Mise à jour du 30 septembre 2025: une confirmation du décès de 2 faucons pèlerins par l'influenza aviaire dans le secteur du pont Jacques-Cartier a été apportée par Jean-Philip Rousseau dans un article publié dans le numéro du printemps 2025 du magazine Québec Oiseaux.
Au début de l'été j'ai eu vent que 2 faucons pèlerins - un mâle et une femelle - seraient décédés de l'influenza dans le secteur du pont Jacques-Cartier du côté de la Rive Sud. Bien que cette information soit arrivée dans ma boite courriel, elle ne m'était visiblement pas destinée et comme j'ai échoué à obtenir une confirmation officielle je parlerai de cette information au conditionnel et je tairai la source. Le 30 avril cependant j'avais été informé par Environnement Faucon du décès de P04, une jeune femelle qui avait été observée en train de s'accoupler dans le secteur du pont Jacques-Cartier les semaines précédentes. L'information ne mentionnait ni la date, ni l'endroit, ni la cause de la mort mais confirme qu'au moins un faucon pèlerin récemment sexuellement actif dans le secteur du pont Jacques-Cartier est décédé ce printemps.
Je n'ai malheureusement réussi ni à obtenir des précisions sur le décès de P04, ni la confirmation officielle qu'un couple de faucon pèlerin était décédé de la grippe aviaire dans le secteur du pont Jacques-Cartier: la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée (PJCCI) m'a redirigé vers Environnement Faucon - l'entreprise qu'ils mandatent pour gérer la cohabitation entre faucons pèlerins et humains sur leurs ouvrages, Environnement Faucon (ou plus précisément mes 2 contacts habituels au sein de cette entreprise) ne m'a pas répondu, pas plus que l'Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP). Par contre j'ai découvert dans une base de données publique du gouvernement du Canada sur la grippe aviaire que 7 faucons pèlerins décédés ont été testés positifs à la grippe aviaire au Québec depuis 2022 dont 2 à 1 jour d'intervalle dans la région de Montréal ce printemps.
Cet article est organisé de la façon suivante. Dans la première section je partage ce que j'ai pu apprendre sur la grippe aviaire et son impact sur les faucons pèlerins en Amériques du Nord et plus particulièrement au Québec. Les dates des décès tirées de la base de données donnent un indice sur le moment où 2 faucons pèlerins auraient pu décéder de la grippe aviaire dans le secteur du pont Jacques-Cartier et jettent un éclairage sur mes observations qui sont présentées dans la 2ième section. Cette 2ième section essentiellement couvre la période du 16 mars (moment où j'ai formellement identifié P04 sous le pont Jacques-Cartier du côté de Montréal) au 30 avril (moment où une nidification par une autre femelle a été confirmée par Environnement Faucon et où j'ai appris le décès de P04). La période avant le 16 mars est couverte par l'article de blogue ''P04 revue au pont Jacques-Cartier, apparemment en couple!'' alors que la nidification de la nouvelle femelle fera l'objet d'un prochain article.
Remerciements: merci à Sylvain Cusson pour ses observations et ses photos, à Sarah Gagnon et Marilou Skelling d'Environnement Faucon pour les informations de la présence de P04 du côté de Longueuil puis de son décès (les échanges ont eu lieu par courriel avec Sarah Gagnon avec copie à Marilou Skelling), à Eve Belisle de Faucons de l'UdeM pour ses avis (je tiens à préciser que ce n'est pas par elle que j'ai appris que 2 faucons seraient décédés de la grippe aviaire près du pont Jacques-Cartier) et à tous ceux qui ont partagé publiquement des informations, notamment sur le tableau de bord de la grippe aviaire et sur eBird.
1. Des faucons pèlerins victimes de la grippe aviaire
1.1. Généralités sur la grippe aviaire
Le gouvernement du Canada a plusieurs pages consacrées à la grippe aviaire sur ses différents sites internet. Les informations ci-dessous sont tirées de la page d'Environnement et Changement Climatique
''Influenza aviaire chez les oiseaux sauvages". D'après cette page, ''l’influenza aviaire hautement pathogène H5N1 est à l’origine d’une épidémie mondiale d’une ampleur et d’une durée sans précédent''. ''Hautement pathogène'' signifie que le taux de mortalité est élevé chez les oiseaux infectés. La souche H5N1 a été signalée au Canada pour la première fois en décembre 2021 et est maintenant présente dans l'ensemble du pays (une 2ième souche elle aussi hautement pathogène, H5N2, a été détectée le 8 novembre 2024 en Colombie-Britannique).
Le virus de la grippe aviaire H5N1 touche principalement les oiseaux mais infecte aussi occasionnellement des mammifères, y compris des humains. Au Canada le premier cas humain positif au H5N1 a récemment fait grand bruit, voir par exemple cet article de Noovo publié le 18 novembre. La page d'Environnement et Changement Climatique inclut des conseils pour limiter son exposition au virus mais se montre plutôt rassurante en ce qui concerne les oiseaux de mangeoire: ''Il est peu probable que l’utilisation de mangeoires pour oiseaux cause la propagation du virus de l’influenza aviaire hautement pathogène, et le risque d’épidémie chez les espèces d’oiseaux sauvages qui fréquentent les mangeoires est considéré comme faible''.
Au cours des dernières années le faucon pèlerin a été retiré de la liste des espèces menacées un peu partout en Amérique du Nord après avoir frôlé la disparition dans la 2ième moitié du 20ième siècle en raison de l'utilisation du DDT, un insecticide qui occasionnait un amincissement de la coquille des œufs, empêchant ces oiseaux de se reproduire. Au Canada le faucon pèlerin des sous-espèces anatum et tundrius (les sous-espèces les plus communes) est ainsi considéré ''non en péril'' depuis 2017. Au Québec ces 2 sous-espèces ont toujours le statut d'"espèce vulnérable" mais on pouvait s'attendre à ce que ce statut soit retiré lors de la prochaine réévaluation. Du moins jusqu'à l'arrivée de l'actuel épisode de grippe aviaire...
Ces derniers mois des biologistes américains ont tiré la sonnette d'alarme après avoir observé des signaux suggérant une hausse importante de la mortalité chez les faucons pèlerins. La vague actuelle de grippe aviaire hautement pathogène est citée comme le principal suspect.
Le premier à partager publiquement ses inquiétudes est Bryan Watts, directeur du Center for Conservation Biology de Virginie (États-Unis) dans sa publication du 18 juillet 2024 Adult turnover spikes in Virginia peregrines raising alarms about the potential impact of avian flu (à noter que la publication est incorrectement datée de 2023). Il rapporte avoir constaté chez les couples nicheurs de Virginie un taux de remplacement anormalement élevé des individus entre 2023 et 2024. Autrement dit, dans de nombreux couples un des individus (ou les 2) disparaissait et était remplacé par un nouvel individu. De plus, les nouvelles femelles étaient presque toujours de jeunes femelles (qui, pour ne rien arranger, ont pour la plupart échoué leur nidification) contrairement à ce qui avait été observé les années précédentes où les remplaçantes étaient des femelles expérimentées, ce qui suggère qu'il reste peu de femelles expérimentées en attente de trouver un territoire libre. Un examen plus poussé montre que les chiffres diffèrent suivant les secteurs de Virginie, les couples nichant près des côtes étant plus touchés que ceux nichant dans les terres. Or les couples nichant près des côtes se nourrissent davantage d'oiseaux aquatiques migrateurs, qui sont particulièrement touchés par la grippe aviaire.
Des observations similaires ont été faites ailleurs en Amérique du Nord. Dans un article publié le 17 septembre 2024 dans le magazine de la National Audubon Society Why Are Peregrine Falcon Numbers Falling in the United States Again? Tim Gallagher rapporte les propos de Kathy Clark, qui monitore les faucons pèlerins dans l'état du New Jersey. La plupart des faucons pèlerins nichant au New Jersey sont bagués, ce qui a permis de constater la même augmentation anormale du taux de remplacement. La phrase suivante est entre guillemets dans l'article et est attribuée à Kathy Clark: ''Of 44 nesting Peregrines, half of them were missing this year'', ce qui donne un taux de remplacement de 50%; et ce taux passe à 63% si on ne considère que les couples nichant près des côtes. De plus 2 territoires sont restés inoccupés et la nidification dans un 3ième a échoué, le nouveau couple étant formé d'individus âgés de 1 an et 2 ans. L'article mentionne également qu'un faucon pèlerin trouvé mort a été testé positif à la grippe aviaire au New Jersey (un 2ième était trop décomposé pour effectuer le test) et 2 ont été testés positifs en Virginie. L'article rapporte également d'autres observations plus empiriques ailleurs dans le pays - possiblement car le programme de baguage est moins développé dans ces régions: sites de nidification abandonnés, sites où il n'y a plus qu'un seul individu, décès de fauconneaux avant leur envol, etc... Toutes les personnes citées mentionnent la grippe aviaire comme possible cause. Comme le faucon pèlerin cible en priorité les oiseaux qui présentent une faiblesse, compte tenu de la virulence du virus, il suffit qu'il en mange un atteint de la maladie pour avoir de grandes chances de succomber lui-même.
1.3. Un tableau de bord sur la grippe aviaire au Canada
Le Réseau Canadien pour la Santé de la Faune maintient un tableau de bord très convivial et régulièrement mis à jour sur les cas positifs à la grippe aviaire chez les oiseaux et mammifères sauvages trouvés malades ou morts au Canada. Une description de ce tableau de bord se trouve dans ma publication Facebook du 13 août. Les plus anciens cas inclus dans le tableau de bord datent de décembre 2021.
Les chiffres suivants ont été obtenus lors d'une consultation du tableau de bord le 23 novembre 2024 (ces chiffres ne sont plus à jour au moment de publier l'article: en particulier le nombre total de cas est passé à 3290 et 2 cas se sont ajoutés au Québec).
Au Canada, le nombre total de cas positifs suspects ou confirmés toute espèce confondue est de 3187 et le plus récent cas ajouté dans la base de donnée date du 31 octobre 2024 (une sarcelle à ailes vertes au Nouveau-Brunswick, test préliminaire positif mais souche non déterminée).
Au Québec le nombre total de cas est de 470 et le cas le plus récent a été ajouté le 30 mai 2024: un urubu à tête rouge trouvé positif au H5N1 (de façon intéressante, le séquençage du virus a montré qu'il contient des segments propres à la lignée nord-américaine et d'autres propres à la lignée eurasienne, ce qui illustre la capacité d'évolution du virus).
Au Canada, le nombre de faucons pèlerins trouvés positifs (par un test préliminaire ou par séquençage de l'ADN) est de 32. Ce chiffre se répartit comme suit: Colombie-Britannique (10), Québec (7), Alberta et Saskatchewan (5 chacun), Manitoba (3) et Ontario (2).
Dans cette publication Facebook du 19 août, je mentionne d'autres chiffres tirés de cette base de données pour le Québec. Dans le groupe ''rapaces'', l'urubu à tête rouge arrive en première position du nombre de cas positifs confirmés, ce qui n'est pas surprenant compte tenu qu'il se nourrit d'oiseaux et de mammifères décédés. Le pygargue à tête blanche arrive en 2ième position. À l'autre extrémité du spectre le faucon émerillon et l'épervier de Cooper semblent peu touchés par la grippe aviaire (respectivement 0 et 1 cas au Québec, mais ces chiffres passent à 1 et 16 pour l'ensemble du Canada). Du côté des proies du faucon pèlerin, le pigeon et l'étourneau semblent peu touchés également (respectivement 3 cas et 0 cas sur l'ensemble du Canada, aucun au Québec) alors que les goélands (36 cas confirmés au Québec), les corneilles d'Amérique (36 cas) et les canards (12 cas) semblent plus touchés (note 1: il serait intéressant de rapporter ces chiffres à ceux de la population totale de l'espèce; note 2: les chiffres rapportés dans la publication Facebook et repris ici sont ceux des cas confirmés et excluent donc les cas suspects; note 3: pour les catégories ''goéland'' et ''canard'' seules les espèces dont le nom commence par ces mots ont été considérées).
