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jeudi 2 juillet 2020

Envol réussi pour 3 jeunes faucons pèlerins juvéniles au pont Champlain

C'est à date la meilleure nouvelle de la saison pour les faucons pèlerins que je surveille: malgré le déménagement d'un pont à l'autre, le couple de faucon pèlerin du pont Champlain a mené à l'envol autant de fauconneaux que l'an dernier (3) et les premiers jours de vol se sont passés sans accident contrairement à l'an dernier. Cette situation contraste avec la baisse du nombre de fauconneaux en âge de s'envoler à l'Université de Montréal (-2 par rapport à 2019), à la baisse du nombre de naissances au nid du Pont Mercier (-2 par rapport à 2019, source: société PJCCI sur Facebook) et l'incertitude sur les nids de la tour de la Bourse et de l'église River's Edge.


Un petit mot d'explication pour la photo ci-dessus: le fauconneau est perché sur une pointe du pont Champlain, avec en arrière-plan un des câbles du pont Samuel de Champlain. Je trouvais que cette photo symbolisait bien la transition entre les 2 ponts.


Rappel des évènements de l'an dernier au pont Champlain

3 fauconneaux étaient nés en 2019 dans un des nichoirs installés sur le pont Champlain (observation personnelle du 17 juin). D'après cette publication de la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain inc (société PJCCI) les fauconneaux s'étaient envolés début juillet mais l'un d'eux a raté son premier vol et a été soigné par l'UQROP (Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie) avant d'être relâché quelques semaines plus tard dans une famille d'accueil.

Le 1er juillet 2019 le Pont Samuel de Champlain a été ouvert à la circulation automobile en direction de la Rive Sud une semaine après son ouverture dans l'autre sens, mettant ainsi fin à la vie utile du Pont Champlain. Le pont Champlain sera progressivement démantelé d'ici à 2023 (le 29 juin 2020 la société PJCCI a annoncé la mise en place d'une page web consacrée à cette démolition qui contiendra des informations sur les échéanciers et les fermetures de route que ces travaux entraineront).

En prévision de cette prochaine démolition du pont Champlain, 2 actions ont été entreprises par les différents acteurs:
  • L'installation de 2 nichoirs sur le pont Samuel de Champlain. Lors de mon passage le 17 juin 2019 au moins un des nichoirs était en place (je n'ai pas vu le 2ième nichoir, soit qu'il n'était pas encore installé, soit plus probablement parce qu'il n'est pas visible de la piste cyclable La Riveraine d'où j'observais). Le 24 juillet depuis la piste cyclable de la Voie Maritime j'ai pu observer un adulte visiter ce nouveau nichoir, par ailleurs les biologistes d'Environnement Faucon  qui surveillaient ce couple de faucon pèlerin pour le compte de la société PJCCI ont également observé de telles visites.
  • Le retrait des 3 nichoirs installés sur le pont Champlain. Cette opération a été effectuée fin novembre 2019 d'après ce communiqué de la société PJCCI. Plusieurs médias en ont parlé, par exemple La Presse, CTV,  Le Reflet.
Le couple de faucon pèlerin - qui utilisait le même nichoir sur le pont Champlain depuis plusieurs années - n'avait donc pas d'autre choix que de déménager en 2020.

 

Déménagement réussi pour le couple de faucon pèlerin et envol de 3 fauconneaux

En raison de la Covid et compte tenu que je n'étais pas certain de voir les 2 nouveaux nichoirs, je n'étais pas très chaud à l'idée de me rendre sur la piste cyclable La Riveraine (un déplacement qui pour moi nécessite l'utilisation des transports en commun combinée avec de la marche).

Le 20 juin 2020 cependant Sylvain Cusson me confirme l'utilisation du 1er nichoir en me rapportant y avoir vu la veille depuis la piste cyclable de la Voie Maritime un fauconneau exercer ses ailes.  Fort de cette information je projetais de me rendre sur la Rive Sud le 24 ou le 25 juin après la fin de la canicule pour compter les fauconneaux au nichoir avant leur envol.

Mais le 23 juin je reçois un nouveau courriel de Sylvain Cusson m'informant qu'il a observé 3 fauconneaux en vol avec leurs parents: il est désormais trop tard pour compter les fauconneaux au nichoir! Merci beaucoup à Sylvain Cusson pour ces informations.

Manque de chance, ni la société PJCCI, ni Environnement Faucon n'ont pu m'indiquer le nombre de fauconneaux nés cette année: la société PJCCI m'a répondu qu'ils ne possèdent pas cette information car le pont Samuel de Champlain est géré par le groupe Signature sur le Saint-Laurent, et Environnement Faucon - qui travaillait ces dernières années pour la société PJCCI - n'a pas reçu le mandat de surveiller cette famille de faucon pèlerin. Le nombre de juvéniles est généralement de 3 à ce nid mais en 2018 il y avait 4 fauconneaux. 

 

Observation du 26 juin

Je suis arrivé à 11h15 dans le secteur des 2 ponts sur la piste cyclable de la Voie Maritime. À 11h33 je remarque un premier fauconneau sur une pointe du pont Champlain côté ouest qui s'envole à 11h37. L'envol a été filmé mais je ne l'ai pas tout de suite remarqué. Constatant que le perchoir était vide je regarde autour de moi et je remarque un faucon en vol non loin. Un petit oiseau ou un gros insecte (papillon?) volait pas très loin de lui. Le faucon a modifié sa trajectoire pour tenter de l'attraper, sans succès. Ma période d'observation commençait bien!

Je ne décrirai pas ici toutes les observations. L'observation significative suivante s'est passée à 12h49. Il s'agissait apparemment d'une livraison de repas, malheureusement assez loin vers le sud. À cette occasion j'ai vu simultanément 4 faucons pèlerins: 2 perchés sur la structure et 2 volant au-dessus. La vidéo ci-dessous montre plusieurs séquences du repas (comme le zoom était poussé au maximum et qu'il y avait du vent l'image n'est malheureusement pas très stable).


Sur cette vidéo on peut aussi voir un adulte très peu patient par rapport à un petit oiseau qui le houspillait. Étrangement des fauconneaux ont occupé à de nombreuses reprises le même type de perchoir mais n'ont jamais été harcelés.

Il y a eu quelques passages de fauconneau au-dessus de la piste cyclable mais ils ne s'attardaient pas. Ce n'est qu'à partir de 15h20 qu'ils se sont installés plus durablement proche de moi, ce qui m'a permis de prouver sans aucun doute la présence d'au moins 3 fauconneaux:


D'autres photos sont disponibles ici.

