Pages

Affichage des articles dont le libellé est École Polytechnique de Montréal. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est École Polytechnique de Montréal. Afficher tous les articles

dimanche 4 septembre 2022

Décès de Mira, une des jeunes femelles faucon pèlerin nées sur la tour de l'Université de Montréal

Cet article a été publié le 23 décembre 2022 et daté du  4 septembre afin de le placer à l'endroit désiré dans le blogue. L'article utilise une information reçue le 17 novembre.

 

Le 20 août Faucons de l'UdeM annonçait sur Facebook la découverte du cadavre de Mira - une des jeunes faucons pèlerins nés sur la tour de l'Université de Montréal - au fond de la cheminée de la centrale thermique de l'École Polytechnique. 

Cet article reprend en les développant certains de mes commentaires dans mon partage Facebook de la nouvelle de Faucons de l'UdeM, en particulier la liste d'accidents similaires ailleurs dans le monde est substantiellement augmentée. Il contient également des informations sur les dernières observations connues de Mira et d'autres choses encore. Je n'ai délibérément pas contacté l'École Polytechnique ou l'Université de Montréal lors de l'écriture de cet article  puisque je considérais qu'il était préférable que Faucons de l'UdeM reste l'interlocuteur unique pour les différentes entités du campus.


L'accident de Mira

Ce que l'on sait

Il n'y a pas grand chose à ajouter à l'annonce faite par Faucons de l'UdeM: le cadavre de Mira a été trouvé au fond de la grande cheminée de la centrale thermique de l'École Polytechnique à l'occasion du nettoyage de celle-ci. 
 
La cheminée dans laquelle Mira a été trouvée

Je ne connais pas le moment exact de la découverte du cadavre de Mira mais Eve Belisle de Faucons de l'UdeM a partagé l'information avec un certain nombre de personnes à partir du 10 août après avoir été elle-même informée. Le délai de l'annonce publique s'explique apparemment par la volonté de Faucons de l'UdeM de pouvoir annoncer simultanément que des mesures seraient prises pour empêcher un autre accident de ce type. 

Des faucons pèlerins juvéniles ont déjà été observés dans le passé sur des édifices de l'École Polytechnique mais pas dans le secteur de cette cheminée, en tout cas pas à ma connaissance. Les faucons pèlerins juvéniles aiment bien essayer de nouvelles choses et essuient souvent des échecs (comme la sœur de Mira, Véga, qui essayaient à répétition de se percher sur la partie pentue du lanterneau de l'Oratoire Saint-Joseph le 11 août, article à venir), je n'ai donc aucune difficulté à imaginer Mira tenter de se percher sur le mince rebord métallique de la coiffe de la cheminée et malheureusement perdre l'équilibre. Une question assez naturelle que l'on peut se poser est s'il y a déjà eu des décès similaires dans cette cheminée mais qui n'avaient pas été communiqués ? La découverte du cadavre du faucon pèlerin a mobilisé des gens de l'École Polytechnique de Montréal (et de l'Université de Montréal) bien au-delà du service chargé de la centrale thermique et Eve Belisle a obtenu l'assurance que c'était la première fois qu'un faucon pèlerin était trouvé dans la cheminée. 
 

Des mesures correctrices

Faucons de l'UdeM a obtenu que des mesures soient prises dès l'an prochain pour empêcher ce type d'accident. Aucun détail n'est donné sur ces mesures mais on peut noter que c'est a priori plus compliqué que de simplement poser un grillage sur le haut de la cheminée: des débris de toute sorte portés par le vent (ou par un oiseau désireux d'y construire son nid...) pourraient s'y accumuler, bloquant en partie la cheminée avec des conséquences possiblement mortelles pour les usagers de l'édifice. 
 
