Entre le 25 et le 29 juin 2022 le couple de faucon pèlerin qui nichait sous le pont Jacques-Cartier a progressivement perdu ses 3 fauconneaux, voir cet article. En réalité une des juvéniles (P03) avait été recueillie au sol par un passant, puis acheminée à l'UQROP (Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie) via une animalerie. Comme son état de santé était satisfaisant, la décision a été prise de la rendre à ses parents. Parallèlement une jeune femelle faucon pèlerin originaire de Varennes attendait à l'UQROP d'être relâchée. La décision a été prise de la relâcher avec P03 au pont Jacques-Cartier, en misant sur son adoption par le couple de faucon pèlerin. Cette jeune femelle a auparavant été baguée par Environnement Faucon, avec le code P04 sur sa bague de couleur. La relâche a été effectuée le 30 juin par Environnement Fauconen collaboration avec les équipes de PJCCI (Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée) de la Clinique des oiseaux de proie du CHUV et de l’UQROP, Ces informations proviennent de la publication Facebook d'Environnement Faucon du 7 juillet (version anglaise) et de la publication de la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée du 3 août.
J'aimerais remercier Marilou Skelling et Sarah Gagnon d'Environnement Faucon pour les échanges d'information lors du suivi des juvéniles après leur relâche, ainsi que Sylvain Cusson pour ses photos des 25 et 27 juillet.
Relâche et rendez-vous apparemment raté avec les parents
Comme le couple avait perdu tous ses fauconneaux (P03 le 25 juin, E08 possiblement dès le 26 juin et K57 à un moment indéterminé avant le 29 juin avec le cadavre vraisemblablement visible par les parents), il y avait un risque que les adultes quittent le secteur. En 2021 après l'échec de leur nidification ils avaient ainsi quitté assez rapidement le secteur du nid sous la bretelle d'accès à l'ile Sainte-Hélène dans ce qui semblait une exploration de sites potentiels pour la nidification de 2022. Cependant la veille de la relâche le couple a été observé indépendamment par Environnement Faucon et par moi (à la mi-journée en ce qui me concerne).
Le 30 juin un peu avant 11h 2 convois de véhicules avec gyrophares sont apparus, l'un sur le pont, et l'autre sur la piste cyclable sous le pont, et ont stoppé à la hauteur du pilier du nichoir. C'est essentiellement tout ce que j'ai vu de la relâche qui a apparemment été faite sur une poutre juste sous le tablier du pont à en juger par cette photo publiée par Environnement Faucon. J'ai compris que la relâche était terminée en voyant les intervenants remonter sur le tablier du pont et rejoindre le 1er convoi. L'examen de l'enregistrement de ma surveillance vidéo de cette partie du pont montre ce qui semble être un envol d'une juvénile à 10h57.
À 11h20 je repère une des juvéniles sur une poutre, qui s'est avérée être P04. C'est la seule que j'ai réussi à voir; d'après ce que j'ai compris P03 n'a pas été revue non plus par Environnement Faucon après son envol. P04 a effectué plusieurs vols et a été observé sur différents perchoirs. Elle a passé une partie du temps à appeler. Mais aucune trace des adultes ou de P03.
P04 après sa relâche
Vers 14h40 je décide de traverser le pont pour jeter un coup d’œil aux secteurs fréquentés par les adultes en 2021. À 14h50 je passe sous le portique de signalisation où P04 est toujours perchée. D'après Sarah Gagnon elle s'est envolée vers 15h15 et a disparu derrière des édifices. De retour à 16h05 près de l'endroit de la relâche je ne vois aucun faucon. Je suis allé marcher dans le secteur où P04 avait disparu mais je n'ai pas réussi à la repérer. J'ai quitté à 18h40.
Suspension des observations pendant le long week-end du 1er juillet et heureuse surprise le lundi 4 juillet
Le 30 juin aucun adulte n'a été vu et les juvéniles avaient apparemment quitté le secteur. Compte tenu qu'aux yeux des faucons le secteur était potentiellement associé à du dérangement (du en particulier à la présence d'un grand nombre de personnes sur le pont pour regarder les feux d'artifice) et que les juvéniles savaient apparemment voler, je considérais peu probable que les adultes ramènent les juvéniles à cet endroit. Parallèlement, par souci entre autre d'économie, j'avais décidé de ne pas acheter la carte mensuelle de la STM pour le mois de juillet, qui depuis le 1er juillet ne pouvait d'ailleurs plus être utilisée pour se rendre à Longueuil, et donc de limiter mes déplacements vers cet endroit. Durant ce week-end j'ai reporté mes efforts sur le centre-ville et plus particulièrement sur le nid de faucon pèlerin de la rue Sherbrooke, profitant de l'accès gratuit aux stations de métro dans ce secteur durant les week-end de l'été.