 

Dernière heure

En écrivant cet article j'ai appris qu'un fauconneau du pont Champlain a été amené hier à la Clinique des oiseaux de proie après avoir apparemment heurté un câble (source: publication Facebook de Roger Rouselle). D'après le Dr. Fitzgerald il souffre d'une fracture du bout de l'aile qui pourrait être guérie. Merci à Roger Rousselle pour le transport, à l'équipe du Dr. Fitzgerald et à l'UQROP pour les soins et la convalescence qui suivra, et à toutes les personnes impliquées dans le sauvetage hier.

mercredi 24 juin 2020

Baguage et baptème des jeunes faucons pèlerins de l'Université de Montréal

Les 2 fauconneaux de l'Université de Montréal ont été bagués le 16 juin, ce qui a permis de déterminer qu'il s'agissait de 2 femelles. Fort de cette information Faucons de l'UdeM a lancé un processus de choix des noms. Voici le résultat:

Nom Sexe Poids Bague patte gauche Collant sur la bague de la patte droite
Donna femelle 850g E94 rouge
Vanadis femelle 839g E95 -

3 fauconneaux étaient nés les 22 et 23 mai. Un des fauconneaux est malheureusement décédé dans la nuit du 27 au 28 mai après une infestation par des mouches Carnus, les 2 autres ont reçu un traitement insectifuge les 28 et 29 mai, voir cet article. Les parents sont Eve et Sphinx. C'est le 3ième baguage vécu par Eve (baguage de 2018, de 2019) et le premier pour Sphinx qui a été observé pour la première fois en avril.

Donna, Vanadis et leurs parents, 22 juin (crédit: faucons de l'UdeM)



Le baguage

Le baguage s'est déroulé entre 15h30 et 16h10 le 16 juin et a été diffusé en direct sur Youtube par Faucons de l'UdeM; de mon côté je filmais les opérations depuis l'extérieur.

L'équipe de baguage était dirigée par Eve Belisle et comprenait Simon Duval (le bagueur), Jean-Sébastien Mayer et Michel Brunette pour la logistique et Sophie Lapierre qui filmait. Mentionnons également Paul Brunelle qui opérait la caméra du nichoir.

Diffusion en direct du baguage par Faucons de l'UdeM (crédit: faucons de l'UdeM)


Baguage vu de l'extérieur

Faucons de l'UdeM a publié sur sa page Facebook des photos du baguage ainsi que des informations sur celui-ci.

Finalement un enregistrement de la caméra du nichoir a été publié par Danuta Borkowska et partagé sur le forum Bird Cams Around the World avec des photos prises par la caméra.

Le baguage vu de l'extérieur

Un peu avant le baguage à 14h37, Sphinx était perché sur la 3ième colonne de la façade du nichoir tandis qu'Eve se tenait à droite du nichoir. Elle s'est envolée à 15h22 et est revenue se percher à gauche du nichoir à 15h25.


La partie extérieure de la capture des fauconneaux a débuté à 15h36 avec l'ouverture de la porte de la tour. Eve et Sphinx ont tenté d'intervenir en alarmant contre les intervenants qui brandissaient des parapluies en guise de défense. Comme à chaque année c'était la femelle qui s'approchait le plus et qui était la plus combattive; le mâle, plus petit, faisait des passages rapides plus haut. 2 minutes 30 plus tard, les intervenants réintégraient la tour avec les 2 fauconneaux.  Eve s'est perchée sur le perchoir du nichoir et a constaté la disparition des fauconneaux tandis que Sphinx continuait ses vols.

À l'intérieur de la tour les fauconneaux ont subi les examens standards, en particulier la pesée et le baguage, mais cette année les fauconneaux ont également été plus particulièrement examinés pour la présence de mouches résiduelles: seule Vanadis avait quelques mouches sur elle et a donc reçu un autre traitement insectifuge. Au sujet des bagues on peut observer que les codes à 3 caractères inscrits sur la bague gauche continuent une série commencée les années précédentes: Céleste - baguée en 2015 - avait le code E92 et l'an dernier Sola avait le code E93 (voir la page généalogie de Faucons de l'UdeM).

La remise des fauconneaux dans le nichoir s'est effectuée à partir de 16h06 et a duré environ 2 minutes 30. Cette fois Eve était seule pour tenter d'intimider les intervenants par ses cris et ses passages en vol. Une caille a été déposée sur le toit en compensation pour le stress généré.

L'après-baguage

Eve a continué d'alarmer par intermittence après le retour des fauconneaux. À 17h05 elle s'est envolée avec la caille en alarmant. Elle l'a d'abord amenée sur la tour au coin des façades "Nichoir" et "Chapelle" un étage plus haut que le nichoir, puis l'a transportée sur la tour verte (qui semblait être utilisée comme un garde-manger les jours précédents). Elle a redécollé - probablement avec la caille puisque la caméra aurait pu repérer la caille après son départ sinon - et s'est dirigée vers l'ancienne chapelle. La caille a probablement été déposée dans ce secteur ou plus loin vers le pavillon André-Eisenstadt puisque Eve ne l'avait plus dans ses pattes lorsque je l'ai vue revenir vers le nichoir. Il n'y a aucune évidence que la caille a été utilisée pour nourrir les fauconneaux les jours suivants; déjà l'an dernier la caille avait été boudée.

Eve a volé brièvement à 17h27. À 17h56 elle s'est envolée à nouveau. Dans la direction où elle se dirigeait j'ai aperçu un urubu qui planait un peu au-delà de la centrale thermique. Voyant le faucon arriver il a battu des ailes pour s'éloigner mais n'a peut-être pas échappé à une pique de la fauconne (le bâtiment m'a empêché de voir toute la scène). Eve est ensuite revenue au nichoir.

À 18h12 Eve s'est envolée en alarmant. Cela faisait un moment qu'elle s'était calmée par rapport au baguage; en l’occurrence l'alarme était causée par un urubu beaucoup plus proche. Au même moment Sphinx (en tout cas un autre faucon pèlerin) est arrivé et s'est perché sur la tour à la base du dôme au coin des façades "Nichoir" et "Polytechnique". À 18h14 Eve s'envole en direction de l'Oratoire, immédiatement suivie par Sphinx. Eve est presque immédiatement revenue au nichoir. Sphinx est revenu aussi mais ne s'est pas posé sur la tour. Je ne l'ai plus revu par la suite. Dans un premier temps j'ai cru que les faucons partaient pour chasser ensemble, ce qui n'était pas le cas à cause de leur retour presque immédiat. Ils auraient pu attaquer à nouveau un urubu mais un seul faucon aurait suffi. Mon impression était plutôt qu'Eve s'est dite: "Puisque tu es là je vais aller chasser" et quand Sphinx l'a suivi elle a changé d'avis et est revenue surveiller les fauconneaux; Sphinx est parti mais je ne l'ai pas vu apporter de proie.

À 18h46 Eve s'est posée sur la façade de la chapelle. Il s'agissait peut-être d'un garde-manger mais dans ce cas il était vide. Elle s'est envolée en direction de l'Oratoire et à en juger par le cri d'alarme d'un petit oiseau elle a peut-être tenté d'attraper une proie. Elle est ensuite revenue au nichoir.
Après un court vol à 19h42, Eve s'est envolée à nouveau à 19h50, cette fois vers le parking étagé. À nouveau possiblement une tentative de chasse.

