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lundi 1 juin 2020

4 bébés à Laval pour une femelle faucon pèlerin diplômée du MIT!

À la mi-novembre j'ai eu la chance de photographier un faucon pèlerin bagué aux États-Unis dans l'arrondissement Saint-Laurent à Montréal mais malheureusement je n'ai pas été en mesure de lire la bague en entier. En février Sylvie Duchemin  a retrouvé ce faucon près de la carrière Lagacé à Laval et a réussi à l'identifier. D'après les informations de baguage que nous avons obtenues il s'agit d'une femelle baguée en 2013 dans un nid situé sur un édifice du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Cambridge! La carrière Lagacé est connue pour abriter un nid depuis de nombreuses années: il restait donc à déterminer si la femelle était la femelle nicheuse ou une intruse. La réponse à cette question a été obtenue le 19 mai par Sylvie Duchemin qui a montré que la femelle nicheuse était baguée aux 2 pattes et, en bonus, qu'elle avait 4 fauconneaux.

Un grand merci à Sylvie Duchemin pour avoir partagé avec moi ses photos et permis de les publier dans cet article, ainsi qu'à Thomas French (le biologiste qui a bagué l'oiseau) pour m'avoir très généreusement transmis des informations très détaillées sur cette femelle.

 

Identification du faucon 

Photographie

Mon attention a été attirée par un rapport eBird avec une photo semblant montrer le faucon pèlerin que j'avais photographié en novembre à Montréal. Par l'intermédiaire de Luc Laberge (merci Luc!) j'ai pu entrer en contact avec l'auteure de l'observation,  Sylvie Duchemin. Celle-ci m'a envoyé la photo du faucon ainsi que le certificat qu'elle a obtenue après le signalement de la bague (je rappelle qu'au Canada un oiseau bagué, quelle que soit son espèce, peut être signalé via cette page; c'est M. Réjean Duval qui a effectué le signalement pour Sylvie Duchemin et celle-ci tient à le remercier).

Je reproduis ici avec sa permission un léger agrandissement de la photo qu'elle a publiée sur eBird:
Photo ayant permis l'identification du faucon (crédit: Sylvie Duchemin)

La photo originale a été prise avec une lunette Kowa munie d’un doubleur allant jusqu’à 90X, le tout couplé à un iPhone.

Premières informations sur le faucon

D'après le certificat d'appréciation reçue par Sylvie Duchemin, le faucon est une femelle baguée le 22 mai 2013 au Massachusetts par Thomas French.

Certificat reçu après le signalement de la bague (crédit: Sylvie Duchemin)

Informations plus détaillées

Malgré les informations importantes apportées par le certificat (sexe, année de naissance, lieu d'origine), je souhaitais en savoir plus, par exemple le type de nid dans lequel le faucon était né et si possible obtenir plus de précision sur sa localisation.

Une première démarche dans la section consacrée aux faucons pèlerins du Massachusetts dans le forum Bird Cams Around the World n'a rien donné: cela semblait exclure que le faucon provenait d'un nid suivi par caméras.

Le 20 mai, après avoir appris que 97AD était bien la femelle nicheuse, j'ai laissé un message au club ornithologique Nuttall dont Thomas French avait déjà été président. J'ai reçu une réponse presque immédiate de Michael Reed (que je remercie également) m'informant qu'il avait transmis ma requête à Thomas French. Le lendemain je recevais un courriel de ce dernier avec une foule d'informations sur 97AD, en plus de nouvelles au sujet d'une femelle baguée à Sorel en 2013 et qui niche maintenant au Massachusetts! Merci énormément à lui. Les informations additionnelles sur 97AD incluent 
  • La localisation de son nid: le Whitehead Institute building du MIT à Cambridge
  • La fratrie: la nichée comprenait 4 fauconneaux dont 2 sont décédés avant l'envol. En plus de 97AD un jeune mâle a quitté le nid.
  • Les parents: sa mère était non-baguée à l'origine, d'où une incertitude sur son histoire ("The mother of 97/AD is believed to be..."). En 2009 elle a niché dans un ancien nid de buse à queue rousse sur une corniche d'un autre édifice du MIT avant de déménager au Whitehead Institute où elle a niché de 2010 à 2013. Durant cette période elle a été capturée puis baguée. Depuis 2017 elle niche dans un nichoir installé sur une ancienne prison. Le père de 97AD (qui, lui, a été bagué au nid) est né en 2005 à Rumney dans le New Hampshire. Il a d'abord niché sur la tour de contrôle de l'aéroport international de Boston en 2008 avant de déménager à Cambridge. Il a été trouvé au sol avec de multiples blessures le 30 avril 2018 et est décédé peu après. 
  • Les précédentes localisations de 97AD: le 1er mai 2014 dans le West Rock Ridge State Park au Connecticut.


Nidification à la carrière Lagacé

Le 19 mai Sylvie Duchemin, Michelle Bélanger et Joanne Roger ont observé 97AD nourrir 4 fauconneaux (rapport eBird) dans la carrière Lagacé à Laval. Cette ancienne carrière, qui est maintenant inondée, est  délimitée par l'autoroute 15, le boulevard du Souvenir, le boulevard Daniel-Johnson et le boulevard Saint-Martin Ouest. Voici 2 photos prises par Sylvie Duchemin:

97AD avec 4 fauconneaux (crédit: Sylvie Duchemin)

97AD montrant ses bagues (crédit: Sylvie Duchemin)
Deux autres observations ont été faites le dimanche 31 mai par Sylvie Duchemin, voici les liens vers les rapports eBirds avec d'autres photos: matin et après-midi. Les fauconneaux sont rendus à un stade où ils ne sont rejoints par la femelle que lors des nourrissages, celle-ci les surveillant à distance le reste du temps.

Une question importante est actuellement sans réponse: depuis quand 97AD niche-t-elle dans cette carrière? Une chose est certaine: elle n'est pas la première femelle y nicher puisque 2 fauconneaux y ont été observés le 14 mai 2013, année de sa naissance.  En 2014 1 jeune était observé au nid. Pour 2015 je n'ai trouvé aucun rapport eBird signalant des fauconneaux.  En 2016 3 jeunes ont été observés, en 2017 1 jeune et en 2018 le nid était signalé occupé sans précision sur le nombre de fauconneaux (entre 1 et 3). Finalement en 2019 un jeune ayant récemment quitté le nid est rapporté ainsi que 2 adultes. Le premier rapport eBird à cet endroit date de 2009 et fait déjà référence à un nid sans plus de précision. Les rapports eBird cités ont été produits par Alain Robert et Georges Lachaîne. Si vous avez photographié un faucon bagué dans le secteur ou si vous avez de l'information sur l'histoire du nid, je suis intéressé!


Observations de 97AD à Montréal en novembre 2019

Ces observations ont été rapportées dans cette publication Facebook, dans ce rapport eBird et dans celui-ci.

Le 15 novembre vers 13h j'ai examiné un immeuble (au 365 place Deguire) où j'avais déjà observé dans le passé un faucon pèlerin. Rien cette fois-ci sur les antennes du sommet de l'édifice. Par contre j'ai trouvé un faucon pèlerin sur une antenne de façade, un faucon bagué aux 2 pattes.

