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lundi 13 mai 2024

A propos des mouches Carnus et de leur infestation du nid de faucon pèlerin de l'Université de Montréal

Depuis 2020 le couple de faucon pèlerin qui niche à l'Université de Montréal est affecté par une infestation de mouches mangeuses de sang qui a couté la vie à 2 fauconneaux en plus de possiblement détériorer la santé d'au moins un 3ième fauconneau et qui a entrainé plusieurs interventions humaines au nichoir pour tenter de limiter les dégâts. La mouche en question a été identifiée comme appartenant au genre Carnus. Cet article apporte quelques éléments d'information sur cette mouche à l'aube d'un possible nouvel épisode.

Organisation de l'article. Je commence par donner dans la section 1 quelques informations en bref sur la mouche. Je rappelle ensuite les épisodes d'infestation du nid de faucon pèlerin de 2020 à 2023 à l'Université de Montréal et (peut-être) à l'Oratoire Saint-Joseph. La section 3 est consacrée à une justification des affirmations faites dans la section 1 et à d'autres informations plus pointues sur la mouche. Finalement dans la section 4 je propose deux explications possibles pour l'infestation de mouche à l'Université de Montréal et j'explique pourquoi ce pourrait être préférable de ne pas intervenir et de laisser faire la nature. 

Remerciements: mes remerciements vont d'abord à Eve Belisle pour ses réponses à mes nombreuses questions et pour ses importantes contributions, dans le cadre de Faucons de l'UdeM qu'elle a créé, aux nidifications du faucon pèlerin à l'Université de Montréal via la mise en place de nichoirs et le partage des images par un système de caméras. Merci également au docteur Guy Fitzgerald de l'UQROP, à Jo-Annie Gagnon du Nichoir et à Marilou Skelling d'Environnement Faucon pour leurs réponses à mes questions.


1. En bref

  • La mouche Carnus Hemapterus, principal représentante du genre Carnus et la plus étudiée, mesure jusqu'à 2 mms et se présente à l'âge adulte sous 2 formes: une forme ailée et une forme non-ailée.  Les ailes seraient perdues après que l'adulte ait trouvé des oisillons dont il peut se nourrir du sang. Les femelles pondent des œufs dans le nid. Les larves passent l'hiver dans le nid où ils se nourrissent de débris organiques. La transformation de la larve en mouche adulte coïncide avec la naissance des oisillons. Les mouches disparaissent lorsque les plumes commencent à apparaitre chez les oisillons.
  • Les mouches atteindraient un nid de différentes façons: en naissant sur place d’œufs pondus l'année précédente, en arrivant en vol depuis l'extérieur ou en voyageant sur des proies. Il ne semble pas que les mouches soient transportées par les parents..
  • Les excréments des mouches sur les œufs favorisent le développement de bactéries dont certaines peuvent pénétrer à l'intérieur de l’œuf et causer la mort de l'embryon .
  • Le Nichoir, qui prend soin des oiseaux sauvages malades ou orphelins dans la région de Montréal  en vue de les retourner dans la nature (à l'exception de 2 catégories d'oiseau: les oiseaux de proie qui sont gérés par l'UQROP, et les pigeons) est familier avec un parasite correspondant à la description de la mouche Carnus (qui ne semble cependant pas avoir été formellement identifié en tant que tel), tant sous sa forme ailée que non-ailée (cette dernière forme est appelée 'mite' par Le Nichoir). Ce parasite est trouvé sur des oisillons apportés au refuge lorsque le nid a été accidentellement détruit et sur de jeunes oiseaux apprenant à voler et recueillis au sol. Ce parasite est surtout vu sur des étourneaux (formes ailée et non-ailée) mais les mites sont aussi rencontrées chez les cardinaux, merles et quiscales (cette liste a été donnée de mémoire et n'est donc possiblement pas exhaustive; à noter que comme les pigeons ne sont pas admis au Nichoir, on ne sait pas si cette proie très appréciée des faucons pèlerins est affectée par ce parasite). Un grand merci à Jo-Annie Gagnon, coordonnatrice des soins aux oiseaux au Nichoir, pour avoir pris le temps de répondre à mes questions. 
  • D'après le docteur Guy Fitzgerald de l'UQROP la mouche qui a infesté les fauconneaux à l'Université de Montréal est du genre Carnus mais en date de juin 2020 il restait à confirmer qu'il s'agissait de l'espèce Carnus Hemapterus. Il semble que le cas de l'Université de Montréal était le premier où ce parasite a été observé par la Clinique des oiseaux de proie (d'après Eve Belisle qui a beaucoup échangé avec le docteur Fitzgerald à ce sujet). (La mouche Carnus est cependant connue pour infester des nids de faucon pèlerin sur la côte est des États-Unis, voir cet article de mon blogue pour plus de détails.)

 

2. Rappel des évènements à l'Université de Montréal: 2020-2023

2020

Eve n'étant pas baguée il y aura toujours un léger doute sur son identification - d'autant que son mâle Éole (né en 2011 sur la tour de l'Université de Montréal et bagué) a eu une relation avec au moins 2 femelles différentes - mais il semble que la relation Éole/Eve ait débuté en 2014 à l'incinérateur des Carrières, voir cet article du blogue d'Eve Belisle (le nom d'Eve choisi par Richard Dupuis pour la femelle d'Eole ne s'était pas encore imposé). À l'automne 2014 Eole remplace son père Roger à l'Université de Montréal et a dès lors 2 compagnes: Eve et sa mère Spirit. En 2015 Eve et Eole mènent 4 fauconneaux à l'envol à l'église Saint-Marc et en 2016 2 fauconneaux à l'incinérateur des Carrières. En 2017 Eve parvient à chasser Spirit de l'Université de Montréal et devient la seule femelle d'Éole. En 2018 le couple Eve/Eole amène pour la première fois 4 fauconneaux à l'envol à l'Université de Montréal. Puis 4 autres en 2019.
 
Eole est vu pour la dernière fois par une caméra de Faucons de l'UdeM le 5 avril 2020 vers 9h du matin. Le 6 avril au matin un nouveau mâle - baptisé Sphinx - accompagne Eve jusqu'au nichoir. Le 7 avril à 18h30 Eve pond son premier œuf, voir cet article pour plus de détails. Au total 3 œufs seulement seront pondus avec des écarts inhabituellement longs entre les différents œufs. Dans un premier temps Sphinx ne participe pas à la couvaison, ce qui résulte en plusieurs périodes de plus de 2 heures où les œufs ne sont pas couvés;  ce n'est que le 25 avril que Sphinx commence vraiment à couver, voir cet article pour plus de détails.

À la surprise de beaucoup, malgré ces importantes perturbations de la couvaison, les 3 œufs éclosent les 23 et 24 mai! La dernière éclosion est particulièrement longue et difficile (œuf partiellement écrasé, sang visible), voir cet article. 

Lors de leurs premiers repas les fauconneaux peinent à rester debout; de plus des tâches noires sont visibles sous leurs ailes. Dans l'après-midi du 27 mai des mouches sont aperçues (voir cette vidéo de Faucons de l'UdeM). En concertation avec la Clinique des oiseaux de proie, une intervention est programmée pour le lendemain matin mais il est trop tard pour le dernier-né, qui affaibli par sa difficile éclosion, est décédé durant la nuit ou tôt le matin. Le cadavre et les 2 survivants ont été amenés à la Clinique des oiseaux de proie par Eve Belisle. Les 2 fauconneaux encore vivants ont été traités à la Clinique puis replacés dans le nichoir l'après-midi du même jour. Un 2ième traitement a été administré aux fauconneaux sur la tour-même le lendemain. Voir cet article pour plus de détails.

Après avoir éte bagués le 16 juin et reçu par la même occasion un autre traitement contre les mouches, les 2 fauconneaux - 2 femelles baptisées Vanadis et Donna - ont effectué leurs premiers vols entre le 30 juin et le 9 juillet. Elles ont cessé d'être observés dans le voisinage du nid vers la mi-août - début septembre  (ce qui est tout à fait normal).

2021

En 2021 à la surprise générale le couple de faucon pèlerin choisit d'aller nicher dans un ancien nid de corbeau à l'Oratoire Saint-Joseph. Cela faisait quelques années que l'on voyait l'un ou l'autre des faucons dans l'un de ces nids de corbeau mais jusqu'à là le couple était toujours venu nicher sur la tour de l'Université de Montréal. Le 7 avril s'est produit une cassure brutale: les faucons ont brusquement cessé de fréquenter l'Université de Montréal et n'étaient plus que visibles à l'Oratoire Saint-Joseph où ils ont finalement niché. Dans cet article je passe en revue différents facteurs qui pourraient éclairer la décision du couple de déménager (un de ces facteurs est ce qui aurait pu être vu par le couple comme une prédation réussie par les humains sur un fauconneau qui était en réalité déjà mort mais ce n'était probablement pas le seul facteur).
 
Puisque ce nid n'était pas suivi par caméra on sait peu de chose sur cette nidification, sinon que 2 fauconneaux seulement ont atteint le stade où ils étaient visibles depuis le sol. On ignore en particulier combien d’œufs ont été pondus, combien ont éclos et ce qui est arrivé aux éventuels fauconneaux en surnombre. Un des 2 fauconneaux était un mâle (baptisé Jean en l'honneur de Me Jean Masson qui durant sa vie était fortement impliqué dans la protection des fauconneaux nés sur la tour de la Bourse) et l'autre une femelle (baptisée Jacinthe). Seul le mâle a pu être bagué, en profitant qu'il s'est retrouvé au sol à l'occasion de son premier vol.
 
Fait remarquable: Jean s'est fracturé par 2 fois une aile! Il a été trouvé au sol blessé une première fois à Montréal pas très loin du nid le 29 juillet puis près d'Utica dans l'état de New-York le 8 novembre, voir cet article. Il a à chaque fois été soigné puis relâché.

Il n'est pas clair si les mouches ont perturbé la nidification cette année-là mais on peut remarquer 2 choses potentiellement suspectes dans cette nidification:
  • Faible nombre de fauconneaux. Ce nombre contraste avec la production d'Eve lors des 3 années précédentes: 4 fauconneaux en 2018 et en 2019, 3 fauconneaux en 2020 (seulement 3 œufs avaient été pondus cette année-là, possiblement à cause du changement de mâle qui a coincidé avec le début de la ponte; un des fauconneaux est mort peu de temps après sa naissance). Ce faible nombre pourrait être attribuable à une autre cause que les mouches, par exemple à une difficulté d'adaptation au nouveau type de nid (mais Eve avait eu 4 fauconneaux lorsqu'elle avait niché dans un endroit assez similaire à l'église Saint-Marc en 2015) ou à de la prédation. Mais on ne peut pas exclure que ce faible nombre soit attribuable à un ou plusieurs  décès causés par les mouches comme en 2020 et en 2023.
  • Le double accident de Jean. La première année est difficile pour les jeunes faucons pèlerins et une proportion non négligeable n'y survit pas.  Les juvéniles peuvent être victime d'accidents, être tué par un autre oiseau de proie, mourir de maladie ou tout simplement mourir de faim faute d'avoir su développer une bonne technique de chasse.  Les chances de retrouver un faucon pèlerin blessé ou décédé sont a priori faibles compte tenu qu'il peut se retrouver à un endroit peu fréquenté (comme par exemple un toit) et/ou être rapidement mangé par un autre animal. Les 2 accidents de Jean pourraient s'expliquer par le destin normal des jeunes fauconneaux, doublé de la chance d'avoir été par 2 fois trouvé par un bon Samaritain. Mais on ne peut pas totalement exclure que Jean souffrait d'une fragilité quelconque (d'ordre neurologique ?) qui aurait pu résulter de l'exposition à des mouches ou aux bactéries qui les accompagnent et qui l'aurait rendu plus susceptible d'être victime d'un accident.
D'après Eve Belisle, au moment du baguage de Jean, les mouches n'ont pas été spécifiquement recherchées mais l'examen de routine n'a rien révélé d'anormal.

