte comme un vieux couple et il n'y a pas les cris qui viennent habituellement avec une intrusion...  Rentré chez moi, je reçois un message d'Eve Belisle qui me demande si je n'ai pas observé de chicane puisque la femelle observée par les caméras à 15h30 ne semblait pas être Eve... Plus de détails dans cette publication Facebook.
  • 3 mars 2023: visite d'une intruse au nichoir 1, qui se fait déloger.
  • 13 et 14 mars 2023: visites d'une nouvelle femelle, baptisée Neige, avec qui M discute plutôt que de la chasser.
  • 26 et 27 mars 2023: d'abord une femelle intruse adulte passe la nuit du 26 au 27 dans le nichoir 1! Puis en après-midi du 27 mars, une autre femelle intruse, juvénile celle-là, résiste aux tentatives répétées d'un(e) propriétaire des lieux de la déloger du toit du nichoir 1! L'Université de Montréal semble avoir enregistré 2 premières durant ces 2 jours: le séjour nocturne d'une intruse dans le nichoir et la présence confirmée de 2 intruses différentes le même jour (il y avait déjà eu à au moins 2 reprises 2 intrus simultanément sur la tour mais c'était un couple, voir cet article et celui-ci). Ces 2 intrusions du 27 mars sont montrées dans cette vidéo de Faucons de l'UdeM. Voir aussi cette publication Facebook concernant l'arrivée de la première intruse le 26 mars.

En plus du faucon pèlerin, il y a également eu des intrusions de grand corbeau près du nichoir 1. Cette vidéo Facebook de Faucons de l'UdeM montre la visite de 2 corbeaux le 25 décembre 2022. Déjà le 14 décembre un corbeau avait dérobé un restant de proie à droite du nichoir 1. De plus, le 10 octobre 2022 un pygargue à tête blanche a survolé l'université.


Attaques météorologiques

Dans la nuit du 19 au 20 février 2023 peu après minuit un énorme bloc de glace s'écrase sur le nichoir 2, qui a tremblé mais qui heureusement ne s'est pas brisé. Cette captation de la caméra 3 de Faucons de l'UdeM montre l'incident ainsi que la réaction des faucons pèlerins à leur arrivée au petit matin.
 
Le 5 avril, à quelques jours de la ponte (le 1er œuf sera finalement pondu le 16 avril), un important épisode de verglas touche l'Est du Canada (page Wikipédia) et en particulier Montréal, causant de nombreuses chutes de branches et même d'arbres au complet. Le 6 avril la température grimpe rapidement au-dessus de 0C, ce qui provoque une fonte rapide de la glace. Les nichoirs sont bombardés de morceaux de glace. Comparé à l'épisode du 20 février les morceaux de glace sont nettement plus petits mais le bombardement se déroule sur une plus longue période de temps, et surtout les faucons pèlerins sont présents.   D'après le clavardage sur les caméras de Faucons de l'UdeM, les 2 faucons pèlerins visitent occasionnellement les 2 nichoirs jusqu'à 10h58 malgré les chutes de glace. J'arrive sur place à 11h10. À 11h34 des vocalises me font découvrir les 2 faucons pèlerins sur le toit du pavillon Armand Bombardier de l'École Polytechnique, un endroit assez rarement fréquenté mais où ils ne risquent pas d'être frappé par un morceau de glace. Les 2 faucons s'envolent à 12h21 et je les perds rapidement dans la brume mais les caméras de Faucons de l'UdeM enregistrent leurs arrivées au nichoir 1. À 13h35 les 3 faucons quittent la tour (entre temps le nichoir 2 avait également été visité). À 14h, comme ils n'étaient toujours pas revenus. je décide d'aller jeter un coup d’œil à l'Oratoire Saint-Joseph où les faucons avaient nichés en 2021. Là bas, Jacinthe - une employée de l'Oratoire travaillant dans l'aménagement paysager - m'interpelle depuis sa voiture pour me signaler qu'elle vient de voir un faucon pèlerin se percher pendant quelques minutes sur une corniche (je n'ai malheureusement pas eu le réflexe de lui demander à quand remontait sa précédente observation, il est donc impossible de savoir si cette visite pouvait avoir un lien avec le dérangement météorologique à l'Université de Montréal). À 15h40 je vois arriver un faucon pèlerin à un endroit susceptible d'abriter un nid:
Faucon pèlerin à l'Oratoire Saint-Joseph, 6 avril 15h40