J'y suis retourné le lendemain à 10h30 avec mon trépied. Pas de faucon. J'ai surveillé l'endroit sans succès jusqu'à 12h05. À 12h40, au retour d'une petite marche dans le quartier pour examiner les autres immeubles, j'ai constaté que le faucon était perché sur la même antenne que la veille. Il y était toujours à 14h quand j'ai quitté pour aller manger mais à mon retour à 15h50 il avait disparu. Mes tentatives de le revoir les jours suivants ont toutes échouées (le 16 novembre un résident était apparu sur un balcon proche de l'antenne, possiblement intrigué par ma caméra; bien que le faucon n'avait pas réagi il est possible que la personne a fini par le découvrir  et que l'attention soutenue qui a pu en suivre a conduit le faucon à chercher un perchoir plus tranquille).

Voici quelques photos:
Localisation du faucon

Photo du 15 novembre
Photo du 16 novembre

Voici pour finir un agrandissement d'une photo du 16 novembre. A posteriori, sachant ce qu'il fallait lire, on peut reconnaitre "AD" dans la partie inférieure de la bague. Mais sans information préalable la photo ne permettait pas d'identifier le faucon.
Tentative de lire la bague

D'autres photos sont disponibles dans la publication Facebook et le rapport eBird mentionnés plus haut.





jeudi 28 mai 2020

3 naissances inespérées chez les faucons pèlerins de l'Université de Montréal

Cet article a été publié le 11 juin 2020.

À la surprise de beaucoup, les 3 œufs pondus dans le nichoir de l'Université de Montréal durant la 2ième semaine d'avril ont éclos!!! Ce résultat n'allait vraiment pas de soi cette année en raison d'un changement de mâle la veille de la ponte du 1er œuf et de la non-participation de ce mâle à la couvaison pendant plus de 8 jours, ce qui a causé plusieurs interruptions de la couvaison d'une durée supérieure à 2h par une température avoisinant les 0C. Pour plus de détails sur les problèmes lors de la période de couvaison, voir cet article. Également un problème semble être apparu sur un des œufs à quelques jours de l'éclosion.

Les 3 fauconneaux - 26 mai 17h41 (crédit: fauconsudem.com)

Voici en bref les dates d'éclosion:
Le dernier fauconneau peut être considéré comme un miraculé puisque pour une raison mystérieuse son œuf s'était affaissé ("œuf aplati") et qu'on le voyait lutter pour sa survie dès le 22 mai. Malheureusement le miracle n'a pas duré très longtemps puisque ce fauconneau a succombé quelques jours plus tard à une infestation de mouches (article à venir).

Remerciements et sources
Cet article est basé entièrement sur les images diffusées par les caméras de Faucons de l'UdeM (fauconsudem.com), mes remerciements vont donc d'abord à Eve Belisle pour avoir fait installer le nichoir en 2008 et pour maintenir au fil des ans le système de caméras. Merci également aux opératrices et opérateurs de la caméra du nichoir: Sophie Lapierre, Eve Belisle et Paul Brunelle.
En plus de la diffusion en direct (pour la caméra du nichoir), les images des caméras sont disponibles sous les formes suivantes:
  • Archives photo (fauconsudem.com/archives). Des images prises par les caméras y sont sauvegardées approximativement à chaque minute et conservées pendant une durée limitée.
  • Vidéos, photos et informations partagées par Faucons de l'UdeM sur sa page Facebook ou dans sa chaine Youtube.
  • Photos et informations partagées sur la page Facebook de Faucons de l'UdeM par des utilisateurs, notamment Lise Vaillancourt et Anita Van der Landen (voir la section Publications des visiteurs)
  • Publications de l'Université de Montréal (à noter que je n'ai pas vérifié le compte Twitter ni d'autres médias).
  • Photos et vidéos partagées sur des forums, notamment dans la section consacrée aux faucons de Montréal du forum Bird Cams Around the World (forum BCAW).
Merci à tous ceux/celles qui ont produit ces publications.


21 mai

À partir de 23 heures le piaillement étouffé d'un fauconneau est entendu. Déjà la veille une petite marque blanche avait été observée sur un des œufs mais cette marque pouvait aussi avoir été occasionnée par le frottement de l’œuf sur les cailloux. C'est également en ce 21 mai que l'on a pu voir un œuf bouger (merci à Huguette Lenoir et Lise Vaillancourt pour la date).

22 mai

À 7h40 Faucons de l'UdeM publie 2 photos prises le matin montrant une craque sur un des œufs. Il s'agit apparemment de l'"œuf aplati".

L’œuf aplati est bien visible sur 2 photos prises à 19h26 et 20h01 respectivement
L'"œuf aplati", à gauche (crédit: fauconsudem.com)

L'"oeuf aplati", à droite (crédit: fauconsudem.com)

Une capture vidéo  des images de la caméra réalisée par Danuta Borkovska et partagée sur le forum BCAW montre Eve brasser les œufs entre 19h52 et 20h02 et offre plusieurs vues de l’œuf aplati.

23 mai: 2 naissances et un repas

À 6h41 Faucons de l'UdeM publie une photo montrant "un œuf bien craqué et un autre percé" et indique que le 3ième œuf semblait en difficulté la veille. En commentaire de cette publication, Eve Belisle précise que du sang a été aperçu sur ce 3ième œuf . Une courte vidéo publiée par Terka Busz sur le forum BCAW montre du mouvement dans l’œuf craqué.

Le premier fauconneau nait à 8h19. Voici une vidéo partagées sur Facebook par Faucons de l'UdeM qui le montre quelques instants après sa naissance pendant que sa mère part remiser une proie apportée par le mâle. Le mâle en profite pour couver le fauconneau et les 2 œufs restants jusqu'au retour d'Eve  à 8h30:
Première naissance (vidéo de fauconsudem.com)

La vidéo permet également de voir l’œuf aplati. En voici une autre vue à 17h15
L'"œuf aplati" (à gauche), 17h15 (crédit: fauconsudem.com)
Dans cette capture vidéo enregistrée peu avant 10h par Terka Busz on voit du mouvement à l'intérieur d'un des œufs restants tandis que l'autre - celui qui est aplati - bouge légèrement (autour de 1'50).

Le fauconneau reçoit son premier repas à partir de 17h20, ce qui permet également de constater que les 2 œufs restants sont toujours vivants, incluant l'"œuf aplati", comme le montre la vidéo suivante de Faucons de l'UdeM (partage Facebook).
Premier repas (vidéo de fauconsudem.com)

Le 1er fauconneau à 18h01 (crédit: fauconsudem.com)

Un 2ième fauconneau nait à 19h30 (annonce Facebook):
Deuxième naissance (vidéo de fauconsudem.com)

24 mai

Beaucoup de personnes, incluant moi-même, considéraient que 2 fauconneaux étaient déjà un excellent résultat compte tenu des problèmes lors de la couvaison et s'étaient résignés à ce que le 3ième fauconneau ne réussisse pas à sortir de sa coquille amochée. Aussi la surprise a été grande d'assister à sa naissance tôt le matin!  Faucons de l'UdeM a publié une vidéo Facebook de sa naissance à 6h12. Ce fauconneau restera facilement reconnaissable grâce à un morceau de coquille resté collé sur une de ses ailes.