1.4. Un peu plus de détails sur les 7 faucons pèlerins décédés de la grippe aviaire au Québec
Comme indiqué plus haut, le tableau de bord mentionne que 7 faucons pèlerins ont été testés positifs au Québec. Tous les cas sont des cas confirmés au H5N1 et tous les oiseaux sont morts. La ''date d'échantillonnage'' (définie comme la première date connue parmi les dates de décès, de collecte et de test) varie entre le 27 septembre 2022 et le 1er avril 2024. 4 ont été testés positifs à l'automne 2022, 0 en 2023 et 3 lors des 4 premiers mois de 2024.
Pour avoir plus d'information il faut télécharger le fichier Excel (dernière option du menu du tableau de bord). Le fichier Excel ne contient pas la totalité des cas du tableau de bord (il semble contenir en fait uniquement les cas confirmés) mais contient les 7 cas du faucon pèlerin au Québec, avec toutefois toutes les dates incrémentées de 1 jour. Le fichier Excel contient une information supplémentaire très intéressante: la subdivision de recensement unifiée (SRU) dans laquelle le faucon a été trouvé. On y apprend notamment que les faucons pèlerins testés les 30 mars et 1er avril (dates du tableau de bord) proviennent de la SRU de Montréal. Un autre faucon pèlerin avait auparavant été testé positif dans la SRU de Montréal le 23 octobre 2022. Deux autres cas proviennent de SRUs situées à une vingtaine de kilomètres de Montréal et les 2 derniers cas proviennent de SRUs situées à plus de 200 kilomètres de Montréal.
La proximité des dates des 2 cas de ce printemps dans la SRU de Montréal combiné au fait qu'il n'y a apparemment pas eu une explosion de cas de la grippe aviaire à Montréal ce printemps suggère que ces 2 cas sont reliés, autrement dit que les 2 faucons pèlerins décédés formaient probablement un couple (une autre possibilité serait que le virus ait été transmis durant des contacts lors d'une bataille mais le fait que les individus touchés seraient de sexe opposé semble éliminer cette possibilité). L'infection a pu se produire en se nourrissant d'une même proie infectée, ou bien un seul individu a mangé un oiseau malade puis a transmis le virus à son/sa partenaire par contact (on peut d'ailleurs noter que ces faucons sont morts durant la période des accouplements).
2. Tentatives de reconstituer les évènements
Dans cette section il sera fait référence aux numéros de pilier du pont Jacques-Cartier: le pilier au milieu du fleuve entre Montréal et l'ile Sainte-Hélène est le pilier 24, celui dans le port de Montréal le 25 et celui au milieu des voies de circulation de la rue Notre-Dame le 26.
P04 - une femelle faucon pèlerin - a été recueillie au sol en 2022 dans la région de Varennes alors qu'elle apprenait à voler puis a été transférée à l'UQROP. Elle a été relâchée près du nid du pont Jacques-Cartier le 30 juin 2022 en même temps qu'une juvénile originaire de ce nid - P03 - et a été adoptée par le couple de faucon pèlerin.
Au printemps 2023 lorsque le couple a débuté la nidification suivante, P04 était toujours auprès d'eux. Elle est considérée comme responsable du décès de la nichée: entre autres comportements, elle s'est envolée avec un fauconneau nouveau-né et interceptait la nourriture destinée aux autres fauconneaux.
2.2. 4 au 16 mars 2024: accouplement impliquant une femelle baguée et identification de P04
Le 4 mars 2024 Sylvain Cusson observe et photographie un accouplement de faucon pèlerin à un nouvel endroit: l'église Sainte-Brigide située en face de la nouvelle maison de Radio-Canada et proche de l'extrémité montréalaise du pont Jacques-Cartier. Ses photos montrent que la femelle porte une bague en aluminium à sa patte gauche. P04 est immédiatement soupçonnée. Le 9 mars je parviens à prouver que la femelle porte également une bague à sa patte droite. Finalement le 16 mars je parviens à identifier P04 sur un lampadaire du port de Montréal près du pilier 25 du pont Jacques-Cartier. Entre temps d'autres accouplements ont été observés, en particulier au sommet de l'ancienne tour de Radio-Canada.
Lecture de la bague de P04, 16 mars 2024
L'identification de P04 proche des endroits où les accouplements ont été observés m'amène à publier le 27 mars l'article "P04 revue au pont Jacques-Cartier, apparemment en couple!". J'avais suspendu mes observations dans le secteur du pont Jacques-Cartier le temps d'écrire cet article mais par chance mon observation du 16 mars n'était pas la dernière observation de P04.
2.3. P04 revue du côté de Longueuil le 26 mars
Le 27 mars je communique à Environnement Faucon mon identification de P04 en les invitant à lire mon article. En retour ils m'envoient une photo prise la veille du côté de Longueuil et montrant un accouplement de P04 au nichoir, avec sa bague clairement lisible. Environnement Faucon projetait de partager la photo quelques jours plus tard sur leurs médias sociaux mais cette publication n'a jamais eu lieu. J'ai longtemps pensé que ce changement de plan était lié à l'engouement pour l'éclipse solaire totale du 8 avril puis au choix des faucons de ne pas utiliser le nichoir pour leur nidification mais le décès de P04 pourrait être une autre explication.
J'ignore quand la photo de l'accouplement de P04 a été prise le 26 mars mais Sylvain m'a transmis des photos d'un faucon pèlerin à l'église Sainte-Brigide (donc du côté de Montréal) le même jour. Ses photos couvrent la période de 13h34 à 13h37.
Après la publication de mon article, j'ai repris mes observations dans le secteur du pont Jacques-Cartier et une visite du côté de Longueuil était à mon programme si je n'arrivais pas à revoir le couple du côté de Montréal. L'information d'Environnement Faucon n'a fait qu'hâter cette visite. J'y suis allé le matin du 28 mars. Ma première photo sur place date de 9h37. 1 heure plus tard un véhicule d'Environnement Faucon est arrivé. Je suis allé discuter avec le biologiste et je lui ai annoncé n'avoir rien vu depuis mon arrivée. Il m'a répondu que oui, il(s) étai(en)t là! Il est apparu qu'il(s) avai(en)t été observé(s), sans doute via la caméra, un peu avant 9h30: je les avais donc raté de peu. Si comme je le pense il parlait du couple, Environnement Faucon a probablement pu déterminer si la femelle était baguée ou non.
Comme le secteur du côté de Longueuil était à ce moment-là doublement surveillé par Environnement Faucon (via la caméra et par le biologiste sur place) j'ai décidé de traverser le pont pour voir si les faucons n'étaient pas du côté de Montréal. Et j'y ai effectivement observé un couple mais la femelle n'était peut-être pas P04...
2.4 Accouplement à l'église Sainte-Brigide le 28 mars
Après avoir discuté avec un biologiste d'Environnement Faucon du côté de Longueuil et comme les faucons ne semblaient plus là, j'ai traversé le pont pour tenter ma chance du côté de Montréal. À 11h45 je repère un faucon pèlerin sur la façade de l'église Sainte-Brigide donnant sur la Maison de Radio-Canada. À 12h30 son comportement et les vocalises suggèrent la présence d'un 2ième individu. Je le perds de vue quand il entre dans une 'loge' de l'église. À 12h43 un faucon est de nouveau visible sur la même façade de l'église Sainte-Brigide que tantôt. Il me donne plusieurs occasions de constater qu'il n'est pas bagué à la patte droite:
Faucon pèlerin non bagué à l'église Sainte-Brigide, 28 mars 12h46
Ma dernière photo du faucon est datée de 12h46mn40. Sur la photo de 12h47mn20 il n'est plus visible. À 12h47mn26 j'enregistre une note vocale signalant un bref accouplement sur la façade voisine: j'ai entendu les cris caractéristiques et j'ai vu les ailes du mâle battre mais je ne pouvais pas voir la femelle. Après l'accouplement les 2 faucons se sont envolés vers l'ancienne tour de Radio-Canada, je n'ai donc pas eu la chance de me déplacer pour tenter de photographier la femelle sur l'église.
Photos de 12h46mn40 et 12h47mn20
Cet accouplement intervenu très rapidement après le déplacement du faucon que j'observais vers la façade voisine m'a laissé perplexe: il m'a semblé que le faucon s'était déplacé en trottinant sur la façade voisine et non en s'envolant mais je ne me souviens plus si je l'ai vu trottiner ou si c'est mon cerveau qui a reconstitué ainsi les évènements. Si le faucon s'était déplacé en trottinant, il y aurait plus de chance qu'il s'agissait de la femelle, et dans ce cas ce ne serait pas P04. La brièveté de l'accouplement est aussi suspecte, étant donné que tout indique que P04 s'accouplait depuis au moins le 4 mars, jour où Sylvain a documenté un accouplement impliquant une femelle baguée, et que les accouplements tendent à augmenter en durée avec le temps.
Le lendemain 29 mars lors d'un bref passage entre 17h et 17h50 je n'ai vu qu'un faucon pèlerin perché sur l'ancienne tour de Radio-Canada s'envoler en direction du pont Jacques-Cartier. De son côté Sylvain avait photographié un faucon pèlerin sur l'ancienne tour de Radio-Canada à 14h50.
2.5. Observations dans la fenêtre des décès supposés
Rappelons que d'après le tableau de bord, les dates d'échantillonnage de 2 faucons pèlerins décédés de la grippe aviaire dans la SRU de Montréal sont les 31 mars et 1er avril (les 1er et 2 avril selon le fichier Excel). Le test a pu être effectué le lendemain de la découverte du cadavre, ce serait le cas par exemple si le cadavre avait été trouvé en fin de journée.
Le 30 mars, Sylvain photographie un faucon pèlerin à l'église Sainte-Brigide entre 14h43 et 14h59.
Faucon pèlerin à l'église Sainte-Brigide, 30 mars 14h58 (crédit: Sylvain Cusson)
Le 31 mars à 12h41 je repère un faucon pèlerin à l'église Sainte-Brigide qui s'envole à 12h46. À 12h55 j'ai revu un faucon en vol qui a disparu derrière l'ancienne tour de Radio-Canada.
Plus intéressant, Maxime Larcher signale sur eBird avoir observé 2 faucons pèlerins à l'église Sainte-Brigide (orthographié Ste-Bridge mais la localisation sur la carte est celle de l'église Sainte-Brigide) à 15h. Je n'ai malheureusement pas réussi à le contacter pour avoir plus de précisions sur son observation: s'il lit cet article ou si quelqu'un sait comment le joindre, merci de me contacter.
Je n'ai effectué aucune visite les 1er et 2 avril et Sylvain ne m'a rapporté aucune observation pour ces jours-là. Le
3 avril cependant il photographie un faucon pèlerin à 3 endroits assez
différents du secteur: sur le garde-fou du toit de la nouvelle Maison
de Radio-Canada (à 13h), sur un des édifices de Molson (à 13h22) et sur
le pont Jacques-Cartier (à 13h26).
2.6. 7 avril 2024: courte visite de 2 faucons pèlerins à l'église Sainte-Brigide suivie d'une exploration d'une section du pont Jacques-Cartier
À 14h33 le 7 avril 2024 2 faucons pèlerins arrivent sur l'église Sainte-Brigide sur la façade Alexandre De Sève mais à des extrémités différentes de cette façade. Ils quittent moins de 3 minutes plus tard en direction du pont Jacques-Cartier. Je suis allé examiner le pont Jacques-Cartier sans rien y observer et je suis revenu près de l'église Sainte-Brigide à 16h05. À 17h06 un faucon pèlerin s'envole de l'église Sainte-Brigide, s'y reperche, s'envole à nouveau et semble rejoindre un autre individu du côté de Molson. Je me déplace dans cette direction. À 17h32 j'entends une discussion de faucon pèlerin et je vois un faucon quitter la structure du pont Jacques-Cartier. À 17h44 un faucon revient dans la structure du pont et la discussion recommence. Je n'ai pas réussi à localiser précisément l'endroit que le couple semblait considérer mais c'était dans une zone de travaux du côté aval du pont légèrement à l'est du pilier 25.