2022

Le 21 mars 2022 Sphinx est remplacé par un nouveau mâle après une courte bataille dans le nichoir 1.  Ce nouveau mâle est baptisé Miro, voir cet article de blogue pour plus de détails.

Du 16 au 23 avril 2022 Eve pond 4 œufs dans le nichoir 1. Entre le 25 et le 27 mai 3 des 4 œufs éclosent. Le baguage (et la mesure du poids qui vient avec) effectués le 17 juin révèlent que les fauconneaux sont 2 femelles et un mâle, nommés Véga, Mira et Sirius. Quelques mouches ont été trouvées sur les fauconneaux à cette occasion mais l'infestation était beaucoup plus modérée qu'en 2020 et en 2023, en particulier il n'y a eu ni décès ni nécessité de traiter les fauconneaux.
 
Les fauconneaux effectuent leurs premiers vols à partir du 3 juillet et sont tous capables de remonter sur la tour le 9 juillet, voir cet article pour plus de détails.  Malheureusement le 20 août Faucons de l'UdeM annonçait que le corps de Mira avait été trouvée sans vie au fond de la grande cheminée de l'École Polytechnique, voir aussi cet article.


2023 

Le 22 octobre 2022, Miro est remplacé par un nouveau mâle, baptisé Monsieur ou tout simplement M. Le 16 avril 2023 Eve pond le premier de 4 œufs dans le nichoir 2. C'est la première fois qu'une nidification a lieu dans ce nichoir.

Sur les 4 œufs pondus, seulement 2 éclosent, le 28 mai. C'est la première fois qu'autant d’œufs n'éclosent pas à l'Université de Montréal dans des circonstances en apparence normales (en particulier il n'y a apparemment pas eu d'interruption significative de la couvaison). Lorsque examinés par mirage à la Clinique des oiseaux de proie, les 2 œufs non éclos ne montraient aucun développement embryonnaire.  

Le 31 mai un des fauconneaux décède. Les mouches Carnus sont identifiées comme la cause probable du décès dans cette publication Facebook de Faucons de l'UdeM, qui indique en outre que le 2ième fauconneau semble aussi atteint: difficulté à se tenir debout, taches noires sous les ailes.

Le 2 juin, une intervention est effectuée par Faucons de l'UdeM pour débarrasser le fauconneau survivant de ses mouches et le nourrir. Le fauconneau reprend du mieux suite à cette intervention.
 
Le 17 juin Faucons de l'UdeM annonce sur Facebook que le fauconneau souffre d'une anomalie de la croissance des ailes. Possiblement en raison de cette anomalie, le fauconneau perd la vie le 4 juillet lors d'une chute d'une vingtaine d'étages.

Pour plus de détails sur cette nidification 2023, voir cet article de blogue.



3. Plus sur Carnus Hemapterus

La fin de cette section contient une courte liste de publications qui sont référencées dans les sous-sections suivantes.

Généralités

D'après Wikipédia [6] le genre Carnus est composé de 5 espèces de mouches, toutes des parasites d'oiseau.  L'espèce Carnus Hemapterus est la seule du genre Carnus à être largement répandue en Europe et dans les régions froides et tempérées d'Asie et d'Amérique du Nord d'après Wikipédia [7]. Carnus Hemapterus est aussi la plus étudiée. Le premier point de la section 1 de cet article provient en grande partie de Wikipédia [7].  Le fait que la mouche perd typiquement ses ailes après avoir trouvé un hôte est mentionné par Valera et al.  [3].  
 
Une photo en gros plan d'une mouche Carnus prélevée sur un fauconneau en 2020 a été publiée par le Dr. Fitzgerald en commentaire de cette publication Facebook de Faucons de l'UdeM (rappelons que cette mouche mesure autour de 1,5mm). 

Quelle est la durée de vie d'une mouche ?

Veiga et al. [9] ont déterminé que la durée de vie moyenne d'une mouche Carnus Hemapterus (depuis le moment où la larve s'est transformée en mouche) est d'environ 55 heures, mais c'était en l'absence de leur nourriture préférée, c'est-à-dire d'oisillon gorgée de sang. On peut imaginer plus généralement que les mouches décèdent lorsque leur nourriture devient inaccessible, c'est-à-dire lorsque les oisillons acquièrent leur plumage. En effet, comme les mouches ont perdu leurs ailes, elles peuvent difficilement chercher une autre source d'alimentation, et de toute façon les oisillons ne sont présents qu'à certains mois de l'année. Par contre si on considère l'ensemble du cycle de vie de la mouche, elle pourrait survivre sous forme de larve pendant plusieurs années si le nid d'oiseau n'est pas utilisé. 

Comment les mouches colonisent-elles un nid ?

Une partie des mouches trouvées dans un nid d'oiseau est constituée de celles qui y sont nées. Mais pour cela il fallait qu'il y ait des mouches l'année précédente pour pondre les œufs. Pour coloniser un nouveau nid, les mouches arriveraient soit sur des proies, soit en volant. Poulin [2] écrit ''Les immigrants trouvent les sites de reproduction de leur hôte en volant ou en étant transportés sur les proies, mais probablement pas en s'accrochant aux chouettes adultes, car ces mouches n'ont toujours été trouvées que sur des oisillons [3 références omises]'' (d'après Tomas et al [8], au moins chez certaines espèces d'oiseau, Carnus Hemapterus se nourrirait aussi sur l'oiseau couveur; mais l'adulte serait alors plus une victime collatérale de l'infestation que sa cause). Incidemment la réponse du Nichoir semble confirmer que ces mouches ne s’intéressent qu'aux oisillons ou aux jeunes oiseaux qui viennent de quitter le nid. Dans sa recherche, Poulin [2] a constaté que le nombre de mouches ailées restait constant durant la nidification des chouettes, malgré qu'une partie de ces mouches perdent leurs ailes, ce qui indique que la population ailée est continuellement alimentée soit par des larves nées sur place et qui se métamorphosent en mouche, soit par l'arrivage par la voie des airs de mouches venues de l'extérieur.

La gravité d'une infestation déterminée par la génétique des parents oiseaux ?

Tout comme certains humains se font plus piquer que d'autres par les maringouins, les individus oiseau ne seraient pas égaux face aux mouches Carnus. Une intrigante étude par Roulin et al. [1] suggère que chez l'effraie des clochers, le nombre de mouches trouvées sur les oisillons (et donc l'intensité de l'infestation) varie en fonction de si le nichoir était utilisé ou pas l'année précédente mais aussi en fonction de la proportion de noir sur le plumage de la femelle! (le plumage de l'effraie des clochers varie de blanc immaculé à fortement taché de noir; de plus la femelle est la seule à couver les œufs et les oisillons). Plus la femelle est tachetée, moins il y a de mouches sur les oisillons et moins ces mouches sont fécondes. Selon les auteurs qui s'appuient sur des études similaires, les ornements des oiseaux (dans ce cas-ci, la proportion de tâches noires dans le plumage de la femelle) fourniraient aux partenaires potentiels des informations sur la santé d'un individu (dans ce cas-ci la résistance aux parasites) et les aideraient à décider s'ils veulent former ou non un couple avec cet individu. De plus il a été montré que ces traits sont héritables génétiquement parlant.
 

Un produit anti-mouches sécrété par les plumes de certains oiseaux ?

Pour expliquer que certaines chouettes ont un nombre plus réduit de mouches sur leurs oisillons, il a été spéculé que les plumes de certains individus contiendraient une substance toxique pour les mouches. Dans [2] Poulin écrit ''Un test simple de cette hypothèse serait de mesurer las survie et le succès de reproduction des mouches en présence et absence de plumes, car il a été proposé que celles-ci contiennent des substances toxiques pour les ectoparasites (Winkler, 1993)''. L'article cité (Winkler [5]) étudie l'hirondelle bicolore qui a la particularité d'inclure dans son nid des plumes d'autres oiseaux. Winkler.a constaté que dans les nids où ces plumes étaient retirées, les oisillons avait une croissance moins rapide et étaient davantage infestées par des parasites. S'il est vrai que les plumes de certains oiseaux contiennent une substance toxique pour les mouches, on peut imaginer que la production ou non de cette substance (ou son intensité) est déterminée par la génétique de l'oiseau.
 

Effet indirect des mouches sur le développement embryonnaire

Les mouches Carnus Hemapterus pourraient avoir un effet indirect nuisible aux fauconneaux avant même leur naissance. En effet des études citées par Wikipédia [7] (l'une d'elles est Tomas et al. [8]) ont montré que les excréments des mouches sur les œufs favorisent le développement de bactéries, qui à cause de la porosité de l’œuf peuvent pénétrer à l'intérieur et s'attaquer à l'embryon.

Références

Carnus Hemapterus fait l'objet de nombreux articles scientifiques. Pour donner une idée de leur nombre, une recherche effectuée le 4 mai 2024 dans Google Scholar avec le mot-clé ''Carnus Hemapterus'' a donné 549 résultats: il n'était évidemment pas question pour moi de tout lire! Voici quelques articles que j'ai soit lu, soit simplement parcouru le résumé. Les références sont données sans ordre particulier.
  • [1] A. Roulin, C. Riols, C. Dijkstra et A.-L. Ducrest: ''Female plumage spottiness signals parasite resistance in the barn owl (Tyto alba)'', Behavioral Ecology vol. 12 No. 1: 105-119 (2001)
  • [2] A. Roulin: ''Cycle de reproduction et abondance du diptère Carnus Hemapterus dans les nichées de chouettes effraies Tyto alba'', Alauda, revue internationale d'Ornithologie vol. 66 (4) 265-272 (1998). Fichier .pdf disponible sur le site ''The diptera Site'' à ce lien.
  • [3] F. Valera, A. Cassa-Crivillé and H. Hoi: ''Interspecific parasite exchange in a mixed colony of birds'', The Journal of Parasitology' vol. 89 (2) 245-250 (2003)
  • [4] Danks HV. ''LONG LIFE CYCLES IN INSECTS'', The Canadian Entomologist. 1992;124(1):167-187. doi:10.4039/Ent124167-1 
  • [5] D. W. Winkler: ''Use and importance of feathers as nest lining in Tree Swallows (Tachycineta bicolor)'', The Auk vol. 110 (1): 29-36 (1993)
  • [6] Wikipédia: ''Carnus (fly)''. Lien (en anglais, cet article n'est pas disponible en français)
  • [7] Wikipedia: ''Carnus Hemapterus''. Lien (en anglais, cet article n'est pas disponible en français).
  • [8] G. Tomas, D. Martin-Galvez, C. Ruiz-Castellano, M. Ruiz-Rodriguez, J.M. Peralta-Sanchez, M. Martin-Vivaldi, j.j. Soler: ''Ectoparasite activity during incubation increases microbial growth on avian eggs'', Microbial ecology vol. 76 p. 555-564 (2018)
  • [9] J. Veiga, E. Moreno, J. Benzal et F. Valera: ''Off-host longevity of the winged dispersal stage of Carnus Hemapterus (insecta: diptera) modulated by gender, body size and food provisioning'', Parasitology vol 146 p. 241-245 (2018).
     


4. Discussions

4.1. Première théorie pour la cause de l'infestation à l'Université de Montréal: un ou les 2 adultes ont une mauvaise résistance génétique face cette mouche

Cette théorie est basée sur l'observation que l'intensité de l'infestation et la fécondité des mouches semblent dépendre de la génétique de la femelle chez l'effraie des clochers. Je suppose ici que quelque chose de similaire se passe chez le faucon pèlerin. Pour simplifier, je suppose de plus que le mécanisme à l’œuvre est la présence d'une substance toxique pour les mouches dans les plumes (c'est une hypothèse qui est envisagée mais qui n'est pas prouvée), la production de cette toxine dépendant de la génétique. La toxine ne tuerait pas nécessairement les mouches mais les rendrait moins efficaces et nuirait à leur reproduction.