Les 2 premiers fauconneaux sont nourris à partir de 6h46; le dernier-né n'est pas prêt à prendre part à ce repas.
Premier repas de la journée pour les 2 premiers fauconneaux, le dernier-né est couché sur le dos (crédit: fauconsudem.com)

Faucons de l'UdeM a partagé sur Facebook la vidéo suivante montrant les meilleurs moments de l'après-midi. On y voit entre autres Sphinx tenter de gérer les 3 boules blanches plus ou moins éparpillées dans le nichoir... La vidéo montre également le repas de 16h52 auquel cette fois-ci les 3 fauconneaux participent.
Les 3 fauconneaux - 24 mai (vidéo de fauconsudem.com

jeudi 14 mai 2020

3 œufs à l'Université de Montréal dans une nidification hors de l'ordinaire

Comme je l'ai mentionné dans cet article, la femelle faucon pèlerin qui niche sur la tour de l'Université de Montréal (Eve) a pondu son premier œuf le 7 avril deux jours et demi après la disparition de son mâle (Éole) et le lendemain de l'arrivée du nouveau mâle (Sphinx).  Deux autres œufs ont été pondus respectivement les 10 et 14 avril. Ce début de nidification est particulier à au moins 2 titres:
  • L'écart très inhabituel entre la ponte des différents œufs;
  • La difficulté pour Sphinx de comprendre ce qui était attendu de lui, ce qui en particulier a causé plusieurs longues interruptions dans la couvaison.

Remerciements
En raison de la covid-19 je n'ai fait aucune observation sur le terrain pendant la période de temps visée par cet article (le mois d'avril 2020). Cet article est donc entièrement basé sur les données de la caméra de Faucons de l'UdeM. Je remercie donc encore plus particulièrement cette année:
  • Eve Belisle pour avoir mis en place et maintenu le système de caméras, et en particulier les archives photos;
  • Sophie Lapierre, et dans une moindre mesure Eve Belisle et Paul Brunelle, pour l'opération de la caméra du nichoir;
  • Les personnes qui partagent sur la page Facebook de Faucons de l'UdeM les étapes importantes de la nidification, plus particulièrement Eve Belisle et Lise Vaillancourt;
  • Huguette Lenoir pour m'avoir communiqué et permis d'utiliser des informations de son carnet.

La ponte

Voici la chronologie de la ponte, cliquez sur les liens pour plus de détails. 
En 2019 Eve était très régulière: l'écart entre 2 œufs consécutifs variait entre 52 heures (= 2 jours et 4h) et 55 heures (2 jours et 7h). Or en 2020 l'écart entre les 2 premiers œufs est de 63 heures (= 2 jours et 16h) mais surtout l'écart entre les œufs #2 et #3 est de 86 heures (= 3 jours et 14h)! En 2018 l'écart entre les œufs #1 et #2 était de 58 heures (= 2 jours et 10h). Toutes les durées mentionnées ici ont été arrondies à l'heure la plus proche.


Vue d'ensemble de la couvaison jusqu'au 30 avril

Le nid de faucon pèlerin de la tour de l'Université de Montréal est suivi par caméras. Outre la possibilité de suivre en direct ce qui se passe dans le nichoir via Youtube, le dispositif de Faucons de l'UdeM sauvegarde à intervalle régulier (environ toutes les 45 secondes) une photo dans les archives. A partir des photos archivées du 8 au 30 avril  j'ai déterminé le statut de chaque période à l'intérieur de la période 5h - 20h30 (des explications plus techniques sont données en fin d'article). Ces statuts sont les suivants, avec la couleur correspondante dans le graphique:
  • Faucon couvant les œufs (couleur verte). Le faucon doit être couché sur les œufs et non simplement positionné au-dessus des œufs.
  • Faucon présent au nichoir mais ne couvant pas (couleur orange);
  • Aucun faucon présent au nichoir (couleur rouge);
  • Intérieur du nichoir non visible car la caméra est orientée ailleurs (couleur gris clair);
  • Données non  disponibles (couleur gris foncé): ce statut correspond essentiellement soit à une panne des archives, soit à l'impossibilité de déterminer le statut (photo trop exposée ou trop sombre).
Voici la figure montrant la répartition des différents statuts, j'y reviendrai tantôt.


J'ai également calculé pour chaque jour le pourcentage du temps total consacré à la couvaison (= temps de couvaison divisé par le temps total duquel j'ai soustrait le temps d'indisponibilité des données). La courbe est la suivante:
On voit très bien une montée en puissance de la couvaison du 14 au 16 avril correspondant manifestement au début de l'incubation (rappelons que le dernier œuf a été pondu à 0h37 le 14 avril). On observe ensuite une sorte de plateau du 16 au 24 avril, avec un temps de couvaison autour de 70%, qui correspond à la période où Eve est seule à couver.  Puis à partir du 25 avril on observe une nouvelle hausse lorsque Sphinx commence à couver à son tour. Finalement à partir du 27 avril la part du temps de couvaison se stabilise autour de 97%.

Si on revient au premier graphique on remarque qu'il y a eu plusieurs périodes tôt le matin où les œufs n'ont pas été couvés entre le 21 et le 24 avril. Voyons ces périodes plus en détail, avec la température relevée à la station météo de l'aéroport Montréal-Trudeau (d'après le site https://climat.meteo.gc.ca/historical_data/search_historic_data_f.html)
  • 21 avril: œufs non couvés de 4h51 à 7h18 (durée de 2h27), température comprise entre -0,9C et 0,5C, refroidissement éolien de -4C.
  • 22 avril: œufs non couvés de 5h22 à 7h23 (durée de 2h01), température comprise entre -5C et -4C, refroidissement éolien de -13C.
  • 23 avril: données de la caméra non disponibles.
  • 24 avril: œufs non couvés de 5h09 à 7h45 (durée de 2h36), température comprise entre -2,3C et 2,5C, refroidissement éolien de -8C à 6 heure.
Combien de temps les œufs peuvent-ils être laissés sans couvaison sans qu'il n'y ait de conséquence ? Eve Belisle avait posé cette question dans son article de blogue du 27 avril 2010 alors que Polly avait causé de nombreuses interruptions de la couvaison 2010 allant jusqu'à 2 heures. Les spécialistes interrogés n'étaient pas très optimistes sur les chances de succès de la couvée, ce qui n'a pas empêché 3 des 4 œufs d'éclore quelques jours plus tard.

 

Le comportement de Sphinx

Rappelons que Sphinx est apparu pour la première fois le 6 avril vers 8h et que le 1er œuf a été pondu le lendemain à 18h30. Les choses ne se passent généralement pas aussi rapidement chez les faucons pèlerins! Tout naturellement Sphinx voulait passer du temps avec Eve, et pas juste au nichoir. Et pour ne rien arranger Sphinx en était visiblement à sa première nidification...