J'ai quitté à 21h30 sans voir Sphinx revenir.

 

Le choix des noms

Aussitôt le sexe des fauconneaux déterminé, Faucons de l'UdeM a lancé un processus en 2 phases pour leur trouver un nom. Une première phase a consisté en un appel de propositions. De ces propositions, Faucons de l'UdeM a retenu, en se basant sur le nombre de likes, 6 paires de nom pour les 2 femelles, qui ont été soumises au vote le 19 juin. Les résultats ont été dévoilés le 22 juin: la paire de nom qui l'a emporté est Vanadis et Donna avec 29,6% des votes, devant Rosa et Maya avec 23,5% et Astrée et Iris avec 16,9%.

Les noms Vanadis et Donna ont été proposés par Christian Reber et sont un clin d’œil aux département de chimie et au département de physique qui ont 100 ans cette année et qui tout comme les faucons quitteront le campus cet été (ces 2 départements déménageront au nouveau campus MIL). Vanadis est une déesse nordique qui porte un manteau en plumes de faucon et qui a donné son nom à l'élément chimique Vanadium; Donna est le prénom de la Canadienne Donna Strickland, prix Nobel de physique 2018 pour des travaux sur les lasers.



    Premières sorties des fauconneaux et visite des pompiers

    Vanadis a été la première à sortir du nichoir le 18 juin à 8h08, voir les photos publiées par Lise Vaillancourt sur la page Facebook de Faucons de l'UdeM (sauf mention contraire les liens dans cette section pointent vers des publications de Lise Vaillancourt).  Vanadis est revenue à 10h10 et est ressortie à midi. Donna est sortie à son tour le lendemain à 17h36, rejoignant Vanadis qui était sortie un peu plus tôt.

    Le 21 juin à 20h16, l'attention des fauconneaux est attirée par 2 pompiers à gauche du nichoir! Eve a trouvé cette visite moins drôle et s'est assurée que les pompiers retournent d'où ils étaient venus (photos).

    Les 2 fauconneaux ont passé leur première nuit hors du nichoir le 22 juin, à droite de celui-ci.

    Le 23 juin elles ont fait connaissance avec la pluie, qui les a débarrassé de pas mal de duvet (vidéo publiée par Faucons de l'UdeM).

    Au grand bonheur des nombreuses personnes qui les suivent en direct via la caméra du nichoir, les 2 jeunes fauconnes continuent de passer la majorité de leur temps à portée de caméra (excepté pour quelques visites sur la façade "Polytechnique" de la tour).  









       

    dimanche 14 juin 2020

    Intervention médicale au nichoir de faucon pèlerin de l'Université de Montréal suite à une infestation de mouches, 1 fauconneau mort

    Dans l'après-midi du 27 mai Eve Belisle remarque que les nombreux points noirs sous les ailes de certains fauconneaux sont, au moins en partie, des insectes! Une vidéo est envoyée au Docteur Guy Fitzgerald, responsable de la Clinique des oiseaux de proie, qui recommande une intervention. Cette intervention a lieu tôt le lendemain matin mais il est malheureusement trop tard pour le plus jeune fauconneau qui a entre-temps succombé. Le cadavre et les 2 fauconneaux survivants sont emmenés à la Clinique des oiseaux de proie par Eve Belisle, où les 2 fauconneaux survivants sont examinés, traités et nourris avant d'être retournés l'après-midi même dans le nichoir. Un 2ième traitement insectifuge est administré sur place aux fauconneaux le lendemain après-midi  par Eve Belisle et son équipe. Les 2 fauconneaux ont maintenant 3 semaines et semblent en pleine forme. C'est la première fois qu'une infestation par des insectes était observée au nid de faucon pèlerin de l'Université de Montréal.

    Cette intervention médicale a été décidée et réalisée en très peu de temps et a probablement évité d'autres décès. Un grand merci à toutes les personnes impliquées:
    • Eve Belisle pour la coordination, les interventions et les transports Montréal-St-Hyacinthe;
    • Le personnel de la Clinique des oiseaux de proie, plus particulièrement Guy Fitzgerald (vous pouvez si vous le souhaitez contribuer de différentes façons à la réhabilitation des oiseaux de proie: www.uqrop.qc.ca/fr/uqrop/comment-aider);
    • L'Université de Montréal, plus particulièrement les gens de la Régie des Immeubles ainsi que les 2 personnes qui ont assisté Eve Belisle lors des interventions au nichoir.

     

    Les signes d'infestation

    Voici une photo prise à 15h16 le 27 mai montrant les points noirs sur un des fauconneaux.
    Points noirs sur un des fauconneaux (crédit: fauconsudem.com)
    Une partie des points noirs pourraient correspondre à de la saleté (en fait, les excréments des mouches) mais ce qui a alarmé est que sur la vidéo on peut voir également de nombreuses petites mouches. Ces mouches ont plus tard été identifiées comme des mouches Carnus.  Ces mouches se nourrissent du sang des oisillons, ce qui les affaiblit et peut aller jusqu'à provoquer leur mort.

    Comme c'était la première fois qu'une telle infestation était observée, 2 signes n'ont pas sonné l'alarme:
    • Les fréquentes chutes sur le dos des fauconneaux, causées par leur état de faiblesse. Dans la mesure où ces chutes n'empêchaient pas les fauconneaux de manger, elles étaient plus comiques qu'alarmantes. On peut voir de telles chutes dans les publications Facebook suivantes de Faucons de l'UdeM: 24 mai, 25 mai et  26 mai (certaines des chutes pourraient être causées par le très jeune âge du fauconneau, notamment le 24 mai).
    • Une couleur plus pâle de la peau (remarque faite a posteriori par une infirmière sur le chat de la caméra).
    À 20h38 Faucons de l'UdeM a annoncé sur Facebook la mauvaise nouvelle ainsi que l'intervention du lendemain.

    Décès du 3ième fauconneau

    Le plus jeune des fauconneaux (le petit miraculé de l'"œuf aplati", voir cet article) est décédé dans la nuit du 27 au 28 mai. Le 27 mai les fauconneaux sont laissés seuls de 18h58 à 19h08 et étaient tous vivants d'après la séquence de photos archivées. Le 28 mai le premier repas de la journée est donné à partir de 4h57; le fauconneau git immobile dans le nichoir pendant que ses frères/sœurs se disputent la nourriture.