Contrairement à l'effraie des clochers, chez le faucon pèlerin le mâle et la femelle couvent tous les deux les œufs et les oisillons. Si les 2 parents secrètent la toxine, l'effet protecteur contre les mouches sera maximal et on peut imaginer que toutes les mouches seront neutralisées car constamment en contact avec la toxine. Si un seul parent sécrète la toxine, les mouches pourraient reprendre du mieux lorsque l'autre parent - celui qui ne sécrète pas la toxine - prend place dans le nid: dans ce cas il pourrait soit y avoir aucun effet des mouches sur les fauconneaux, soit un effet modéré. Si aucun des adultes ne sécrète la toxine, les mouches ont le champ libre et les effets négatifs sur les oisillons seront maximaux. Je vais essayer d'argumenter que les 2 membres du couple actuel pourraient ne pas sécréter la toxine. Pour cela, examinons les différents faucons pèlerins adultes impliqués:

Eve

C'est la femelle du couple actuel. Rien n'indique qu'il y a eu un problème de mouche dans ses nidifications jusqu'à l'arrivée de Sphinx en 2020. En 2018 et 2019, Eve a niché sur la tour de l'Université de Montréal sous l’œil des caméras et ses juvéniles ont été examinés lors de leur baguage sans qu'aucune anomalie ne soit constatée. En 2015 (sous la réserve habituelle qu'il n'y a pas eu d'erreur d'identification) elle a amené à l'envol 4 fauconneaux à l'église Saint-Marc. De 2015 à 2019, son mâle était Eole, fils de Spirit (il est intéressant de noter que les nidifications de Spirit ne semblent pas non plus avoir été impactées par les mouches). Se pourrait-il que ce soit Éole qui ait protégé les fauconneaux d'Eve contre les mouches ?
 

Sphinx et M

Les 2 infestations sévères de 2020 et 2023 ont eu lieu sous le règne des mâles Sphinx et M respectivement. Il est intéressant de noter qu'avant l'infestation de 2023, Eve Belisle était d'avis que M était Sphinx; cependant comme il n'y avait pas consensus au sein de l'équipe, un nouveau nom a été donné au mâle. Que M et Sphinx soient ou non 2 individus distincts ne change finalement pas grand chose: les 2 mâles pourraient ne pas produire la toxine.
 

Miro

C'était le mâle du couple en 2022. Lors du baguage des fauconneaux, des mouches ont été trouvées sous leurs ailes mais l'infestation était beaucoup moins sévère qu'en 2020 et 2023, en particulier aucune intervention au nichoir n'a été nécessaire.
 
 
Il parait donc possible que Eve, Sphinx et M ne secrètent pas de toxine contre ces mouches, contrairement à Eole et à Miro. Si cette théorie est correcte, on peut espérer une amélioration de la situation lors du prochain changement dans la composition du couple, que ce changement concerne le mâle ou la femelle. Pour simplifier j'ai raisonné en termes de toxine générée par les plumes mais ce raisonnement peut s'étendre à d'autres mécanismes anti-parasitaires.


4.2. Deuxième théorie pour la cause de l'infestation à l'Université de Montréal: infestation des nombreux nids d'étourneaux près des nichoirs de faucon pèlerin

Selon cette théorie, les mouches Carnus auraient commencé par infester les nombreux nids d'étourneaux du pavillon Roger Gaudry non loin du nichoir puis les mouches auraient ''découvert'' le nid de faucon pèlerin (il n'est pas clair comment cette information se transmettrait d'une année à l'autre mais si les mouches sont présentes en grand nombre il est inévitable que certaines découvrent les fauconneaux; il est possible aussi que le nettoyage des nichoirs à l'automne ne parvienne pas à tuer tous les œufs/larves de mouches). Cette théorie s'appuie sur le fait que d'après la littérature scientifique les nids d'étourneaux semblent être particulièrement infestés par ces mouches, une information que semblent confirmer les données du Nichoir. Si cette théorie est correcte, la mauvaise nouvelle est que ces mouches sont probablement là pour rester, du moins tant qu'il n'y a pas de travaux d'envergure pour refaire les façades dans ce secteur (une lueur d'espoir est que l'Université de Montréal semble actuellement engagée dans de tels travaux dans d'autres secteurs du campus). 
 
Un point faible de cette théorie est que si le nombre réduit de fauconneaux à l'envol à l'Oratoire Saint-Joseph a été causé par les mouches, cette théorie n'explique pas leur présence là-bas. Il faudrait aussi accepter la coïncidence entre le remplacement d'Éole par Sphinx et la découverte du nid de faucon pèlerin par les mouches (à moins que les mouches aient ''senti'' le sang du fauconneau qui a eu de la difficulté à éclore ?)


4.3. Quelques arguments en faveur d'une non-intervention

Les fauconneaux qui naissent sur la tour de l'Université de Montréal ont la particularité de se retrouver dans un grand nombre de foyers via les écrans, ce qui crée envers eux un attachement bien compréhensible.  Mais il n'en reste pas moins que ce sont des animaux sauvages. Et si au Québec on peut être puni pour des mauvais soins à un animal de compagnie, pour les animaux sauvages  la loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune stipule que ''Nul ne peut déranger, détruire ou endommager le barrage du castor ou les œufs, le nid ou la tanière d’un animal'' (c'est moi qui souligne). Des exceptions sont prévues par la loi mais à ma connaissance aucune ne permet à un particulier d'intervenir sur un nid sous prétexte qu'il s’inquiète pour ses occupants: une autorisation du Ministère est nécessaire. Le cas du nid de faucon pèlerin de l'Université de Montréal est un peu spécial puisqu'il semble que les interventions - toujours effectuées en consultation avec des experts - soient tolérées par le Ministère. Je pense néanmoins que c'est une situation où il faudrait laisser faire la nature et je présente quelques arguments en ce sens.   
  • Une intervention sans l'autorisation explicite du ministère, qui plus est à un nid aussi médiatisé que celui de l'Université de Montréal, transmet le message erroné que n'importe qui peut intervenir sur un nid à partir du moment où il a des inquiétudes sur la santé de ses occupants. Cela peut mettre d'autres nids - et pas seulement de faucon pèlerin - à risque de dérangement par des personnes pensant bien faire.
  • Une intervention ne garantira pas nécessairement la bonne santé des fauconneaux comme l'a montré tristement ce qui s'est passé en 2023. Les fauconneaux pourraient déjà avoir des dommages résultant de l'anémie provoquée par les mouches au moment où l'intervention est effectuée. Une solution pourrait être une intervention préventive avant que les symptômes soient constatés mais une telle intervention a davantage de chance de nécessiter une autorisation explicite du ministère; ne pas oublier non plus que les bactéries favorisées par les déjections des mouches pourraient avoir affecté les fauconneaux alors qu'ils étaient encore dans leur œuf.
  • Un fauconneau qui survivrait grâce à l'intervention humaine pourrait avoir hérité du bagage génétique favorisant ces mouches (surtout si ses 2 parents ont le ''mauvais'' gène), ce qui pourrait condamner ses petits à lui s'il forme un couple. Autrement dit, on ne peut pas exclure que le drame qui se joue dans le nichoir est un mécanisme de sélection naturelle destiné à renforcer la protection de la population de faucon pèlerin face à ce parasite en limitant la descendance d'individus mal armés génétiquement pour lutter contre lui.
  • Les parents faucon pèlerin ne semblent pas totalement dépourvus face à ces mouches. Par exemple dans cette vidéo publiée par Faucons de l'UdeM on voit le mâle donner de petits coups de bec sur le corps d'un fauconneau nouveau-né, il n'est donc pas inconcevable que les adultes puissent retirer eux-même des mouches. Encore faut-il qu'ils réalisent que les mouches sont le problème. Or à l'Université de Montréal jusqu'à présent, à chaque fois qu'il y a eu décès d'un fauconneau à cause des mouches, des êtres près de 1000 fois plus grand que les mouches ont fait irruption au nichoir: on pourrait comprendre que les faucons pèlerins aient du mal à réaliser que ceux sont les petites mouches qui sont le problème! Il est malheureusement possible qu'une ou plusieurs saisons sans aucun fauconneau survivant soient nécessaires. Ces échecs pourraient possiblement aussi entrainer la dissolution du couple puis la formation d'un nouveau couple, ce qui pourrait être une autre façon de régler le problème si la théorie 1 est correcte.
  • Les faucons pèlerins attrapent occasionnellement des insectes, même si on peut penser qu'ils les préfèrent en vol et de taille plus grosse que la mouche Carnus. 
  • L'irruption au nid d'humain dans la phase la plus critique de la nidification, celle où il y a des fauconneaux sans défense, pourrait potentiellement avoir pour effet d'inciter le couple de faucon pèlerin à chercher un endroit plus sécuritaire où nicher. En allant nicher à l'Oratoire Saint-Joseph en 2021, Eve a démontré qu'elle avait cette capacité à trouver un endroit alternatif. (Il est parfois question d'alternance entre des sites de nidification mais cette alternance se manifeste à mon avis surtout pour les sites naturels où le nid est attaquable par des prédateurs terrestres. Si le couple de faucon pèlerin trouve un endroit sécuritaire où nicher, je ne vois pas de raison pourquoi il ne l'utiliserait pas à nouveau les années suivantes et c'est d'ailleurs ce qui s'est passé pour la tour de l'Université de Montréal jusqu'en 2020). Si Eve décidait de nicher ailleurs qu'à l'Université de Montréal, il est possible que l'on perde pour longtemps la capacité à suivre par caméra leur nidification (rappelons que les faucons pèlerins ne sont pas revenus nicher à l'Université de Montréal par choix en 2022 mais parce que des travaux se déroulaient sur la façade de l'Oratoire Saint-Joseph où ils avaient niché en 2021).

 

4.4. Divers

  • L'apport d'une proie dans le nichoir par un adulte (généralement un mâle) pourrait aussi potentiellement contribuer au problème. Le 26 avril 2020 Sphinx a par exemple trainé une proie sur les œufs comme s'il voulait les nourrir (source: vidéo Youtube de Faucons de l'UdeM partagée sur la page Facebook de Faucons de l'UdeM). Je me souviens avoir lu sur le clavardage de la caméra de Faucons de l'UdeM plus tôt cette année une phrase qui suggère que M aurait aussi amené une proie dans le nichoir, quoique avant la ponte des œufs. J'ignore comment se comportaient Miro et Éole à ce propos (Eole avait amené une proie dans le nichoir le 26 avril 2017 au moment où il y avait déjà des œufs mais c'était dans le contexte très particulier où ses 2 femelles se battaient dans le nichoir; on ne peut pas totalement exclure que l'apport de proie était relié à cet évènement exceptionnel). Je ne pense pas cependant que l'apport de proie dans le nichoir ait un effet très important sur la population de mouches: il faudrait déjà que la proie soit un juvénile et qu'elle soit infestée de mouches (non ailées puisque les mouches ailées pourraient de toute façon facilement se déplacer depuis la corniche où les proies sont mangées); de plus rappelons que seuls les adultes se nourrissent du sang des oisillons et qu'un œuf de mouche met 1 an à donner une mouche adulte: il ne peut donc pas y avoir d'explosion du nombre de mouches suite à l'apport de quelques unes sur une proie. Par contre l'apport d'une proie dans le nichoir avant la naissance des oisillons pourrait y amener des bactéries et autres pathogènes qui eux pourraient se multiplier rapidement et ultimement aggraver les effets de l'infestation de mouches.
  • Une question sans réponse est si la non-éclosion de 2 œufs en 2023 pourrait s'expliquer par une mort embryonnaire possiblement causée par des bactéries favorisées par la présence des mouches. Le 5 juin 2023, Faucons de l'UdeM a écrit sur Facebook: ''Les œufs non-éclos récoltés au nid étaient clairs: pas de développement embryonnaire''. L'examen est typiquement fait par mirage, c'est-à-dire en examinant les œufs par transparence sous une forte lumière, mais ce type d'examen n'est probablement pas capable de détecter un développement embryonnaire qui a été interrompu à un stade précoce.
     