Accouplements

Le premier accouplement entre Sphinx et Eve a été filmé le 11 avril à 6h23. Un autre a suivi à 7h33. Le lendemain c'étaient 7 accouplements qui étaient observés ou entendus. La vidéo ci-dessous publiée par Faucons de l'UdeM montre les 2 accouplements du 11 avril ainsi que 3 des accouplements du 12 avril.

Accouplements de Sphinx et Eve - 11 et 12 avril (vidéo de Faucons de l'UdeM)

De nombreux autres accouplements ont suivi (voici une autre vidéo d'un accouplement). Le 16 avril vers 13h30 il y a même eu 2 accouplements dans la même minute! (ces 2 accouplements sont montrés dans la vidéo de la section suivante). Le 25 avril Sphinx rejoignait Éole en termes de nombre d'accouplements observés ou entendus pour la saison 2020 avec un total de 62 (merci à Huguette Lenoir pour cette information). Sphinx a depuis dépassé Éole.

Livraisons de repas

Il faut garder à l'esprit que Sphinx a pu livrer des proies à des endroits non surveillés par la caméra ou bien remplir des garde-manger où Eve pouvait se servir par la suite. Ceci étant dit, la caméra a capté le comportement suivant de Sphinx: celui-ci s'approchait avec une proie du nichoir où se trouvait Eve mais quand celle-ci bougeait pour en prendre possession Sphinx s'envolait avec la proie! Ce comportement est illustré dans la vidéo ci-dessous de Faucons de l'UdeM, qui montre aussi le premier transfert de nourriture documenté le 24 avril (partage Facebook de la vidéo):

Apports de proie par Sphinx (vidéo de Faucons de l'UdeM)
Ce comportement s'est répété à plusieurs reprises, par exemple le 15 avril à 11h33 et le 17 avril à 7h07 (publications Facebook de Lise Vaillancourt, merci à elle).

Le 26 avril Sphinx semble vouloir nourrir les œufs (publication Facebook avec vidéo de Faucons de l'UdeM).

Participations à la couvaison

Il a fallu attendre le 25 avril peu après 11h (soit presque 11 jours et demi après la ponte du dernier œuf) pour voir enfin Sphinx couver. Auparavant il s'était placé à quelques reprises au-dessus des œufs mais la tentative ne durait pas plus de quelques secondes. Cette première couvaison a duré une cinquantaine de minutes et est rapportée dans cette publication Facebook de Faucons de l'UdeM (avec une vidéo).


Annexe: informations supplémentaires sur les graphiques

Les archives de Faucons de l'UdeM présentent les photos par périodes de 2 heures. Le nom de chaque photo correspond à sa date de traitement, qui est postérieure d'une dizaine de secondes à la date de prise de vue incrustée sur la photo: pour simplifier j'ai utilisé la date de traitement plutôt que la date de prise de vue puisque cela m'évitait de cliquer sur chaque photo.

À chaque photo j'associe une période qui est centrée sur la date de traitement: le début de la période est à mi-chemin des dates de traitement de la photo précédente et de la photo courante; la fin de la période est à mi-chemin des dates de traitement de la photo courante et de la photo suivante. J'ai ensuite reporté dans un fichier Excel les dates de traitement correspondant aux changements de statut, ce qui m'a donné une suite de périodes correspondant chacune à un statut.  Je n'ai pas vérifié qu'il n'y avait pas de photos manquantes à l'intérieur d'une période donnée; par contre j'ai détecté des photos manquantes lors de transitions d'une période à l'autre, auquel cas j'ai comblé le trou en introduisant une période correspondant au statut "absence de données" (ces trous étaient généralement  de l'ordre de 1 ou 2 minutes).

Lorsque la caméra était tournée vers la droite et ne montrait que partiellement le nichoir, j'ai opté pour le statut "Absence du nichoir" si un morceau d’œuf était visible mais qu'il n'était pas couvé; sinon le statut était "intérieur du nichoir non visible". Parfois la caméra alternait rapidement entre le nichoir et l'extérieur: dans ce cas j'ai interpolé ce qui se passait dans le nichoir: par exemple si la première photo montre le nichoir vide, que les 2 photos suivantes montrent l'extérieur du nichoir puis que la caméra revient sur le nichoir vide, j'ai supposé que le nichoir était vide tout le long. Je n'ai pas fait d'interpolation s'il y avait plus que 3 photos intermédiaires. Ceci a pu dans certains cas légèrement sous-estimer le temps de couvaison dans la mesure où il arrivait parfois que la caméra suivait le 2ième faucon à l'extérieur du nichoir pendant que l'autre couvait.

Ce qui apparait noir dans le premier graphique correspond à plusieurs changements de statut très proches dans le temps.

Pour la courbe du pourcentage de temps de couvaison, je n'ai pas considéré la journée du  23 avril à cause de la panne d'archive: en effet sur la période où les archives étaient fonctionnelles, le pourcentage de couvaison était proche de 96%, ce qui causait un pic artificiel dans la courbe. 


 

samedi 25 avril 2020

2 faucons pèlerins à l'Université Concordia

Cet article a été publié le 5 juin 2020.

Un couple de faucon pèlerin a été observé à 2 endroits différents de l'Université Concordia (campus du centre-ville) à la mi-février: sur une croix de l'ancienne maison-mère des Sœurs Grises et sur le toit de l'édifice John-Molson. Le 3 mars un faucon pèlerin seul a de nouveau été observé sur le toit de l'édifice John-Molson.

 

Janvier: signalement d'un faucon pèlerin sur eBird

Les 6 janvier à 10h30 et le 7 janvier à 9h30 un faucon pèlerin est signalé sur eBird par Bernard Lavoie à la place Norman-Bethune (intersection de la rue Guy et du boulevard de Maisonneuve). Le 13 janvier de 9h50 à 10h40 je n'ai pas vu de faucon pèlerin mais beaucoup de pigeons (qui étaient également signalés dans les rapports eBird mentionnés plus haut). Quelques semaines plus tard j'observerai effectivement un faucon pèlerin chasser les pigeons dans ce secteur, voir plus bas.

 

11 et 13 février: faucons pèlerins sur une croix de l'ancienne maison-mère des Sœurs Grises

Le 11 février vers 11h30 Eric Gingras m'informe de la présence d'un faucon pèlerin sur une croix de l'ancienne maison-mère des Sœurs Grises située au 1190 bld René-Levesque  (Eric Gingras est un biologiste qui a notamment participé au suivi des faucons pèlerins de l'Échangeur Turcot pour le compte de WSP Canada, une entreprise du consortium KPH-Turcot; par ailleurs l'ancienne maison-mère des Sœurs Grises appartient maintenant à l'Université Concordia).