Il s'est presque immédiatement envolé, s'est perché sur une autre façade de l'Oratoire puis a quitté vers l'Université de Montréal à 15h46. À 15h47 les caméras de Faucons de l'UdeM enregistraient l'arrivée des 2 faucons au nichoir 1.

 

Divers

  • Au moins 2 interventions humaines ont eu lieu aux nichoirs dans l'entre-saison. Le 5 octobre 2022 une intervention a eu lieu au nichoir 1 pour changer un câble de la caméra. D'après Eve Belisle les faucons pèlerins étaient présents sur la tour sur une autre façade et ne sont pas venus les voir. En revanche l'intervention du 2 décembre aux 2 nichoirs a provoqué une vive opposition des 2 faucons pèlerins, inattendue pour la saison.
  • En février 2023 des corbeaux ont amené des branches sous au moins un toit de l'Oratoire Saint-Joseph, ce qui en théorie pourrait mener à une nouvelle nidification des faucons pèlerins à cet endroit. Les corbeaux n'ont en fin de compte apparemment pas niché à l'Oratoire Saint-Joseph.

 

Accouplements et premières nuits au nichoir

Des cris d'accouplement sont captés pour la première fois le 24 mars tandis qu'un accouplement est filmé par la caméra le 26 mars. Beaucoup d'autres suivront.

Les premières nuits d'Eve au nichoir sont attendues avec impatience puisqu'elle précèdent de peu la ponte. Mais la nuit du 10 au 11 avril, c'est M qui la passe dans le nichoir 1. Cependant Eve n'était pas loin, elle est aperçue à droite du nichoir à 3h37. Le 13 avril Eve semble indiquer son choix pour le nichoir 1 en y restant pour la nuit mais à 3h01 le 14 avril elle le quitte et rejoint le nichoir 2 à 3h09 (source: clavardage).


Ponte

Durant l'hiver et au début du printemps un faucon pèlerin a dormi à l'Oratoire Saint-Joseph (probablement le mâle puisque le dortoir a continué d'être utilisé après qu'Eve ait commencé à passer la nuit au nichoir mais un 3ième individu ne peut pas être totalement exclu).  Mais durant la journée les faucons pèlerins étaient souvent présents sur la tour de l'Université de Montréal, ce qui laissait présager une autre nidification sur la tour.
 
Eve a pondu 4 œufs dans le nichoir 2 entre le 16 et le 23 avril. Voici le détail (les liens pointent vers les publications Facebook et Youtube de Faucons de l'UdeM):
Un 5ième œuf aurait théoriquement pu être pondu le 25 avril (peu probable dans la mesure où cela n'a jamais été observé avec cette femelle). Le 26 avril Faucons de l'UdeM annonçait implicitement que le compte resterait à 4 œufs avec cette vidéo Facebook montrant un relai entre les 2 adultes au nid.



Couverture médiatique

Peut-être à cause de la publicité sur le faucon pèlerin 'sick' lancée un mois plus tôt par le gouvernement du Québec pour mettre en garde contre le déclin de la langue Française, la ponte a été fortement couverte par les médias et pour la plupart d'entre eux avant même qu'elle soit complétée. D'autres facteurs qui expliquent en partie l'importance de cette couverture est la diversité des plateformes d'un même média (radio, télé et site web pour Radio-Canada par exemple) ainsi que la convergence des médias (le même article ou sa traduction qui paraissent dans des médias en apparence distincts). Finalement, comme me l'a souligné Eve Belisle, le premier article a été signé par le journaliste Mathieu Robert-Sauvé qui couvrait depuis longtemps les faucons pèlerins de l'Université de Montréal dans les médias de l'Université de Montréal (voir par exemple cette vidéo pour la chaine Youtube de l'Université de Montréal Fixez l'objectif en 2010 ou cette publication du 27 mai 2020 dans Forum/UdeM Nouvelles).