 




 

dimanche 24 décembre 2023

Réapparition de Marie!

Au Canada les faucons pèlerins sont bagués par des biologistes dans le cadre d'un programme fédéral de suivi de l'espèce. Mais ce sont probablement les amateurs comme moi qui sont les plus excités lorsqu'un individu observé il y a presque 10 ans refait surface!

C'est ce qui est arrivé avec Marie, une femelle qui a été relâchée en juillet 2015 à l'Université de Montréal à l'initiative de l'UQROP dans le but d'être adoptée par le couple nicheur. En septembre 2023 elle a été réadmise à la Clinique des oiseaux de proie de l'UQROP après avoir été trouvée au sol blessée à Drummondville. Après avoir reçu des soins, elle a été relâchée le mois dernier.

Marie à l'Université de Montréal, 8 juillet 2015

Cet article est organisé comme suit. dans la 1ière section je commence par rappeler plus en détails l'histoire de Marie, avec les références vers les différentes publications la concernant. Puis je mets en avant des faits qui pourraient éclairer la présence de Marie à Drummondville. D'abord l'observation en juillet 2021 d'un faucon pèlerin ayant le même profil de baguage que Marie, qui pourrait suggérer que Marie était déjà dans le secteur en 2021 (section 2). Et également l'observation de juvénile(s) en juillet-août à 2 endroits de Drummondville distants de 15kms, qui permet d'envisager la possibilité que Marie pourrait nicher dans le secteur de Drummondville. D'autres informations tirées de l'examen des rapports eBirds sont également données dans cette 3ième section.

Le type de bague dont Marie est équipé est presque impossible à lire à distance, même avec un puissant objectif. D'autant plus que les photos doivent être faites sans déranger l'oiseau ou son nid (le faucon pèlerin et sa nidification sont protégés par diverses lois fédérales et/ou provinciales). Il ne sera donc peut-être pas possible de prouver hors de tout doute que Marie a fondé sa propre famille. Un objectif sans doute plus facile à atteindre est d'obtenir d'autres preuves de la présence à Drummondville d'un faucon pèlerin bagué à la patte gauche uniquement. La photo prise par Rollande Descôteaux prouve que cela est possible sans déranger l'oiseau, voir la section 2. Donc si vous observez un faucon pèlerin (adulte) perché et êtes en mesure de prendre des photos, essayez d'attendre qu'il montre sa patte gauche (ceci arrive par exemple quand il s'étire, se gratte ou défèque). Une photo prise lors d'un survol peut aussi montrer la bague, voir la section 2. Il pourrait aussi être intéressant que ceux/celles qui ont déjà pris des photos d'un faucon pèlerin à Drummondville agrandissent la partie de la photo montrant les pattes pour vérifier si une bague est visible. J'ai indiqué tantôt qu'il pourrait être difficile de prouver que Marie a des fauconneaux. Un gros pas dans cette direction pourrait être de photographier un adulte en vol accompagné de juvénile(s) (un adulte accompagné de 2 juvéniles a possiblement été observé en 2023, voir la section 3) et que la photo montre que l'adulte est bagué à la patte gauche. Cela ne prouverait pas qu'il s'agisse de Marie mais cela serait un bon indice en ce sens.
 
Remerciements
Merci à l'UQROP pour avoir partagé la nouvelle de la réapparition de Marie, et bien sur pour les soins qu'ils ont apporté par 2 fois à ce faucon pèlerin. Merci également à Rollande Descôteaux et Yvon Roy pour les informations complémentaires sur leurs observations et la permission d'inclure leurs photos dans cet article.


1. Rappel de l'histoire de Marie

Références

Je vais commencer par donner les références sur lesquelles cette section est basée:
  • Fichier pdf de l'UQROP titré ''Une troisième chance pour Marie - par Dr. Guy Fitzgerald''. Ce fichier est disponible sur le site web de l'UQROP en suivant les onglets ''Réhabilitation'' puis ''Statistiques et cas vécus''. Ce fichier a également été partagé le 14 décembre 2023 sur la page Facebook de l'UQROP (lien), publication Facebook qui a ensuite été partagée par Faucons de l'UdeM ainsi que par moi-même (et par d'autres). Finalement le document ''Une troisième chance pour Marie'' est inclus dans le dernier bulletin Envol (vol. 33 no. 2) publié par l'UQROP à l'intention de ses membres.
  • L'article du blogue ''Histoires de faucons à l'Université'' d'Eve Belisle daté du 9 juillet 2015 et dont le titre est ''une fille adoptive pour Spirit et Arthurin''. 
  • Vidéo Youtube d'Eve Belisle titrée ''Fauconneaux de l'UdeM, 9 juillet 2015'' qui montre Marie avec 2 de ses sœurs adoptives sur l'ancienne chapelle de l'Université de Montréal.
  • Mon article de blogue daté du 11 juillet 2015 et dont le titre est ''Agrandissement de la famille de faucons pèlerins de l'Université de Montréal''.
     

2015. De Trois-Rivières à l'Université de Montréal

Marie a été trouvée au sol le 23 juin 2015 sur la rue Lajoie à Trois-Rivières puis acheminée à l'UQROP.  À part quelques plumes brisées qui ont été extraites pour faciliter la pousse de nouvelles plumes, son examen n'a rien montré d'anormal. L'UQROP a contacté des ornithologues locaux pour tenter de retracer ses parents afin de la relâcher auprès d'eux mais sans succès. Le docteur Guy Fitzgerald a alors approché Faucons de l'UdeM pour une relâche à l'Université de Montréal où le couple nicheur élevait à ce moment-là 3 fauconneaux femelles approximativement du même âge. La relâche a été effectuée le 8 juillet. Avant de poursuivre l'histoire de Marie, je vais faire un petit rappel sur la nidification mouvementée de l'Université de Montréal cette année-là...

Au début de 2015 le couple de faucon pèlerin de l'Université de Montréal est composé de Spirit (la femelle) et de Éole (le mâle). Un couple incestueux puisque Éole, né en 2011, est le fils de Spirit...  Le 15 janvier je filme un accouplement entre les 2 à l'Oratoire Saint-Joseph. Le 3 avril 2015 Richard Dupuis observe Éole à l'Incinérateur des Carrières avec une autre femelle qui sera plus tard baptisée Eve (c'est la femelle actuelle à l'Université de Montréal). Le 7 avril Éole est remplacé à l'Université de Montréal par un nouveau mâle baptisé Arthurin. Alors qu'on pensait qu'il faudrait attendre une semaine ou deux pour voir apparaitre des œufs le temps que Spirit et Arthurin apprennent à se connaitre, Spirit pond son premier œuf dans la nuit du 9 au 10 avril! Elle pondra en tout 4 œufs. 3 fauconneaux naissent entre le 19 et le 21 mai, l'œuf non éclos contenait un oisillon qui n'a malheureusement pas réussi à sortir. Lors du baguage des 3 juvéniles le 15 juin, il a été constaté qu'il s'agissait de 3 femelles, baptisées Luna, Eclipse et Céleste à l'issue d'un sondage sur Facebook. Le 28 juin à 19h30 à ma grande surprise je repère une juvénile au 10ième étage, un des rares fauconneaux pour lesquels il n'y a pas d'indication qu'il soit passé par une corniche prison. Le 6 juillet, 2 jours avant l'arrivée de Marie, les 3 juvéniles avaient volé au moins une fois. De son côté Éole était l'heureux papa de 4 fauconneaux à l'église Saint-Marc, voir par exemple cet article et les références qu'il contient.

Revenons à Marie. Elle a été relâchée sur un toit de l'Université de Montréal par Richard Dupuis vers l'heure du midi le 8 juillet 2015 d'après l'annonce de Faucons de l'UdeM. Quand je suis arrivé à l'Université de Montréal vers 14h ce jour-là, peu de signes indiquaient que la famille s'était agrandie et pourtant un examen attentif des photos et vidéos montre que Marie était présente: tel qu'anticipé par le Dr. Guy Fitzgerald elle n'avait pas été chassée. Sur la vidéo ci-dessous que j'ai enregistrée moins de 24 heures après sa relâche, Marie est reconnaissable à l'absence de bague à sa patte droite alors qu'elle est perchée en compagnie d'une autre juvénile sur le toit de l'ancienne chapelle.
Et sur cette vidéo de Faucons de l'UdeM enregistrée moins de 15 minutes plus tard on voit Marie en compagnie de 2 juvéniles sur une corniche de l'ancienne chapelle où un repas vient manifestement d'avoir lieu; son jabot gonflé indique qu'elle a mangé récemment.
 
J'ai enregistré des signes de présence de juvénile à l'Oratoire Saint-Joseph jusqu'à la fin août 2015. Il n'est pas clair si Marie faisait partie des juvéniles toujours présentes à ce moment-là; sa dernière présence confirmée semble être cette observation en vol le 23 juillet à l'Université de Montréal où elle est reconnaissable à ses plumes de queue manquantes (vidéo). 
 

2023. À Drummondville

D'après le document pdf publié par l'UQROP, Marie a été retrouvée blessée dans une cour d'école à Drummondville le 16 septembre 2023. Elle a été acheminée à la Clinique des oiseaux de proie, où une fracture ouverte du bout de l'aile droite a été constatée. Après avoir été soignée, elle a été transférée le 16 octobre dans une volière de Chouette à Voir pour ''une convalescence avec physiothérapie active''. Elle a été relâchée le 24 novembre depuis le site de Chouette à Voir.
 
D'après Wikipédia, Drummondville est une ville de la région Centre du Québec, la 15ième ville la plus peuplée du Québec (en 2022). Gonflée par les fusions municipales (elle a notamment absorbé la ville de Saint-Nicéphore en 2004), sa superficie est de 260km2. 

L'école où a été trouvée Marie n'est pas précisée. D'après cette page de la ville de Drummondville, la ville compte une vingtaine d’écoles préscolaires et primaires ainsi que plusieurs écoles secondaires (la référence à une cour d'école semble exclure les centres de formation, les 2 CÉGEPs et le campus de l'UQTR). 

Les distances suivantes sont calculées par rapport à l’Hôtel de ville de Drummondville. D'après Google Maps, la distance à l'Université de Montréal est d'un peu plus de 97kms, la distance à l’Hôtel de ville de Trois-Rivières d'un peu plus de 51kms et la distance à Chouette à Voir où elle a été relâchée d'un peu moins de 43kms.

Parmi les faucons pèlerins bagués qui ont grandi dans le secteur de l'Université de Montréal, Marie arrive en 2ième position en termes de distance parcourue. La première place est détenue par Jean né à l'Oratoire Saint-Joseph en 2021 et qui a été localisé dans l'état de New-York la même année à 295kms de Montréal, voir cet article et les références qui s'y trouvent.


2. Un faucon pèlerin avec le même profil de baguage que Marie photographié à Drummondville en juillet 2021

Le 5 juillet 2021 Rollande Descôteaux a été survolée par un faucon pèlerin qu'elle a pu photographier:
Faucon pèlerin - 5 juillet 2021 (crédit: Rollande Descôteaux)

En examinant sa photo elle réalise qu'il est bagué à la patte gauche. Dans son signalement eBird, elle écrit ''Il est passé au dessus de chez moi. Porte une bague à la patte gauche, mais ne peut l'identifier.''.
 