Le 13 février Eric Gingras me signale qu'il y a maintenant 2 faucons pèlerins sur la croix, photo à l'appui:
Faucons pèlerins sur l'ancienne maison-mère des Sœurs Grises (crédit: Eric Gingras)

L'ancienne maison-mère des Sœurs Grises est située à 1,4kms de l'édifice d'Allez Up où séjourne un couple de faucon pèlerin. Il semble donc logique qu'il s'agissait de ce couple de faucon pèlerin, une hypothèse appuyée par les directions de déplacement que j'ai observées les jours suivants. Détail amusant, le mâle de Allez Up est soupçonné être... Algo, le mâle qui nichait à l'Échangeur Turcot, c'est-à-dire un des faucons qu'Eric Gingras avait pour mission de surveiller! Pourrait-on aller un cran plus loin et envisager que l'autre faucon était Polly, la femelle de l'Échangeur Turcot? Il faut d'abord préciser que la femelle de Allez Up n'est pas Polly.  Mais on peut aussi remarquer que:
  • La première observation d'Eric Gingras a été faite alors que Polly était à la Clinique des oiseaux de proie après avoir été secourue le 10 février à l'UQAM (la première observation impliquait un seul individu) tandis que la seconde observation a été faite le lendemain de la relâche de Polly, voir cet article pour plus de détails sur les mésaventures de Polly. 
  • L'ancienne maison-mère des Sœurs Grises est située presque exactement sur la droite joignant l'UQAM au Complexe Dompark où Polly a été majoritairement observée cet hiver.
  • Algo et Polly se sont rencontrés à l'Université de Montréal le 8 mars
Personnellement je considère que le 2ìème faucon était probablement la femelle d'Allez Up mais sait-on jamais.

 

14 février: 2 faucons pèlerins sur le toit du pavillon John-Molson de l'Université Concordia

En sortant du métro Guy-Concordia à 9h49 ce 14 février j'ai presque immédiatement repéré 2 faucons pèlerins sur le toit étroit et orange du pavillon John-Molson de l'Université Concordia (extrémité sud-est).  La photo suivante localise leur perchoir.


À 9h52 un des faucons s'est envolé et a attaqué sans succès des pigeons à l'angle de la rue Saint-Mathieu et du boulevard de Maisonneuve avant de retourner sur son perchoir.  Les faucons ont volé à plusieurs reprises, ensemble ou séparément, avant de revenir sur le toit. La direction de déplacement préférée était vers l'ancienne maison-mère des Sœurs Grises mais je n'ai pas observé de faucons s'y poser. Cette direction est aussi celle d'Allez Up. À 10h19 un des faucons a quitté et l'autre l'a imité 3 minutes plus tard. À 10h33 j'ai constaté qu'un des faucons était de retour. Il s'est envolé à 10h37, est revenu à 10h40 et est reparti à 10h42. Lorsque j'ai quitté à 11h il n'était pas de retour.

Un des faucons pèlerins est bagué à la patte gauche uniquement. La bague à la patte gauche est visible sur la vidéo sur la vidéo suivante:
tandis que l'absence de bague à la patte droite est montrée par la photo suivante:
Je n'ai pas été en mesure de voir si l'autre faucon était bagué ou non à la patte droite, ce qui ne me permet pas d'exclure Polly. À aucun moment je n'ai vu de patte pendante en vol, qui est une caractéristique de Polly.


 

15 et 17 février: faucons absents à Concordia mais présents à Allez Up

Pour plus de détails sur les observations d'Allez Up, voir cet article.

Le 15 février de 10h20 à 11h50 j'échoue à voir les faucons pèlerins à l'Université Concordia mais à 12h11 un faucon était présent sur un ornement de Nordelec près d'Allez Up.

Le 17 février de 8h12 à 8h48 aucun faucon visible dans le secteur de Concordia mais à 9h05 2 faucons pèlerins étaient présents sur les ornements de Nordelec. Après s'être accouplé à 9h52, les 2 faucons ont quitté ensemble approximativement dans la direction de l'Université Concordia.

J'ai également échoué à observer des faucons pèlerins dans le secteur de l'Université Concordia le 23 février à 10h et le 25 février de 10h39 à 11h.


 

3 mars: virée sur le Mont-Royal avec escale à l'Université Concordia

Le 3 mars à 14h22 le couple de faucon pèlerin que j'observais à Allez Up est parti en direction de Concordia. Après avoir attendu leur retour pendant 30 minutes je suis allé voir dans le secteur de l'Université Concordia. Rien à 15h19 à mon arrivée. J'ai alors décidé d'explorer le quartier. À 15h36 alors que je marchais sur la rue Sherbrooke près de la rue Chomedey j'ai été survolé par 2 faucons qui provenaient de la direction de l'Hôpital Général de Montréal, situé en bordure du parc du Mont-Royal. 2 minutes plus tard,  dans la direction où les faucons ont disparu, j'ai aperçu un groupe d'oiseaux volant en formation très serrée (étourneaux? pigeons?) puis soudain un faucon a piqué dans le groupe, ce qui a entrainé son explosion. Les 2 faucons ont attaqué à plusieurs reprises. Après quelques minutes cependant il ne restait que les 2 faucons dans le ciel, les oiseaux visés ayant réussi à trouver un abri. Voici un agrandissement d'une photo prise à cette occasion
Faucon pèlerin après les attaques, 15h40
Les faucons se sont ensuite dirigés vers l'Université Concordia. À 15h44 j'ai repéré l'un d'eux sur le toit de l'édifice John-Molson, à l'endroit habituel. La photo suivante suggère que le faucon n'est pas bagué à la patte gauche: il pourrait donc s'agir soit de la femelle d'Allez Up, soit de Polly. 

Faucon pèlerin sur le toit du pavillon John-Molson de l'Université Concordia, 15h54

Le faucon s'est envolé à 16h12 et quelques secondes plus tard il y a eu une attaque sur des pigeons près de l'intersection de la rue St-Mathieu et du boulevard de Maisonneuve. J'ai quitté tout de suite après.

À nouveau, à aucun moment je n'ai vu la patte pendante caractéristique de Polly.

Même si les faucons ne venaient pas de la direction de l'Université de Montréal, il est intéressant de noter que Algo et Polly ont visité l'Université de Montréal 5 jours plus tard . L'Université de Montréal est située en bordure du Mont-Royal.

Accouplements précoces pour le couple de faucon pèlerin d'Allez Up

Cet article a été publié le 4 juin 2020

J'ai observé un accouplement dès le 17 février à Allez Up, puis un autre le 22 et le 23 février (je n'ai pas visité ce site entre le 17 et le 22 février). Après 3 visites sans observer d'accouplement j'en ai revu un lors de mes 2 dernières visites les 8 et 15 mars. L'an dernier j'avais commencé à suivre ce site le 7 avril et j'avais observé des accouplements jusqu'au 13 mai.

