Cet article a été publié le 29 novembre 2023 et daté du 20 mai 2023 afin de le placer à l'endroit voulu dans le blogue.
En 2021 - après de nombreuses années sans interruption à nicher sur la tour de l'Université de Montréal - le couple de faucon pèlerin a niché à l'Oratoire Saint-Joseph où il a conduit 2 jeunes à l'envol. En 2022 il est revenu au nichoir habituel sur la tour de l'Université de Montréal, sur la façade donnant sur le Cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Cette année le couple a opté pour le second nichoir installé lui aussi sur la tour de l'Université de Montréal mais sur la façade donnant vers l'École Polytechnique. Entre le 16 et le 23 avril, la femelle y a pondu 4 œufs.
(L'image ci-dessus est tirée de la vidéo Facebook publiée le 26 avril par Faucons de l'UdeM).
À noter que la composition du couple a changé durant ces 3 années. Plus précisément il y a eu durant cette période au moins 2 changements de mâle: Sphinx a été remplacé par Miro le 21 mars 2022; puis Miro a été remplacé par M à l'automne 2022 (voir plus bas). Seule la femelle (Eve) semble être restée la même. Comme aucun des faucons n'est bagué, le changement d'individu se constate par de petites différences dans le plumage ainsi que dans les cicatrices, notamment au niveau du bec. Les caméras de Faucons de l'UdeM permettent de prendre des photos en gros plan des différents individus, ce qui facilite l'observation de ces petites différences. Le remplacement d'un individu par un autre individu lui ressemblant beaucoup pourrait cependant passer inaperçu. Des changements de comportement pourraient également indiquer un possible changement dans le couple et un déménagement est sans aucun doute un gros changement mais il ne semble pas que le couple ait changé entre la nidification de 2020 à l'Université de Montréal et celle de 2021 à l'Oratoire Saint-Joseph. En fait cela faisait plusieurs années que les différents couples qui ont niché à l'Université de Montréal fréquentaient l'Oratoire Saint-Joseph, autant les semaines précédant la nidification qu'à l'été avec leurs jeunes puis à l'automne sans eux. Cette fréquentation de l'Oratoire Saint-Joseph par le couple nichant à l'Université de Montréal est constatée depuis au moins 2012, année où le couple avait tenté de nicher à l'Oratoire en raison des travaux sur la tour de l'Université de Montréal qui avaient forcé le retrait des nichoirs, voir par exemple cet article de 2014.
Crédit et notes sur les sources
Cet article est basé largement sur une (petite) partie des informations publiques de Faucons de l'UdeM. Ces informations sont de différents types: diffusion 24h sur 24 des images de 2 caméras sur la chaine Youtube + archivage d'images (pour une durée de 2 semaines) de ces 2 caméras ainsi que de 2 autres caméras; vidéos publiées sur la chaine Youtube; page Facebook (incluant des vidéos Facebook). Faucons de l'UdeM a été créé en 2009 par Eve Belisle pour partager ses observations d'un couple de faucons pèlerins sur la tour de l'Université de Montréal, couple pour lequel elle avait fait installer un nichoir, voir son blogue pour plus de détails sur les années 2009-2015. Récemment 2 personnes ont eu un rôle grandissant dans Faucons de l'UdeM: Huguette Lenoir et Élise Deshaies. Ces personnes sont en particulier très actives sur le clavardage des diffusions en direct des caméras où elles partagent leurs observations et leurs analyses. Cette source a cependant 2 inconvénients: elle est très éphémère (ce qui y est écrit disparait au bout de quelques heures) et elle est aussi beaucoup (trop selon moi) utilisée pour du bavardage sans rapport avec les faucons pèlerins de l'Université de Montréal. Ce dernier défaut serait moins pénible si les informations importantes concernant ces faucons étaient aussi partagées sur les autres médias comme par exemple la page Facebook. Mais la nouvelle du changement de mâle en octobre n'a jamais été partagée clairement sur Facebook. La première mention du nouveau mâle dans Facebook remonte à une publication d'Elise Deshaies datée du 27 novembre et rapportant les observations faites sur le terrain la veille avec Huguette Lenoir. Rien dans le texte, à part la présence d'un nouveau nom, n'indique qu'il y a eu changement de mâle ni quand. C'est en réponse à une question dans les commentaires que ces informations sont apportées. En février 2023 une vidéo Facebook est publiée où cette fois le nouveau mâle est appelé M, ce qui provoque en commentaires la question bien compréhensible de si M est le diminutif de Miro (Miro étant le nom de l'ancien mâle). À ma connaissance il n'y a jamais eu de photos comparatives publiées expliquant ce qui a amené à la conclusion qu'il y avait eu un changement de mâle (rappelons que ni Miro ni M ne sont bagués). Lorsque le nouveau mâle est apparu, une nouvelle femelle a simultanément été observée mais cette information partagée dans le clavardage n'a fait son chemin dans Facebook que très indirectement. Il est juste de mentionner qu'Eve Belisle avait d'autres priorités à ce moment-là avec la naissance prochaine de son premier enfant. Pour les 2 raisons mentionnées plus haut je n'ai consulté qu'une petite partie du clavardage.