J'ai réussi à la joindre via le site Go Oiseaux! de Mireille Poulin où elle avait publié sa photo. À ma demande elle a publié sur ce site un agrandissement de la partie de la photo montrant la bague. Avec sa permission je reproduis ici cet agrandissement:
Agrandissement montrant la bague (crédit: Rollande Descôteaux)

Il y a 2 possibilités:
  • Soit c'est Marie et dans ce cas cela suggère qu'elle n'était pas juste de passage quand a elle été secourue le 16 septembre 2023 mais qu'elle est possiblement établie dans le secteur.
  • Soit ce n'est pas Marie et dans ce cas Drummondville aura été visité en l'espace de 2 ans par 2 faucons pèlerins différents bagués à la patte gauche. Ce n'est pas impossible. Après tout Drummondville n'est qu'à 43kms de Chouette à Voir où plusieurs faucons pèlerins soignés par l'UQROP sont relâchés. Or l'UQROP a comme politique de baguer les individus relâchés à une des pattes (ceux qui n'étaient pas déjà bagués bien sur). À titre indicatif, pour les années 2020, 2021 et 2022, l'UQROP a relâché en moyenne 9 faucons pèlerins par année (sources: bulletins Envol). Un faucon pèlerin bagué uniquement à la patte gauche pourrait aussi avoir été bagué ailleurs au Québec, dans une autre province canadienne ou aux États-Unis. Documenter le passage de 2 faucons pèlerins différents bagués à la patte gauche serait quand même tout un exploit. 
Si d'autres photos émergeaient qui montrent un faucon pèlerin bagué à la patte gauche uniquement, cela renforcerait à mon avis la thèse qu'il s'agit d'un même individu, en l'occurrence Marie. 

 

3. Présences de faucons pèlerins juvéniles. Et autres informations tirées des signalements eBird

Se pourrait-il que les signalements eBird nous apprennent quelque chose sur la présence de Marie dans le secteur de Drummondville ? J'ai déjà mentionné dans la section précédente l'observation en 2021 d'un faucon pèlerin avec le même profil de baguage que Marie. 
 

3.1. Évolution du nombre de signalements eBird 

Afin de tenter d'en savoir plus, j'ai épluché l'ensemble des signalements eBird de faucon pèlerin pour la période 2015-2023 pour le périmètre montré dans la figure ci-dessous
Crédit: image fournie par eBird et créée le 19/12/2023

Le choix du périmètre est totalement arbitraire, en particulier il ne correspond pas aux limites de la ville; de plus j'ai fixé ses limites de façon à inclure les 2 sites de Joanie Lavigne (les 2 gouttes bleues en bas de l'image) en raison des multiples signalements de juvénile. Le nombre de sites (gouttes bleues) dans le périmètre était de 40.

J'ai comptabilisé le nombre de signalements eBird du faucon pèlerin pour chacune des années 2015 à 2023 en ne retenant qu'un signalement par jour et par site. Cela donne à peu près ceci (quelques erreurs peuvent subsister):
 
Le pic de 2021 est attribuable en grande partie à la présence à Drummondville d'une rareté en novembre 2021 (une oie de la toundra, une espèce qui n'avait pas été vue au Québec depuis plus de 40 ans d'après cet article de l'Express de Drummondville) qui a attiré sur place un grand nombre d'ornithologues et cela pendant plusieurs jours.

Si on exclut cette anomalie, on remarque que le nombre de signalements pour la période 2020-2023 est à peu près stable et plus élevé que pour la période 2015-1019. Il serait tentant d'y voir le signe d'une présence accrue de faucons pèlerins mais il semble que cette hausse soit elle aussi plutôt attribuable à une hausse du nombre d'observateurs. En particulier le nombre de personnes ayant produit au moins un signalement a plus que doublé entre 2019 et 2020. Se pourrait-il que les nouveaux observateurs de 2020 étaient déjà actifs les années précédentes mais n'ont pas observé de faucon pèlerin, ce qui serait cohérent avec l'hypothèse d'une plus grande présence du faucon pèlerin ? Il ne semble pas possible de faire une recherche par personne et par lieu sur eBird mais si on génère les cartes eBird pour une espèce facile à observer comme la bernache du Canada on remarque que la carte pour 2020 comporte significativement plus de points que celle de 2019, ces nouveaux points semblant correspondre pour l'essentiel à des sites créés par de nouveaux observateurs. Une analyse plus fine serait nécessaire mais il semble bien que l'augmentation du nombre de signalements de faucon pèlerin est en grande partie attribuable à une hausse du nombre d'observateurs. Un autre facteur qui pourrait contribuer à une hausse du nombre de signalements est qu'une fois qu'un faucon pèlerin est observé à un endroit, cet endroit pourrait bénéficier d'une attention plus soutenue et ainsi générer des nouveaux signalements.

3.2. Que disent les signalements ?

Si on s'intéresse à la nature des signalements, la plupart portent sur un individu, avec quelques signalements de 2 ou 3 individus. Quelques signalements sont accompagnés de commentaires, voici un aperçu de ces commentaires (les mentions de juvéniles sont traitées plus bas):

3.3. Mentions de juvénile

La première mention d'un jeune est faite le 12 octobre 2018 par Yvon Roy. À cette période de l'année les juvéniles sont capables de se déplacer sur de longues distances et rien n'indique donc que ce juvénile soit né à proximité.

Plus intéressantes sont les observations de juvéniles faites à partir de 2019 à la station d'épuration et à partir de 2021 au LET. Ces observations sont faites en juillet et août et certaines impliquent jusqu'à 3 individus dont au moins 2 sont des juvéniles, ce qui rend davantage probable une origine locale. Il est intéressant de noter que ces 2 sites sont distants de 15kms, une distance théoriquement compatible avec 2 nids.

Station d'épuration (position sur Google Maps)

Le 28 juillet  2019, François  Bourret produit un signalement pour un juvénile de sexe inconnu avec le commentaire ''Fait des piqués à chacun des étangs puis se perche dans la tour de télécom''. 5 photos montrant l'une un faucon en vol et les autres un faucon perché sur une tour de télécommunication accompagnent son signalement. Une autre personne a signalé un faucon pèlerin sur la tour de télécommunication 3 jours plus tard mais sans mention d'âge.

Le 16 juillet 2022 Luc Tremblay signale 1 faucon pèlerin. La photo qui illustre son signalement montre un juvénile perché sur un tronc d'arbre abattu.

Le 18 août 2023, soit moins d'un mois avant l'accident de Marie, Yvon Roy soumet un signalement pour un faucon pèlerin avec la mention ''Semble blessé à une patte, semble volée très bien''. Pensant qu'il y avait un autre faucon pèlerin blessé dans le secteur - ce qui aurait pu suggérer qu'il y avait eu des batailles entre 2 pèlerins - je l'ai contacté pour obtenir plus d'information. Il m'a répondu que c'est son comportement peu farouche qu'il l'a amené à penser que le faucon était possiblement blessé. Il a aussi indiqué que le faucon volait à basse altitude. La photo qu'il a jointe montre un juvénile.
Agrandissement d'une photo transmise par Yvon Roy

 

Drummondville - L.E.T Saint-Nicéphore (position sur Google Maps)

J'ai d'abord pensé que L.E.T était l'acronyme pour Lycée d'Enseignement Technique mais ce serait plutôt pour Lieu d'Enfouissement Technique! Les signalements de faucon pèlerin à un site d'enfouissement doivent être considérés avec prudence puisque des faucons pèlerins de fauconnerie sont parfois utilisés pour effaroucher les goélands et autres oiseaux indésirables. Et cela semble effectivement le cas à ce site à en juger par ce document pdf daté de 2019 de l'entreprise WM qui exploite le site: il y est mentionné que 3 faucons et 2 buses s'alternent pour effaroucher les goélands. Mais la photo de profil eBird de Joanie Lavigne qui a produit les signalements suggère qu'elle est elle-même active dans le domaine de la fauconnerie (il est fort probable qu'elle soit une des fauconnières travaillant sur le site). Voici un résumé des signalements de Joanie Lavigne:
  • 2021: sur 16 signalements de 1 faucon pèlerin entre le 7 juin et le 27 septembre, un est identifié comme un adulte (le 2 août) et un autre comme un juvénile (le 3 août). 
  • Un juvénile est signalé le 16 août 2023.
  • Le 28 août 2023 2 juvéniles sont signalés.

Sur un autre site (Drummondville - chemin Tourville, position sur Google Maps) situé environ 6kms plus à l'ouest,  Joanie Lavigne signale par 2 fois un total de 3 faucons pèlerins dont au moins 2 sont des juvéniles:

  • 9 août 2023. Le commentaire complet est '''En vol. Vocalisations et jeux aériens, au moins 2 juvéniles.'
  • 11 août 2023. Le commentaire complet est ''En vol. Vocalisations et l’un d’eux pourchassait un pigeon. Au moins 2 sont des juvéniles.''.

 

Un nichoir pour faucon pèlerin au L.E.T.  conçu pour un fauconneau natif de la même ville que Marie 

Ce qui suit est basé sur 2 articles de l'Express de Drummondville: Des efforts concertés pour réhabiliter Mirage, un faucon pèlerin (daté du 23 février 2015) et Le faucon pèlerin Mirage libéré dans la nature (daté du 11 décembre 2015), voir aussi ce reportage de Radio-Canada du 24 février 2015.

En 2014 un fauconneau - baptisé Mirage = est trouvé sous le pont Laviolette à Trois-Rivières, apparemment abandonné par ses parents (rappelons que Marie a été trouvée dans cette même ville en 2015) . Il est acheminé à l'UQROP qui le confie à un fauconnier de l'entreprise GPF (maintenant connue sous le nom de Artémis) pour lui apprendre la vie de faucon pèlerin sauvage, en particulier la chasse. Ce fauconnier travaille au L.E.T. de Drummondville et l'apprentissage se fait en grande partie à cet endroit. Des élèves de l'école secondaire Jean-Raimbault sont mis à contribution, via l'organisme GARAF, pour construire 2 nichoirs pour Mirage (il y a possiblement ici une petite erreur dans les articles puisque le reportage de Radio-Canada montre un nichoir pour faucon pèlerin et un autre pour une autre espèce). L'entrainement de Mirage a duré 10 mois, principalement à Drummondville mais aussi en partie à Chouette à Voir, avant que Mirage soit relâché à Drummondville dans la première moitié de décembre 2015. D'après Marc-André Fortin cité par le premier article de l'Express, ''Les deux nichoirs resteront en permanence sur le site d’enfouissement''.

La rue Lajoie où a été trouvée Marie est assez longue et d'après Google Maps sa distance la plus petite au pont Laviolette est de 4,25kms. À moins que les parents de Mirage aient déménagé, rien ne permet de penser que Mirage et Marie aient eu les mêmes parents.   

Sachant que le site d'enfouissement de Drummondville est équipé d'un nichoir pour faucon pèlerin, la question naturelle est s'il a été utilisé en 2023. Si oui cela expliquerait les signalements de juvénile dans ce secteur, et bien entendu la question suivante serait si une bague a été observée sur la femelle nicheuse.  Malheureusement je n'ai appris la présence de ce nichoir qu'en fin d'après-midi du 23 décembre, trop tard pour espérer obtenir une réponse à ces questions. À suivre donc...


3.4. Des observations pendant l'absence de Marie 

Les signalements de faucon pèlerin ont continué pendant que Marie était sous les soins de l'UQROP. Rappelons que Marie a été secourue le 16 septembre 2023 et relâchée le 24 novembre 2023. Voici les signalements:







jeudi 20 juillet 2023

Université de Montréal: une nidification qui se termine mal pour les faucons pèlerins

Cet article a été publié le 4 décembre 2023 et a été daté du 20 juillet afin de le placer à l'endroit voulu dans le blogue. Le résultat de la nécropsie du fauconneau décédé le 4 juillet n'était pas connu en date du 4 décembre.