     

    Interventions médicales

    Premier traitement le 28 mai

    La capture des fauconneaux a été effectuée peu avant 7h30 le 28 mai et a duré moins de 2 minutes. Les 2 adultes étaient présents et alarmaient, Eve étant la plus combative (elle a d'ailleurs dans un premier temps refusé de quitter ses petits) tandis que Sphinx effectuait des passages rapides plus haut. Les adultes ont cessé d'alarmer aussitôt après le départ des humains. Eve s'est rendue immédiatement dans le nichoir où elle est restée jusqu'à 8h40.  À 8h40 Sphinx - qui était perché à droite du nichoir depuis 8h13 - remplace Eve dans le nichoir. J'ai alors observé Eve voler haut au-dessus du campus. J'ai pensé dans un premier temps qu'elle était en mode recherche de proies mais je n'écarte pas la possibilité qu'elle cherchait plutôt les fauconneaux. 4 minutes plus tard elle était de retour sur la tour. Sphinx s'est alors envolé du nichoir et Eve l'y a remplacé. Eve est restée dans le nichoir jusqu'à 11h09 avant de recommencer son manège: vols hauts au-dessus du campus. À partir de ce moment les faucons sont la plupart du temps absents de la tour, avec de brèves visites de l'un d'eux à intervalle régulier. De 11h45 à 13h30 (période où j'avais en grande partie interrompu mes observations) les archives photo comportent une seule photo montrant un faucon dans le nichoir, à 12h34.

    Pendant ce temps les 3 fauconneaux avaient été acheminés par Eve Belisle à la Clinique des oiseaux de proie où ils ont été examinés par le Dr Guy Fitzgerald et son équipe. Les 2 survivants ont ensuite été traités et nourris, et l'un d'eux a été identifié avec une marque bleue sur la tête. En début d'après-midi les 2 fauconneaux survivants étaient prêts à être remis dans le nichoir.  Cette opération a eu lieu de 13h31 à 13h34. Eve - qui était revenue du Cimetière à 13h26 - s'est empressée de rejoindre les 2 fauconneaux: une courte vidéo des retrouvailles a été publiée par Eve Belisle en commentaire de la publication où elle annonçait le retour des fauconneaux (voir aussi cette publication de 9h29 pour la première partie de l'opération).

    La vidéo suivante montre la capture des fauconneaux ainsi que leur retour, vu de l'extérieur.

    Les fauconneaux ont été nourris par Eve moins de 1 heure après leur retour, à partir de 14h15.
    Eve nourrit les 2 fauconneaux (crédit: fauconsudem.com)

    De cette journée à l'Université de Montréal j'ai également ramené une vidéo de Sphinx mangeant sur la façade de la chapelle à partir de 18h05. Un 3ième faucon pèlerin est passé au-dessus du nichoir pendant son repas, voir cette publication Facebook. Sphinx a ensuite amené les restants de la proie à Eve qui l'a utilisée pour nourrir les fauconneaux.

    Second traitement - 29 mai

    Un second traitement contre les insectes a été appliqué aux fauconneaux le lendemain à partir de 13h46. Les fauconneaux étaient de retour dans le nichoir moins de 15 minutes plus tard. Voici une vidéo du traitement partagée par Faucons de l'UdeM: 
    Second traitement (vidéo de fauconsudem.com)
    Faucons de l'UdeM rend compte de ce 2ième traitement dans cette publication Facebook.

    Des fauconneaux en bonne santé - 13 juin

    Bien que quelques mouches aient pu subsister aucun autre traitement n'a été jugé nécessaire. Les fauconneaux sont maintenant âgés de 3 semaines et sont en pleine forme.

    Les 2 fauconneaux le 13 juin à 18h52 (crédit: fauconsudem.com)


    Quelques cas similaires d'infestation par la mouche Carnus

    Cette rapide revue se limite aux territoires géographiquement "proches" de Montréal et n'est en aucun cas exhaustive.

     

    Québec

    Ce parasite n'avait jamais été rencontré sur des oiseaux de proie (toute espèce confondue) examinés à la clinique des oiseaux de proie d'après le Dr. Guy Fitzgerald.

    Massachusetts

    Je suis tombé sur ce cas en faisant une recherche avec le mot-clé "infestation" dans le forum Bird Cams Around the World.  Ça c'est passé en 2015 à un nid de faucon pèlerin de l'Université du Massachusetts à Amherst. Le premier fauconneau est né le 2 juin avant 9h30; le 2ième le 4 juin vers 6h30 (une photo publiée dans le forum ainsi qu'une vidéo montrent le père déplaçant le 2ième bébé encore tout humide en le tenant par le bec!). Le 7 juin une première publication fait référence à un fauconneau souvent sur le dos; le lendemain ce fauconneau rate un repas au complet et des points noirs sont visibles. L'après midi du 9 juin le benjamin est retiré du nid, traité et nourri, puis remis dans le nichoir (les 2 œufs non éclos ont été récupérés par la même occasion). Le 2ième fauconneau a été traité à son tour le lendemain. Les 2 fauconneaux ont survécu et se sont envolés du nid. À la fin de la saison le nichoir a été soigneusement nettoyé. Le parasite a par la suite été identifié comme étant la mouche Carnus hemapterus.

    Comme j'étais en contact avec Thomas French, responsable à l'époque du programme de faucon pèlerin au Massachusetts, au sujet de la femelle du Massachusetts qui niche maintenant à Laval, j'ai évoqué la situation à l'Université de Montréal et je lui ai demandé s'ils avaient eu d'autres cas d'infestation par cette mouche. La réponse a été négative. De plus les vétérinaires consultés n'avaient jamais vu ce parasite sur aucun oiseau de proie du Massachusetts.

    Fait intéressant la femelle de cet unique cas au Massachusetts est originaire de Sorel (Québec) où elle a été baguée le 6 juillet 2013 (numéro de bague = S71). Il s'agit probablement d'une coïncidence mais on pourrait aussi imaginer que les faucons pèlerins du Québec soient mal armés génétiquement pour se défendre contre la mouche Carnus hemapterus si elle est relativement nouvelle dans la région. Une étude effectuée en Europe semble en effet avoir montré un lien entre génétique et résistance au parasite. Plus spécifiquement les chercheurs ont établi un lien entre les motifs sur le plumage de la chouette effraie (Barn owl) et sa résistance à ce parasite: plus ce pattern est accentué moins les bébés sont atteints sévèrement par le parasite,  et ce résultat vaut même lorsque les bébés ne sont pas de cette femelle.  Voici le lien vers cet article: https://academic.oup.com/beheco/article/12/1/103/392393 paru dans le journal Behavioral Écology en 2001.

    New Jersey

    Dans sa réponse Thomas French m'a appris que Carnus hemapterus affectaient les nids de faucon pèlerin du New Jersey et m'a invité à consulter ce document. Il s'agit du bilan du programme de faucon pèlerin pour 2019 au New Jersey. On y lit que les fauconneaux âgés de moins de 2 semaines de plusieurs nids ont été traités pour réduire l'infestation par la mouche Carnus hemapterus, que ces mouches étaient abondantes à certains nids et pas nécessairement aux mêmes qu'en 2018, qu'elles ont possiblement causé des mortalités à 1 nid, et ces mouches ont été détectés à quasiment tous les nids sur la côte. Dans un courriel l'une des coauteurs de ce rapport - Kathleen Clark - a apporté des précisions additionnelles, notamment sur les traitements qu'ils effectuent, informations que j'ai fait parvenir à Eve Belisle et au Dr. Guy Fitzgerald.