L'annonce de la modification de la cheminée a soulevé des préoccupations par rapport au martinet ramoneur, une espèce d'oiseau qui est maintenant possiblement plus en danger de disparition que le faucon pèlerin (au niveau fédéral le martinet ramoneur a le statut d'espèce menacée tandis que le faucon pèlerin a été rétrogradé récemment au statut d'espèce préoccupante; au niveau provincial le martinet ramoneur est en voie d'être désigné espèce menacée alors que le faucon pèlerin a le statut d'espèce vulnérable). Le martinet ramoneur utilise l'intérieur des cheminées pour y construire son nid ou simplement pour y passer la nuit.  En commentaire de sa publication Facebook, Faucons de l'UdeM a précisé que cette cheminée n'est pas utilisable par les martinets ramoneurs entre autre raison car son intérieur est en métal. Si cette information est correcte (je n'ai pas de raison d'en douter mais je ne l'ai pas vérifiée) modifier la cheminée pour interdire l'accès aux oiseaux non seulement ne nuira pas au martinet mais est même recommandée: dans les recommandations de Québec Oiseaux pour le martinet ramoneur on peut en effet lire ''Si une gaine métallique est installée [dans la cheminée], il est important de bloquer l’ouverture de la cheminée par un grillage afin d’empêcher les martinets d’entrer et de rester coincés''. Québec Oiseaux maintient également la Base de données sur les populations d’oiseaux en péril (SOS-POP) qui répertorie tous les sites de nidification et les dortoirs connus du martinet ramoneur, une base de données qui n'est pas accessible par le grand public. J'ai vérifié avec Geneviève Perreault, biologiste à Québec Oiseaux et qui a coordonné plusieurs projets relatifs au martinet ramoneur, que cette cheminée n'a fait l'objet à aucun moment de signalement pour le martinet ramoneur: merci beaucoup à elle. Voici la page principale de Québec Oiseaux sur le martinet ramoneur.

Comme noté par d'autres personnes il y a d'autres cheminées similaires dans le quartier (qui comporte 3 hôpitaux et plusieurs établissement d'enseignement) et toutes ne pourront pas être protégées: on ne pourra jamais éviter tous les accidents. 

 

Les dernières observations de Mira

Le 25 juillet j'avais demandé à Eve Belisle des nouvelles des faucons pèlerins juvéniles de l'Université de Montréal. Elle m'avait alors répondu que Mira avait été vue pour la dernière fois le 16 juillet, Sirius le 17 juillet et que seule Véga continuait à être vue. À ma connaissance Mira et Sirius n'ont pas été revus après le 25 juillet, ce serait donc le 16 juillet que Mira a été observée de façon certaine pour la dernière fois.
 
La disparition de Mira (et de Sirius) semble coïncider avec 2 intrusions illégales d'humains sur les toits du pavillon Roger Gaudry que fréquentaient les juvéniles. La première intrusion a eu lieu le 15 juillet. Pendant que 2 individus se promenaient sur les toits et étaient attaqués par les adultes, Mira se rendait au nichoir 1 de la tour de l'Université de Montréal. Le 16 juillet en fin de journée elle a été vue une dernière fois près de ce même nichoir, seule ou avec Véga (et un bon repas!). 
 
Mira avec un repas, 16 juillet 18h59 (crédit: fauconsudem.com)

Mira (g.) et Véga (d.), 16 juillet 20h06 (crédit: fauconsudem.com)

Le 17 juillet en fin d'après-midi nouvelle intrusion de 2 (autres) individus sur les toits du pavillon Roger Gaudry, qui cette fois ont été interceptés par la Sécurité. Ces intrusions d'humains dans les endroits fréquentés par les juvéniles ont pu inciter ceux-ci à chercher un endroit plus tranquille. Il n'est évidemment pas question de leur imputer la mort de Mira ou la disparition de Sirius mais j'espère que des sanctions ont été prises et que ces sanctions dissuaderont d'autres incursions de ce genre à l'avenir, particulièrement en période de nidification.

 

Des précédents

Quelques autres exemples de faucon pèlerin piégé dans une cheminée dans le monde

Lorsqu'on pense aux dangers auxquels les faucons pèlerins juvéniles sont confrontés en milieu urbain on pense avant tout aux risques de collision avec des édifices ou des câbles, ou bien se retrouver au sol et devoir faire face aux véhicules, aux humains et aux chiens. Se retrouver coincer au fond d'une cheminée n'est pas un risque que j'aurais naturellement mentionné. Pourtant Mira n'est pas le seul faucon pèlerin qui s'est retrouvé ainsi piégé comme le montrent ces exemples, trouvés pour la plupart avec Google avec les mots-clés ''peregrine chimney rescue''. 