Mise à jour 18 décembre 2023: les principales conclusions du rapport de nécropsie de Ti-Pou ont été partagées par Faucons de l'UdeM: en bref, Ti-Pou était une femelle qui est décédée de lésions internes consécutives à sa chute, voir aussi mes commentaires.

Les centaines de personnes qui suivaient quotidiennement la nidification des faucons pèlerins via les caméras de Faucons de l'UdeM ont vécu de nombreux rebondissements dramatiques jusqu'à la conclusion finale: le décès du dernier fauconneau le 4 juillet. Après un suspens de plusieurs jours, 2 des 4 œufs pondus entre le 16 et le 23 avril éclosent le 28 mai. Malheureusement un des fauconneaux décède le 31 mai, très vraisemblablement des conséquences d'une infestation de mouches. Le 2 juin la dégradation de l'état de santé du fauconneau survivant, surnommé Ti-Pou, conduit Faucons de l'UdeM à intervenir au nid pour le traiter. Suite à cette intervention le fauconneau reprend du mieux. Une autre intervention est envisagée le 12 juin mais l'idée est abandonnée lorsque Ti-Pou recommence à manger par lui-même. Puis le 17 juin Faucons de l'UdeM annonce que Ti-Pou semble présenter une anomalie dans la croissance de ses plumes qui pourrait rendre son premier vol plus dangereux. Le matin du 4 juillet, comme toutes les autres fauconneaux avant lui, Ti-Pou semble rejoindre une corniche qui sert habituellement de point de départ pour le premier vol. Malheureusement son corps sans vie sera trouvé quelques heures plus tard 13 étages plus bas.

La saga de Ti Pou aura généré énormément d'émotions, au point que le clavardage a du être interrompu pendant quelques jours. Au centre des débats, le niveau d'intervention humaine à adopter lorsque la nidification semble ne pas se dérouler normalement. 

Photo de famille, 28 juin (crédit fauconsudem.com)
 

Notes sur les sources et crédit 
Cet article est basé largement sur les publications Facebook et Youtube de Faucons de l'UdeM (site principal, page Facebook, chaine Youtube) mais aussi sur des échanges avec Eve Belisle (qui a fondé Faucons de l'UdeM): merci beaucoup à elle. Merci également à Huguette Lenoir pour ses précisions concernant l'endroit où elle a trouvé le corps de Ti-Pou. En raison de l'intense activité sur le clavardage des caméras de Faucons de l'UdeM durant la période où des fauconneaux sont visibles, je n'ai pas essayé de sauvegarder les conversations, excepté partiellement certains jours. Quelques rares observations personnelles ont complété mes informations.


Chronologie

Des naissances qui se font attendre

Faucons de l'UdeM avait annoncé les éclosions vers le 23 mai approximativement mais ce n'est que le 28 mai que 2 fauconneaux ont réussi à s'extirper de leur coquille.  

Le matin du 25 mai Faucons de l'UdeM annonce qu'ils croient avoir vu un début d'éclosion sur un des œufs et prévient que le processus peut prendre jusqu'au 48 heures. Le 27 mai à 18h45 Faucons de l'UdeM annonce qu'au moins 2 œufs ont un trou. Le 28 mai à 5h25 Faucons de l'UdeM publie une vidéo où on voit Eve (la femelle faucon pèlerin) brasser un œuf qui a un trou dans lequel on voit bouger un fauconneau; de plus des cris de fauconneau sont perceptibles.
 
Un premier fauconneau s'extirpe de sa coquille le 28 mai peu après 7h30. À 7h39 Eve quitte et est remplacée auprès du fauconneau par M (le faucon pèlerin mâle). Celui-ci achève de dégager le fauconneau de la demi coquille qui lui servait de couvre-chef et la grignote. Eve reprend sa place à 7h44. Ces scènes sont montrées dans cette vidéo publiée par Faucons de l'UdeM et partagée sur Facebook à 9h30.

7 heures plus tard, à 16h31, Faucons de l'UdeM publie une vidéo Facebook montrant 2 fauconneaux sous les plumes d'Eve. Le 2ième fauconneau est né à 12h49 d'après les vidéos subséquentes de Faucons de l'UdeM.
 
En fin de soirée Faucons de l'UdeM partage sur Facebook une vidéo Youtube du premier repas des 2 fauconneaux qui a eu lieu à 20h46.

Les 2 autres œufs n'écloront pas (voir plus loin).

Comment expliquer la différence de 5 jours entre la date d'éclosion prévue et la date réelle ? Les éclosions ont-elles été difficiles ? L'incubation débute généralement après la ponte de l'avant-dernier œuf et dure de 32 à 35 jours (sources pour la durée de l'incubation: plan de rétablissement du faucon pèlerin au Québec - 2019-2029 du gouvernement du Québec et rapport du COSEPAC du gouvernement du Canada). Eve Belisle m'a indiqué avoir fait le calcul avec une durée de 33 jours. Il n'est pas clair comment cette durée a été choisie mais même s'il s'agissait de la durée la plus probable sur un grand ensemble de nids en Amérique du Nord, cette durée pourrait ne pas s'appliquer à Eve. Heureusement comme cette femelle niche depuis 2018 sous les caméras de Faucons de l'UdeM, des données sont disponibles pour évaluer sa durée d'incubation personnelle. Le tableau ci-dessous donne pour chaque année la date de ponte du 3ième œuf, la date d'éclosion du premier fauconneau et la durée entre ces 2 moments (lorsque la ponte ou la naissance a eu lieu durant la nuit et que le moment exact n'est pas connu, j'ai fixé arbitrairement ce moment; une étoile indique les durées pour lesquelles l'incertitude dépasse 1 heure).


Nombre d’œufs Incubation
Année pondus
éclos
Ponte 3ième œuf
1ière éclosion
Durée
2018 4
4
10 avril, 1h*
15 mai, 6h25
35 jours, 5h25*
2019
4
4
15 avril, 16h12
19 mai, 23h55
34 jours, 7h43
2020
3
3
14 avril, 0h37
23 mai, 8h19
39 jours, 7h42
2021
Données absentes - nidification à l'Oratoire Saint-Joseph
2022
4
3
21 avril, 4h26
26 mai, 0h*
34 jours, 19h34*
2023
4
2
20 avril, 22h30
28 mai, 7h41
37 jours, 9h11
 
Pour 2020 j'ai calculé la durée à partir de la ponte du 3ième œuf même si seulement 3 œufs ont été pondus. En calculant la durée à partir de la ponte de l'avant-dernier œuf (le 2ième, dans ce cas) on obtiendrait 42 jours et 22 heures. Rappelons qu'il y a eu des écarts inhabituellement longs entre la ponte des différents œufs, notamment un écart de 86 heures entre la ponte du 2ième œuf et celle du 3ième.  Cette nidification de 2020 a en fait été fortement perturbée par le remplacement du mâle la veille de la ponte du 1er œuf. Le nouveau mâle - Sphinx - a mis beaucoup de temps à s'impliquer dans la couvaison, ce qui s'est traduit par de longues périodes (parfois de plus de 2 heures) où les œufs n'étaient pas couvés, ce qui explique probablement en grande partie la durée inhabituellement longue de l'incubation. De façon surprenante tous les œufs avaient éclos mais un des fauconneaux est mort quelques heures après sa naissance. Pour plus de détails, voir cet article ainsi que celui-ci.

L'examen du tableau montre qu'en 2018, 2019 et 2022 la durée entre la ponte du 3ième œuf et la première éclosion est autour de 35 jours. Elle est nettement supérieure en 2020 pour les raisons juste expliquées mais elle est également supérieure de 2 jours en 2023. Pourtant il n'y a apparemment pas eu d'interruptions significatives de la couvaison en 2023 contrairement à 2020 (le 25 mai, en réponse à une question, Huguette Lenoir a indiqué sur le clavardage que la plus longue durée durant laquelle les œufs étaient laissés seuls était de 7 minutes). Ces 2 jours supplémentaires entre la ponte du 3ième œuf et les naissances sont possiblement le premier indice que quelque chose n'allait pas très bien.
 

Couverture des éclosions par les médias

Comme pour la ponte, de nombreux médias ont rapporté les éclosions. Voici la liste (merci de me communiquer les éventuels oublis).
Médias francophones
Médias anglophones

Pas de développement embryonnaire chez les 2 œufs non éclos

Le 5 juin Faucons de l'UdeM a annoncé sur Facebook le résultat de l'examen par la Clinique des oiseaux de proie des 2 œufs qui n'avaient pas éclos:  ''Les œufs non-éclos récoltés au nid étaient clairs: pas de développement embryonnaire''. L'examen a été fait par mirage. Comme le montre le tableau plus haut, c'est en 2022 que pour la première fois un œuf n'a pas éclos (il était prévu que l’œuf soit récupéré lors du baguage pour être analysé mais il a été oublié dans le nichoir). On ne peut pas exclure que déjà en 2021 à l'Oratoire Saint-Joseph un ou plusieurs œufs n'aient pas éclos: 2 fauconneaux ont été observés mais on ignore le nombre d’œufs pondus et combien ont éclos. 
 
Le résultat de l'analyse des 2 œufs semble en contradiction avec l'observation d'un trou sur un de ces œufs tel que mentionné sur le clavardage l'après-midi du 28 mai. Interrogée à ce sujet, Eve Belisle m'a indiqué qu'aucun des 2 œufs récupérés n'était endommagé et que l'observation d'un trou sur les images de la caméra était donc une erreur.

31 mai: décès du premier fauconneau

Le 31 mai durant la matinée, un des fauconneaux décède.  Sur le clavardage quelqu'un a mentionné que les 2 fauconneaux semblaient corrects lors du nourrissage de la veille au matin mais qu'à 4h48 le fauconneau n'arrivait plus à se redresser. Des mouvements sont rapportés vers 7h45 et 8h33. À 9h48 une participante écrit qu'il ne semble plus avoir de respiration active mais à 9h56 un nouveau mouvement est observé. Plusieurs personnes notent les touchants efforts d'Eve pour le stimuler (notamment par pincement de sa patte). 2 personnes ont demandé pourquoi Eve ne semblait pas le nourrir la veille alors même qu'il dressait (difficilement) la tête (à noter que cela prendrait un examen de la vidéo du nourrissage pour conclure qu'Eve ne l'a pas nourri du tout mais il est possible que le fauconneau en meilleur santé ait raflé la plus grande partie du repas). Le décès est annoncé, apparemment un peu prématurément, à 8h30 par Faucons de l'UdeM dans cette publication Facebook. Cette publication mentionne que la veille le fauconneau semblait avoir de la difficulté à lever sa tête pour réclamer de la nourriture et propose 2 hypothèses: soit qu'il a dépensé trop d'énergie pour naitre, soit qu'il y ait de nouveau présence de mouches carnus. 
 
Le 1er juin vers 17h45 Eve saisit avec son bec le bec du fauconneau décédé et l'emporte hors du nichoir. Le mâle en profite pour tenter de nourrir le fauconneau survivant mais il en est empêché par le retour de la femelle à 17h48 (vidéo). 
 
Les mouches carnus sont identifiées par Faucons de l'UdeM comme la cause probable du décès et le fauconneau survivant en est aussi atteint: difficultés à se maintenir debout et tâches noires sous les ailes. La publication Facebook de Faucons de l'UdeM d'où ces informations sont tirées mentionne aussi que le fauconneau essaie de se débarrasser des mouches avec son bec.
 
Ce décès a eu des retombées inattendues mais très intéressantes. Parmi les spectateurs de cette nidification, on retrouvait plusieurs classes allant de la maternelle au secondaire, à qui l'enseignant(e) montrait la diffusion en direct. Le décès a permis à plusieurs enfants de s'exprimer sur un deuil qu'ils ont vécu (deuil d'un parent, d'un frère ou d'une sœur et même d'un bébé mort dans le ventre de leur mère). Au moins un CHSLD a également suivi la nidification via le poste de télé de la salle de repos (source: clavardage du 1er juin).