Les listes suivantes sont possiblement incomplètes: n'hésitez pas à me communiquer d'autres publications parues dans la période visée (15 au 30 avril).
 
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jeudi 21 juillet 2022

Baguage et premiers vols des 3 jeunes faucons pèlerins de la tour de l'Université de Montréal

Cet article est basé sur de nombreuses données générées par d'autres personnes ou entités, en particulier Faucons de l'UdeM (publications Facebook, vidéos, photos d'archive des caméras, clavardage, ...). Avec 2 nouvelles caméras installés depuis la dernière nidification sur la tour en 2020 et de nombreuses personnes qui font de l'observation sur place (Eve Belisle liste 8 personnes dans cette publication Facebook du 3 juillet mais les envols n'avaient pas encore commencé; cette liste est donc possiblement incomplète), ce site est plus surveillé que jamais, ce qui m'a amené à privilégier d'autres sites. Merci à eux pour leurs observations et le partage de celles-ci. 
 
Les 3 juvéniles au nichoir 2 le 9 juillet après leurs premiers vols (crédit: fauconsudem.com)

 

Baguage et choix des noms

Les 3 jeunes faucons pèlerins sont nés entre les 25 et 27 mai dans un des nichoirs installés sur la tour de l'Université de Montréal. Le baguage était prévu pour commencer à 10h le 17 juin. Il a été légèrement retardé par 2 incidents: d'abord une panne d'ascenseur a obligé l'équipe à monter à pied au 23ième étage... Puis une fois rendu en haut ils se sont rendus compte qu'ils n'avaient pas la bonne clé! Le délai a permis à Eve d’offrir une petite collation à ses fauconneaux à 10h30. Finalement c'est vers 10h55 que l'équipe a ouvert la porte extérieure donnant sur le nichoir. Eve, la femelle faucon pèlerin, avait perçu leur présence un peu avant puisqu'elle a commencé à alarmer à 10h53.

Le baguage a été retransmis en direct; au moment de publier cet article, l'enregistrement de cette diffusion atteignait 2065 vues. Par ailleurs Zénosphère a publié une vidéo montrant le baguage de l'extérieur. Il s'est passé 23 minutes entre l'ouverture de la porte pour capturer les fauconneaux et la fermeture de la porte après leur remise dans le nichoir. Contrairement aux années précédentes tous les fauconneaux ont reçu un collant de couleur sur leur bague métallique (jusqu'à présent un juvénile ne recevait pas de collant de couleur, ce qui en théorie le distinguait des autres; sauf qu'en 2019 et en 2020 un juvénile muni d'un collant de couleur avait réussi à s'en débarrasser...) et aucune offrande n'a été laissée en guise de compensation (il était d'usage de laisser une caille morte sur le toit du nichoir en guise de compensation pour le dérangement mais Eve - contrairement à la précédente femelle - refusait l'offrande). Depuis la création de ce blogue il y a eu 5 baguages à l'Université de Montréal: 20142015 (dernier baguage avec Spirit comme femelle), 2018, 2019, 2020; pour les baguages de 2009, 2010, 2011 et 2013, voir le blogue d'Eve Belisle.