Un autre aspect est que je me suis essentiellement contenté de repartager les informations partagées avec le grand public par Faucons de l'UdeM. Lorsqu'en octobre 2022 j'ai demandé à Eve Belisle si les mentions sur le clavardage d'un couple de faucon pèlerin intrus étaient sérieuses elle m'a rapidement envoyé des photos comparatives tendant à justifier cette affirmation. Personnellement je ne suis pas à l'aise avec la comparaison de 2 individus faucon pèlerin si l'un d'eux n'a pas une marque très distinctive puisqu'il y aura toujours de petites différences entre 2 photos dues au fait que les faucons ne sont pas exactement dans la même position ou que leurs plumes sont dans un état différent (mouillées, sèches, sales, ...). Je ne suis donc pas la meilleure personne pour partager et défendre ce genre d'analyse. Il n'en reste pas moins qu'une partie de cet article est basée sur des réponses d'Eve Belisle à mes messages, que je remercie pour sa patience et sa disponibilité.
3 nids différents en 3 ans
2009 à 2020
En 2008, un nichoir est installé sur la tour de l'Université de Montréal à l'initiative d'Eve Belisle qui avait observé depuis la fenêtre de son bureau un couple de faucon pèlerin s’intéresser à la tour. En 2009 le nichoir est adopté par Spirit et Roger (les noms donnés à la femelle et au mâle) qui ont eu 2 jeunes cette année-là. De 2009 à 2020 différents couples ont niché ou ont tenté de nicher dans ce même nichoir, à l'exception de 2012 où la tour était en travaux (les nidifications de 2016 et 2017 ont échoué en raison de conflits avec d'autres faucons pèlerins; en 2012 le couple a tenté sans succès de nicher à l'Oratoire Saint-Joseph). Pour plus d'informations, voir le site de Faucons de l'UdeM, en particulier son blogue pour la période de 2009 à 2015, ainsi que ce blogue à partir de 2014. En 2020 les fauconneaux ont été attaqués par des mouches buveuses de sang, ce qui a entrainé 2 interventions humaines pour les soigner; durant la première intervention un fauconneau fraichement décédé a été retiré du nichoir, voir cet article pour plus de détails.
2021
En 2021, à la surprise générale, le couple choisit de nicher à l'Oratoire Saint-Joseph! L'Oratoire Saint-Joseph n'était pas un endroit nouveau pour eux, le couple (avec ou sans leurs jeunes) y avait en effet été observé à de nombreuses reprises et cela depuis au moins 2012. Le couple nicheur semblait cependant fidèle à l'Université de Montréal pour ce qui est de la nidification, jusqu'à cette année 2021. Une des hypothèses envisagées pour expliquer ce déménagement est que les faucons pèlerins auraient imputé aux humains la disparition d'un de leurs fauconneaux en 2020 et auraient par conséquent conclu que la tour n'était plus sécuritaire. Mais c'est plus probablement un ensemble de facteurs - et non un facteur unique - qui ont amené les faucons pèlerins à déménager, voir cet article pour une longue discussion de ce qui aurait pu provoquer le déménagement.