Le matin du 20 juin 2022, 2 jours après son premier vol, Jewel - une jeune femelle faucon pèlerin née à Kitchener (Ontario) - disparait subitement de la cheminée sur laquelle elle était perchée. Après l'avoir cherché en vain à l'extérieur toute la journée, les volontaires décident le lendemain d'explorer la piste d'une chute dans la cheminée. Le propriétaire de l'édifice est injoignable, par chance l'édifice est en travaux et un électricien sensible à la cause des oiseaux les fait entrer et après 1 heure d'effort parvient à débloquer l'ouverture inférieure de la cheminée. Dans un gros tas de débris ils parviennent finalement à extirper Jewel qui par chance est indemne. Ce reportage de CTV News  publiée le 22 juin montre le moment où elle est extirpée de la cheminée.  CTV News revient sur cette histoire le lendemain pour signaler que Jewel a de nouveau disparu et pour donner plus de détails sur le sauvetage dans la cheminée. D'autres détails sur le sauvetage sont donnés par The Canadian Peregrine Foundation : on y apprend notamment que Jewel n'était pas le seul oiseau au fond de la cheminée: un squelette complet d'oiseau bagué a également été sorti de la cheminée ainsi que plusieurs autres parties d'oiseau!
 
Le 14 juillet 2022 Old Cork Waterwork Experience annonce sur sa page Facebook qu'un faucon pèlerin a été rescapé après être tombé au fond de la cheminée de cet ancien complexe industriel de Cork en Irlande. Le faucon, qui est qualifié de visiteur régulier, semble être un adulte.

Le 22 juillet 2022 à Rochester dans l'État de New-York, la jeune femelle faucon pèlerin Zara est retrouvée vivante mais amaigrie au sous-sol d'un édifice presque 2 semaines après avoir été perdue de vue au lendemain de son premier vol. Il est spéculé qu'elle est arrivée là via la cheminée (l'édifice compte 11 étages d'après Wikipédia). Source: RFalconCam (2ième lien).

Cette vidéo de Wildlife Aid publiée en août 2020 montre le sauvetage d'un jeune faucon pèlerin coincé au fond d'une cheminée de ce qui semble être une maison privée. Wildlife Aid est un des plus grands centres de sauvetage et de réhabilitation de la faune en Grande Bretagne.

À Pittsburgh en juin 2010, ce sont 2 faucons pèlerins juvéniles du nid de Cathedral of Learning , ''Yellow'' (femelle) et ''Green Boy'' (mâle) qui sont tombés dans une cheminée. Yellow a pu être secourue mais il était trop tard pour Green Boy. Des observateurs avaient remarqué que la femelle adulte apportait de la nourriture sur le toit mais ils ne comprenaient pas la raison. Ce sont des travailleurs qui ont donné l'alerte, alertés par les cris. Ces informations sont tirés d'un article du blogue ''Outside my window'' de Kate Saint-John. On y apprend aussi qu'un juvénile de l'année précédente d'un nid voisin avait également été trouvé mort dans cette cheminée en octobre 2009. À la demande apparemment d'une agente de la faune, la cheminée a été modifiée pour éviter d'autres accidents dès le lendemain du double accident de 2010.
 
Le 30 juillet 2010 le Red Deer Advocate, un quotidien de Red Deer en Alberta, publie un article sur le sauvetage de Nadira, un jeune faucon pèlerin qui aurait passé 3 jours au fond d'une cheminée d'une résidence particulière. Les propriétaires qui avaient entendu du bruit dans la cheminée ont appelé les secours, pensant qu'il s'agissait d'un écureuil ou d'une chauve-souris coincé dans la cheminée. La résidence se trouve tout près d'un nid connu de faucon pèlerin. 

Ma recherche, qui est loin d'être exhaustive, s'est concentrée sur le faucon pèlerin mais d'autres espèces se sont trouvées piégées au fond d'une cheminée. Ainsi par exemple en septembre 2010 c'est un grand-duc d'Amérique qui a été retrouvé vivant mais très maigre après avoir passé apparemment 2 semaines  bloqué dans une cheminée dans l'état de Virginie, détails ici.

Quelques cas d'emprisonnement à Montréal

Je n'ai pas connaissance de faucon pèlerin piégé dans une cheminée autre que Mira à Montréal. Parmi les opérations de sauvetage dont j'ai connaissance, celles qui se rapprochent le plus de cette situation sont celles où un faucon pèlerin s'est retrouve piégé derrière un grillage. 
 
Un premier exemple est Achille, un faucon pèlerin juvénile né à l'Échangeur Turcot, qui a réussi à passer derrière un grillage sur un pilier et qui n'était plus capable de ressortir. Fait touchant, sa mère le nourrissait à travers le grillage! Il a fallu faire intervenir les pompiers. C'était en septembre 2015, voir cet article pour plus de détails.
 