2 juin: intervention sur le fauconneau survivant

Après consultation d'experts (non nommés), Faucons de l'UdeM a décidé d'intervenir pour nettoyer le fauconneau de ses mouches, le nourrir et le réhydrater. Dans sa publication Facebook, ce qui a motivé l'intervention est ainsi expliqué: ''malheureusement après les premiers repas de la journée aujourd’hui, le petit semblait dépérir. Il a passé 2 repas pratiquement sur le dos en mangeant très peu, trop faible pour remonter sa tête''. La diffusion de la caméra 3 a été stoppée pendant l'intervention mais l'incrustation de l'image de la caméra 3 dans la diffusion de la caméra 2 a été laissée (apparemment par erreur), permettant d'avoir un aperçu de l'intervention:
  • 16h11: Eve, alors en position de couvaison, se redresse et alarme
  • 16h12mn55: début des tentatives d'éloigner Eve de son fauconneau
  • 16h15mn: le fauconneau est capturé pendant qu'Eve est tenue en respect.
  • De 16h15 à 16h27: des soins sont apportés au fauconneau hors de vue de la caméra
  • 16h27mn26: les 2 œufs non éclos sont récupérés.
  • 16h27mn50: le fauconneau est déposé dans le nichoir.
  • 16h28mn07: Eve rejoint le fauconneau. 
Il se trouve que j'étais sur place, au sol, ayant du quitter moi-même mon appartement pendant quelques heures suite à un traitement anti-insectes... Contrairement aux autres interventions à l'Université de Montréal que j'avais pu voir dans le passé, Eve avait accès à l'intérieur du nichoir pendant les tentatives de retirer le fauconneau, ce qui a allongé le temps nécessaire pour capturer le fauconneau et a possiblement augmenté son stress. L'image ci-dessous, qui a été enregistrée à 16h13 au début de l'opération, montre Eve les ailes ouvertes à l'entrée du nichoir.

L'absence de référence à la règlementation qui protège les nidifications en général et le faucon pèlerin en particulier dans la communication de Faucons de l'UdeM suggère que cette intervention ne respectait probablement pas ces règlementations (ou sinon cela aurait été une belle occasion de les rappeler). Ce non-respect expliquerait aussi que les experts consultés n'aient pas été nommés publiquement. Il est à souhaiter que cette intervention, qui a été suivie par un grand nombre de personnes en raison de la publicité faite par les médias quelques jours plus tôt, n'inspirera pas d'autres initiatives du même genre potentiellement plus dommageables. La nidification de nombreuses espèces d'oiseau est protégée par la loi fédérale sur la convention concernant les oiseaux migrateurs de 1994 et ses règlements, voir par exemple cette foire aux questions. Curieusement les oiseaux de proie (faucon, aigle, hibou, ...) ne sont pas protégés par cette loi mais le faucon pèlerin reste protégé au niveau provincial.
 

3 au 11 juin: le fauconneau se porte mieux

  • Le 3 juin Faucons de l'UdeM publie une vidéo sur Youtube (partagée sur Facebook) montrant un nourrissage à l'issue duquel le fauconneau tombe sur le dos sans parvenir à se relever. Le mâle le saisit alors délicatement par la peau du cou pour l'aider à se relever.
  • Le même jour Élise Deshaie et Huguette Lenoir observent le comportement des adultes depuis le sol. Leurs observations sont partagées le lendemain sur Facebook.
  • Le 6 juin Faucons de l'UdeM publie sur Youtube une vidéo du premier repas donné par le mâle (partage sur Facebook).
  • Le 10 juin Faucons de l'UdeM publie une vidéo Facebook montrant le mâle interagir avec le fauconneau avant de déguerpir au retour de la femelle.
  • Le 11 juin Faucons de l'UdeM publie une vidéo Youtube montrant le mâle et le fauconneau semblant se disputer une proie, avant que le mâle nourrisse le fauconneau (partage Facebook).

12 juin: détérioration passagère de l'état de santé du fauconneau

Le 12 juin à 13h Faucons de l'UdeM publie sur Facebook une mise à jour indiquant qu'une détérioration de l'état de santé du fauconneau a été constatée et qu'un transport à la Clinique des oiseaux de proie pour évaluer son état est envisagé. Dans un commentaire sur Facebook Milene Marengere décrit ainsi la situation ''[...] le fauconneau semble simplement avoir tombé sur le dos tôt le matin et il n'était pas capable de se relever, il était en détresse et je trouve qu'Eve ne semblait pas savoir comment le retourner, il a crié en vain et dépensé de l'énergie pendant des heures, Eve a même mangé un repas complet devant lui sans lui en donner et en l'appelant même s'il ne pouvait la rejoindre [...]''. Cette fois-ci Faucons de l'UdeM indique être en attente d'une autorisation du Ministère pour intervenir. En commentaires, Faucons de l'UdeM explique que l'intervention du 2 juin était une intervention rapide où on savait comment agir alors qu'ici ''son état requiert un examen, diagnostique, et plan d’action'' (comme indiqué plus haut, en principe l'intervention du 2 juin nécessitait aussi une autorisation du Ministère).

À 16h18 Faucons de l'UdeM indique sur Facebook n'avoir toujours pas reçu de réponse du Ministère mais qu'entre temps l'état du fauconneau s'est amélioré et qu'une intervention n'est plus nécessaire. En commentaires de la publication Facebook de 13h Sarah Desjardins écrit ''Il mange son deuxième repas en ce moment (15:40)!''. Certains sur Facebook ont proposé que c'était possiblement une patte de pigeon avalée entière la veille qui n'était pas bien passée.
 
Le 13 juin Faucons de l'UdeM donne des nouvelles encourageantes du fauconneau en prévenant de ne pas trop s'inquiéter si les repas se font plus rares car la pluie complique la chasse. Faucons de l'UdeM indique également que le clavardage a été temporairement fermé en raison de la forte émotivité des participants et explique la décision prise par les experts de ne finalement pas intervenir. Le 15 juin Faucons de l'UdeM annonce le retour du clavardage.


17 juin: problème de croissance des ailes

Le 17 juin Faucons de l'UdeM publie une mise à jour indiquant que le fauconneau souffre d'un problème de croissance des ailes. Le baguage prévu pour le 21 juin est remis en question. Faucons de l'UdeM écrit également ''Ici nous n'avons pas l'intention de retirer le fauconneau du nid pour l'hospitaliser; il ne semble pas souffrant ni en détresse. Nous préférons laisser les parents s'occuper de lui et le laisser vivre sa vie de faucon sauvage autant que possible''. 
 
Le 20 juin dans une nouvelle mise à jour Faucons de l'UdeM précise encore plus sa position: ''En ce moment, kidnapper le fauconneau pour le traiter en captivité pendant plusieurs jours (voir de façon permanente) signifierait provoquer un échec de la nidification pour les adultes, ce que nous avons toujours évité ici à l'UdeM. Je vous rappelle que les faucons pèlerins se portent bien maintenant au Québec, et que la sélection naturelle joue un rôle important chez les animaux sauvages. Il est encore possible que nous décidions de l'examiner et documenter sa condition, nous sommes en communication avec les différents intervenants à ce sujet. En ce moment, le fauconneau ne souffre pas, il est bien nourri et protégé par ses parents. Il dort beaucoup, mais commence aussi à se tenir debout sur ses pattes et découvrir tous les recoins du nichoir. Bref, il est "heureux" comme un fauconneau normal de son âge. Si la situation change alors nous réévaluerons notre plan d'action, merci de votre compréhension!''
 

20 juin: le fauconneau ''tombe'' du nichoir

Le 20 juin peu avant 17h le fauconneau fait une chute d'une vingtaine de centimètres (vidéo Facebook par Faucons de l'UdeM) et se retrouve sur la corniche de la tour de l'Université de Montréal sur laquelle le nichoir est placé. Plusieurs personnes inquiètes demandent que quelqu'un monte sur la tour pour le replacer dans le nichoir...

Le 22 juin peu avant 8h le fauconneau sort de sa ''prison'' en se glissant sous la perche du nichoir et commence à explorer les alentours (vidéo Youtube de Faucons de l'UdeM partagée sur Facebook). Le nom de ''Ti-Pou'' est pour la première fois utilisé par Faucons de l'UdeM (ce nom vraisemblablement apparu sur le clavardage est utilisé pour la première fois dans un commentaire d'une publications Facebook le 13 juin).
 
Ce même jour Faucons de l'UdeM publie une vidéo comique - mais qui peut aussi symboliser le mauvais karma de ce fauconneau - montrant Ti-Pou se faire déféquer dessus par un de ses parents perché sur le toit du nichoir!
 
 

25 juin au 3 juillet: la routine pour Ti-Pou

Durant cette période Ti-Pou explore les abords du nichoir et exerce ses ailes. Voici la liste des publications de Faucons de l'UdeM durant cette période.
  • 25 juin: montage de plusieurs arrivées d'un adulte sur la corniche suivies d'un nourrissage. Vidéo Youtube partagée sur Facebook
  • 27 juin: photo d'un adulte avec une proie destinée à Ti-Pou.
  • 28 juin: repas en famille + gros plans de Ti-Pou: vidéo Youtube partagée sur Facebook.
  • 28 juin: vidéo Facebook titrée ''Il y avait un deux pour un sur les pigeons à l'épicerie...'': vers 19h55 les 2 adultes apportent presque simultanément chacun un pigeon à Ti-Pou. Cilla Kinross a également publié une vidéo (ce qui ressemble à une erreur de date s'explique probablement par le fait que Cilla Kinross vit en Australie).
  • 29 juin: questions/réponses avec 3 photos: Ti-Pou est un mâle + explication du problème avec les plumes.
  • 1er juillet: Ti-Pou et le coucher du soleil. Vidéo Youtube partagée sur Facebook.

4 juillet: chute fatale de Ti-Pou

Le 4 juillet à 6h05, Ti-Pou semble faire ce que tous les fauconneaux ont fait avant lui, c'est-à-dire descendre sur ce qu'on appelle une corniche-prison située quelques mètres en-dessous du niveau du nichoir. Ces corniches se trouvent à chaque coin de la tour, ont une petite surface (d'où le qualificatif de ''prison'') et pour une raison mystérieuse ont servi de point d'envol à tous les fauconneaux.

Huguette Lenoir s'est rendue sur place pour surveiller Ti-Pou sur cette corniche-prison (les caméras ne permettent pas de voir la totalité de ces corniches) mais elle l'a plutôt trouvé sans vie au pied de la tour. Le cadavre de Ti-Pou a été acheminé à la Clinique des oiseaux de proie pour une nécropsie dont le résultat n'est pas connu au moment de publier cet article.
 
Voici l'annonce de la chute de Ti-Pou par Faucons de l'UdeM publiée à 7h10, l'annonce du décès publiée à 12h03 et des questions/réponses publiées à 15h21.
 

Un bruit mystérieux

Dans la vidéo captée par la caméra 3 de Faucons de l'UdeM (voici un enregistrement de la séquence) on voit Ti-Pou disparaitre après des exercices de battement d'aile puis presque immédiatement on entend un bruit bref. Le bref délai entre la chute et le bruit suggère de façon naturelle que ce bruit est causé par Ti-Pou heurtant une des corniches-prison. Mais il y a quelques éléments à considérer:
  • Les corniches-prison sont séparés du micro par le béton de la tour: ce béton ne devrait-il pas rendre le choc inaudible ? Pas nécessairement si on tient compte que le son se propage via une onde sphérique et non en ligne droite. On peut cependant se demander si le béton ne réduit pas l'intensité sonore captée par le micro.
  • Dans le système utilisé par Faucons de l'UdeM, les images et le son sont enregistrés par 2 capteurs différents puis combinés ensemble. Mais synchroniser parfaitement le son et l'image n'est pas une tâche facile et une désynchronisation a été observée à plusieurs reprises (typiquement on entend un faucon crier mais à l'image il a le bec fermé...). On ne peut donc pas se fier à l'intervalle de temps entre le moment où Ti-Pou disparait et le moment où on entend le bruit).
  • Le micro utilisé a été installé cette année, il n'y a donc pas de comparaison possible avec les descentes sur les corniches-prison des années antérieures.