Faucon pèlerin sur un garde-fou du pilier 25, 7 avril 2024 17h45
Comme on était dimanche, ce secteur était probablement déserté par les travailleurs depuis le vendredi après-midi. Déjà en 2021 le couple d'alors semblait vouloir s'installer sous une passerelle en bois utilisé par les travailleurs sur le pilier 24 mais qui était déserté pour le week-end, voir cet article.
Le lendemain j'ai revu un faucon pèlerin dans ce secteur entre midi et midi 30 mais j'ai également constaté que les travailleurs étaient présents: il était dès lors clair pour moi que les faucons pèlerins ne pourraient pas nicher à l'endroit qu'ils avaient considéré durant le week-end. Restait à trouver leur nouvel endroit...
2.7. 26 au 28 avril 2024: réobservation d'un couple de faucon pèlerin sous le pont Jacques-Cartier du côté de Montréal
Le 26 avril à 8h13 je me trouvais sur l'ile Sainte-Hélène pour tenter d'observer à nouveau une bernache surprise quelques jours plus tôt perchée sur une étroite corniche du pilier 25 lorsque j'ai aperçu un oiseau de proie - très probablement un faucon pèlerin - se démener en vol au-dessus du fleuve avec une proie qu'il venait manifestement d'attraper. Après avoir maitrisé sa proie, le rapace a disparu derrière le pilier 26. De 10h45 à midi j'ai sommairement examiné ce secteur du pont Jacques-Cartier et de l'église Sainte-Brigide sans rien remarquer.
J'y suis retourné en fin d'après-midi après avoir visité d'autres sites. À 18h21 je remarque un faucon pèlerin perché sur la fixation d'une canalisation verticale sur le pilier 25 et je crois entendre des vocalises. Après l'avoir photographié pendant quelques minutes et cherché en vain un autre faucon sur ce pilier, je me tourne vers le pilier 26 pour vérifier si l'autre faucon ne s'y trouverait pas. Je vois alors y arriver successivement 2 faucons pèlerins! Il était 18h25.
Face-à-face entre le mâle (à gauche) et la femelle (à droite), 18h30
Après une discussion de couple sur la corniche du futur nid le mâle s'envole à 18h30 et se perche à nouveau sur la canalisation du pilier 25. À 18h31 la femelle déloge le mâle de son perchoir, occupe sa place pendant quelques secondes puis retourne au pilier 26 (vidéo). La caméra n'a capté aucune vocalisation à cette occasion. Je photographie ensuite la femelle en position de couvaison à ce qui sera déterminée quelques jours plus tard comme étant son nid.
Femelle difficilement visible au futur nid, 26 avril 18h34
De son côté le mâle a exploré différents endroits dans la structure du pont. J'ai quitté à 19h20.
J'y suis retourné à la même heure le lendemain 27 avril. Je n'ai vu qu'un seul faucon pèlerin du côté du pilier 25, perché sur une mini tour Eiffel tout en haut du pont puis sur le garde-fou du pilier. Les 2 photos du futur nid que j'ai prises ne permettent pas d'y voir de faucon mais lors du suivi de la nidification les semaines suivantes il était courant qu'un faucon soit présent au nid mais que cette présence ne devenait visible que lors d'un changement de position.
Le 28 avril à 17h49 un faucon pèlerin venant apparemment du pilier 26 se perche sur un garde-fou du pilier 25. Le faucon retourne sur le pilier 26 à 18h et se tient proche de son futur nid jusqu'à au moins 18h05.
J'ignore s'il est allé au nid après sa disparition mais à 18h33 un faucon s'envole du pilier 26 et rejoint l'autre dans la structure du pont et on entend de fortes vocalises. La vidéo suivante montre 2 départs successifs de la structure du pont à 18h34mn17 et à 18h36mn45; un des faucons est ensuite retrouvé sur une poutre du pont avec une proie, tandis que l'autre se perchait au sommet du pont. J'ai volontairement laissé mes commentaires audibles puisqu'ils appuient le fait que l'autre faucon n'était pas au nid durant la totalité de cette période et que donc l'incubation n'avait probablement pas encore commencé.
2.8. 30 avril: confirmation par Environnement Faucon d'une nidification au pilier 26
Le lundi matin 29 avril je partage par courriel mes observations du week-end avec Sarah Gagnon et Marilou Skelling d'Environnement Faucon, en mentionnant que je n'avais pas réussi à voir les pattes de la femelle et que je ne pouvais donc pas confirmer que la femelle était P04. Le lendemain matin je recevais un courriel de Sarah Gagnon m'informant que grâce à mes informations elle avait pu confirmer la veille une nidification à un des endroits que j'avais mentionné. Elle me confirmait par la même occasion que la femelle n'était pas P04, ayant été informée de son décès par le docteur Fitzgerald de l'UQROP.
2.9. Observations entre le 7 avril et le 26 avril 2024
Le dimanche 7 avril le couple de faucon pèlerin semblait considérer pour leur nidification un endroit temporairement abandonné par les travailleurs le temps du week-end. Le retour des travailleurs le lendemain a mis fin à leur projet. Le 26 avril j'observais à nouveau le couple au pont Jacques-Cartier et quelques jours plus tard une nidification était confirmée par Environnement Faucon pas très loin de l'endroit que les faucons considéraient. Que s'est-il passé entre les 2 dates ? Le couple a-t-il exploré un autre endroit avant de s'installer sur le pilier 26 ? Se pourrait-il même qu'il y ait eu un autre changement dans la composition du couple ?
Le lundi 8 avril je me suis assuré que les travailleurs étaient de retour. Un faucon pèlerin surveillait les travailleurs mais c'était évident pour moi qu'ils ne pourraient pas nicher à l'endroit qu'ils semblaient avoir choisi durant le week-end.
Le 11 avril Environnement Faucon observait un couple entre les piliers 24 et 25.
Du 14 au 22 avril j'ai effectué une visite chaque jour sauf le 21 avril. Chaque visite incluait un ou plusieurs passages dans le secteur du pont Jacques-Cartier où les faucons finalement nicheront. La plupart des visites incluaient également l'église Sainte-Brigide. Je n'ai vu qu'un seul faucon pèlerin, et seulement le lundi 15 avril. Je l'ai repéré à 15h15 au pied d'une mini-tour Eiffel en haut du pilier 25. Son départ à 15h34 a semblé coïncider avec l'apparition de 3 travailleurs près de l'endroit que les faucons semblaient considérer le week-end précédent. Le 20 avril j'ai également jeté un coup d’œil du côté de Longueuil. Tôt le 22 avril j'ai eu l'énorme surprise de découvrir une bernache du Canada perchée sur une étroite corniche du pilier 25, une présence difficilement compatible avec une présence des faucons pèlerins à cet endroit.
Bernache sur une corniche du pilier 25, 22 avril 7h31
C'est en tentant de documenter depuis l'ile Sainte-Hélène une visite de la bernache au nichoir pour faucon pèlerin situé au dos du pilier 25 que j'ai revu un faucon pèlerin au-dessus du fleuve le 26 avril qui a disparu au niveau du pilier 26. Cette observation conduira à la découverte en fin d'après-midi du couple de faucon pèlerin décrite plus haut. Pour plus de détails sur la bernache funambule, voir cet article.
3. Conclusion
Il reste beaucoup de zones d'ombre sur ce qui s'est passé au pont Jacques-Cartier entre la fin mars et la fin avril: quand, où et de quoi P04 est-elle décédée ? Est-il vrai que 2 faucons pèlerins sont décédés de la grippe aviaire ? Le silence des principaux acteurs (PJCCI, Environnement Faucon et UQROP) est inhabituel, surtout concernant un faucon pèlerin qui a été suivi pendant 2 ans par de nombreuses personnes, tant sur le terrain que sur les médias sociaux. Quelqu'un m'a fait remarquer que je ne m'adressais peut-être pas aux bonnes personnes. Je suis confiant que je me suis adressé aux personnes les mieux placées pour savoir ce qui s'est passé mais elle n'a pas tout à fait tort. Le simple fait que 3 faucons pèlerins décédés près de Montréal de la grippe aviaire figurent dans une base de données fédérale sur un virus ayant d'importants impacts économiques (plus de 4,6 millions d'oiseaux d'élevage euthanasiés au Canada, chiffre de 2022 d'après La semaine verte) et possiblement des impacts à venir sur la santé humaine illustre que ces décès ont une portée qui dépasse le cadre local. Il n'est pas totalement exclu qu'il y ait eu des consignes de discrétion venues d'en haut mais on peut aussi penser que les acteurs locaux aient décidé par eux-mêmes de rester discrets sur ces décès.
En ce qui me concerne, compte tenu que j'ai suivi P04 dans mon blogue et sur Facebook depuis sa relâche sous le pont Jacques-Cartier à l'été 2022 jusqu'à ses préparatifs pour avoir ses propres petits ce printemps, en passant par ses interférences avec la nidification 2023, il n'était pas concevable que je cache la nouvelle de son décès.
Si effectivement ce n'est pas seulement P04 qui est décédée mais également un mâle, cela implique que 2 couples se sont succédé au pont Jacques-Cartier sur une courte période. Se sont succédé ou ont coexisté ? D'après le tableau de bord, le décès d'un premier couple (si l'information que ces décès ont bien eu lieu au pont Jacques-Cartier est confirmée) aurait eu lieu autour du 1er avril; or le 7 avril j'ai observé un couple à l'église Sainte-Brigide. Si un nouveau couple a profité du vide laissé par la mort du 1er couple pour s'installer sous le pont Jacques-Cartier sans avoir été présent préalablement, on peut non seulement remarquer que le remplacement s'est fait très rapidement mais il faudrait aussi expliquer comment il se fait qu'un endroit associé à P04 mais apparemment non retenu par elle (l'église Sainte-Brigide) soit visité par la nouvelle femelle. Une possibilité est que le mâle du 2ième couple était l'ancien mâle de P04 et que P04 est décédée avec un nouveau mâle. Ce qui pourrait suggérer que la nouvelle femelle a 'volé' à P04 son mâle ainsi que le territoire situé du côté de Montréal, puis que P04 s'est trouvé un nouveau mâle et se préparait à nicher du côté de Longueuil. Se pourrait-il que sans la grippe aviaire, 2 couples de faucon pèlerin auraient niché au pont Jacques-Cartier ? On ne le saura jamais mais j'ai déjà partagé avec plusieurs personnes ma conviction que ce pont a la capacité d'accueillir 2 couples, en raison de sa longueur (2,7kms) et de la séparation naturelle en 2 parties par l'ile Sainte-Hélène.
Cet article sera mis à jour si d'autres informations me parviennent.
Malgré les mesures prises pour décourager les faucons pèlerins de nicher sur la tour de la Bourse et en dépit du chantier extérieur de remplacement de panneaux de béton sur les colonnes de coin de l'édifice, un couple de faucon pèlerin a réussi à nicher sur cet édifice du centre-ville de Montréal. Ce couple a réussi à amener au moins 3 fauconneaux jusqu'à l'étape de l'envol. Un premier article couvre la période de février 2024 jusqu'au début des envols, alors que le présent article couvre la période des envols, plus particulièrement la période du 19 au 25 juin 2024.
Le premier envol documenté a eu lieu au matin du 19 juin peu après le passage d'une cabine près des fauconneaux, et le dernier envol semble avoir eu lieu le 23 ou le 24 juin. Jusqu'à 3 fauconneaux ont été observés simultanément sur la tour de la Bourse avant les envols mais sur la base des informations dont je dispose je ne peux pas exclure la possibilité qu'il y en avait davantage. Chose certaine, le sort de 3 fauconneaux est connu à l'issue des envols: un est décédé, un autre a effectué un séjour à l'UQROP avant d'être relâché auprès d'une famille adoptive et un 3ième a semble-t-il continuer de fréquenter le secteur de la tour de la Bourse après la période des envols.