Le 18 novembre 2019 Faucons de l'UdeM a été contacté par l'ITHQ pour un oiseau de proie qui se trouvait entre 2 murs. Eve Belisle m'avait demandé si je pouvais aller jeter un coup d’œil mais à mon arrivée l'oiseau n'était plus visible  Il est possible qu'il s'agissait de Polly et qu'elle a réussi à retrouver la sortie par elle-même, voir cet article.

Le 10 février 2020 Faucons de l'UdeM reçoit un signalement pour un faucon pèlerin coincé derrière un grillage protégeant un chantier près de l'UQAM. Il apparait très vite qu'il s'agit de Polly, une femelle adulte blessée à la patte droite depuis sa première année. À l'arrivée des intervenants elle est couchée dans la neige à côté de la structure, ayant apparemment réussi à trouver la sortie par elle-même. Sa passivité à l'approche des humains n'est cependant pas normale, elle est donc capturée puis amenée à la Clinique des oiseaux de proie pour examen, elle sera relâchée quelques jours plus tard dans le secteur de l'Échangeur Turcot. Voir cet article pour plus de détails.

On peut également mentionner le faucon pèlerin juvénile Horus qui s'était introduit dans une salle de classe vide de l'Université de Montréal en juin 2010 par une fenêtre laissée ouverte, se plaçant dans une situation potentielle d'emprisonnement si quelqu'un avait fermé la fenêtre. Voir cet article du blogue d'Eve Belisle pour plus de détails.


 

mercredi 4 mai 2022

3 faucons pèlerins après le coucher du soleil à l'Université de Montréal le 12 avril 2022 ?

Dans le contexte de la réapparition de Sphinx le 3 mai 2022 sur la tour de l'Université de Montréal l'observation un peu étrange que j'ai faite le 12 avril  mérite certainement un article à elle seule. Je remercie Eve Belisle pour son aide concernant l'identification des faucons.

Ce soir-là je tentais de confirmer qu'Eve dormait à l'arrière du pavillon principal de l'École Polytechnique. À 19h53 elle est effectivement arrivée à l'endroit que je soupçonnais depuis la veille. Mais pendant que je rangeais mes affaires j'ai constaté la présence d'un faucon pèlerin en vol qui a passé à plusieurs reprises près du dortoir avant de se percher pendant près de 2 minutes sur une corniche de l'édifice. Quand il s'est envolé, je l'ai perdu de vue près du nichoir 2 de la tour de l'Université de Montréal. Ce faucon était soit Eve, soit un 3ième faucon pèlerin puisque Miro était sur la tour de l'Université de Montréal pendant ce temps, surveillé par 2 des caméras de Faucons de l'UdeM.

 

Les faits

Voici d'abord ce que j'ai filmé:

Les temps indiqués sur la vidéo sont ceux de l'horloge de mon appareil photo. Au début de la vidéo Eve est sur la corniche-prison la plus basse du coin des façades ''Chapelle'' et ''Cimetière'' de la tour de l'Université de Montréal. Miro est à ce moment-là perché au-dessus de la caméra 4 de Faucons de l'UdeM, sur la tour de l'Université de Montréal. Eve rejoint son endroit sur l'édifice de l'École Polytechnique à 19h53mn57. 

J'arrête de filmer presque aussitôt, à 19h54mn05, pour me préparer à rentrer chez moi. Mais constatant la présence d'un faucon pèlerin en vol, je recommence à filmer à 19h55mn18. Le faucon que l'on voit passer à 19h55mn22 a déjà fait au moins un passage dans l'autre sens à ce moment-là. 

Les images enregistrées par les caméras de Faucons de l'UdeM montrent Miro perché sur la tour de l'Université de Montréal pendant ce temps; voici un enregistrement de ces images. Comme il y a maintenant 2 autres horloges d'impliquées, il faut s'assurer qu'il n'y a pas d'écart trop grand entre elles. Par chance 2 évènements ont été filmés par plusieurs caméras, ce qui permet d'évaluer précisément l'écart entre les horloges:

  • Le départ d'Eve de la corniche-prison a été filmé par mon appareil photo et par la caméra 2 de Faucons de l'UdeM. Les temps sont respectivement de 19h53mn44 et 19h53mn33, soit un écart de 11 secondes.
  • Le départ de Miro de la corniche au-dessus de la caméra 4 a été enregistré par les caméras 2 et 3 de Faucons de l'UdeM. Les temps sont respectivement de 19h57mn17 et 19h57mn32, soit un écart de 15s.