17 février

À mon arrivée à 9h05 les 2 faucons pèlerins étaient perchés sur des ornements de l'édifice Nordelec (façade donnant sur la rue Richardson). Ils se sont envolés à 9h25 et ont rejoint la plateforme de l'édifice de Allez Up où semble se situer leur nid. Ils ont ensuite exploré différents perchoirs sur l'édifice d'Allez Up avant de quitter séparément vers 9h33. À 9h40 les 2 faucons étaient de retour sur l'édifice. À 9h51 les 2 se sont envolés à nouveau, la femelle s'est perchée sur le toit de Allez Up  et l'accouplement a suivi dans la minute.
La femelle juste avant l'accouplement

Immédiatement après l'accouplement les 2 faucons sont partis vers l'université Concordia (voir cet article sur les observations dans le secteur de l'Université Concordia). J'ai quitté à 10h37 sans les revoir.

22 février

À mon arrivée à 9h40, les 2 faucons se trouvaient sur des ornements de l'édifice Nordelec, cette fois sur la façade donnant sur la rue de la Sucrerie: le mâle, bagué à la patte gauche uniquement, sur l'ornement de coin avec la rue Richardson (ornement 1) et la femelle sur l'ornement 14.

Le mâle, bagué à la patte gauche

L'accouplement a eu lieu à 11h01 et a permis de confirmer que c'est bien le mâle qui est bagué (la détermination du sexe de ce faucon l'année dernière était largement basée sur le fait que c'était lui qui apportait des proies à l'autre faucon). Après l'accouplement le mâle s'est rendu sur la plateforme du nid à Allez Up. Quelques instants plus tard j'ai aperçu un faucon filer au-dessus de Nordelec venant de la direction de Allez Up, vraisemblablement le mâle qui rejoignait la femelle dont je venais de constater la disparition. J'ai quitté à 11h51 sans les revoir.

À 15h20 lors d'un second passage un faucon était perché sur la plateforme d'Allez Up mais il a disparu pendant que je me déplaçais vers un meilleur point d'observation. J'ai quitté à 16h17 sans revoir de faucon.

23 février

Je suis arrivé à 7h17, les faucons ne semblaient pas là. À 7h28 mon attention a été attirée par des vocalises: j'ai vu un faucon voler vers Allez Up en provenance du sud-ouest et se percher sur la plateforme de Allez Up. J'ignore si les 2 faucons sont arrivés quasiment en même temps ou si un faucon déjà présent accueillait un 2ième faucon.  Les 2 faucons ont discuté intensément à plusieurs reprises sur la plateforme. À 7h50 la femelle a quitté Allez Up et s'est perché sur l'ornement 12 de Nordelec, face à Allez Up. Le mâle est apparu à son tour sur la plateforme d'Allez Up, s'est envolé et est venu s'accoupler, voir la vidéo ci-dessous:


Après l'accouplement le mâle s'est perché sur un ornement qu'il a quitté à 8h25. La femelle s'est envolée vers le sud-ouest à 8h30 40 secondes après avoir émis une série de vocalises. J'ai quitté à 9h21 sans les revoir.

28 février

Pas d'accouplement observé cet après-midi là mais une scène étrange que j'aurais bien aimé filmer. À mon arrivée à 14h33 les 2 faucons étaient sur l'édifice Nordelec, sur la façade donnant sur la rue Richardson: un au coin avec la rue de la Sucrerie et l'autre au 6ième ornement à partir du coin. Basé sur les observations des jours précédents, je considérais que celui du coin était le mâle. Mais à 16h10 le faucon de l'ornement #6 s'est envolé et a tenté ce qui ressemblait à un accouplement sur le faucon du coin. Ce dernier s'est envolé au dernier moment et s'est dirigé vers Allez Up, immédiatement suivi par l'autre qui ne s'est donc pas perché sur le perchoir laissé vacant. Les photos montrent que le faucon de l'ornement #6 n'est pas bagué et est donc bien la femelle:
Faucon de l'ornement #6 non bagué
Que signifie ce comportement de la femelle envers le mâle? L'objectif était visiblement de le faire bouger mais dans quel but?

Les 2 faucons se sont rendus sur la plateforme d'Allez Up où le nid se trouverait, mais en maintenant une grande distance entre eux:

Celui de gauche s'est envolé parallèlement au canal vers l'ouest à 16h18, l'autre a pris la même direction à 16h32. J'ai marché dans cette direction jusqu'à la rue Charlevoix sans les retrouver. Ils ne semblaient pas de retour à Nordelec ou à Allez Up à 17h12. J'ai quitté à 17h24.

29 février

De nouveau pas d'accouplement observé ce jour-là en 3 heures d'observation. J'ai repéré le mâle à 9h15 sur l'édifice Nordelec. Auparavant à 8h44 j'avais remarqué un restant de proie sur le toit le plus haut de Allez Up. Le mâle s'est envolé à 9h43, a récupéré la proie et l'a amené sur le cylindre le plus à droite d'Allez Up où il l'a mangé. Son repas a duré jusqu'à 10h14. Il est ensuite allé à la fenêtre où les faucons ont l'habitude de stocker leurs proies puis sur la plateforme d'Allez Up. La femelle, qui était perchée sur l'ornement de Nordelec au coin Sucrerie/Richardson (je l'avais remarqué à 10h) a alors remplacé le mâle à la fenêtre avant de retourner sur son perchoir à Nordelec à 10h19. À 10h24 le mâle avait également rejoint un ornement de l'édifice Nordelec. Les 2 faucons sont restés sur leurs perchoirs jusqu'à 11h50, moment où ils ont quitté le secteur.



3 mars

Pas de faucon visible à mon arrivée à 13h11 mais à 14h02 j'en repère un sur l'armature d'une échelle, un endroit qui n'est pas visible depuis Nordelec d'où j'observais principalement.


Il s'est envolé à 14h34. J'ai vu un faucon revenir à 14h43 et se percher sur l'extrémité de droite de l'édifice d'Allez Up. En m'approchant j'ai repéré le 2ième faucon en train de manger un peu plus bas. À 15h17 ce dernier s'est rendu d'abord sur la plateforme du nid puis sur l'armature de l'échelle. Les 2 faucons ont quitté approximativement en direction de l'université Concordia à 15h22. J'ai quitté à 16h06 sans les revoir.

8 mars

À mon arrivée à 9h33 les 2 faucons étaient perchés sur des ornements de l'édifice Nordelec. Après s'être accouplé à 10h (malheureusement je filmais le mâle...) ils se sont rendus sur l'édifice d'Allez Up.

Entre 10h50 et 11h05 un des faucons a utilisé un perchoir que je n'avais encore jamais remarqué sur le flanc nord-est de l'édifice:

Également, pour la première fois cette saison, un des faucons a passé du temps sur le socle à gauche de la plateforme où le nid pourrait être:
J'ai perdu de vue les faucons vers 12h40.


15 mars

Dernière visite avant le confinement du à la covid-19. J'étais sur place de 17h à 18h30. Pas grand chose à signaler sinon un accouplement sur la plateforme du nid à 17h21:


jeudi 9 avril 2020

Changement de mâle à l'Université de Montréal et premier oeuf

Cet article a été publié le 27 avril 2020. Éole n'a pas été revu à cette date.

Le 5 avril vers 9h le faucon pèlerin mâle de l'Université de Montréal (Éole) est observé pour la dernière fois au nichoir.
Le 6 avril peu après 8h un nouveau mâle rend visite à la femelle (Eve), alors dans le nichoir.
Le 7 avril à 18h30 Eve pond son premier œuf.