1er fauconneau repéré à l'extérieur de la tour de la Bourse, édifice Kocisko, 20 juin
Terminologie: la tour de la Bourse est facilement reconnaissable de loin grâce à sa séparation verticale en 3 parties. L'étage qui sépare la partie supérieure de la partie médiane est appelé ''étage technique supérieur'', l'étage qui sépare la partie médiane de la partie inférieure est appelé ''étage technique inférieur''. Les façades de la tour de la Bourse sont nommées d'après la rue qui lui fait face: les 3 façades utilisées dans cet article sont la ''façade Saint-Jacques'', ''la façade Square-Victoria'' et la ''façade Saint-Antoine''. Le mat Est (une structure métallique sur laquelle sont fixées diverses plateformes de travail et le long de laquelle circule une cabine) se trouve à l'angle entre les façades Saint-Jacques et Square-Victoria. Finalement une façade est divisée horizontalement en 3 parties: le ''tiers gauche'', ''le ''tiers milieu'' et le 'tiers droit''. Le nid de faucon pèlerin se trouvait apparemment près de la jonction entre le tiers gauche et le tiers milieu de l'étage technique supérieur de la façade Saint-Jacques.
Remerciements. Cet article est basé avant tout sur mes observations mais inclut également des informations en provenance d'autres personnes. J'aimerais donc remercier (sans ordre particulier)
Le comité de bon voisinage des travaux de la tour de la Bourse pour ses précisions sur le décès d'un fauconneau, plus particulièrement Éric.
Les 2 touristes qui m'ont informé qu'un fauconneau avait été recueilli au sol.
Le Docteur Guy Fitzgerald de l'UQROP pour des informations sur cette capture ainsi que le projet de relâche du fauconneau.
Marc-André Bahl pour m'avoir communiqué une vidéo montrant un fauconneau perché peu au-dessus d'une des entrées de la tour de la Bourse le 21 juin (malheureusement je n'ai pas réussi à établir le contact avec son auteur pour obtenir le droit d'inclure dans cet article une image tirée de la vidéo).
Eve Belisle de Faucons de l'UdeM pour son avis sur le vol du faucon le 19 juin et pour plusieurs autres discussions.
Un travailleur d'un édifice voisin de la tour de la Bourse et plusieurs autres personnes rencontrées sur place pour les informations qu'elles m'ont communiquées.
En bref: un premier fauconneau s'est envolé après le passage d'une
cabine sur le mat Est du chantier de la tour de la Bourse près de
l'endroit où se trouvaient 3 fauconneaux quelques minutes plus tôt.
Dans la mesure où aucune photo n'a pu être prise de ce fauconneau, un très léger doute subsiste sur le fait que le faucon dont il est question ici est bien un fauconneau. Chose certaine, un fauconneau a effectué son premier vol dans les 24 heures puisque l'un d'eux a été localisé tôt le lendemain matin sur un édifice voisin. Une discussion plus large du vol observé le 19 juin se trouve dans l'article précédent. La présente section reprend certaines parties de article juste cité.
Lorsque je suis arrivé en face de la tour de la Bourse à 6h24 le 19 juin, ma dernière visite remontait au dimanche 16 juin et elle avait duré moins de 1 heure. Comme les envols des fauconneaux de la tour de la Bourse avaient commencé un 19 juin en 2018, il était plus qu'urgent que je retourne à ce site. Vers
6h45 le 19 juin j'observe 2 fauconneaux dans le tiers gauche de la façade
Saint-Jacques, loin du mat Est où passe la cabine des travailleurs.
Mais les fauconneaux se déplacent progressivement vers la droite: à 6h57
3 fauconneaux sont visibles tout près du mat Est. À 7h30 un adulte visite brièvement les fauconneaux puis quelques instants plus tard un adulte (le même ou l'autre) se perche sur le mat Est: c'est à ce moment que commencent les cris d'alarme. À 7h36 je remarque un
travailleur près de la cabine en bas du mat Est: manifestement les
travailleurs se préparent à monter au chantier en haut du coin Est de la
tour. Anticipant qu'il allait se passer quelque chose j'ai commencé à filmer à 7h40. J'ai
noté des cris d'alarme jusqu'à 7h58 au moins. Voici la vidéo que j'ai
publié l'après-midi même (partage Facebook).
La
cabine est passée à la hauteur des fauconneaux à 7h51 et a disparu du
champ de la caméra à 7h53, poursuivant sa route vers le haut. Entre 7h53 et 7h56 un faucon pèlerin a volé plus bas que normalement et a tenté de se poser
sans succès à une fenêtre de la façade Saint-Jacques de la tour de la
Bourse, avant de finalement se percher sur le mat Est. Ce vol a
coïncidé avec un accroissement de l'intensité des cris d'alarme
perceptible dans la vidéo. J'ai arrêté de filmer à 7h57mn55 avec
l'intention de le photographier mais il n'était plus visible sur le mat.
À 7h57mn17 la surveillance vidéo a enregistré un vol qui pourrait être
son départ: ce vol est visible dans la vidéo à 17'39. Eve Belisle de Faucons de l'UdeM qui a beaucoup observé de vols de faucon pèlerin juvénile à l'Université de Montréal pense qu'il s'agit en effet d'un juvénile. Le faucon semble voler verticalement vers le haut, ce qui est bien entendu une illusion: il est difficile d'être certain de sa trajectoire réelle
mais il ne semble pas impossible qu'il était perché sur le mat et qu'il s'en éloignait à l'horizontale en direction approximativement
de la verticale de la caméra.
On peut imaginer que le fauconneau s'était aventuré sur la façade Square Victoria et s'était retrouvé séparé du reste du groupe par le passage de la cabine
(la pose de filet pour tenter de dissuader les faucons de nicher l'empêchait de couper en diagonale par l'étage). Il se serait envolé de la façade Square Victoria
(partie droite de la photo suivante) et aurait viré vers la façade Saint-Jacques où il aurait tenté de se
poser mais comme il avait perdu de l'altitude, l'atterrissage sur l'étage
était impossible. Un aspect intrigant est qu'il s'est rapidement envolé du mat, qui aurait pourtant été son premier perchoir après son
envol: d'habitude les fauconneaux prennent plus de temps pour
''digérer'' leur expérience. Mais peut-être que la cabine était encore
en mouvement et que cela induisait des vibrations sur le mat, rendant ce
perchoir peu accueillant.
De 8h à 9h08 j'ai photographié et filmé seulement 2 fauconneaux dans les tiers droit et milieu de la façade Saint-Jacques de la tour de la Bourse.
Localisation de 2 fauconneaux à 8h
Les 2 fauconneaux, 19 juin 8h00
Jeudi 20 juin: 1 fauconneau sur l'édifice Kocisko et 2 autres près de leur nid
Quand je suis arrivé sur place à 6h46 un faucon était en vol. Il y a eu par la suite plusieurs vols en-dessous du niveau de l'étage technique inférieur de la tour de la Bourse. À 7h04 le perchage d'un faucon sur le mat Est au niveau de l'étage technique inférieur a coïncidé avec des cris de fauconneau sans que je puisse établir si les cris provenaient de ce faucon ou d'ailleurs. Ce faucon s'est ensuite envolé vers le boulevard Robert-Bourassa. Finalement à 7h11 je remarque un fauconneau sur l'édifice Kocisko (614 rue Saint-Jacques), un édifice de 6 étages. Il est très attentif à son environnement qu'il explore assidument, et appelle par moments bruyamment ses parents. La vidéo ci-dessous montre une partie de ses comportements entre 8h40 et 9h40.
J'ai quitté à 11h12 et je suis revenu 7 heures plus tard. Le fauconneau était maintenant sur l'édifice voisin de celui de Kocisko, le 622 Saint-Jacques.
Fauconneau devant une fenêtre du 622 Saint-Jacques
Lorsque j'ai quitté à 19h34 il était toujours encore sur l'édifice. Par ailleurs 2 autres fauconneaux se trouvaient toujours à l'étage du nid sur la tour de la Bourse, comme le montre cette vidéo:
Vendredi 21 juin 2024: envol d'un autre fauconneau; capture d'un fauconneau au sol
En bref
Un fauconneau est toujours sur la tour de la Bourse à l'étage du nid; un autre a effectué son premier vol et s'est retrouvé près du sol; et un fauconneau fréquente le sommet de l'édifice Québecor et semble effectuer des vols à partir de là. Finalement un fauconneau (celui qui a effectué son premier vol ?) a été ramassé au sol à un moment indéterminé et a été transféré par la suite à l'UQROP.
Un fauconneau au sommet de l'édifice Québecor
À mon arrivée à 7h je repère un faucon au sommet de l'édifice de Québecor et un autre au sommet du 622 Saint-Jacques. À 8h39 celui de Québecor est en train de manger. À 8h44 à la fin de son repas il se met à battre des ailes et disparait sur une autre façade en battant des ailes, ce qui trahit sa nature de fauconneau (vidéo). Quelques instants plus tard j'observe un faucon en vol qui semble être parti de l'édifice Québecor et qui se dirige vers le 360 Saint-Jacques où un faucon est déjà perché; de plus un 3ième faucon est visible au sommet du 622 Saint-Jacques. Le fauconneau semble avoir effectué plusieurs vols mais finissait par revenir au sommet de l'édifice Québecor.
Un fauconneau à l'étage du nid sur la tour de la Bourse
De 10h30 à 10h42 et de 11h20 à 11h47 j'ai filmé un unique fauconneau sur la façade Saint-Jacques de la tour de la Bourse, qui ne semblait pas encore avoir volé. Un faucon était toujours visible à cet endroit à 19h30.
Fauconneau à l'étage du nid, 21 juin 10h30
Premier vol d'un fauconneau
Je n'entrerai pas dans le détail puisque cette information m'est parvenue indirectement. Quelqu'un aurait été témoin de ce premier vol qui se serait terminé au sol près d'une entrée de la tour de la Bourse mais l'oiseau aurait réussi par lui-même à rejoindre un perchoir un peu plus élevé. Plusieurs mesures ont été prises par les biologistes et les travailleurs pour éviter le plus possible de le déranger. À 18h22 ce panneau était visible près de l'entrée de la rue Gauvin:
En matinée j'avais entendu des cris de fauconneau qui semblaient provenir de cette direction mais sans parvenir à le localiser: le fauconneau appelait par intermittence et jamais quand j'étais proche. Je pensais qu'il était peut-être dans un des arbres du Square Victoria mais le feuillage était trop dense pour vérifier cette hypothèse. Grâce à Marc-André Bahl j'ai pu visionner une courte vidéo (13s) qui aurait été filmée vers midi par une personne travaillant dans l'édifice et qui montre un fauconneau perché bas, apparemment au-dessus de l'entrée de la tour de la Bourse du côté de la rue Gauvin.
Un fauconneau recueilli au sol et acheminé à la Clinique des oiseaux de proie
Le 23 juin - donc 2 jours plus tard - 2 touristes anglophones m'ont abordé pour me demander ce que je filmais (j'étais en train de filmer la façade Saint-Jacques de la tour de la Bourse). Après leur avoir expliqué, ils m'ont raconté qu'ils avaient vu un fauconneau au sol 2 jours plus tôt. Un passant l'avait placé un peu en hauteur puis quelqu'un l'a capturé et l'a emmené. Quand j'ai demandé des précisions sur qui avait fait ça, ils m'ont répondu ''animal control, or something like that''. Je me suis assuré d'avoir bien compris à quel jour cela s'était passé mais j'ai malheureusement oublié de leur faire répéter à quel moment de la journée. D'après le Docteur Guy Fitzgerald, une femelle faucon pèlerin en bonne santé a été admise le 23 juin à la Clinique des oiseaux de proie après avoir été trouvée au sol près de la tour de la Bourse le 21 juin.