Le mystérieux faucon pèlerin s'envole de son perchoir de l'École Polytechnique à 19h57mn11 sur mon appareil-photo, c'est-à-dire à 19h57mn00 selon l'horloge de la caméra 2 et donc à 19h57mn15 selon l'horloge de la caméra 3. Je le vois voler pendant quelques instants et je le perds de vue à peu près en face du nichoir 2. 

L
Faucon pèlerin sur l'édifice de l'École Polytechnique, 19h55

Miro s'envole à 19h57mn32 selon l'horloge de la caméra 3. À partir de 19h57mn45 on entend des vocalises qui se rapprochent et à 19h57mn55 un faucon devient visible au nichoir 2. D'après Eve Belisle ce faucon est Miro. Il quitte à 20h03mn46.


Deux scénarios

Il y a 2 scénarios pour expliquer le faucon pèlerin en vol puis perché à l'École Polytechnique:

Scénario A : il s'agit d'Eve, qui a donc quitté presque immédiatement l'endroit que je considérais être son dortoir. Elle aurait ensuite volé dans ce secteur avant de se percher sur une corniche. Puis elle serait passée près du nichoir 2.

Scénario B : ce n'est pas Eve. Ce n'est pas Miro non plus puisque les caméras le montrent sur la tour. Il s'agirait donc d'un 3ième faucon pèlerin. On peut imaginer que ce faucon - probablement un mâle - a vu Eve se rendre à son dortoir et que c'est ce qui l'a attiré là. Ne trouvant pas Eve il a fini par partir.
 
J'ai demandé à Eve Belisle si elle pouvait identifier ce faucon ou à tout le moins exclure des possibilités. Voici ce qu'elle m'a répondu ''[...] d'après moi c'est soit Miro ou un autre mâle. Le peu qu'on voit de son profil, ça ne semble pas être Eve. Évidemment je pourrais me tromper mais il y a aussi son attitude, il a l'air plutôt fringant comparé à Eve qui était léthargique à ce moment là...''. Comme déjà mentionné, ce ne peut pas être Miro. Aucune certitude donc pour un 3ième faucon mais la réponse d'Eve Belisle n'a fait qu'augmenter le degré d'étrangeté de cette observation. 

Un aspect intrigant de Miro est sa tendance à vocaliser même quand il est apparemment seul. Mais dans ce cas les périodes de vocalise de Miro semblent correspondre à l'arrivée du mystérieux faucon à l'École Polytechnique et à son départ.
 

 

S'il y avait un autre mâle, pourquoi Miro ne le chasse pas ?

Chez les animaux la transmission de leurs gènes est un moteur puissant de leur comportement. Or Miro est très certainement le père d'une bonne partie des futurs fauconneaux d'Eve. Tant que l'hypothétique autre mâle ne perturbe pas la nidification, Miro n'a peut-être pas intérêt à l'attaquer. L'attaquer, c'est courir le risque d'être blessé ou tué, ce qui mettrait en péril la réussite de la nidification et donc ses chances de transmettre ses gènes. Un autre motif pour attaquer serait si la nourriture était rare mais on peut penser que ce n'est pas un problème actuellement.Si un autre mâle est présent, il se pourrait donc que la suite des évènements dépende du degré d’agressivité de cet autre mâle.


dimanche 24 avril 2022

Nidification de faucon pèlerin: retour d'un couple sur la tour de l'Université de Montréal

Cet article a été publié le 22 mai 2022 et daté du 24 avril 2022 afin de le placer à l'endroit voulu dans le blogue. 

Le 16 avril à 13h20, Eve, la femelle faucon pèlerin, faisait enfin connaitre son choix sur l'endroit où elle nicherait en pondant son premier œuf de la saison. L’évènement a été accueilli avec soulagement par les nombreux amateurs de téléréalité ''fauconne'' qui avaient été très déçus par la décision du couple de nicher à l'Oratoire Saint-Joseph loin des caméras en 2021. Les chances que les faucons pèlerins renichent au même endroit que l'an dernier étaient faibles puisque l'Oratoire Saint-Joseph avait retiré en décembre les vieux nids de corbeau en prévision de travaux prévus cette année sur cette façade. Mais ils auraient pu nicher ailleurs.

 

Février - mars : les faucons pèlerins gardent un œil sur l'Oratoire Saint-Joseph

Les faucons pèlerins n'ont jamais vraiment quitté l'Oratoire Saint-Joseph puisque comme je l'indique dans cet article l'un d'eux a dormi à l'Oratoire de la mi-décembre à la fin janvier. Dans ce qui suit je présente uniquement les observations qui pourraient avoir un lien avec la future nidification.