    Quelques remarques personnelles

    On peut présumer qu'il existe des facteurs qui provoquent une explosion de la population de ces mouches et que ce n'est que lorsqu'elles s'attaquent en grand nombre à un fauconneau qu'elles peuvent mettre sa vie en danger. Il n'est donc pas exclu que ces mouches étaient déjà présentes les années précédentes mais en nombre trop petit pour qu'elles causent un problème et soient remarquées. Dans le cas de Montréal on peut se demander si la longue éclosion de l'"œuf aplati" avec présence de sang n'a pas facilité le développement de ces insectes. La canicule exceptionnelle qui a frappé Montréal du 26 au 29 mai a aussi été évoquée.

    Une des explications qui a été avancée pour l'"œuf aplati" est que l’œuf aurait été "écrasé" par un adulte maladroit.  On pense ici bien sur à Sphinx qui selon certain(e)s serait à sa première nidification. Or dans le cas du Massachusetts, la femelle était âgée de seulement 2 ans et l'âge du mâle a été estimé à 2 ans aussi; de plus il y a eu un écart de presque 48h entre les 2 éclosions, un indice que la naissance du 2ième fauconneau (le plus touché) a pu être longue et/ou problématique.

    Au moment de publier cet article il n'a pas été confirmé que la mouche Carnus qui a affecté les faucons pèlerins de l'Université de Montréal appartient à l'espèce Hemapterus.



    lundi 1 juin 2020

    4 bébés à Laval pour une femelle faucon pèlerin diplômée du MIT!

    À la mi-novembre j'ai eu la chance de photographier un faucon pèlerin bagué aux États-Unis dans l'arrondissement Saint-Laurent à Montréal mais malheureusement je n'ai pas été en mesure de lire la bague en entier. En février Sylvie Duchemin  a retrouvé ce faucon près de la carrière Lagacé à Laval et a réussi à l'identifier. D'après les informations de baguage que nous avons obtenues il s'agit d'une femelle baguée en 2013 dans un nid situé sur un édifice du prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Cambridge! La carrière Lagacé est connue pour abriter un nid depuis de nombreuses années: il restait donc à déterminer si la femelle était la femelle nicheuse ou une intruse. La réponse à cette question a été obtenue le 19 mai par Sylvie Duchemin qui a montré que la femelle nicheuse était baguée aux 2 pattes et, en bonus, qu'elle avait 4 fauconneaux.

    Un grand merci à Sylvie Duchemin pour avoir partagé avec moi ses photos et permis de les publier dans cet article, ainsi qu'à Thomas French (le biologiste qui a bagué l'oiseau) pour m'avoir très généreusement transmis des informations très détaillées sur cette femelle.

     

    Identification du faucon 

    Photographie

    Mon attention a été attirée par un rapport eBird avec une photo semblant montrer le faucon pèlerin que j'avais photographié en novembre à Montréal. Par l'intermédiaire de Luc Laberge (merci Luc!) j'ai pu entrer en contact avec l'auteure de l'observation,  Sylvie Duchemin. Celle-ci m'a envoyé la photo du faucon ainsi que le certificat qu'elle a obtenue après le signalement de la bague (je rappelle qu'au Canada un oiseau bagué, quelle que soit son espèce, peut être signalé via cette page; c'est M. Réjean Duval qui a effectué le signalement pour Sylvie Duchemin et celle-ci tient à le remercier).

    Je reproduis ici avec sa permission un léger agrandissement de la photo qu'elle a publiée sur eBird:
    Photo ayant permis l'identification du faucon (crédit: Sylvie Duchemin)

    La photo originale a été prise avec une lunette Kowa munie d’un doubleur allant jusqu’à 90X, le tout couplé à un iPhone.

    Premières informations sur le faucon

    D'après le certificat d'appréciation reçue par Sylvie Duchemin, le faucon est une femelle baguée le 22 mai 2013 au Massachusetts par Thomas French.

    Certificat reçu après le signalement de la bague (crédit: Sylvie Duchemin)

    Informations plus détaillées

    Malgré les informations importantes apportées par le certificat (sexe, année de naissance, lieu d'origine), je souhaitais en savoir plus, par exemple le type de nid dans lequel le faucon était né et si possible obtenir plus de précision sur sa localisation.

    Une première démarche dans la section consacrée aux faucons pèlerins du Massachusetts dans le forum Bird Cams Around the World n'a rien donné: cela semblait exclure que le faucon provenait d'un nid suivi par caméras.

    Le 20 mai, après avoir appris que 97AD était bien la femelle nicheuse, j'ai laissé un message au club ornithologique Nuttall dont Thomas French avait déjà été président. J'ai reçu une réponse presque immédiate de Michael Reed (que je remercie également) m'informant qu'il avait transmis ma requête à Thomas French. Le lendemain je recevais un courriel de ce dernier avec une foule d'informations sur 97AD, en plus de nouvelles au sujet d'une femelle baguée à Sorel en 2013 et qui niche maintenant au Massachusetts! Merci énormément à lui. Les informations additionnelles sur 97AD incluent 
    • La localisation de son nid: le Whitehead Institute building du MIT à Cambridge
    • La fratrie: la nichée comprenait 4 fauconneaux dont 2 sont décédés avant l'envol. En plus de 97AD un jeune mâle a quitté le nid.
    • Les parents: sa mère était non-baguée à l'origine, d'où une incertitude sur son histoire ("The mother of 97/AD is believed to be..."). En 2009 elle a niché dans un ancien nid de buse à queue rousse sur une corniche d'un autre édifice du MIT avant de déménager au Whitehead Institute où elle a niché de 2010 à 2013. Durant cette période elle a été capturée puis baguée. Depuis 2017 elle niche dans un nichoir installé sur une ancienne prison. Le père de 97AD (qui, lui, a été bagué au nid) est né en 2005 à Rumney dans le New Hampshire. Il a d'abord niché sur la tour de contrôle de l'aéroport international de Boston en 2008 avant de déménager à Cambridge. Il a été trouvé au sol avec de multiples blessures le 30 avril 2018 et est décédé peu après. 
    • Les précédentes localisations de 97AD: le 1er mai 2014 dans le West Rock Ridge State Park au Connecticut.


    Nidification à la carrière Lagacé

    Le 19 mai Sylvie Duchemin, Michelle Bélanger et Joanne Roger ont observé 97AD nourrir 4 fauconneaux (rapport eBird) dans la carrière Lagacé à Laval. Cette ancienne carrière, qui est maintenant inondée, est  délimitée par l'autoroute 15, le boulevard du Souvenir, le boulevard Daniel-Johnson et le boulevard Saint-Martin Ouest. Voici 2 photos prises par Sylvie Duchemin:

    97AD avec 4 fauconneaux (crédit: Sylvie Duchemin)

    97AD montrant ses bagues (crédit: Sylvie Duchemin)
    Deux autres observations ont été faites le dimanche 31 mai par Sylvie Duchemin, voici les liens vers les rapports eBirds avec d'autres photos: matin et après-midi. Les fauconneaux sont rendus à un stade où ils ne sont rejoints par la femelle que lors des nourrissages, celle-ci les surveillant à distance le reste du temps.