C'est avec beaucoup de surprise et de joie, mêlés à une pointe de regret quant à ma décision, que j'ai appris le 4 juillet qu'Environnement Faucon avait observé les 2 juvéniles près du nichoir, sous la surveillance de la femelle adulte. C'était le meilleur de tous les scénarios: P03 qui avait disparu aussitôt après sa relâche était revue, P04 aussi et les 2 juvéniles avaient connecté avec les adultes. Surtout cette observation signifiait que les adultes avaient adopté P04.
Observations subséquentes
Le samedi 9 juillet je suis pour la première fois retourné au pont Jacques-Cartier. Les juvéniles P03 et P04 étaient toujours dans le secteur des nichoirs. P03 s'est apparemment fait reprendre une proie par un adulte, qui l'a transféré à l'autre adulte qui l'a offert à P04! (mes photos ne montrent pas tout le processus mais seulement quelques moments; il est aussi possible qu'il y avait plus qu'une proie d'impliquée). Plus tard P04 a tenté de saisir en vol une proie dans les pattes d'un parent mais la proie est tombée au sol (ou dans la voie maritime).
Le 13 juillet vers 13h30 j'observe depuis l'ile Notre-Dame un faucon pèlerin à l'un des nichoirs de la voie maritime. Puis à 18h04 je photographie un faucon pèlerin en vol sur l'ile Sainte-Hélène au-dessus du long parking qui borde le fleuve côté Montréal. Des urubus étaient également en vol à ce moment-là mais je n'ai observé aucune interaction entre les 2 espèces.
Le 15 juillet en fin de journée je retourne observer du côté de Longueuil. À 20h22 j'assiste à une poursuite entre 2 faucons pèlerins avec cri de juvénile dont 1 qui avait une proie. À 20h30 une juvénile est perchée sur la fixation de la canalisation verticale à gauche du nichoir. À 20h42 elle reçoit la visite d'un autre individu que je crois dans un premier temps être un adulte mais les photos subséquentes montrent 2 juvéniles à cet endroit. Elles y étaient toujours à 20h58, il s'agissait donc possiblement de leur dortoir (ce dortoir ne semblait pas utilisé lors d'une vérification le 22 juillet ni le 10 août). Les 2 juvéniles étaient pratiquement impossible à voir simultanément, ce qui m'a obligé à alterner un grand nombre de fois entre les 2 côtés du pont pour me convaincre qu'elles étaient bien 2! Sur cette photo on devine cependant la tête de la première juvénile à gauche.
Le 22 juillet, à 18h19 j’aperçois un faucon pèlerin qui s'est apparemment perché sur le pont. Le temps de passer sous le pont pour examiner le côté où il se serait perché il est de nouveau en vol et il se perche cette fois-ci sur le toit d'un édifice. C'est un adulte.
L'adulte a-t-il volontairement attiré mon attention sur lui pour la détourner de sa juvénile ? Ma dernière photo de l'adulte date de 18h22mn46; à 18h23mn04 je me retourne et je commence à photographier P03 en train de manger sur le pont; à 18h24mn10 je remarque un faucon en vol et je constate la disparition de l'adulte sur le toit. À 18h34 alors que je suis en train de filmer P03 en gros plan elle adopte une position défensive, ce qui me fait réaliser la présence de l'adulte sur la poutre voisine. La présence de l'adulte a possiblement mis de la pression sur la juvénile pour manger, puisque comme mentionné plus haut quelques jours plus tôt elle s'était apparemment fait voler une proie. Elle s'est arrêtée de manger vers 19h30, ce qui en fait un repas de plus de 1 heure! La vidéo suivante montre des extraits de ce long repas.
Après son repas elle s'est rendue au 2ième nichoir. À 20h10 je remarque un adulte sur le pilier du 1er nichoir. À 20h19 la juvénile s'envole du 2ième nichoir et je constate que l'adulte a aussi disparu. J'ai quitté à 20h45 sans revoir de faucon, en particulier à l'endroit qui semblait avoir été utilisé comme dortoir par les 2 juvéniles le 15 juillet. À noter à 20h28 le bref passage d'un drone. Voir aussi cette publication Facebook.
Le 25 juillet, de passage à vélo sur le pont, Sylvain Cusson photographie 2 juvéniles sur la surface d'un pilier, en contrebas. Les 2 juvéniles semblent s'embrasser (contact bec à bec)! Certaines de ses photos sont visibles ici. Le 27 juillet lors d'un autre passage, Sylvain Cusson photographie seulement 1 juvénile. Cette fois la bague est lisible: il s'agit de P04.