Un autre exemple du peu d'agressivité des faucons
Vers 7h10 une cabine s'est arrêtée sur le mat Est, un travailleur en est sorti et s'est aventuré sur la structure métallique. Ce sont 2 faucons en vol près du mat qui ont attiré mon attention sur cette situation. Un des faucons s'est perché un peu plus haut et a surveillé le travailleur tandis que l'autre s'éloignait. Je n'ai vu aucune réelle tentative d'attaque; il y a possiblement eu quelques cris d'alarme au début mais ceux-ci n'ont pas duré. Comme un fauconneau volait déjà bien, il n'est pas possible d'exclure a priori que le faucon perché était un juvénile, habituellement de nature moins craintive que les adultes, mais dans tous les cas le peu d'agressivité des adultes s'ajoute aux exemples cités dans le premier article.
À voir aussi: mise à jour sur Facebook du 21 juin.
Samedi 22 juin 2024
En bref
Un fauconneau à l'étage technique inférieur de la façade Square-Victoria et un autre toujours à l'étage du nid.
Fauconneau sur la façade Square-Victoria de la tour de la Bourse (étage technique inférieur)
Je le repère immédiatement à mon arrivée à 6h02 grâce à ses cris. Voici une vidéo
Je l'ai photographié pour la dernière fois à 9h11. J'ai quitté à 10h05 et à mon retour à 17h12 je ne l'ai pas revu.
Fauconneau à l'étage du nid
Je l'ai repéré à 8h51 après avoir interrompu ma surveillance du 1er fauconneau pour examiner la façade Saint-Jacques. Il était toujours présent à 19h40.
Autres observations
Vers 7h 2 faucons pèlerins - possiblement les adultes - se trouvaient sur le 360 Saint-Jacques, un au sommet et l'autre sur un toit. Seul celui du sommet avait une vue sur la tour de la Bourse où se trouvaient a priori les fauconneaux.
À 19h50 je repère un faucon pèlerin sur la façade Saint-Antoine de la tour de la Bourse. Il y était toujours à 20h23. Cette façade est à l'opposé de la façade où se trouvait le nid et je l'ai donc peu surveillée. Le faucon pouvait soit être un juvénile, soit un adulte se reposant hors de vue des fauconneaux.
Toujours un fauconneau n'ayant pas encore volé à l'étage du nid qu'un adulte est venu nourrir vers 11h:
J'ai vu ce fauconneau pour la dernière fois à 11h11.
Je n'ai pas localisé d'autre fauconneau mais j'ai observé à 2 reprises (à 12h39 et 13h05) un faucon accéder ou quitter l'étage technique supérieur de la façade
Square Victoria, ce qui pourrait suggérer la présence d'un fauconneau à cet endroit. Cet hypothétique fauconneau pourrait soit être un fauconneau ayant déjà volé qui a réussi à remonter au niveau du nid, soit un fauconneau n'ayant pas encore volé qui s'est déplacé sur l'étage. J'ai quitté à 13h07.
J'y suis repassé à 18h32 mais la météo menaçante m'a amené à interrompre la surveillance à 19h28 (ciel très noir). Environnement Canada avait averti que «les conditions seront favorables au développement d'orages violents pouvant produire de fortes rafales de vent, de la grosse grêle et de la pluie abondante» en après-midi et soirée d'après cet article de Noovo Info. Durant cette visite je n'ai vu aucun faucon mais j'ai entendu des cris de fauconneau.
À un moment indéterminé durant le week-end, un fauconneau a trouvé la mort. L'article ''Une tour et ses faucons'' publié sur le site du Comité de bon voisinage parle ainsi de ce décès: ''Malheureusement, quelques jours plus tard, l'un des 3 jeunes s'est effondré durant l'une de ses envolées et n'aura pas survécu à sa chute [...]''. J'ai contacté le Comité de bon voisinage pour tenter d'avoir plus de précision sur le moment du décès. Voici la réponse que j'ai reçue: ''le fauconneau en question aurait perdu la vie à un moment indéterminé durant la fin de semaine fériée du 21 juin. Il aurait été vu pour la dernière fois près de l'entrée principale le vendredi 21 juin en après-midi; sa dépouille a été retrouvée à l'intérieur des palissades du chantier le lundi matin suivant.''. Merci à Éric pour cette réponse, ainsi qu'à ceux qu'il a contacté pour obtenir l'information.
Quelques remarques:
Comme le lundi était un jour férié, j'ai soupçonné une possible erreur de date, que j'ai signalé à mon interlocuteur en lui demandant de me revenir si cette partie de la réponse était incorrecte. L'absence de retour confirme implicitement que la dépouille a bien été trouvée le lundi. On peut imaginer par exemple que la découverte a été faite par un agent de sécurité.
En supposant qu'il n'y avait que 3 fauconneaux, mes observations placent l'accident au plus tôt au samedi à 9h11.
Le fauconneau décédé n'est pas nécessairement celui qui s'était retrouvé au sol le vendredi 21 juin tel que suggéré dans la réponse du Comité de bon voisinage. Un autre candidat est celui qui était toujours sur l'étage du nid le matin du dimanche 23 juin et qui aurait pu se tuer lors de son envol.
Lundi 24 juin
Arrivé à 17h39 je n'ai rien remarqué de particulier jusqu'à 18h41 lorsque des cris d'alarme et les vols de 2 faucons au-dessus du 622 Saint-Jacques attirent mon attention sur un juvénile à un balcon de cet édifice. La photo suivante indique sa localisation.
Voici une courte vidéo:
Le juvénile (qui semblait être une femelle) était surveillé par un adulte depuis le mat Est. La dernière fois que je l'ai aperçu ou entendu était à 19h07. J'ai quitté à 20h30.
De 18h21 à 18h44 j'ai effectué une surveillance vidéo de la façade Saint-Jacques de la tour de la Bourse où un fauconneau n'ayant pas encore volé se trouvait encore le 23 juin à 11h11: aucun fauconneau n'a été aperçu. Il est possible que le fauconneau observé sur le 622 Saint-Jacques était ce fauconneau. Les cris d'alarme et les vols des adultes à 18h41 ont peut-être été causés par un résident sortant sur le balcon. Il n'est pas clair si le fauconneau a passé la nuit sur le balcon ou s'il a tenté un autre vol.
Je suis arrivé sur place à 6h08 mais ce n'est qu'à 8h20 que je repère le juvénile sur l'édifice du siège social de Québecor. Ce délai s'explique sans doute par le fait que le fauconneau était dans un premier temps visible seulement depuis la rue McGill. J'ai surveillé le juvénile par vidéo entre 8h23 et 10h33. Le juvénile qui semblait capable de faire de petits vols a reçu plusieurs visites d'un adulte qui se perchait à un niveau différent avec probablement comme objectif de l'inciter à voler. Je présente une grande partie des 1h33 d'enregistrement condensées en 15 minutes par l'accélération de certaines périodes dans la vidéo-ci-dessous.
J'ai quitté à 10h33. À mon retour en fin de journée je l'ai retrouvé sur le même édifice à 18h58.
Juvénile sur l'édifice Québecor le 25 juin à 19h
Il s'est envolé à 19h18, a traversé la rue McGill et a disparu au-dessus
de l'ancienne Maison des régions. J'étais idéalement placé pour le voir
réapparaitre de l'autre côté de la Maison des régions et poursuivre sa
route vers le 360 Saint-Jacques que je pensais être sa destination mais
je ne l'ai jamais vu réapparaitre de l'autre côté de la Maison des
régions: soit il s'est perché sur l'édifice, soit il a continué son vol
mais a changé sa trajectoire. À 19h21 un faucon était visible
au sommet du 360 Saint-Jacques mais il s'agissait possiblement d'un
adulte. J'ai quitté à 20h05 sans réussir à localiser le juvénile.
Voici pour finir une photo montrant 2 faucons pèlerins sur le 360 Saint-Jacques à 7h04.
Malheureusement les photos ne permettent pas de discerner si un des faucons est un juvénile. À 7h29 un des faucons avait disparu mais 2 faucons étaient de nouveau visibles sur le 360 Saint-Jacques de 7h45 à 7h53. Ces faucons étaient possiblement les 2 adultes mais on ne peut pas totalement exclure qu'un des deux était le juvénile qui a par la suite volé jusqu'à l'édifice de Québecor, distant d'environ 200 mètres. À 6h50 2 faucons pèlerins étaient perchés sur le mat Est peu avant le passage d'une cabine.
Le 25 juin marque possiblement la fin de la présence des juvéniles dans les environs immédiats de la Tour de la Bourse. En devenant plus à l'aise avec le vol, les juvéniles perdaient une de leurs caractéristiques les plus visibles, à savoir les battements d'ailes sur un perchoir; de plus les juvéniles apprennent généralement assez vite à cesser de pousser leur cri d'excitation. Avec ce qui me semblait possiblement un seul juvénile encore dans le secteur et ne disposant pas de zoom assez puissant pour distinguer un juvénile d'un adulte, j'ai substantiellement diminué ma surveillance. Mais différents indices suggèrent qu'au moins un juvénile continuait de fréquenter le secteur du 360 Saint-Jacques les jours suivants. Ainsi par exemple le 26 juin à 10h06 un faucon a tenté de se percher à une fenêtre du 360 Saint-Jacques (un perchoir jamais vu utilisé auparavant) avant de se diriger vers l’Hôtel Intercontinental où il s'est perché.
Quant à la juvénile transférée à la Clinique des oiseaux de proie, il était prévu qu'elle soit relâchée en juillet avec un autre fauconneau auprès de la famille de ce dernier dans le secteur de Sorel-Tracy.
Dans un précédent article
je mentionnais la présence au pont jacques-Cartier de P04, une jeune
femelle faucon pèlerin née en 2022 qui avait été adoptée par le couple
nicheur et qui était visiblement encore tolérée près du nid. Le
précédent de 2010 à l'Université de Montréal (voir l'article juste cité)
laissait présager une nidification 2023 difficile. Les appréhensions étaient justifiées: bien que des fauconneaux étaient nés malgré les
perturbations lors de la couvaison, tout indique qu'ils étaient tous
décédés 8-10 jours après leur naissance.
Dans cet article je
présente les perturbations de l'immature par catégorie tandis qu'un récit plus chronologique est présenté dans cet autre article,. Les perturbations de l'immature étaient essentiellement de 3 ordres:
Occupation du nichoir, tant avant l'éclosion qu'après. Lorsque P04 entrait dans le nichoir, l'adulte quittait presque immédiatement et retournait au nichoir généralement seulement après son départ. Excepté possiblement pendant de très brefs moments, P04 ne couvait pas les œufs ni les fauconneaux.
Accaparement de la nourriture: dès qu'elle voyait le mâle arriver avec de la nourriture, elle s'en emparait. Elle a également volé ou tenté de voler de la nourriture à la femelle.
Transport d'un fauconneau (vivant) hors du nichoir.
Dans une 2ième partie je m'intéresse aux comportements des adultes. En particulier je présente l'ensemble des comportements suggérant un nourrissage des fauconneaux par un adulte (vraisemblablement à chaque fois la femelle) ainsi que ce qui pourrait être des adaptations des adultes au comportement perturbateur de P04.
P04 (à droite) tentant d'arracher une proie à la femelle, 23 mai
Dans le but de simplifier l'écriture de cet article, je vais
supposer qu'à chaque fois qu'une immature est observée il s'agit de P04.
Cet individu a été formellement identifié le 24 mars, voir cet article.
Par la suite il était généralement possible de voir qu'elle était
baguée mais sans pouvoir lire les inscriptions sur sa bague de couleur, avec une exception notable: le 29 avril Patrick Léger a réussi à prendre une photo de la bague permettant à nouveau de l'identifier formellement.
À propos des vidéos
Compte tenu du caractère hors de l'ordinaire de cette nidification, j'ai
choisi de publier intégralement les enregistrements vidéo montrant les
présences de P04 au nichoir, ainsi que les nourrissages. Ces vidéos
n’intéresseront probablement pas la grande majorité des personnes, c'est
pourquoi j'ai décidé de ne pas les rendre visibles sur la chaine
Youtube en les déclarant ''Non répertoriée''. Je n'ai cependant aucun
problème à ce que les liens vers ces vidéos soient partagés.