    Une question importante est actuellement sans réponse: depuis quand 97AD niche-t-elle dans cette carrière? Une chose est certaine: elle n'est pas la première femelle y nicher puisque 2 fauconneaux y ont été observés le 14 mai 2013, année de sa naissance.  En 2014 1 jeune était observé au nid. Pour 2015 je n'ai trouvé aucun rapport eBird signalant des fauconneaux.  En 2016 3 jeunes ont été observés, en 2017 1 jeune et en 2018 le nid était signalé occupé sans précision sur le nombre de fauconneaux (entre 1 et 3). Finalement en 2019 un jeune ayant récemment quitté le nid est rapporté ainsi que 2 adultes. Le premier rapport eBird à cet endroit date de 2009 et fait déjà référence à un nid sans plus de précision. Les rapports eBird cités ont été produits par Alain Robert et Georges Lachaîne. Si vous avez photographié un faucon bagué dans le secteur ou si vous avez de l'information sur l'histoire du nid, je suis intéressé!


    Observations de 97AD à Montréal en novembre 2019

    Ces observations ont été rapportées dans cette publication Facebook, dans ce rapport eBird et dans celui-ci.

    Le 15 novembre vers 13h j'ai examiné un immeuble (au 365 place Deguire) où j'avais déjà observé dans le passé un faucon pèlerin. Rien cette fois-ci sur les antennes du sommet de l'édifice. Par contre j'ai trouvé un faucon pèlerin sur une antenne de façade, un faucon bagué aux 2 pattes.

    J'y suis retourné le lendemain à 10h30 avec mon trépied. Pas de faucon. J'ai surveillé l'endroit sans succès jusqu'à 12h05. À 12h40, au retour d'une petite marche dans le quartier pour examiner les autres immeubles, j'ai constaté que le faucon était perché sur la même antenne que la veille. Il y était toujours à 14h quand j'ai quitté pour aller manger mais à mon retour à 15h50 il avait disparu. Mes tentatives de le revoir les jours suivants ont toutes échouées (le 16 novembre un résident était apparu sur un balcon proche de l'antenne, possiblement intrigué par ma caméra; bien que le faucon n'avait pas réagi il est possible que la personne a fini par le découvrir  et que l'attention soutenue qui a pu en suivre a conduit le faucon à chercher un perchoir plus tranquille).

    Voici quelques photos:
    Localisation du faucon

    Photo du 15 novembre
    Photo du 16 novembre

    Voici pour finir un agrandissement d'une photo du 16 novembre. A posteriori, sachant ce qu'il fallait lire, on peut reconnaitre "AD" dans la partie inférieure de la bague. Mais sans information préalable la photo ne permettait pas d'identifier le faucon.
    Tentative de lire la bague

    D'autres photos sont disponibles dans la publication Facebook et le rapport eBird mentionnés plus haut.





    jeudi 28 mai 2020

    3 naissances inespérées chez les faucons pèlerins de l'Université de Montréal

    Cet article a été publié le 11 juin 2020.

    À la surprise de beaucoup, les 3 œufs pondus dans le nichoir de l'Université de Montréal durant la 2ième semaine d'avril ont éclos!!! Ce résultat n'allait vraiment pas de soi cette année en raison d'un changement de mâle la veille de la ponte du 1er œuf et de la non-participation de ce mâle à la couvaison pendant plus de 8 jours, ce qui a causé plusieurs interruptions de la couvaison d'une durée supérieure à 2h par une température avoisinant les 0C. Pour plus de détails sur les problèmes lors de la période de couvaison, voir cet article. Également un problème semble être apparu sur un des œufs à quelques jours de l'éclosion.

    Les 3 fauconneaux - 26 mai 17h41 (crédit: fauconsudem.com)

    Voici en bref les dates d'éclosion:
    Le dernier fauconneau peut être considéré comme un miraculé puisque pour une raison mystérieuse son œuf s'était affaissé ("œuf aplati") et qu'on le voyait lutter pour sa survie dès le 22 mai. Malheureusement le miracle n'a pas duré très longtemps puisque ce fauconneau a succombé quelques jours plus tard à une infestation de mouches (article à venir).

    Remerciements et sources
    Cet article est basé entièrement sur les images diffusées par les caméras de Faucons de l'UdeM (fauconsudem.com), mes remerciements vont donc d'abord à Eve Belisle pour avoir fait installer le nichoir en 2008 et pour maintenir au fil des ans le système de caméras. Merci également aux opératrices et opérateurs de la caméra du nichoir: Sophie Lapierre, Eve Belisle et Paul Brunelle.
    En plus de la diffusion en direct (pour la caméra du nichoir), les images des caméras sont disponibles sous les formes suivantes:
    • Archives photo (fauconsudem.com/archives). Des images prises par les caméras y sont sauvegardées approximativement à chaque minute et conservées pendant une durée limitée.
    • Vidéos, photos et informations partagées par Faucons de l'UdeM sur sa page Facebook ou dans sa chaine Youtube.
    • Photos et informations partagées sur la page Facebook de Faucons de l'UdeM par des utilisateurs, notamment Lise Vaillancourt et Anita Van der Landen (voir la section Publications des visiteurs)
    • Publications de l'Université de Montréal (à noter que je n'ai pas vérifié le compte Twitter ni d'autres médias).
    • Photos et vidéos partagées sur des forums, notamment dans la section consacrée aux faucons de Montréal du forum Bird Cams Around the World (forum BCAW).
    Merci à tous ceux/celles qui ont produit ces publications.


    21 mai

    À partir de 23 heures le piaillement étouffé d'un fauconneau est entendu. Déjà la veille une petite marque blanche avait été observée sur un des œufs mais cette marque pouvait aussi avoir été occasionnée par le frottement de l’œuf sur les cailloux. C'est également en ce 21 mai que l'on a pu voir un œuf bouger (merci à Huguette Lenoir et Lise Vaillancourt pour la date).

    22 mai

    À 7h40 Faucons de l'UdeM publie 2 photos prises le matin montrant une craque sur un des œufs. Il s'agit apparemment de l'"œuf aplati".

    L’œuf aplati est bien visible sur 2 photos prises à 19h26 et 20h01 respectivement
    L'"œuf aplati", à gauche (crédit: fauconsudem.com)

    L'"oeuf aplati", à droite (crédit: fauconsudem.com)

    Une capture vidéo  des images de la caméra réalisée par Danuta Borkovska et partagée sur le forum BCAW montre Eve brasser les œufs entre 19h52 et 20h02 et offre plusieurs vues de l’œuf aplati.

    23 mai: 2 naissances et un repas

    À 6h41 Faucons de l'UdeM publie une photo montrant "un œuf bien craqué et un autre percé" et indique que le 3ième œuf semblait en difficulté la veille. En commentaire de cette publication, Eve Belisle précise que du sang a été aperçu sur ce 3ième œuf . Une courte vidéo publiée par Terka Busz sur le forum BCAW montre du mouvement dans l’œuf craqué.