P04 sur une pile du pont le 27 juillet (crédit Sylvain Cusson)
Le 10 août entre 18h et 20h38 depuis Longueuil je n'observe aucun faucon dans le secteur des nichoirs. Mais le 14 août surprise: à 13h27 depuis l'ile Sainte-Hélène je remarque la silhouette d'un faucon sur le pilier du 2ième nichoir. En me rapprochant je découvre une juvénile qui fait la sieste sur un des perchoirs de ce nichoir!
Elle a disparu entre 17h03 et 17h15. J'ai quitté la piste cyclable à 19h10 et je suis passé au-dessus du nichoir à 19h58 sans voir d'autre faucon. Pour d'autres photos, voir cette publication Facebook.
Conclusions
La relâche rapide de 2 faucons pèlerins juvéniles par PJCCI et Environnement Faucon près du nid a transformé, du point de vue du couple de faucon pèlerin, un nouvel échec en une réussite. Ceci a pour effet d'augmenter substantiellement les chances que le couple s'installe durablement à ce pont. Bravo à ces 2 organisations ainsi qu'à l'UQROP et à la Clinique des oiseaux de proie!
Par ailleurs, le fait que les juvéniles aient choisi de rester sous le pont en dépit de plusieurs feux d'artifice tirés à proximité illustre leur adaptation et leur tolérance à cet évènement potentiellement dérangeant. J'aborderai la relation entre faucon pèlerin et feux d'artifice - et comment possiblement faciliter la cohabitation - dans un prochain article.
Cette visite inhabituelle s'est déroulée vers 17h alors que Eve Belisle retransmettait en direct les images de Donna et Vanadis sur la tour (Donna et Vanadis sont les 2 juvéniles nées à l'université). Le juvénile intrus est apparu peu après la livraison par Sphinx d'un repas pour ses 2 filles. Il n'y a eu aucun cri d'alarme malgré que les 2 adultes étaient présents et en vol à ce moment-là (cependant la mère a alarmé 36 minutes plus tôt sans explication alors qu'un faucon pèlerin était en vol, sans toutefois décoller). L'intrus s'est posé à au moins 2 reprises et très brièvement sur la corniche où Donna et Vanadis mangeaient. Il a passé une vingtaine de minutes sur une autre corniche prison de la tour, au coin des façades Polytechnique/Nichoir d'où il était visible par moment de la caméra du nichoir. Il a ensuite effectué plusieurs passages en vol près des filles. Vanadis l'a rejoint et des jeux aériens ont suivi, auxquels s'est joint un adulte.
Retransmission en direct du 10 juillet par Eve Belisle (vidéo de fauconsudem.com)
Le moment exact de début de la retransmission en direct n'est pas connu
mais est antérieur à 16h08, moment où j'ai reçu la notification de
Youtube pour cette diffusion. Voici les points marquants de la vidéo (le mot "juvéniles" désigne Vanadis et à Donna alors que le juvénile intrus mâle est désigné par le mot "intrus"):
0': les 2 juvéniles sont sur la corniche prison la plus basse de la tour au coin des façades Polytechnique et Avant.
22': cris d'alarme par la mère (Eve) qui est perchée sur la tour verte; un autre faucon pèlerin est en vol.
57'41: Sphinx livre un repas aux 2 juvéniles. Une des juvéniles qui l'a possiblement vu venir de loin bat des ailes depuis 56' 56.
58'14: Eve Belisle remarque 3 faucons en vol; les 2 juvéniles sont toujours perchées sur la tour.
58'19: on voit un faucon passer de droite à gauche devant les juvéniles.
61'30: Eve Belisle photographie l'intrus perché sur la tour.
62'20: l'intrus se perche brièvement près des 2 juvéniles.
62'38 à 69'27: la vidéo montre l'intrus perché sur la tour, d'abord sur la corniche-prison au coin des façades Nichoir et Polytechnique d'où il est visible par la caméra du nichoir, puis sur la façade Polytechnique. À 63'40: Sola confirme que l'intrus apparait sur la caméra du nichoir; les archives photos de cette caméra contiennent 2 photos datées respectivement de 17h15mn10 et 17h15mn55. L'intrus devient non visible pour cette caméra à 64'40.
77'33 à 81'47: la vidéo montre l'intrus toujours sur sa corniche prison. À 78'19 il redevient visible pour la caméra du nichoir. Si on se fie au temps inscrit sur les photos, cette caméra le voit entre 17h30mn43 et 17h34mn59. À 83'53 Sola signale qu'il a quitté.