Voici les événements principaux qui seront développés dans cet article.

À noter qu'en raison du Covid-19 aucune observation n'a été faite sur place pendant cette période riche en changements. En particulier l'intégralité de cet article est basé sur les observations faites par la caméra de Faucons de l'UdeM. Mes remerciements vont à Eve Belisle pour avoir mis en place le nichoir et les caméras et maintenir le tout en fonctionnement et à Sophie Lapierre pour opérer la caméra (ainsi que Paul Brunelle occasionnellement). Je remercie également Huguette Lenoir pour m'avoir transmise ses notes ainsi que Lise Vaillancourt pour sa documentation des évènements sur la page Facebook de Faucons de l'UdeM (dans la section "publication des visiteurs"). 

5 avril: dernière apparition d'Éole et première nuit au nichoir pour Eve

Eve apparait à 6h10 au nichoir. Elle y est rejoint à 6h18 par Éole qui lui offre une proie. Éole visite ensuite le nichoir de 8h32 à 8h37 puis de 9h02 à 9h09. Il ne sera plus revu.
Éole à 8h33 (crédit: http://fauconsudem.com/)
Eve revient au nichoir à 11h26, qu'elle quitte à 13h03 pour aller se désaltérer dans une flaque d'eau. Elle a par la suite été la plupart du temps suivie par la caméra à différents perchoirs: bras de la caméra et à l'étage au-dessus. Elle appelait par intermittence.

Vers 19h le comportement d'Eve suggère la présence d'un autre faucon.  Eve est sur le bras de la caméra de 18h à 18h42. À 18h46 elle est de retour au nichoir, elle bouge et regarde le ciel. Elle quitte à 18h50. La caméra la retrouve à 18h54 un étage au-dessus du nichoir, au coin des façades "nichoir" et "Polytechnique". Elle y reste jusqu'à 19h06. À 19h07 elle visite brièvement le nichoir, le bec ouvert, apparemment en train de vocaliser.

Eve (crédit: http://fauconsudem.com/)

À 19h14 elle est de retour sur le bras de la caméra d'où elle surveille quelque chose au-dessus d'elle.

Eve à 19h15 (crédit: http://fauconsudem.com/)
Elle quitte le bras de la caméra à 19h18 en direction de la façade donnant vers l'ancienne chapelle. Elle revient à 19h33 sur le perchoir du nichoir, où elle était toujours à minuit.


6 avril: apparition du nouveau mâle

Au matin du 6 avril le fait qu'Éole n'avait pas été revu durant la journée précédente était intrigant sans plus: après tout la caméra ne permet de voir qu'une faible partie de ce qui se passe près du nid. Mais Éole avait l'habitude de visiter le nid tôt le matin. Or à 8h il ne s'était toujours pas présenté.

Puis à 8h08, coup de théâtre: Eve arrive au nid suivi d'un mâle non bagué. Le nouveau mâle - surnommé par la suite Sphinx) s'approche très près d'Eve qui est au nichoir, tout en restant sur ses gardes.  Les archives de la caméra ne permettent pas de reconstituer a posteriori les évènements puisqu'elles étaient en panne de 6h8 à 8h35 mais  Faucons de l'UdeM a publié une vidéo regroupant quelques unes des scènes de cette première rencontre.

Premières rencontres entre Eve et Sphinx (vidéo de Faucons de l'UdeM)

Tel que montré dans la vidéo, à 8h33 Sphinx se permet même de visiter le nichoir en l'absence d'Eve. Lorsque celle-ci il revient il commence par discuter avant d'opter prudemment pour la fuite lorsqu'Eve s'avance vers lui. Il était de retour sur le perchoir du nichoir à 8h36.

Le fait que les 2 faucons soient non bagués complique significativement leur identification mais Sphinx a continué ses visites durant la journée. Voici quelques images de la caméra qui montre les 2 faucons ensemble:

Rencontre entre Sphinx et Eve, 13h21 (crédit: http://fauconsudem.com/)

Rencontre entre Sphinx et Eve, 19h43 (crédit: http://fauconsudem.com/)

Très vite Sphinx a commencé à creuser une cuvette dans le nichoir, montrant par là qu'il reconnaissait le nichoir comme un endroit possible où nicher. Ce comportement a pu suggérer que ce faucon était l'un des 3 faucons non bagués qui avait déjà niché à l'université mais cette théorie sera abandonnée plus tard. 

À noter aussi que les nids de branche de l'Oratoire ont continué de recevoir la visite d'au moins un faucon comme le montre cette photo captée par la caméra:
Un faucon à l'Oratoire, 19h10 (crédit: http://fauconsudem.com/)

7 avril: ponte d'un premier œuf 

Ce jour-là Sphinx continue ses visites. Les notes de Huguette Lenoir répertorient 15 apparitions du mâle de durée variable. Voici des photos de 2 d'entre elles:

Eve et Sphinx, 10h30 (crédit: http://fauconsudem.com/)
Eve et Sphinx, 15h02 (crédit: http://fauconsudem.com/)

La plus longue présence de Sphinx est de plus de 2h, de 17h25 à 19h28.  Durant cette période les images d'archive montrent presque toujours les 2 faucons, Eve à l'intérieur du nichoir et Sphinx à droite sur la corniche.

Eve et Sphinx, 18h (crédit: http://fauconsudem.com/)

C'est durant cette période qu'Eve a pondu son premier œuf, à 18h30 précisément. Voici la vidéo de la ponte par Faucons de l'UdeM (lien vers l'annonce Facebook):

Ponte du premier œuf, vidéo de Faucons de l'UdeM

À titre de comparaison, en 2018 Eve avait pondu son premier oeuf le 5 avril et en 2019 le 11 avril  avec une première nuit au nichoir le 5 avril.

 

Qu'est-il arrivé à Éole?

Réponse courte: on l'ignore. Mais ce n'est pas la première fois qu'Éole disparait de l'université de Montréal en période de nidification...

Des précédents

Le 7 avril vers 9h Éole est vu pour la dernière fois à l'université de Montréal.
Le 7 avril vers 13h un nouveau mâle rend visite à la femelle, alors dans le nichoir.
Le 10 avril la femelle pond son premier œuf.

Cela ressemble beaucoup au début de l'article, n'est-ce pas? Cela s'est passé en 2015, la femelle était Spirit et le nouveau mâle a été baptisé Arthurin, voir cet article pour le changement de mâle et celui-ci pour la ponte du 1er œuf. Éole est réapparu à l'Université de Montréal début novembre après une nidification réussie... à l'église Saint-Marc!