Le fait qu'on ne peut pas nécessairement se fier au délai entre le moment où Ti-Pou disparait de l'image et le moment où on entend le bruit amène à se demander si le bruit ne pourrait pas correspondre plutôt au choc avec le 10ième étage. Si on néglige la résistance de l'air, il existe une relation très simple entre le temps de chute et la hauteur de la chute. J'ai estimé la hauteur de la chute à 37 mètres (pour arriver à ce chiffre, j'ai utilisé 53 mètres comme hauteur de la tour mesurée depuis le sommet du pavillon Roger Gaudry en me basant sur cette source qui fait apparemment référence à une page de l'Université de Montréal dont le lien est malheureusement brisé; d'autres sources indiquent une hauteur totale d'environ 80 mètres, un chiffre qui semble cohérent avec le 53 mètres si on ajoute la hauteur du pavillon Roger-Gaudry; finalement un calcul de proportion sur le plan de la tour conduit au résultat). Avec une hauteur de 37 mètres, le temps de chute libre est de 2,75 secondes. Ce temps pourrait être plus grand si le fauconneau a pu se maintenir horizontalement avec ses ailes ouvertes puisque la résistance de l'air ne pourrait alors plus être négligée. Il serait intéressant de savoir si le système de Faucons de l'UdeM a déjà expérimenté un décalage de plus de 3 secondes entre le son et l'image. Une autre question est si le micro pourrait capter des sons provenant d'aussi loin: il semble que la réponse à cette question soit positive puisque d'après Eve Belisle le micro a déjà capté des conversations qui semblaient provenir du sol.

Un quasi-accident en 2013

En 2013 j'ai été témoin d'une chute d'un fauconneau à peu près à l'endroit où Ti-Pou a disparu de la corniche (c'était en réalité sur une autre façade mais la géométrie est la même). Le fauconneau se trouvait sur la corniche-prison supérieure depuis quelque temps et tentait de rejoindre l'étage du nid. Malheureusement, alors qu'il avait presque réussi, il est entré en collision avec un de ses frères qui observait de trop près ses efforts, ce qui a provoqué sa chute (cette collision est montrée par cette vidéo). Le fauconneau est tombé dans une sorte d'étroit couloir vertical ouvert sur seulement un côté (marqué en jaune sur la photo ci-dessous, l'étoile bleue désignant la position approximative de Ti-Pou au moment où il disparait de l'image). 
Cet accident nécessitait beaucoup de sang-froid de la part du fauconneau - et peut-être de chance - pour s'orienter dans l'unique direction dans laquelle il pouvait voler. Le fauconneau a chuté verticalement sur environ 2/3 de la hauteur avant de trouver la sortie et de filer vers la tour verte où je l'ai ensuite retrouvé. Si Ti-Pou était tombé dans cet étroit couloir vertical, il aurait pu avoir moins de succès que son congénère 10 ans plus tôt, et son décès dans ce cas n'aurait peut-être même pas été lié à son problème de plumes. J'ai demandé à Huguette Lenoir si par hasard c'est au pied de ce couloir qu'elle l'avait trouvé.  Elle était trop sous le choc au moment de sa découverte pour avoir enregistré précisément sa position mais elle est en mesure de dire qu'elle l'a trouvé loin des murs, ce qui exclut qu'il ait été trouvé en bas du couloir. Ceci n'exclut pas totalement que ce couloir ait joué un rôle: s'il a trouvé la sortie au dernier moment, il aurait pu ne pas être capable de redresser suffisamment sa trajectoire et heurter le 10ième étage plus loin, avec un angle.  
 

Qu'est-il arrivé à Ti-Pou ? 

Compte tenu de son problème de plume, il aurait été très étonnant que Ti-Pou ne se retrouve pas au sol à la suite de son premier vol. Mais se retrouver au sol est une étape habituelle pour un fauconneau qui ne sait pas encore voler et personne je crois n'avait anticipé qu'il se tuerait. Alors qu'est-il arrivé ? Plusieurs possibilités:
  • La portance de ses ailes était finalement trop faible pour amortir sa descente.
  • Perte de conscience consécutive à un choc avec une des corniches-prison.
  • Chute dans le couloir vertical avec impossibilité de s'orienter suffisamment rapidement.  

Il est regrettable que le résultat de la nécropsie ne soit toujours pas connu mais je doute qu'on en apprenne beaucoup sur la cause de la mort. J'ai pu voir une photo de Ti-Pou prise peu après sa découverte et il semblait normal, couché sur le ventre.

En bref:

  • Cause possible du bruit: collision de Ti-Pou avec une des corniches-prison, collision avec le 10ième étage ou bien bruit sans rapport avec l'accident.
  • Les scénarios: a) chute directe au 10ème étage, b) chute au 10ième étage après un contact avec une des corniches-prison, c) descente contrôlée sur une corniche-prison suivie un peu plus tard par une chute au 10ième étage (généralement un fauconneau qui arrive sur une corniche-prison y reste pendant un certain temps, parfois plusieurs jours, ce scénario d'un départ très rapide de Ti-Pou de la corniche-prison apparait donc comme peu probable). Une variante de ces scénarios est qu'il soit tombé dans le couloir vertical.   
  • Comparé aux autres fauconneaux d'Eve à l'Université de Montréal, Ti-Pou a quitté la corniche du nichoir un peu plus tôt qu'habituellement, soit 36 jours et 22h45 après la première éclosion. Les autres chiffres sont 39 jours et 4h35 en 2018, 35 jours et 8h05 en 2019 (probablement une chute accidentelle parce que ce fauconneau n'a volé que 5 jours plus tard; le 2ième fauconneau est descendu à 36 jours et 6h et a volé le lendemain), 38 jours et 7h41 en 2020, et 37 jours et 18h45 en 2022. Ce délai plus court combiné à son problème de croissance des plumes pourrait suggérer que sa descente n'était pas volontaire.


Différents problèmes de santé: plusieurs causes ou une cause unique?

Rappelons les différentes anomalies observées durant cette nidification:
  • Incubation plus longue de 2 jours.
  • Non-éclosion de 2 œufs sur 4. Aucun signe d'embryon dans ces œufs.
  • Infestation de mouches suceuses de sang.
  • Anomalie de croissance des plumes.

Le prélèvement de sang par les mouches cause une anémie, avec des conséquences d'autant plus sévère que les fauconneaux sont tout petits et ne contiennent donc pas une grande quantité de sang. L'anémie peut avoir diverses conséquences, en particulier entrainer des problèmes de croissance. L'anomalie de croissance des plumes pourrait donc potentiellement être une conséquence de l'infestation de mouches.

Les mouches pourraient-elles aussi affecter le développement des fauconneaux dans l’œuf ? Il semble que oui mais indirectement. Dans leur article ''Ectoparasite Activity During Incubation Increases Microbial Growth on Avian Eggs'' paru en 2018 dans le journal Microbial Ecology, des chercheurs ont montré que les déjections des mouches sur des œufs d'étourneaux étaient propices au développement de toutes sortes de bactéries, bactéries qui peuvent entrer dans l’œuf (puisque l’œuf est poreux) et provoquer la mort de l'embryon. On peut imaginer que les bactéries pourraient aussi avoir un impact sur le développement de l'embryon sans nécessairement le tuer, ce qui pourrait avoir pour effet de retarder l'éclosion. 

Dans la mesure où aucun signe d'embryon n'a été décelé dans les œufs non éclos, il semble plus difficile d'attribuer cette anomalie à des bactéries (on pourrait bien sur imaginer qu'elles aient agi à un stade très précoce mais on se retrouverait alors face à 2 extrêmes: d'un côté 2 embryons tués très tôt et de l'autre 2 oisillons viables, ce qui serait étonnant). Une autre explication qui a été avancée pour expliquer les anomalies de cette nidification est l'âge de la femelle. Eve a été observée pour la première fois en 2014 et a donc probablement au moins 11 ans et peut-être bien plus. Il est intéressant de noter que les œufs pondus par Spirit lors de sa dernière nidification en 2017 - alors qu'elle était âgée de 13 ans - étaient tous infertiles, et que l'année précédente déjà 1 œuf sur 4 n'était pas fertile. Cependant le stress causé par ses confrontations avec Eve pourrait possiblement expliquer à la fois le désordre dans la ponte de Spirit en 2017 (seulement 2 œufs avec un écart inhabituellement long de 88h, suivi d'un 3ième œuf près d'un mois plus tard) et leur infertilité.

Bien entendu il n'y aucune raison de soupçonner uniquement la femelle: le mâle dont on ignore tout de l'age pourrait aussi avoir une responsabilité (on note en particulier que la nidification s'était mieux passée l'année précédente, avec un autre mâle).


Conclusion

L'Université de Montréal a pendant longtemps été épargnée par les drames qui affectaient les autres sites: mortalité de fauconneaux au nid (seulement 2 décès, tous en 2010 et  attribués au comportement perturbateur d'une jeune de l'année précédente) ou fauconneau qui se tue lors de ses premiers vols (aucun cas). Depuis 2020 les fauconneaux sont affectés, apparemment chaque année (il y a une incertitude pour 2021, année où ils ont niché à l'Oratoire Saint-Joseph) -  par des mouches suceuses de sang qui ont causé un premier décès en 2020 et un deuxième en 2023. L'intervention de 2020 pour traiter les fauconneaux survivants a été suivie l'année suivante d'un déménagement du couple à l'Oratoire Saint-Joseph. Par une chance inouïe, des travaux étaient planifiés en 2022 sur la façade de l'Oratoire Saint-Joseph où a eu lieu la nidification, travaux qui nécessitait l'enlèvement du nid de corbeau utilisé par les faucons pèlerins. Ces travaux ont en quelque sorte forcé le retour des faucons pèlerins à l'Université de Montréal en 2022.  Comment réagiront les faucons pèlerins en 2024 face à l'intervention de 2023 ? Il faudra attendre le printemps prochain pour connaitre la réponse mais on peut noter 2 différences avec 2020/2021: a) la possibilité pour les faucons de choisir entre 2 nichoirs sur la tour de l'Université de Montréal et b) le fait qu'aucun fauconneau n'a été retiré du nid en 2023 par les humains, ce que les faucons pèlerins pourraient interpréter comme une défense réussie du nid.

Si le couple de faucon pèlerin reniche sur la tour de l'Université de Montréal en 2024 on peut craindre malheureusement que les mouches seront elles aussi de nouveau présentes. Il faudra alors se questionner sur la pertinence d'intervenir à nouveau au nid. On peut comprendre facilement qu'on secoure un oiseau qui s'est blessé en frappant une vitre ou un câble parce que l'humain a sa part de responsabilité. On peut comprendre aussi qu'on secoure un juvénile trouvé au sol blessé après son premier vol. Mais intervenir de façon récurrente au nid alors que les 2 adultes s'occupent au mieux de leurs petits me parait moins facilement défendable, compte tenu du stress important pour les parents que cela implique. Surtout que les actions qui ont été posées (enlèvement mécanique des mouches et nourrissage) auraient essentiellement pu être faites par les faucons adultes. À condition que ceux-ci comprennent que les mouches sont le problème. Or à chaque fois qu'un fauconneau est mort à cause des mouches, un prédateur 1000 fois plus grand (une mouche carnus mesure environ 1,5mm) a fait irruption au nichoir. On pourrait comprendre que les faucons peinent à comprendre que ce sont les mouches qui posent problème!