84'13: les juvéniles le regardent voler; il se perche brièvement à côté d'elles.
85'57: il se perche sur la tour verte (la caméra du nichoir photographie un faucon sur la tour verte à 17h39mn15).
86'54: il passe en vol devant les juvéniles.
87'10: Vanadis décolle. Eve décolle peu après
87'34: 3 faucons volent ensemble.
87'36: "papa va s'en mêler".
89'57: Eve se perche sur l'antenne. Visible sur la vidéo de 92'15 à 93'51, moment où elle s'envole.
90'16: Vanadis et l'intrus sont partis en jouant vers l'École Polytechnique.
94'11 à 100'20: la vidéo montre Donna toujours sur sa corniche prison. .
Faucons de l'UdeM a publié sur sa page Facebook 5 photos dont une qui montre l'intrus perché à côté de Vanadis et Donna ainsi que la vidéo ci-dessous qui montre le juvénile intrus vu par la caméra du nichoir (cette vidéo couvre la période de 17h30mn51 à 17h34mn22).
Visiteur juvénile - 10 juillet 2020 (vidéo de fauconsudem.com)
Le juvénile intrus n'a pas été revu les jours suivants.
Les faucons pèlerins qui ont eux-mêmes des juvéniles tolèrent généralement bien des juvéniles dont ils ne sont pas les parents et vont s'en occuper comme si c'étaient les leurs. Ceci vaut également pour d'autres espèces d'oiseau de proie. L'UQROP utilise ce phénomène lorsqu'elle relâche un juvénile guéri de ses blessures sur le territoire d'une famille de faucon pèlerin avec des jeunes du même âge. Dans la nature, la distance entre 2 nids fait qu'il est plutôt improbable qu'un faucon pèlerin juvénile né ailleurs arrive à un nid actif au bon moment. Cela a pourtant été observé au Nunavut ainsi qu'à Edmonton, en Alberta.
La technique de mise en adoption utilisée par l'UQROP
Lorsqu'un faucon pèlerin juvénile est retrouvée blessé, par exemple suite à un accident survenu lors de ses premiers vols, il est soigné à la Clinique des oiseaux de proie puis possiblement effectue un séjour de convalescence dans les installations de Chouette à Voir. Lorsqu'il est rétabli il est relâché en priorité chez sa famille mais si cela n'est pas possible ou souhaitable il peut être relâché chez une autre famille ayant des juvéniles approximativement au même stade de développement, en calculant que le juvénile sera adopté par les adultes et apprendra d'eux les techniques de chasse et autres éléments nécessaires à sa survie. Au moins 2 opérations de mise en adoption ont été réalisées par l'UQROP à Montréal ces dernières années:
Le 8 juillet 2015 une jeune femelle trouvée blessée à Trois-Rivières a été relâchée par l'UQROP à l'Université de Montréal. Ni les faucons pèlerins adultes (Arthurin et Spirit) ni les 3 femelles nées sur place ne l'ont chassée. D'abord réservée lors de l'arrivée d'un repas, la nouvelle venue était complètement intégrée quelques jours plus tard. Voir cet article.
Le 25 août 2016, 2 faucons pèlerins juvéniles ont été relâchés près de l'incinérateur des Carrières en vue d'être adoptés par Eve et Éole. Un des fauconneaux était le leur (il était tombé du nid) alors que l'autre avait été trouvé au sol pas très loin du métro Vendôme. Le fait que les juvéniles volaient déjà très bien a compliqué leur observation, seul un des fauconneaux relâchés a possiblement été revu le 28 juillet. Voir cet article.
Plus récemment des mises en adoption ont été effectuées avec succès à un nid de faucon pèlerin situé près de Prévost.
Aller-retour d'un faucon pèlerin juvénile entre 2 nids au Nunavut
Dans l'article "Intraspecific Adoption and Double Nest Switching in Peregrine Falcons (Falco peregrinus)" paru dans Arctic (vol. 66 no 2 (2013) p. 222-225), Anctil et Franke rapportent avoir observé un fauconneau mâle de 36 jours se rendre dans un nid voisin occupé par 2 fauconneaux, y passer plusieurs jours et être nourri par les adultes résidents, avant de retourner rejoindre sa sœur à son nid d'origine où il a été nourri par ses parents naturels. Les 2 nids étaient séparés de 536 mètres. Les auteurs affirment qu'il s'agit du premier exemple documenté d'échange de nid chez le faucon pèlerin sauvage.