    Le premier fauconneau nait à 8h19. Voici une vidéo partagées sur Facebook par Faucons de l'UdeM qui le montre quelques instants après sa naissance pendant que sa mère part remiser une proie apportée par le mâle. Le mâle en profite pour couver le fauconneau et les 2 œufs restants jusqu'au retour d'Eve  à 8h30:
    Première naissance (vidéo de fauconsudem.com)

    La vidéo permet également de voir l’œuf aplati. En voici une autre vue à 17h15
    L'"œuf aplati" (à gauche), 17h15 (crédit: fauconsudem.com)
    Dans cette capture vidéo enregistrée peu avant 10h par Terka Busz on voit du mouvement à l'intérieur d'un des œufs restants tandis que l'autre - celui qui est aplati - bouge légèrement (autour de 1'50).

    Le fauconneau reçoit son premier repas à partir de 17h20, ce qui permet également de constater que les 2 œufs restants sont toujours vivants, incluant l'"œuf aplati", comme le montre la vidéo suivante de Faucons de l'UdeM (partage Facebook).
    Premier repas (vidéo de fauconsudem.com)

    Le 1er fauconneau à 18h01 (crédit: fauconsudem.com)

    Un 2ième fauconneau nait à 19h30 (annonce Facebook):
    Deuxième naissance (vidéo de fauconsudem.com)

    24 mai

    Beaucoup de personnes, incluant moi-même, considéraient que 2 fauconneaux étaient déjà un excellent résultat compte tenu des problèmes lors de la couvaison et s'étaient résignés à ce que le 3ième fauconneau ne réussisse pas à sortir de sa coquille amochée. Aussi la surprise a été grande d'assister à sa naissance tôt le matin!  Faucons de l'UdeM a publié une vidéo Facebook de sa naissance à 6h12. Ce fauconneau restera facilement reconnaissable grâce à un morceau de coquille resté collé sur une de ses ailes.

    Les 2 premiers fauconneaux sont nourris à partir de 6h46; le dernier-né n'est pas prêt à prendre part à ce repas.
    Premier repas de la journée pour les 2 premiers fauconneaux, le dernier-né est couché sur le dos (crédit: fauconsudem.com)

    Faucons de l'UdeM a partagé sur Facebook la vidéo suivante montrant les meilleurs moments de l'après-midi. On y voit entre autres Sphinx tenter de gérer les 3 boules blanches plus ou moins éparpillées dans le nichoir... La vidéo montre également le repas de 16h52 auquel cette fois-ci les 3 fauconneaux participent.
    Les 3 fauconneaux - 24 mai (vidéo de fauconsudem.com) 

    jeudi 14 mai 2020

    3 œufs à l'Université de Montréal dans une nidification hors de l'ordinaire

    Comme je l'ai mentionné dans cet article, la femelle faucon pèlerin qui niche sur la tour de l'Université de Montréal (Eve) a pondu son premier œuf le 7 avril deux jours et demi après la disparition de son mâle (Éole) et le lendemain de l'arrivée du nouveau mâle (Sphinx).  Deux autres œufs ont été pondus respectivement les 10 et 14 avril. Ce début de nidification est particulier à au moins 2 titres:
    • L'écart très inhabituel entre la ponte des différents œufs;
    • La difficulté pour Sphinx de comprendre ce qui était attendu de lui, ce qui en particulier a causé plusieurs longues interruptions dans la couvaison.

    Remerciements
    En raison de la covid-19 je n'ai fait aucune observation sur le terrain pendant la période de temps visée par cet article (le mois d'avril 2020). Cet article est donc entièrement basé sur les données de la caméra de Faucons de l'UdeM. Je remercie donc encore plus particulièrement cette année:
    • Eve Belisle pour avoir mis en place et maintenu le système de caméras, et en particulier les archives photos;
    • Sophie Lapierre, et dans une moindre mesure Eve Belisle et Paul Brunelle, pour l'opération de la caméra du nichoir;
    • Les personnes qui partagent sur la page Facebook de Faucons de l'UdeM les étapes importantes de la nidification, plus particulièrement Eve Belisle et Lise Vaillancourt;
    • Huguette Lenoir pour m'avoir communiqué et permis d'utiliser des informations de son carnet.

    La ponte

    Voici la chronologie de la ponte, cliquez sur les liens pour plus de détails. 
    En 2019 Eve était très régulière: l'écart entre 2 œufs consécutifs variait entre 52 heures (= 2 jours et 4h) et 55 heures (2 jours et 7h). Or en 2020 l'écart entre les 2 premiers œufs est de 63 heures (= 2 jours et 16h) mais surtout l'écart entre les œufs #2 et #3 est de 86 heures (= 3 jours et 14h)! En 2018 l'écart entre les œufs #1 et #2 était de 58 heures (= 2 jours et 10h). Toutes les durées mentionnées ici ont été arrondies à l'heure la plus proche.


    Vue d'ensemble de la couvaison jusqu'au 30 avril

    Le nid de faucon pèlerin de la tour de l'Université de Montréal est suivi par caméras. Outre la possibilité de suivre en direct ce qui se passe dans le nichoir via Youtube, le dispositif de Faucons de l'UdeM sauvegarde à intervalle régulier (environ toutes les 45 secondes) une photo dans les archives. A partir des photos archivées du 8 au 30 avril  j'ai déterminé le statut de chaque période à l'intérieur de la période 5h - 20h30 (des explications plus techniques sont données en fin d'article). Ces statuts sont les suivants, avec la couleur correspondante dans le graphique:
    • Faucon couvant les œufs (couleur verte). Le faucon doit être couché sur les œufs et non simplement positionné au-dessus des œufs.
    • Faucon présent au nichoir mais ne couvant pas (couleur orange);
    • Aucun faucon présent au nichoir (couleur rouge);
    • Intérieur du nichoir non visible car la caméra est orientée ailleurs (couleur gris clair);
    • Données non  disponibles (couleur gris foncé): ce statut correspond essentiellement soit à une panne des archives, soit à l'impossibilité de déterminer le statut (photo trop exposée ou trop sombre).
    Voici la figure montrant la répartition des différents statuts, j'y reviendrai tantôt.


    J'ai également calculé pour chaque jour le pourcentage du temps total consacré à la couvaison (= temps de couvaison divisé par le temps total duquel j'ai soustrait le temps d'indisponibilité des données). La courbe est la suivante:
    On voit très bien une montée en puissance de la couvaison du 14 au 16 avril correspondant manifestement au début de l'incubation (rappelons que le dernier œuf a été pondu à 0h37 le 14 avril). On observe ensuite une sorte de plateau du 16 au 24 avril, avec un temps de couvaison autour de 70%, qui correspond à la période où Eve est seule à couver.  Puis à partir du 25 avril on observe une nouvelle hausse lorsque Sphinx commence à couver à son tour. Finalement à partir du 27 avril la part du temps de couvaison se stabilise autour de 97%.