La pesée des fauconneaux a permis de déduire leur sexe: 2 femelles et un mâle. Leurs noms ont ensuite été choisis sur Facebook selon le processus suivant: dans un premier temps Faucons de l'UdeM a lancé un appel à propositions. Puis le 21 juin 11 propositions ont été retenues et ont été soumises au vote. Finalement la proposition gagnante a été annoncée le 26 juin. Voici le résultat:

Nom Sexe Poids Bague patte gauche Collant patte droite
Véga
femelle 839g 83/W
jaune
Mira
femelle
851g 84/W
rouge
Sirius
mâle 683g C/77 noir

 

Premières sorties du nichoir

Il a fallu attendre le 24 juin pour voir un premier fauconneau sortir du nichoir, en l'occurrence Sirius (annonce Facebook avec vidéo).  Par comparaison en 2018 (la première année où Eve a niché à l'Université de Montréal), 2 des 4 fauconneaux sont sortis du nichoir dans les heures qui ont suivi le baguage et le nichoir a été totalement abandonné, même pour la nuit, 48 heures plus tard! (voir cet article). Certes le baguage a été réalisé alors que les fauconneaux étaient un peu plus jeunes cette année mais la nichée actuelle détient quand même le record du plus long séjour dans le nichoir parmi les nichées d'Eve (25 jours en 2018, 24 en 2019, 26 en 2020 et 28 en 2022; le nombre de jours étant calculé depuis la naissance du dernier fauconneau).

Le 29 juin les fauconneaux découvrent l'existence du 2ième nichoir (publication Facebook). C'est une première puisque ce nichoir a été installé seulement en mars. À noter que la photo ci-dessous est prise par une caméra grand angle qui a pour effet d'introduire des courbures.
Les 3 juvéniles dans le nichoir 2 le 2 juillet (crédit: fauconsudem.com)

 

2 et 3 juillet: les juvéniles rejoignent la ligne de départ

Passage quasi-obligé avant le premier vol à l'Université de Montréal, la corniche prison. C'est ainsi qu'on appelle une petite corniche située à un des coins de la tour et plus basse que le niveau du nichoir, dont les fauconneaux ne peuvent s'échapper qu'en effectuant leur premier vol (ou plus rarement en escaladant à l'aide de leur bec et de leurs pattes). Leur usage est à ce point systématique que je crois de moins en moins en la thèse de chutes accidentelles pour expliquer la présence de juvéniles à cet endroit: ces corniches sont le prochain endroit le plus naturel à explorer après avoir exploré l'étage du nichoir et les adultes en s'y perchant semblent les y attirer. Cette photo publiée par Élise Deshaies montre 2 des corniches prisons utilisées par les juvéniles cette année.

Mira est la première à être descendu, à reculons. Cela s'est passé à 18h45 le 2 juillet et la scène a été captée par une des caméras de Faucons de l'UdeM. La corniche est située sur la façade ''Polytechnique'' au coin avec la façade ''Avant''. Sirius l'a rejoint un peu plus tard. Finalement Véga a sauté à son tour le lendemain matin à 7h29 (vidéo).


Premiers vols de Sirius à partir du 3 juillet

Dans sa publication Facebook du 3 juillet, 21h43 Eve Belisle indique que Sirius ''a commencé à voler, et il est sur le bord d'une fenêtre du pavillon Roger-Gaudry, sain et sauf'' et ''les adultes ont visité à quelques reprises Sirius histoire de garder un œil sur lui tout en l'incitant à bouger''. Une photo le montre sur le bord de sa fenêtre. 

Sirius effectue plusieurs autres vols le lendemain. Dans sa publication Facebook du 4 juillet, 22h07, Eve Belisle écrit: ''Après un atterrissage un peu raté au travers des hautes herbes, Sirius a grimpé la colline près de Polytechnique et escaladé un tronc d'arbre pour se mettre en sécurité en hauteur. Ensuite juste après la mi-journée il a fait un très beau vol jusqu'au 10e étage du pavillon Roger-Gaudry. Et hop un autre vol de l'autre côté du pavillon pour atterrir sur la chapelle''. De superbes photos prises par Eve Belisle le montrent dans la verdure et sur différents perchoirs.


Premiers vols de Mira le 4 juillet

Mira a effectué son premier vol à 14h47. La scène a été captée par la caméra de Zenosphère. Mira s'est ensuite posé au sommet de la tour verte où se tenait un adulte. Elle s'est tout de suite précipité vers lui, ce qui a conduit au départ de l'adulte. Les images de la caméra 2 de Faucons de l'UdeM montrent que Mira a quitté à son tour le sommet de la tour verte à 15h05. Parmi les endroits qu'elle a visité ensuite figurent le sommet d'une des 2 tours d'eau (photo d'Eve Belisle) et au moins un autre endroit (vidéo).
 