Aller-retour d'un faucon pèlerin juvénile entre 2 nids à Edmonton
Edmonton compte plusieurs nids de faucon pèlerin dont celui de l'Université de l'Alberta (au Clinical Sciences Building) et celui de Weber (Weber centre office building). Ces 2 nids sont distants d'environ 3,5kms d'après Google Maps. L'histoire se passe en 2015. Cette année-là une nouvelle femelle niche au site de Weber: il s'agit de Green Girl, née en 2013 au site de l'Université de l'Alberta! Pour sa 1ière nidification Green Girl a 4 fauconneaux nés les 8 et 9 juin; comme elle avait de la difficulté à nourrir correctement sa nombreuse famille, un des fauconneaux a été retiré et élevé ailleurs. Puis 2 autres fauconneaux ont été recueillis au sol après leur premier vol et relâchés au hack site de Pembina (unsitenaturel qui était jadis utilisé pour relâcher des faucons pèlerins élevés en captivité). Il ne restait donc plus que 1 fauconneau à Weber, surnommé Yellow. Pendant ce temps à l'Université de l'Alberta, Radisson - la mère de Green Girl - avait 4 fauconneaux nés les 6 et 7 juin: de ces 4 fauconneaux un fauconneau malade a été retiré du nichoir le 23 juin et un autre a été relâché à Pembina après avoir été recueilli au sol.
Le 9 août en fin d'après-midi Yellow est surpris par la caméra visitant le nichoir de l'Université de l'Alberta; un peu plus tard 5 faucons sont aperçus simultanément par des observateurs. Yellow est de retour le lendemain matin dans le nichoir, provoquant le départ d'un des fauconneaux locaux. Le 10 août Yellow est de retour chez lui à Weber où il est accueilli en fanfare et avec un repas par ses parents. Mais le lendemain il est de nouveau observé à l'Université de l'Alberta ainsi que les jours suivants, interagissant avec ses parents et frères adoptifs. Sa dernière visite au nichoir de l'Université de l'Alberta date du 20 septembre. Cette histoire a été documentée dans le forum Bird Cams Around the World par Bev, qui est très impliquée dans le suivi de ces faucons et que je remercie pour m'avoir signalé cet épisode. Une explication possible pour ce changement de nid qui a été avancée par les observateurs est que Yellow, qui était seul à Weber, a été attiré par les jeux des 2 fauconneaux de l'Université de l'Alberta.
Balbuzard-pêcheur nourri à plus de 200 kilomètres de son nid natal
Un jeune oiseau de proie peut être nourri à plusieurs centaines de kms de son nid natal par d'autres adultes que ses parents. Dans "Long-distance Nest Switching by a Juvenile Osprey (Pandion haliaetus)" paru dans Journal of Raptor Research (2016) 50 (4): 426–427, les auteurs mentionnent un jeune balbuzard pêcheur suivi par télémétrie qui a reçu un poisson d'un adulte après être allé dans le nid de celui-ci. Ce nid était situé à 222km de son nid natal. Le jeune balbuzard intrus a du défendre son poisson contre un juvénile de ce nid.
D'où venait le juvénile intrus de l'Université de Montréal?
Il est impossible de répondre à cette question. Voici à titre indicatif et en ordre croissant les distances approximatives à l'Université de Montréal de quelques sites de nidification connus, calculées avec Google Maps:
Église River's Edge: 3,3km. Nid visité par la femelle (Polly) en mars mais aucune raison de penser qu'il y a eu des naissances.
Incinérateur des Carrières: 4,1km. Ancien site (de Eve et Éole).
Tour de la Bourse: 4,2km. Vraisemblablement au moins 1 juvénile.
Échangeur Turcot: 4,4km. Ancien site (d'Algo et Polly).
Allez Up: 4,5km. Accouplements observés mais rien n'indique qu'il y a eu des juvéniles.
Pont Jacques-Cartier: 6,2km. Couple présent en 2019 mais pas revu cette année.
Pont Champlain: 9,6km. Au moins 3 juvéniles.
Pont Mercier: 10km. 1 juvénile.
Carrière Lagacé, Laval: 11,4km. 4 juvéniles.
Port de Montréal, secteur Louis-H. Lafontaine: 12,8km. Juvénile trouvé au sol.
Il serait bien sur extrêmement présomptueux de penser que tous les nids sont connus. Certains secteurs plus industriels sont peu fréquentés par les observateurs, tandis que d'autres comme par exemple les gares de triages ferroviaires sont interdits d'accès (la gare de triage de Côte-Saint-Luc est par exemple distante de 5,3km de l'Université de Montréal).