 

10 février: chicane faucon pèlerin/grand corbeau

Ce qui suit reprend le texte que j'ai publié sur ma page Facebook le soir du 10 février. En montant à l'Oratoire vers 9h52 j'ai vu un oiseau voler vers le secteur des nids en provenance de la direction de l'hôpital Général Juif. Je n'ai pas pu l'identifier mais à sa façon de voler ça pouvait être un faucon pèlerin. Arrivé à l'entrée piétonnière au-dessus de l'Oratoire j'ai entendu les cris rauques d'un corbeau fâché provenant du secteur des nids puis j'ai vu surgir un faucon pèlerin qui alarmait. Je me suis dépêché de me rendre sur Surrey Gardens. Là j'ai trouvé le faucon pèlerin perché sur la pointe du toit au-dessus des anciens nids. Il a quitté plusieurs fois son perchoir pour tenter de chasser le corbeau, qui se réfugiait dans le dessous de toit de l'autre façade visible depuis Surrey Gardens. Lorsque le corbeau revenait après s'être éloigné, j'étais averti de son retour par les cris du faucon pèlerin. À 10h10 j'ai tenté de filmer une attaque du faucon pèlerin mais après être passé près du corbeau en alarmant il a continué tout droit (en direction approximativement du métro Snowdon) et n'est plus revenu. À 10h12 le corbeau a fait une courte visite à l'endroit où était le nid des faucons pèlerins. J'ai ensuite vu 2 corvidés sur les échafaudages un peu plus bas - peut-être le couple de corbeau - puis plus rien. Cette perte d'intérêt soudain s'explique peut-être par le retour de l'hiver sous forme d'une averse de neige.
Faucon pèlerin sur la pointe du toit de la façade des nids - 10h01

Corbeau à l'emplacement du nid 2021 des faucons pèlerins - 10h12
 
Le 12 février le chat de la caméra 2 de Faucons de l'UdeM mentionne une présence à la corniche droite de 12h16 à 12h37.

 

11 et 14 mars: 3 faucons pèlerins à l'Oratoire Saint-Joseph

Le 10 mars en début d'après-midi 2 faucons pèlerins sont présents à l'Oratoire Saint-Joseph: un à la corniche droite et l'autre à la base du dôme. À 14h43 celui de la base du dôme s'envole et visite brièvement la corniche gauche (là où se trouvait leur nid en 2021) avant de repartir. À 14h45 les 2 sont en vol. À 15h23 un faucon pèlerin arrive à l'Université de Montréal à gauche du nichoir avec un pigeon.
 
À mon arrivée à l'Oratoire le 11 mars à 11h j'entends des vocalises de faucon pèlerin. Je finis par en repérer un sur la croix de l'Oratoire à 11h13 (la caméra de Faucons de l'UdeM a enregistré une présence intermittente sur la croix depuis 10h28). Vers 11h50 ils sont 2 sur la croix alors qu'un 3ième décrit des cercles au-dessus avant de s'éloigner. Les 2 faucons s'envolent de la croix à 11h55 mais à 12h01 ils y sont de nouveau perchés jusqu'à leur départ à 12h36. Les 2 faucons ont également visité les corniches gauche et droite de la façade des nids.

 
Lors de ma visite suivante à l'Oratoire le 14 mars, tout est calme à mon arrivée à 13h. Mais à 13h47 je remarque un faucon pèlerin en vol du côté de la façade des nids. Son comportement est étrange, il semble hésiter à se percher. Il finit par se percher mais est presque immédiatement chassé par un faucon pèlerin arrivant de la direction de l'Université de Montréal (il est 13h48mn12 sur l'horloge de mon appareil photo).  À 13h47 Sphinx s'était envolé du nichoir de l'Université de Montréal. À 13h48mn37 un faucon pèlerin rejoint la corniche droite en vocalisant vivement. Par la suite j'observe 2 faucons pèlerins, un à la base du dôme et l'autre à la corniche droite, sans pouvoir dire s'il s'agit du couple ou si l'un d'eux était l'intrus. Les 2 faucons se sont croisés à la corniche droite à 13h57.
 
(Une semaine plus tard, le 21 mars, un nouveau mâle prenait le contrôle du territoire après une courte bataille dans le nichoir de la tour de l'Université de Montréal, voir cet article).