Contrairement à aujourd'hui on n'avait pas été pris par surprise et on savait où Éole se trouvait. Retour en arrière: le 31 mars 2014 Samuel Denault, un ornithologue professionnel, qui gardait un oeil sur un nid de corbeau près de chez lui à l'incinérateur des Carrières signalait que celui-ci avait changé de propriétaire: les nouveaux propriétaires étaient un couple de faucon pèlerin. Quelques jours plus tard le mâle a été identifié comme étant Éole alors que la femelle - non baguée - était baptisée Eve. Après l'échec de la tentative de nidification à l'incinérateur des Carrières, Éole a pris le contrôle de l'Université de Montréal à l'automne (son père Roger a été vu la dernière fois un jour après la première visite documentée d'Éole) et s'enlignait vers une nidification avec sa mère lorsqu'il a disparu le 7 avril 2015.

Éole a refait le coup de la disparition en 2016 mais dans un contexte différent.  Cette année-là le couple de faucon pèlerin formé par Spirit et Éole a été attaqué à répétition par plusieurs faucons pèlerins. Le 1er mai, Éole - blessé au dos quelques jours plus tôt - était remplacé par un autre faucon pèlerin surnommé Bret, voir cet article. Éole était retrouvé quelques jours plus tard à l'incinérateur des Carrières où il entamait une autre nidification, une nidification qui bien que très tardive a produit 2 fauconneaux!  Éole était de retour à l'université de Montréal dès la mi-juillet.

À noter que sans le signalement par Samuel Denault du nid de l'incinérateur des Carrières on n'aurait peut-être jamais su où Éole était durant ses absences. Se pourrait-il qu'Éole ait à nouveau une double vie cette année? On ne peut pas totalement l'exclure mais le contexte est un peu différent. En passant de l'incinérateur des Carrières à l'Université de Montréal, Éole a gagné un site de nidification de bien meilleure qualité. Comme Eve n'a pas pu le rejoindre immédiatement à l'université il s'est retrouvé temporairement avec 2 femelles et a été forcé de faire un choix, ne pouvant pas contrôler les 2 territoires en même temps, d'où ses disparitions temporaires de l'université en 2015 et 2016. Il est plus difficile d'imaginer pourquoi Éole serait parti ailleurs cette année puisqu'il avait un bon site de nidification et la femelle qu'il avait choisi. Mais on n'est pas Éole!

Des signes précurseurs?

Il est important de rappeler qu'en raison du covid-19 aucune observation n'a été faite sur place dans les jours précédant la disparition d'Éole (ma dernière visite à l'Université de Montréal date par exemple du 18 mars et Eve Belisle - dont le bureau donne sur le nid - travaillait depuis chez elle). On ignore donc par exemple quel était le niveau d'intrusion (basé sur les années précédentes il est pratiquement certain qu'il y a eu des intrusions d'autres faucons pèlerins mais il aurait été intéressant de déterminer lequel des faucons était concerné, la fréquence des intrusions et la facilité avec laquelle l'intrus(e) était repoussé).

En revanche la caméra a été surveillée comme jamais. Les notes que m'a transmise Huguette Lenoir - qui inscrit méticuleusement chaque visite  et chaque accouplement, aidée par les autres participant(e)s du chat lorsqu'elle n'est pas présente  - ne montrent rien d'évident. Par exemple la veille de sa disparition Éole a été observé 13 fois, des visites qui sont réparties assez uniformément durant la journée.    Les notes indiquent qu'il a apporté 2 petites proies à 17h22 et 18h15;  il a également livré une proie le lendemain 5 avril à 6h18 d'après les observations de Lise Vaillancourt. Le seul chiffre un peu intrigant est le nombre quotidien d'accouplements. Ce nombre était de 6 le 27 mars et est passé à 3 ou moins les jours suivants. Pour certaines journées ceci peut s'expliquer par la météo (pluie, fort vent, etc). Mais le 4 avril la journée était plutôt belle, avec une vitesse moyenne du vent d'environ 18km/h d'après les données horaires de l'aéroport Trudeau. Pourtant seulement 3 accouplements ont été notés: à 12h06, 17h14 et 17h45 (le 3 avril un seul accouplement a été enregistré mais il a plu pratiquement toute la journée et le vent était plus fort; le 5 avril - jour de la disparition d'Éole - aucun accouplement n'a été enregistré). Il est cependant difficile de tirer une conclusion: à supposer que les nombres enregistrés reflètent les variations réelles (une hypothèse raisonnable si Eve et Éole n'ont pas changé leur routine), un nombre d'accouplements plus faible pourrait être causé aussi bien par Eve que par Eole, avec des implications possiblement différentes.

Quelques remarques

Toutes les théories sont envisagées pour expliquer la disparition d'Éole:
  • Un accident. Il suffit de penser à ce qui est arrivé à Porthos l'été dernier.
  • Un départ volontaire du à une double vie et par le fait qu'Éole était défié par un autre mâle à l'autre site.
  • Une prédation. Parmi les rares prédateurs naturels du faucon pèlerin adulte on compte le grand-duc d'Amérique. Or lors de ma dernière visite le 18 mars j'ai de fortes raisons de penser que l'un d'eux se tenait près de la frontière entre l'École Polytechnique et le cimetière: les 2 faucons pèlerins ainsi qu'un grand nombre de corneilles ont en effet délogé un gros oiseau de proie non-identifié alors qu'un grand-duc a été photographié dans le cimetière plus tôt en après-midi (https://ebird.org/qc/checklist/S65954648).  
  • Une bataille avec un autre faucon pèlerin mâle. Une telle bataille pourrait avoir eu essentiellement 2 résultats: un décès ou un exil. Il est également possible, dans l'hypothèse d'une double vie, qu'Éole n'ait pas trop insisté, conscient qu'il ne pourrait pas contrôler 2 territoires.
Il est bien entendu regrettable que ces évènements aient eu lieu en plein confinement. Mais si Éole s'est retrouvé blessé au sol, les probabilités de le retrouver étaient faibles de toute façon (le cimetière qui jouxte l'université par exemple est très vaste) et un renard ou un autre prédateur terrestre l'aura probablement rapidement trouvé (rappelons qu'il n'y avait pas nécessairement de raison d'être inquiet avant le 6 avril au matin lorsqu'il ne s'est pas présenté et que l'évènement qui a causé sa disparition a  vraisemblablement eu lieu le 5 avril).  

Il est difficile de ne pas remarquer la coïncidence dans le temps entre la disparition d'Éole et l'arrivée de Sphinx, d'autant qu'il est probable que celui-ci était déjà présent en fin de journée le 4 avril. Ceci ne signifie pas nécessairement que Sphinx ait joué un rôle dans la disparition d'Éole. À cette période de l'année on observe des intrusions quasi-quotidiennes, sans compter les faucons qui restent à distance et qui ne sont pas repérables. Sphinx a pu profiter du vide laissé par Éole sans pour autant être responsable de ce qu'il lui est arrivé. Bien entendu on ne peut pas exclure non plus la possibilité que Sphinx ait chassé Éole.

Le comportement d'Eve,  qui n'a pas chassé Sphinx, est aussi intéressant. Il est à noter qu'elle avait déjà toléré un mâle à proximité du nichoir le 26 mars 2019 avant de finalement le chasser le 5 avril 2019, voir cet article.  Ce comportement d'Eve signifie-t-il que le couple Éve/Éole n'était pas très soudé?