Remerciements
La personne qui la première a observé et signalé la présence de P04 auprès du couple nicheur est Élise Deshaies. Cet article mentionne plusieurs de ses comptes-rendus d’observation. Merci à elle pour avoir partagé ses observations. J’ai bénéficié d’échanges toujours très intéressants avec les biologistes : celles d’Environnement Faucon, en particulier Marilou Skelling et Sarah Gagnon, ainsi que le Docteur Guy Fitzgerald de l'UQROP. J’inclus ici aussi Eve Belisle pour les discussions sur les similitudes et différences avec la situation de 2010 à l’Université de Montréal : merci à elles et à lui. Finalement merci à tous ceux qui m’ont fait part de leurs observations ou qui ont répondu à mes demandes de précision sur leurs observations : Marc-André Bahl, Sylvain Cusson, Patrick Léger, Jean-Michel Nadeau.
1. Les perturbations de P04
1.1. Occupation du nid durant la période de couvaison
Cette perturbation consiste pour P04 à entrer dans le nichoir. L'adulte présent sur les œufs réagit à cette arrivée en quittant le nichoir. Malheureusement, même si P04 a peut-être parfois couvé pendant un court moment, elle se lasse très vite et se déplace à côté des œufs (à en juger par la position de l'adulte quand il couvait) ou sur le seuil du nichoir. Un adulte retourne au nichoir seulement lorsque P04 le quitte. La conséquence de ce dérangement est que les œufs sont non couvés pendant une période plus ou moins longue.
On peut se demander pourquoi l'adulte quitte le nid lors de l'arrivée de P04. La première raison à laquelle on peut penser est qu'il croyait qu'il s'agissait d'un relai. Mais cette explication ne tient plus vraiment la route après quelques épisodes puisque les adultes devaient bien réaliser que P04 ne couvait pas. Une autre explication possible est la crainte par les adultes d'une bousculade dans le nichoir qui aurait pu endommager les œufs. Cette crainte pourrait expliquer aussi que les adultes attendaient le départ de P04 avant de retourner dans le nichoir, même lorsque P04 se tenait sur le seuil du nichoir. Ces craintes d'un comportement hostile de P04 ne sont pas sans fondement: en 2010 à l'Université de Montréal l'adulte qui s'obstinait à rester sur les œufs recevait des coups de bec sur son corps de la part de l'immature...
Les présences de P04 au nichoir ont surtout pu avoir un impact sur la nidification après le début de l'incubation. On ignore quand l'incubation a commencé mais on peut tenter d'évaluer sa date de début. En supposant que les premiers naissances ont eu lieu le 22 mai quand le premier nourrissage a été documenté et sachant que l'incubation dure entre 32 et 35 jours (source: plan de rétablissement du faucon pèlerin au Québec - 2019-2029), l'incubation aurait commencé entre le 17 et le 20 avril. Si on tient compte que les naissances auraient pu avoir lieu dès le 20 avril, cela donnerait un début possible d'incubation le 15 avril. À noter que des œufs pouvaient être présents 5 à 7 jours avant. J'ai décidé de commencer la mention des présences de P04 au nichoir à partir du 14 avril; pour la période antérieure voir cet article. Voici les observations:
14 avril (adultes hors du nid pendant au moins 10 minutes). Sans doute attirée par la proie que le mâle vient apporter à la femelle, P04 arrive au nichoir à 9h36mn50. Pendant un bref moment, les 3 faucons sont simultanément au nichoir jusqu'à ce que la femelle s'envole avec la proie. P04 suit le mâle dans le nichoir, ce qui a pour conséquence de faire quitter ce dernier. P04 s'envole à 9h46mn23. Aucun adulte n'était revenu au nichoir à 9h48mn16 quand j'ai arrêté de filmer le nichoir. Les grands moments de cet épisode sont montrés dans les 10 premières minutes de la vidéo ci-dessous:
29 avril: selon Patrick Léger, P04 a remplacé la femelle au nid ''pour une bonne heure''.
10 mai,
1ière visite documentée ce jour-là qui résulte en une absence des adultes pendant 5mn30: à 8h15mn39 P04 arrive au nichoir et entre à l'intérieur, entrainant le
départ de l'adulte à 8h15mn55. P04 sort du nichoir à 8h17mn38 et
s'envole à 8h20mn47. Un adulte retourne au nichoir à 8h21mn27
2ième visite occasionnant aucune interruption de la couvaison: à 12h00mn15 P04 arrive sur la perche supérieure gauche du nichoir.et
repart presque aussitôt à 12h01mn16. Fait intéressant, le départ de P04 a
entrainé l'arrivée d'un adulte à 12h01mn51 qui croyait peut-être que
son partenaire avait quitté le nichoir. Il n'en était rien et l'adulte
est donc reparti à 12h02mn07.
Ces 2 visites sont montrées dans la vidéo ci-dessous.
19 mai (adultes hors du nid pendant au moins 18 minutes): à 11h57mn02 P04 est déjà dans le nichoir. Un adulte vient voir ce qui se passe à 12h01mn15 et repart à 12h02mn44. À 12h08 P04 se déplace dans le nichoir et s'envole à 12h14mn49. Un adulte arrive à 12h15mn49. Vidéo.
Bien que n'ayant aucune incidence sur la nidification, je mentionne ici l'observation d'Élise Deshaies le 14 avril d'un face à face entre P04 et un adulte au nichoir 2 (situé de l'autre côté de la voie maritime par rapport au nichoir 1 utilisé pour la nidification): voir sa publication Facebook pour plus de détails. P04 a tenté sans succès de chasser l'adulte avant de se coucher à l'intérieur.
1.2. Occupation du nid après les éclosions
On aurait pu s'attendre à ce que les adultes soient plus protecteurs après la naissance des fauconneaux mais la même stratégie continuait à être utilisée: lorsque P04 entrait dans le nichoir, l'adulte quittait, laissant P04 seule avec les fauconneaux. Le 23 mai ce départ de l'adulte a notamment laissé le champ libre à P04 pour s'emparer d'un fauconneau et s'envoler avec (voir plus loin). Après cet incident P04 a semblé essentiellement ignorer les fauconneaux lors de ses visites, or au début de leur vie les fauconneaux ont besoin d'être gardé au chaud.
22 mai, 15h45: P04 arrive en vol et entre dans le nichoir, elle en ressort environ 30 secondes plus tard et se rend sur la perche latérale gauche, elle s'envole à 16h. Cette visite n'a pas entrainé le départ de l'adulte. Vidéo.
23 mai,
7h21: P04 arrive au nichoir à 7h21mn02, l'adulte présent s'envole à 7h21mn12, P04 en profite pour kidnapper un fauconneau. Ce kidnapping est traité plus en détail plus loin.
10h03-10h21: quand je commence à filmer le nichoir à 10h03 depuis la piste cyclable qui passe près du nichoir, tout indique que P04 et un adulte sont au nichoir. À 10h09mn40 l'adulte s'envole. À 10h11mn30 P04 apparait sur la perche avant en provenance apparemment de l'intérieur du nichoir. Elle s'est envolée vers 10h22, pendant que je changeais la batterie de l'appareil photo. Voici la vidéo.
25 mai: à 7h26mn P04 a fait un court séjour sur la perche latérale gauche qui n'a pas provoqué le départ de l'adulte présent. En revanche à 9h42mn51 P04 arrive au nichoir et y entre immédiatement, provoquant le départ de l'adulte à 9h43mn02. P04 ressort du nichoir à 9h44mn14 et s'envole à 9h44mn39. Un adulte est revenu au nichoir à 9h46mn16. Voici la vidéo.
27 mai
Matin: présence de plus de 43mn de P04 au nichoir. Il n'est pas tout à fait clair quand P04 est arrivée au nichoir mais elle y était déjà à 7h54mn38 quand j'ai débuté une surveillance vidéo. Elle s'est envolée à 8h38mn05 de la plateforme du nichoir et un adulte a réintégré le nichoir à 8h39mn08. Aucun adulte n'était présent dans le nichoir de 7h54mn38 à 8h28mn34. À 8h28mn34 un adulte a manifestement trouvé que cela avait assez duré et est retourné au nichoir malgré la présence de P04 sur la plateforme. Celle-ci a eu l'air surprise mais n'est pas entrée dans le nichoir. Du moins pas tout de suite: elle y est entrée à 8h36mn20, ce qui a alors provoqué le départ immédiat de l'adulte. P04 est ressortie presque aussitôt du nichoir à 8h37mn39 et s'est envolée peu après. Voici la vidéo. La durée documentée de la présence de P04 au nichoir durant cette visite est de 43mn27 mais la durée réelle est peut-être plus longue puisque P04 était à l'intérieur du nichoir quand la surveillance vidéo a commencé. À 7h54mn30 j'ai photographié un adulte sur la plateforme du nichoir qui s'est envolé 2 secondes plus tard: il est probable que P04 était déjà dans le nichoir à ce moment, d'autant que la surveillance vidéo démarre seulement 6 secondes plus tard. Ma dernière photo de P04 à l'extérieur du nichoir (sur un pilier) date de 7h46mn28. À 7h50mn18 un faucon est en vol mais d'après mes notes P04 est toujours sur le pilier
Début d'après-midi: nouveau séjour de P04 au nichoir avec absence des adultes pendant au moins 23 minutes. Je remarque P04 à 13h31 alors qu'elle semble sortir du nichoir et s'installe sur le seuil. Je commence donc à filmer le nichoir. P04 entre dans le nichoir à 13h38 et en ressort à 13h47. À 13h54 un adulte arrive, P04 s'installe sur la perche latérale gauche et l'adulte entre dans le nichoir. La situation semblait inchangée à 14h10 lorsque j'ai pris une dernière photo depuis l'escalier du pont. J'ai filmé le nichoir de 13h34 à 13h55, voici la vidéo.
28 mai: à peu près simultanément vers 14h15 P04 s'envole de la poutre 08-06 et je vois arriver les 2 adultes en vol du côté aval du pont. Un des adultes se perche sur l'édifice de 6 étages, l'autre sur une structure du pont. À 14h25 quand je commence une surveillance vidéo du nichoir, P04 est à l'intérieur. On peut penser qu'elle y est arrivée à 14h15 mais il n'est pas clair si les adultes avaient déserté le nichoir avant ou après son arrivée. À 14h37 P04 s'avance vers le seuil et s'envole à 14h44. Mais ce n'est qu'à 15h16 qu'un adulte retourne au nichoir! C'est là une différence importante avec ce qui avait été observé jusqu'à présent: d'habitude les adultes guettaient le départ de P04 du nichoir et y retournaient dans la minute suivant son départ; dans les jours précédents un adulte retournait au nichoir même lorsque P04 y était encore. Mon impression est qu'un des adultes (apparemment le mâle) avait comme jeté l'éponge (il était perché le dos tourné au nichoir...) et que c'est la femelle qui y est retournée après sa pause à l'extérieur. Il y a une légère incertitude sur les évènements dans la mesure où j'ai interrompu la surveillance vidéo du nichoir de 15h06 à 15h12 mais durant cette interruption j'ai constaté que les 2 adultes étaient encore à leurs perchoirs. Vidéo.
3 juin: P04 arrive à 13h31mn18. Son entrée dans le nichoir provoque le départ de l'adulte à 13h31mn28. Elle sort du nichoir à 13h39mn21 et s'envole. Un adulte retourne dans le nichoir à 13h40mn06. Vidéo.
1.3. Interception de la nourriture
L'impression générale est que P04 interceptait une grande partie de la nourriture qui arrivait près du nid.