Vers le 22 mars: reprise des travaux à la façade des nids de l'Oratoire Saint-Joseph

Le 15 mars je signale à mon contact à l'Oratoire Saint-Joseph les présences de 3 faucons pèlerins près de la corniche  où ils ont niché en 2021, ainsi que la visite du corbeau, en soulignant que s'il y a eu d'autres visites de corbeau avec apport de branches, les faucons pèlerins pourraient renicher sans problème à cette corniche malgré la pente de 15 degrés. Je conclus en indiquant que la meilleure façon d'assurer que les faucons pèlerins ne renichent pas à cet endroit cette année serait que les travaux reprennent rapidement (en dernier recours les faucons auraient aussi pu nicher sur un échafaudage, quoique le nid aurait alors pu être facilement attaqué par les ratons-laveurs). 

Coïncidence ou pas, le 22 mars je constate le retour des travailleurs. C'était le début de la fin pour les projets des faucons pèlerins dans ce secteur. Les faucons ont fait savoir leur mécontentement. À 14h05 un faucon a ainsi visité brièvement la corniche droite en vocalisant malgré la présence des travailleurs sur les échafaudages pas très loin en-dessous. Après le départ des travailleurs vers 15h, un faucon pèlerin a visité la base du dôme à quelques reprises mais n'est pas retourné à la corniche droite, ce qui pourrait suggérer que sa visite à la corniche droite à 14h05 était bien dirigée contre les travailleurs.

 

22 et 24 mars: des faucons pèlerins vus sur d'autres facades de l'Oratoire Saint-Joseph

Avec le retour des travailleurs sur la façade des nids, une nidification à cet endroit était définitivement exclue. Mais les faucons pèlerins auraient pu nicher à un autre endroit de l'Oratoire Saint-Joseph. Rappelons qu'en 2012 Spirit et Roger avaient tenté sans succès de nicher à la base du dôme.

Le 22 mars à 14h52 je remarque un faucon pèlerin en train de manger sur le même type de corniche que celle du nid de 2021 mais sur la façade opposée de l'Oratoire Saint-Joseph.
Cette façade avait déjà accueilli un nid de corbeau en 2014, voir cet article. Le nid avait vraisemblablement été retiré par l'Oratoire Saint-Joseph pour des raisons de sécurité, puisque des gens pouvaient se trouver directement en-dessous. Mais s'il restait des débris cet endroit aurait pu être utilisé par les faucons pèlerins pour nicher. Je n'ai cependant plus revu de faucon pèlerin à cet endroit lors de mes visites subséquentes.

Le 24 mars à 14h15 la caméra de Faucons de l'UdeM a enregistré ce qui semble être un accouplement de faucon pèlerin sur la façade Avant de l'Oratoire, ce serait le premier accouplement observé depuis le changement de mâle le 21 mars.

 

Le mystère du toit de l'École Polytechnique 

Le 5 avril à 19h41 Eve quitte le nichoir de la tour de l'Université de Montréal en direction de l'École Polytechnique. Elle semble se diriger vers son dortoir de l'église Saint-Jean-Baptiste, sauf qu'arrivée près de l'École Polytechnique elle vire vers le cimetière. Cette direction ne correspond à aucun dortoir connu et à cette période de l'année elle pourrait signaler l'emplacement de son nouveau nid.
 
Les 11 et 12 avril je découvre qu'elle se rend en fait sur un toit de l'École Polytechnique du côté du cimetière. Voici la vidéo qui montre son arrivée le 12 avril (la vidéo montre aussi ce qui semble être un 3ième faucon pèlerin, voir cet article pour plus de précisions sur cet aspect de l'histoire).


Ces photos montrent l'endroit où elle se rend:


Cet endroit est différent des autres dortoirs utilisés par Eve mais possède par contre 2 des caractéristiques d'un nid: il est plat et il est partiellement protégé des intempéries par le toit supérieur. Il n'est pas clair par contre s'il y a présence de matériaux qui pourraient être utilisés pour empêcher les œufs de rouler. 
 
Une façon de confirmer que l'endroit est considéré par les faucons pèlerins comme un nid potentiel est d'y voir des faucons y aller de jour. Le 15 avril je surveille l'endroit à partir de 16h40 mais les forts vents m'obligent à interrompre rapidement la surveillance. La ponte du premier œuf le 16 avril dans le nichoir 1 de la tour de l'Université de Montréal a rendu toute autre surveillance de ce toit inutile, du moins pour cette saison.
 