    Si on revient au premier graphique on remarque qu'il y a eu plusieurs périodes tôt le matin où les œufs n'ont pas été couvés entre le 21 et le 24 avril. Voyons ces périodes plus en détail, avec la température relevée à la station météo de l'aéroport Montréal-Trudeau (d'après le site https://climat.meteo.gc.ca/historical_data/search_historic_data_f.html)
    • 21 avril: œufs non couvés de 4h51 à 7h18 (durée de 2h27), température comprise entre -0,9C et 0,5C, refroidissement éolien de -4C.
    • 22 avril: œufs non couvés de 5h22 à 7h23 (durée de 2h01), température comprise entre -5C et -4C, refroidissement éolien de -13C.
    • 23 avril: données de la caméra non disponibles.
    • 24 avril: œufs non couvés de 5h09 à 7h45 (durée de 2h36), température comprise entre -2,3C et 2,5C, refroidissement éolien de -8C à 6 heure.
    Combien de temps les œufs peuvent-ils être laissés sans couvaison sans qu'il n'y ait de conséquence ? Eve Belisle avait posé cette question dans son article de blogue du 27 avril 2010 alors que Polly avait causé de nombreuses interruptions de la couvaison 2010 allant jusqu'à 2 heures. Les spécialistes interrogés n'étaient pas très optimistes sur les chances de succès de la couvée, ce qui n'a pas empêché 3 des 4 œufs d'éclore quelques jours plus tard.

     

    Le comportement de Sphinx

    Rappelons que Sphinx est apparu pour la première fois le 6 avril vers 8h et que le 1er œuf a été pondu le lendemain à 18h30. Les choses ne se passent généralement pas aussi rapidement chez les faucons pèlerins! Tout naturellement Sphinx voulait passer du temps avec Eve, et pas juste au nichoir. Et pour ne rien arranger Sphinx en était visiblement à sa première nidification...

    Accouplements

    Le premier accouplement entre Sphinx et Eve a été filmé le 11 avril à 6h23. Un autre a suivi à 7h33. Le lendemain c'étaient 7 accouplements qui étaient observés ou entendus. La vidéo ci-dessous publiée par Faucons de l'UdeM montre les 2 accouplements du 11 avril ainsi que 3 des accouplements du 12 avril.

    Accouplements de Sphinx et Eve - 11 et 12 avril (vidéo de Faucons de l'UdeM)

    De nombreux autres accouplements ont suivi (voici une autre vidéo d'un accouplement). Le 16 avril vers 13h30 il y a même eu 2 accouplements dans la même minute! (ces 2 accouplements sont montrés dans la vidéo de la section suivante). Le 25 avril Sphinx rejoignait Éole en termes de nombre d'accouplements observés ou entendus pour la saison 2020 avec un total de 62 (merci à Huguette Lenoir pour cette information). Sphinx a depuis dépassé Éole.

    Livraisons de repas

    Il faut garder à l'esprit que Sphinx a pu livrer des proies à des endroits non surveillés par la caméra ou bien remplir des garde-manger où Eve pouvait se servir par la suite. Ceci étant dit, la caméra a capté le comportement suivant de Sphinx: celui-ci s'approchait avec une proie du nichoir où se trouvait Eve mais quand celle-ci bougeait pour en prendre possession Sphinx s'envolait avec la proie! Ce comportement est illustré dans la vidéo ci-dessous de Faucons de l'UdeM, qui montre aussi le premier transfert de nourriture documenté le 24 avril (partage Facebook de la vidéo):

    Apports de proie par Sphinx (vidéo de Faucons de l'UdeM)
    Ce comportement s'est répété à plusieurs reprises, par exemple le 15 avril à 11h33 et le 17 avril à 7h07 (publications Facebook de Lise Vaillancourt, merci à elle).

    Le 26 avril Sphinx semble vouloir nourrir les œufs (publication Facebook avec vidéo de Faucons de l'UdeM).

    Participations à la couvaison

    Il a fallu attendre le 25 avril peu après 11h (soit presque 11 jours et demi après la ponte du dernier œuf) pour voir enfin Sphinx couver. Auparavant il s'était placé à quelques reprises au-dessus des œufs mais la tentative ne durait pas plus de quelques secondes. Cette première couvaison a duré une cinquantaine de minutes et est rapportée dans cette publication Facebook de Faucons de l'UdeM (avec une vidéo).


    Annexe: informations supplémentaires sur les graphiques

    Les archives de Faucons de l'UdeM présentent les photos par périodes de 2 heures. Le nom de chaque photo correspond à sa date de traitement, qui est postérieure d'une dizaine de secondes à la date de prise de vue incrustée sur la photo: pour simplifier j'ai utilisé la date de traitement plutôt que la date de prise de vue puisque cela m'évitait de cliquer sur chaque photo.

    À chaque photo j'associe une période qui est centrée sur la date de traitement: le début de la période est à mi-chemin des dates de traitement de la photo précédente et de la photo courante; la fin de la période est à mi-chemin des dates de traitement de la photo courante et de la photo suivante. J'ai ensuite reporté dans un fichier Excel les dates de traitement correspondant aux changements de statut, ce qui m'a donné une suite de périodes correspondant chacune à un statut.  Je n'ai pas vérifié qu'il n'y avait pas de photos manquantes à l'intérieur d'une période donnée; par contre j'ai détecté des photos manquantes lors de transitions d'une période à l'autre, auquel cas j'ai comblé le trou en introduisant une période correspondant au statut "absence de données" (ces trous étaient généralement  de l'ordre de 1 ou 2 minutes).

    Lorsque la caméra était tournée vers la droite et ne montrait que partiellement le nichoir, j'ai opté pour le statut "Absence du nichoir" si un morceau d’œuf était visible mais qu'il n'était pas couvé; sinon le statut était "intérieur du nichoir non visible". Parfois la caméra alternait rapidement entre le nichoir et l'extérieur: dans ce cas j'ai interpolé ce qui se passait dans le nichoir: par exemple si la première photo montre le nichoir vide, que les 2 photos suivantes montrent l'extérieur du nichoir puis que la caméra revient sur le nichoir vide, j'ai supposé que le nichoir était vide tout le long. Je n'ai pas fait d'interpolation s'il y avait plus que 3 photos intermédiaires. Ceci a pu dans certains cas légèrement sous-estimer le temps de couvaison dans la mesure où il arrivait parfois que la caméra suivait le 2ième faucon à l'extérieur du nichoir pendant que l'autre couvait.

    Ce qui apparait noir dans le premier graphique correspond à plusieurs changements de statut très proches dans le temps.

    Pour la courbe du pourcentage de temps de couvaison, je n'ai pas considéré la journée du  23 avril à cause de la panne d'archive: en effet sur la période où les archives étaient fonctionnelles, le pourcentage de couvaison était proche de 96%, ce qui causait un pic artificiel dans la courbe.