 

Premiers vols de Véga le 6 juillet

Véga est la dernière à prendre son envol. Son départ à 12h32 est capté par 2 caméras (celle de Zenosphere et la caméra 3 de Faucons de l'UdeM) dont les images sont incluses dans cette vidéo de Faucons de l'UdeM. À première vue elle semble avoir fait une chute verticale dans un étroit corridor délimité par 3 murs de la tour et avec une sortie seulement sur un côté, ce qui oblige le faucon à s'orienter rapidement pour planer dans la bonne direction s'il veut éviter l'écrasement. Mais un examen plus attentif et le fait que l'envol a été capté en partie par la caméra 3 indiquent qu'elle n'était pas vraiment à l'intérieur de ce corridor. Véga a ensuite rejoint la tour verte où sa présence a été remarquée au début du 1er direct de la journée par Eve Belisle.  À 12h55 Miro lui apporte une proie pour la récompenser. Véga est montrée par Eve Belisle au sommet de la tour verte à l'occasion de son 2ième direct (à partir de la 40ième minute). À 14h32 Véga est rejointe sur la tour verte par Mira que j'avais repéré à 14h18 sur la tour d'eau près de la chapelle depuis la cour d'honneur. Mira quitte à 15h45, Véga à 16h30.

À 20h50 Véga est sur la façade de l'ancienne chapelle. Vers 21h04 elle saute sur le toit... et part en glissade sur ce qui est appelé par certains la pente de ski et par d'autres le toboggan! Cet épisode est montré dans cette vidéo de Faucons de l'UdeM déjà citée plus haut.

Le 7 juillet peu avant 7h Véga est sur un toit avec une proie qu'elle finit par délaisser, Mais lorsque Eve vient récupérer la proie (possiblement en vue de l'offrir à un autre fauconneau) elle proteste énergiquement. L'adulte parvient à l'éloigner de la proie puis revient s'emparer de la proie et s'envole avec. C'est ce que montre cette vidéo de Faucons de l'UdeM publiée le 7 juillet à 7h10.
 
 

Le retour des juvéniles au niveau du nichoir

Descendre est relativement facile, remonter est plus difficile... Les fauconneaux obtiennent leur brevet de vol seulement après avoir montré leur capacité à remonter au niveau des nichoirs (ou plus haut)! Parce que la tour ne peut pas être surveillée en tout temps et qu'un fauconneau qui réussit l'exploit peut très bien décider de redescendre aussitôt rejoindre les autres, il est impossible de déterminer avec certitude le moment exact où chaque fauconneau réussit l'exploit.
 
Chose certaine, à 7h36 le 9 juillet les 3 fauconneaux sont visibles près du nichoir 2 et ont donc tous à ce moment-là réussi leur remontée. La caméra 3 était dirigée au loin jusqu'à 6h07. À 6h08 elle trouve un premier fauconneau au nichoir 2; puis une nouvelle recherche avec cette caméra à 6h57 permet d'en trouver 2. Une courte vidéo a été publiée par Faucons de l'UdeM à 8h47 et des séquences montrant les 3 fauconneaux près du nichoir 2 sont incluses dans cette vidéo de Faucons de l'UdeM publiée le 10 juillet à 7h49.

Mais au moins 2 des 3 fauconneaux avaient réussi leur remontée avant le 9 juillet. D'après cette publication Facebook de Faucons de l'UdeM du 8 juillet 13h25, Eve Belisle a observé Véga monter au niveau du dôme (donc plus haut que les nichoirs) dès le 7 juillet. Quant à Sirius il a été filmé sur le toit du nichoir le 8 juillet vers 20h (d'après la caméra 1, un faucon est présent à cet endroit depuis 19h07).
 

Annexe: listes chronologiques des publications Facebook et Youtube pendant la période des premiers vols