 

Un dérangement au nichoir 2 et l'adoption du nichoir 1

13 avril: l'ouverture de la porte derrière le nichoir 2 provoque la colère d'Eve

Déjà avant que la reprise des travaux à l'Oratoire Saint-Joseph empêche les faucons pèlerins de réutiliser la corniche où ils avaient niché en 2021 on pouvait les voir visiter les 2 nichoirs installés à leur intention sur la tour de l'Université de Montréal. Au matin du 13 avril Eve semble montrer une préférence pour le nichoir 2 installé le 4 mars. Mais à 10h42mn49 la porte située derrière le nichoir s'ouvre et un homme apparait dans l'embrasure qui prend des photos. Eve qui est présente au nichoir se met immédiatement à alarmer. La porte se referme à 10h43mn10. À 10h43mn40 la porte s'ouvre de nouveau, un homme (le même ou un autre) apparait dans l'embrasure qui semble prendre d'autres photos (on ne voit la scène que très partiellement dans le coin supérieur droit de l'image prise par la caméra). La porte se referme à 10h44mn25. Devant cette scène je n'étais certainement pas le seul à pester contre cet individu qui compromettait ainsi le retour des faucons pèlerins à l'Université de Montréal, apparemment juste pour prendre quelques photos de paysage. Le lendemain Eve Belisle a expliqué sur le chat de la caméra qu'il s'agissait d'architectes qui devaient réaliser des relevés de bâtiment et qui n'avaient pas été mis au courant de la présence des faucons pèlerins. À noter que cette explication justifie la présence de ces hommes en haut de la tour mais n'est pas totalement incompatible avec l'hypothèse de prise de photos personnelles: il n'est pas clair en effet s'il s'agissait de travaux d'architecture intérieur ou extérieur. S'il s'agissait bien d'un travail extérieur, on peut s'étonner qu'il y a encore des employés travaillant à la tour de l'Université de Montréal qui ne sont pas au courant de la présence des faucons pèlerins, quoique cela pourrait s'expliquer par le fait qu'ils n'ont pas niché sur la tour en 2021 et que c'était la première année où il y avait un nichoir sur cette façade. L'incident a aussi permis d'apprendre qu'il n'y avait aucun avis affiché sur la porte qui informait de la présence d'un nid de faucon pèlerin de l'autre côté et qui demandait en conséquent de ne pas ouvrir cette porte pendant la période de nidification, une lacune qui s'expliquerait en partie par le remplacement très récent des portes. Pour des raisons de sécurité incendie on peut imaginer que ces portes ne sont pas fermées à clé. Dans les endroits fréquentés par le public, l'ouverture des sorties de secours déclenche une alarme, ce qui dissuade généralement les gens d'ouvrir les portes. Mais comme cet endroit n'est pas ouvert au public il est possible qu'il n'y ait pas un tel système d'alarme. Bref il est tout à fait possible qu'il n'y avait aucun obstacle qui empêchait une personne présente de façon légitime en haut de la tour d'ouvrir la porte pour profiter du paysage.

Ce dérangement, s'il peut s'expliquer, pouvait potentiellement compromettre le retour des faucons pèlerins sur la tour de l'Université de Montréal, et cela possiblement pour plusieurs années. Un des intérêts de ce nouveau nichoir était en effet de proposer une alternative à Eve si le premier nichoir ne lui convenait pas (trop grand ensoleillement ou associé à trop de dérangement humain). Un dérangement humain à ce moment critique pouvait amener Eve à rejeter également ce nichoir. De fait Eve a cessé de fréquenter ce nichoir. Mais heureusement pour les amateurs de téléréalité fauconne, elle s'est repliée sur le vieux nichoir (Eve a été revue brièvement au nichoir 2 le 15 avril d'après le chat de la caméra).

14 avril: première nuit au nichoir 1

Le 14 avril Eve passe sa première nuit au nichoir 1, une étape importante dans l'adoption du nichoir. La caméra est bougée à plusieurs reprises vers 4h du matin le 15 avril mais soit elle ne le remarque pas, soit elle ne s'en offusque pas (lors d'une année précédente un mouvement de caméra lors de sa première présence au nichoir après le coucher du soleil avait été immédiatement suivi du départ d'Eve et cela pour plusieurs jours).
 

16 avril: ponte d'un premier œuf dans le nichoir 1

Le 16 avril Eve pond son premier œuf dans le nichoir 1.  3 autres œufs suivront les 18, 21 et 23 avril, voir cet article pour plus de détails.