Avant la naissance des fauconneaux, au moins en ce qui me concerne, le mot ''impression'' est tout à fait approprié puisqu'il était rarement possible d'avoir une vue claire simultanément sur toutes les étapes de l'interception: est-ce que l'adulte qui arrivait transportait une proie ? Est-ce que P04, lorsqu'elle allait à la rencontre de l'adulte, ne transportait pas déjà une proie ? Quand, après l'action, P04 était occupée à manger, est-ce que c'était une proie qui était déjà là avant ou qui venait d'être fraichement apportée ? Pour ne rien simplifier, il arrivait que P04 et/ou l'adulte disparaissaient de vue dans la structure du pont ou passaient de l'autre côté du pont. Par contre, après la naissance des fauconneaux, la nourriture devait être acheminé à une place bien déterminée qui était le nichoir. Et là le comportement de P04 ne laissait aucun doute: dispute avec la femelle au nichoir à propos d'une proie, dont en partie dans le nichoir au risque de blesser les fauconneaux (23 mai), vol d'une proie dans les pattes de la femelle que celle-ci amenait au nichoir (23 mai).
L'interception de nourriture destinée aux fauconneaux - ou l'hésitation des adultes à aller nourrir les fauconneaux quand P04 était présente - a pu avoir plusieurs conséquences, à commencer par une possible sous-alimentation. Lorsque le 23 mai la femelle s'est fait voler la proie qu'elle apportait au nichoir, elle a commencé par tenter sans succès de récupérer la proie en poursuivant P04 puis a remplacé le mâle auprès des fauconneaux. Mais le mâle, au lieu de partir à la chasse, est allé se percher sur une canalisation... (un autre nourrissage a cependant eu lieu un peu plus de 1 heure plus tard). Dans la mesure où les fauconneaux reçoivent leur eau des proies et qu'il faisait chaud, les fauconneaux ont aussi pu souffrir de déshydratation.
Pourquoi P04 agissait-elle de cette façon ? L'explication qui vient immédiatement à l'esprit est pour se nourrir sans avoir à chasser. Il y a peut-être une autre explication qui est suggérée par une observation rapportée par René-Jean Monneret dans son livre: à un nid qu'il observait, le couple d'adulte était aidé par une immature: les adultes chassaient puis transféraient en vol la nourriture à l'immature restée près du nid; celle-ci allait ensuite nourrir les fauconneaux du couple. Il n'y aucune indication que P04 a tenté de nourrir les fauconneaux au pont Jacques-Cartier mais P04 s'est peut-être donnée comme tâche de stocker la nourriture apportée par les adultes dans des caches (en se servant au passage, bien entendu). Le 22 mai je suis presque certain que la femelle s'est rendue à l'endroit où P04 avait amené un restant de proie, pour un court snack avant de retourner au nichoir s'occuper des fauconneaux naissants ou nouveaux-nés. Les tentatives de P04 de s'emparer de la nourriture destinée aux
fauconneaux (et même le kidnapping d'un fauconneau s'il a été confondu avec une proie) pourraient alors s'expliquer par un excès de zèle doublé d'une
totale incompréhension des besoins des fauconneaux, incompréhension qui pourrait s'expliquer par son inexpérience (elle n'a jamais eu de bébé) et l'absence des hormones qui poussent les parents à prendre soin des fauconneaux.
Voici maintenant les observations
13 mars
Élise Deshaies a la surprise d'observer un 3ième faucon pèlerin (qui sera identifié plus tard comme étant P04) en compagnie des 2 adultes près du nichoir: c'est à ma connaissance la première observation de P04 en compagnie du couple en 2023. Elle fait en particulier l'observation étonnante suivante: la femelle adulte s'envole avec une proie, suivie par P04. L'adulte lâche la proie et P04 l'attrape en vol! Pour plus de détails, voir sa publication Facebook.
Ce genre de transfert de proie peut être observé - si on est au bon
endroit au bon moment - en juillet-août quand les adultes apprennent à
leurs jeunes à attraper des proies en vol. Mais en mars?!?. Il est
difficile d'imaginer qu'il s'agit d'une leçon de rattrapage pour une
mauvaise élève... Une autre possibilité est que la femelle adulte a
lâché la proie sous la pression de P04 et afin d'éviter un contact entre
les 2 femelles qui aurait pu entrainer des blessures. Une hypothèse
d'autant plus plausible que Élise Deshaies rapporte avoir entendu des
cris d'alarme dans les minutes précédentes.
9 avril
Le 9 avril à 16h49 P04 et un des adultes sont au nichoir 1 quand l'autre
adulte arrive avec une proie. P04 le voit arriver de loin et part à sa
rencontre mais malheureusement un pilier me cache l'interaction entre
les 2. Les 2 faucons reviennent vers le pont, celui avec la proie se
perchant du côté aval (j'étais alors posté du côté amont).
Malheureusement le temps de passer de l'autre côté il avait disparu. Je
n'ai pas réussi à localiser de faucon en train de manger et je n'ai plus
revu P04, les 2 faucons présents par la suite étant apparemment les
adultes
14 avril
À 7h15 je trouve P04 en train de manger sur une extrémité de poutre, elle s'envole à 7h23
À 8h35 P04 se trouve sur une structure du pont. À 8h37 j'observe une dispute entre 2 faucons en vol. À 8h39 je retrouve P04 perchée sur une poutre avec ce qui semble être une proie qui disparait rapidement de vue. Je repère ensuite un adulte perché sur une extrémité de poutre, sans indication qu'il a une proie.
P04 avec possiblement une proie, 14 avril 8h39
Dans cette épisode P04 semble avoir fait plusieurs tentatives pour s'emparer d'une proie mais a échoué. À 9h36 le mâle arrive avec une proie sur une perche du nichoir, la femelle adulte sort du nichoir et prend possession de la proie puis s'envole quelques secondes après l'arrivée de P04 sur une autre perche du nichoir (une rare occasion où les 3 faucons pèlerins étaient réunis au nichoir!). Le mâle entre dans le nichoir, suivi par P04. Après avoir hésité pendant presque 1 minute le mâle s'envole, laissant P04 seule dans le nichoir. P04 quitte le nichoir à 9h46, se pose brièvement sur une extrémité de poutre, s'envole à nouveau et poursuit un adulte transportant une proie. L'adulte réussit à conserver la proie et se met à la manger sur une extrémité de poutre, avec P04 perchée sur une autre extrémité de poutre non loin. À 9h51 P04 chasse l'adulte de son perchoir, qui prend soin cependant d'emporter avec lui la proie sur une autre extrémité de poutre où il continue son repas. À 10h11 les mouvements de son bec suggèrent qu'il/elle tente de communiquer (pour un observateur au sol le bruit de l'autoroute recouvre les éventuelles vocalisations mais j'ignore ce qu'il en est plus en hauteur), l'adulte s'envole peu après avec un restant, rejoint le nichoir et offre les restants à son partenaire qui quitte le nichoir pour aller manger à son tour. L'essentiel de ce qui est décrit ici est montré dans la vidéo ci-dessous.
21 mai
Le mâle se dirige vers le nichoir avec une proie quand il est intercepté par P04 qui s'empare de la proie. Pour plus de détails, voir cette publication Facebook d'Élise Deshaies.
22 mai
P04 se voit offrir une proie par le mâle et un nourrissage de fauconneau(x) a lieu pendant qu'elle est absente:
À 8h21 j'assiste à un changement important dans la dynamique entre P04 et les adultes lorsque le mâle adulte semble offrir délibérément une proie à P04! Concrètement il a apporté une proie sur la poutre voisine où se trouvait P04. P04 n'a pas tardé à venir chercher son cadeau et à l'amener sur une autre poutre où elle l'a partiellement mangé.
À 8h34 P04 cache les restants sur un pilier.
À 9h07mn51 la femelle sort du nichoir et disparait près de l'endroit où P04 a caché les restants. P04 et le mâle sont à ce moment perchés sur des extrémités de poutre et aucun ne bouge. À 9h10mn08 la femelle retourne au nichoir.
À 10h07 P04 est perchée sur l'enseigne de TVA Publications, 4 minutes plus tard je constate qu'elle a disparu. À 12h20 le mâle apporte une proie au nichoir qui tombe au sol lors du transfert à la femelle. Après avoir récupéré la proie, la femelle effectue ce qui semble être un nourrissage de 1 ou plusieurs fauconneaux de 12h22 à 12h31, moment où elle s'envole avec les restants (vidéo). P04 est arrivée en vol sur le côté aval du pont vers 12h45.
23 mai
À 7h21mn02 P04 arrive au nichoir. La femelle quitte aussitôt, apparemment pour apprêter une proie pour les fauconneaux. P04 entre dans le nichoir et s'empare d'un fauconneau. Elle s'envole avec lui à 7h23mn04. Voir plus bas pour plus de détails.
À 7h27mn55 la femelle revient au nichoir avec le repas des fauconneaux. P04 arrive aussitôt et tente de s'emparer de la proie. Elle lâche prise une première fois à 7h28mn05 mais revient presque immédiatement à la charge. Elle lâche prise à nouveau et se rend sur une perche du nichoir où elle semble réfléchir à sa prochaine tentative. À ce moment-là le mâle arrive sur une extrémité de poutre du pont avec une autre proie. P04 se précipite vers lui et s'empare de la proie, ce qui permet à la femelle de procéder plus tranquillement au nourrissage des fauconneaux.
À 9h43 le mâle et la femelle sont en vol, le mâle se rend au nichoir pendant que la femelle se rend sur une des fixations de la canalisation verticale à gauche du nichoir. Là elle prépare une proie. À 9h49mn50 elle s'envole avec le repas et amorce un arc de cercle montant pour se rendre au nichoir. P04 qui était perchée sur une canalisation verticale du pilier voisin s'élance et par derrière vient s'emparer de la proie entre les pattes de la femelle! Celle-ci parait surprise pendant quelques instants puis s'élance à la poursuite de P04 mais elle reviendra bredouille quelques instants plus tard. Les fauconneaux devront patienter 1 heure avant d'être finalement nourris.
27 mai
À 6h49 2 faucons sont en vol, à 6h53 P04 s'envole d'une structure du pont avec une proie.
28 mai
Cette observation est très différente ce que j'avais vu jusqu'à présent, au point que je me suis demandé si P04 était souffrante! Elle était perchée sur l'extrémité de poutre 08-06 côté aval du pont de 9h29 (au moins) à 14h15. Vers 10h59 un adulte s'est perché sur la poutre 08-05 avec une proie. P04 l'a remarqué, pourtant elle n'est pas allé chercher la proie. L'adulte a fini par la manger.
3 juin
À 10h28mn je prends plusieurs photos d'un adulte sur une extrémité de poutre avec une proie. À 10h30 j'enregistre la note suivante: ''il y a eu un vol de proie. Probablement par l’immature''. De 10h50 à 11h06 P04 est sur une extrémité de poutre en train de manger.
1.4. Transport de fauconneau hors du nid
À 7h21mn02 le 23 mai, P04 arrive au nichoir et y entre, ce qui provoque le départ de l'adulte présent au nid à 7h21mn12. À 7h21mn19 P04 s'avance vers l'extérieur du nichoir en tenant dans son bec un fauconneau par la peau du cou. Après diverses manipulations, P04 s'envole à 7h23mn02 avec le fauconneau dans sa patte droite en direction du pilier suivant.
Pour plus de détails, voir cet article. Il n'y a aucune indication que P04 a réservé le même sort à d'autres fauconneaux, même si elle a été laissée seule avec eux à plusieurs reprises: les comportements de nourrissage (de fauconneau) par un adulte ont continué à être observés pendant plusieurs jours.
2. Le comportement des adultes
2.1. Les nourrissages
23 mai, 7h38: la femelle arrive avec une proie à 7h27mn55, immédiatement suivie par P04 qui tente à 2 reprises de lui voler la proie. P04 finit par s'envoler vers le mâle qui avait apporté une autre proie sur une extrémité de poutre du pont et le nourrissage des fauconneaux commence vers 7h28. À 7h35mn56 la femelle ne semble plus en train de nourrir et elle s'envole avec les restants à 7h36mn18.
23 mai, 10h47. Ce nourrissage est sans doute celui où l'on voit moins ce qui se passe car filmé depuis la piste cyclable qui passe pratiquement sous le nichoir, donc avec un angle élevé. Un adulte quitte le nichoir à 10h46mn57. Le même ou l'autre adulte revient à 10h48mn01 avec une proie et disparait de vue dans le nichoir, seule l'ombre de sa queue indique qu'il se trouve sur le seuil du nichoir (le faucon n'est pas directement visible car caché par la plateforme). À 11h02mn59 l'ombre de la queue disparait et le faucon s'envole avec des restants peu après. Un faucon est de retour au nichoir à 11h05mn19, d'abord sur une perche latérale puis à l'intérieur. Ce nourrissage est possiblement le plus long enregistré avec une durée potentielle de près de 15 minutes. Voici la vidéo. Ce nourrissage est intervenu 1 heure après que P04 se soit emparé en vol
d'une proie que la femelle amenait au nichoir après l'avoir préparée
sur un élément de canalisation sous le nichoir.
25 mai, 10h36. À 10h36mn20 la femelle arrive au nichoir avec une proie. Elle attend le départ du mâle à 10h36mn44 puis semble procéder à un nourrissage. On ne voit que les mouvements du haut de son corps et l'ombre de sa queue. À 10h50mn23 elle se replace sur le nid. À nouveau la durée potentielle du nourrissage approche les 15 minutes. Voici la vidéo. Ce nourrissage a été précédé à 10h29mn01 de l'envol d'un adulte du nichoir (probablement la femelle partie préparer le repas) suivi de l'arrivée du mâle à 10h29mn37.
27 mai 12h50: à 12h49mn52 la femelle arrive au nichoir avec une proie, le mâle cède sa place et s'envole à 12h50. La femelle est positionnée latéralement pour une bonne partie du nourrissage mais on ne distingue pas de fauconneau. Elle se replace sur le nid à 12h57mn18. Voici la vidéo.
30 mai 7h26: la surveillance vidéo du nichoir se faisait avec mon appareil photo le moins puissant. Quand j'ai vu arriver un faucon pèlerin avec une proie j'ai décidé de changer d'appareil photo dans l'espoir qu'on verrait mieux ce qui se passerait. Mais une fois le changement d'appareil effectué, le nourrissage touchait à sa fin... C'était soit un très court nourrissage (au maximum 2mn30) ou une tentative infructueuse de nourrir un fauconneau.
Le 3 juin à 10h30, la caméra qui surveillait le nichoir a enregistré l'arrivée au nichoir d'un adulte qui pourrait potentiellement avoir amené avec lui une petite proie. La caméra utilisée n'était malheureusement pas assez puissante pour enregistrer d'éventuels signes de nourrissage, d'autant plus que l'intérieur du nichoir était noyé dans l'ombre. Le court délai entre le départ d'un faucon du nichoir et l'arrivée d'un faucon avec possiblement une proie n'est pas typique des nourrissages précédemment observés. Vidéo.
2.2. Adaptation des adultes au comportements de P04
Il semble que les adultes se soient adaptés dans une certaine mesure aux comportements perturbateurs de P04 mais il faut rester très prudent dans l'interprétation de ces comportements. Voici en vrac quelques exemples de possibles adaptations:
Lorsqu'un adulte quittait le nichoir suite à l'arrivée de P04, un adulte guettait de toute évidence son départ puisqu'un adulte revenait au nichoir typiquement dans la minute suivant le départ de P04. Par ailleurs, après la naissance des fauconneaux, il est arrivé à quelques reprises qu'un adulte revienne au nichoir alors que P04 y était encore présente mais à l'extérieur sur une perche (l'adulte repartait si P04 entrait à nouveau dans le nichoir, voir par exemple le 27 mai).
Proie ou restant de proie offert en 'main' propre au partenaire: le 14 avril le mâle apporte une proie au nichoir; la femelle lui cède sa place sur les œufs puis s'envole avec la proie pour la manger sur une extrémité de poutre. Jusqu'à là, c'est un comportement standard. Mais une fois son repas terminé (marqué par 2 dérangements de la part de P04), plutôt que de laisser les restants sur place, elle les emmène au nid et les offre au mâle qui s'envole avec pour manger à son tour!
Offrande de proie à P04. Une des offrandes de proie la plus nette du mâle à P04, le 22 mai, a semblé coïncider avec la naissance des fauconneaux. Puis le 23 mai, lorsque P04 a disputé une proie à la femelle dans le nichoir, c'est le mâle qui a en quelques sortes sauvé la situation en apportant une autre proie sur une extrémité de pilier du pont, ce qui amené P04 à quitter le nichoir, permettant ainsi à la femelle de procéder plus tranquillement au nourrissage.
Nourrir les fauconneaux pendant que P04 était absente ? le nourrissage du 22 mai a eu lieu pendant que P04 était absente. Dans la plupart des nourrissages, la femelle était placée de façon à cacher la nourriture, ce qui évitait de provoquer P04, mais cette position était aussi utilisée en 2022.
2.3. Comportements divers
Le 23 mai à 15h18 la femelle s'envole du nichoir et part loin dans la direction du boulevard Taschereau où 2 corvidés vaquaient tranquillement à leurs affaires. Je n'ai pas eu l'impression que c'est le faucon qui a attaqué mais plutôt que c'est un corvidé qui n'a pas eu d'autre choix que d'attaquer le faucon. Après quelques escarmouches le faucon est revenu au nichoir à 15h20mn59. La surveillance vidéo suggère qu'elle était au nichoir depuis 11h05. Plus tôt dans la journée, elle avait probablement vu P04 kidnapper un de ses fauconneaux, elle avait ensuite du batailler avec P04 dans le nichoir pour garder la proie qu'elle comptait donner aux fauconneaux restants et elle s'était fait voler une autre proie par P04, également destinée aux fauconneaux. Difficile de ne pas voir dans cette escarmouche avec les 2 corvidés une sorte de défoulement bien compréhensible! (du point de vue humain...)
3. Conclusions
Tout indique que les comportements de P04 ont provoqué l'échec total de la nidification au pont Jacques-Cartier. Certes la canicule ou des maladies par exemple auraient pu tuer des fauconneaux mais il serait étonnant qu'aucun ne survive. Cette situation présente plusieurs similarités et différences avec ce qui s'est passé en 2010 à l'Université de Montréal.
Les similarités les plus frappantes sont les suivantes:
Le kidnapping d'un fauconneau en bas âge par l'immature. Et très probablement d'exactement 1. À l'Université de Montréal les caméras permettent d'affirmer qu'exactement un fauconneau a été enlevé, alors qu'au pont Jacques-Cartier cette impression est basée sur la poursuite des nourrissages les jours suivants et le fait que P04 a été laissée à plusieurs reprises seule avec les fauconneaux restants mais qu'elle n'a pas été vue répétant son geste.
La présence d'au moins un œuf non éclos. À nouveau à l'Université de Montréal cette conclusion est basée sur les images fournies par une caméra alors qu'au pont Jacques-Cartier cette théorie s'appuie sur la poursuite des relais pendant plusieurs semaines après la fin des observations de nourrissage. Tant à l'Université de Montréal qu'au pont Jacques-Cartier le fait que 1 ou des œufs n'ont pas éclos pas pourrait être la conséquence des interruptions de couvaison causées par l'irruption de l'immature au nid pendant l'incubation.
La stratégie des adultes de quitter le nid lors de l'arrivée de l'immature. Avec la petite différence qu'au pont Jacques-Cartier les adultes semblaient quitter plus rapidement qu'à l'Université de Montréal.
Inexpérience du couple. Il est permis de penser que les 2 couples avaient réussi pour la première fois à mener des fauconneaux à l'envol l'année précédente et n'avaient donc jamais été confrontés à la situation où un juvénile reste sur le territoire. À l'Université de Montréal, Spirit (la femelle) est née en 2004 dans l'Ohio et c'est probablement elle qui a été observée à partir de 2007 dans le secteur de l'Université de Montréal/Rockhill/Oratoire Saint-Joseph sans que rien n'indique la présence de juvénile. En 2009 elle a niché avec succès à l'Université de Montréal dans le nichoir installé à l'initiative d'Eve Belisle. Au pont Jacques-Cartier la présence d'un couple est noté en 2018; les premiers signes d'une nidification sont observés en 2021 avec la naissance d'au moins un fauconneau mais malheureusement le nid est abandonné quelques jours plus tard; en 2022 ils s''installent dans un des nichoirs mis à leur disposition et mènent 3 fauconneaux jusqu'au stade de l'envol. Les juvéniles de l'année précédente sont rarement observés sur le territoire de leurs parents lors de la nidification suivante et il n'est pas clair si c'est une décisions des juvéniles ou s'ils sont chassés par leurs parents. Une explication intermédiaire pourrait être que certains faucons pèlerins chassent leurs juvéniles qui voudraient s'incruster seulement après avoir vécu une expérience telle que celle de 2010 à l'Université de Montréal ou celle de 2023 au pont Jacques-Cartier.
Les principales différences entre la situation de l'Université de Montréal et celle du pont Jacques-Cartier sont les suivantes:
Poursuite des visites de P04 au nid après son kidnapping d'un fauconneau. À l'Université de Montréal Polly a rapidement cessé d'être observée près du nichoir - et a fortiori au nichoir - après son méfait.
Comportement de l'immature face à la nourriture. P04 disputait activement les proies aux adultes alors que rien de ceci n'a été rapporté à l'Université de Montréal. Ce sont plutôt des vols dans les caches de nourriture qui ont été observés à l'Université de Montréal. Cette différence dans l’agressivité s'explique possiblement par le fait que Polly était blessée (à la patte droite).
Le résultat final. À l'Université de Montréal un fauconneau (Horus) a pris son envol alors qu'au pont Jacques-Cartier tout indique que tous les fauconneaux ont péri.
Il reste plusieurs questions sans réponse concernant P04:
Est-elle capable d'attraper une proie par elle même ?
P04 est-elle restée en contact avec ses parents (adoptifs) pendant la saison morte ?
P04 a-t-elle réussi à se faire accepter par un autre couple ? P04 a en effet été observée en août 2022 au site de la carrière Francon par Patrick Léger qui surveillait la nidification (ayant produit 3 juvéniles) d'un autre couple de faucon pèlerin, avec la femelle adulte de ce couple perchée non loin de P04. Le 17 avril 2023 il m'a mentionné avoir observé 2 semaines plus tôt 2 immatures volant avec les adultes, malheureusement suite à la tempête de verglas du 5 avril et les chutes d'arbre qui en ont résulté l'accès à la carrière lui a été fermé.
Basé sur mes observations et celles rapportées par Élise Deshaies sur sa page Facebook il semble y avoir eu des périodes où P04 était absente, comme par exemple du 11 au 17 mai. Était-elle vraiment absente pendant plusieurs jours, et si oui où se trouvait-elle ?
Pour terminer, quelques observations qui pourraient suggérer que P04 était présente dans le territoire de ses parents en hiver. Le 18 mars 2023 je photographie un(e) faucon pèlerin immature sur un édifice de la Place Dupuis:
Faucon pèlerin immature sur la place Dupuis, 18 mars 2023
Malheureusement, le temps d'installer le trépied pour tenter de photographier ses pattes, il/elle s'était envolé(e). Le 6 février 2023 Matthieu Beaumont avait observé un faucon pèlerin d'âge indéterminé au même endroit (signalement eBird). De plus le 8 février 2023 François Thibault signale sur eBird 2 faucons pèlerins survolant la nouvelle maison de Radio-Canada dont un qui s'est perché pendant plusieurs minutes sur la rambarde vitrée du toit. La place Dupuis est située à environ 800 mètres de la nouvelle maison de Radio-Canada qui elle-même est située à environ 400 mètres du pont Jacques-Cartier. Or je suspecte depuis un moment que le couple du pont Jacques-Cartier fréquente ce secteur en hiver. Ces faits montrent qu'un ou une immature était présent(e) en hiver dans ce qui semble être le territoire hivernal du couple du pont Jacques-Cartier mais il n'est pas possible de conclure qu'il s'agit de P04 ni qu'elle était acceptée par les adultes. À noter que le 27 août 2023 j'ai pu confirmer la présence de P04 sur le pont Jacques-Cartier du côté de Montréal, voir cette publication Facebook.