2022
Le 16 décembre 2021 l'Oratoire Saint-Joseph procède au retrait des nids de corbeau, dont celui qui a été utilisé par les faucons pèlerins, en vue de travaux prévus l'année suivante sur cette façade (déjà en 2021 des travaux prévus dans ce secteur avaient du être reprogrammés en raison de la nidification des faucons pèlerins). Ce retrait des nids de branches rendait difficile voire impossible une nouvelle nidification des faucons pèlerins à l'Oratoire Saint-Joseph en raison d'une légère inclinaison de la corniche (probablement pour éviter que l'eau ne s'y accumule), ce qui aurait probablement entrainé l'écrasement des œufs au sol (rappelons que les faucons pèlerins ne construisent pas eux mêmes de nid). Malgré ces obstacles le couple était très présent début 2022 près de la corniche où ils avaient niché l'année précédente. L'arrivée des travailleurs à cet endroit vers le 22 mars a mis fin définitivement à leur espoir de renicher sur cette corniche. Le couple s'est alors replié sur la tour de l'Université de Montréal, qu'ils n'avaient jamais complètement délaissée. Le 4 mars 2022 Faucons de l'UdeM avait procédé à l'installation d'un 2ième nichoir sur la tour de l'Université de Montréal, sur la façade donnant vers l'École Polytechnique. Le 13 avril Eve était présente dans ce nouveau nichoir quand 2 travailleurs ont ouvert la porte derrière le nichoir, provoquant sa fureur. Heureusement pour les amateurs de télé-réalité 'fauconesque', la conséquence de ce dérangement s'est limitée à un retour à l'ancien nichoir sur la façade donnant vers le cimetière: Eve y a pondu son premier œuf le 16 avril 2022. Voir cet article pour plus de détails sur les circonstances qui ont conduit à ce choix du nid.
2023
Après avoir hésité entre les 2 nichoirs de la tour de l'Université de Montréal, Eve a fait connaitre son choix pour le 2ième nichoir en y pondant le premier de 4 œufs le 16 avril vers 13h. Voir plus bas pour plus de détails.
Changement de partenaire, accouplements et ponte
Changement de mâle: M remplace Miro
Peu de chose a été communiqué par Faucons de l'UdeM sur le remplacement de Miro par M. Le 22 octobre Huguette Lenoir mentionne sur le clavardage que Miro a été vu pour la dernière fois le 18 octobre et que le nouveau mâle (surnommé Monsieur ou Mr ou M) a passé la journée du 20 octobre sur la tour. Le fait que Miro a été vu pour la dernière fois le 18 octobre et que M a été observé pour la première fois le 20 octobre est aussi mentionné en commentaire des publications Facebook du 27 novembre 2022 et du 1er février 2023 (et de probablement d'autres publications). Les premières photos de M apparaissent dans la publication Facebook du 27 novembre.
Par hasard je me trouvais à l'Université de Montréal le 20 octobre 2022. J'ai failli texter Eve Belisle lorsqu'un faucon pèlerin s'est perché sur une antenne au sommet de la tour vers 12h37: il y a quelques années ce perchoir était surtout utilisé lorsqu'il y avait des intrusions d'autres faucons pèlerins, sans doute parce qu'il permet une surveillance à 360 degrés. Mais je me suis abstenu parce que je ne connaissais pas assez Miro pour savoir si ce perchoir était inhabituel pour lui. À 12h49 il s'est envolé et s'est perché à la base du dôme au coin des façades Cimetière et Polytechnique, un perchoir plus fréquemment utilisé. À 12h59 il a plongé, possiblement vers une proie potentielle, puis est remonté en flèche et s'est perché sur la 1ière colonne de la façade Polytechnique, un autre perchoir habituel. Il s'est envolé à 13h01 vers l'avant et je ne l'ai plus revu, ni remarqué d'autres faucons. J'ai mangé à la cafétéria vers 13h25, j'ai ensuite refait un tour de la tour sans rien remarquer; rien non plus à l'Oratoire Saint-Joseph où je me suis rendu ensuite. À noter que le 27 novembre Élise Deshaies et Huguette Lenoir ont aussi observé M sur une antenne de la tour.
Faucon pèlerin à la base du dôme de la tour de l'UdeM - 20 octobre 12h52
À ma connaissance il n'y a pas eu de publication de photos comparatives de Miro et de M qui expliqueraient ce qui a amené à conclure qu'il s'agissait de faucons différents. Même si je ne suis pas à l'aise à comparer des individus faucon pèlerin je peux concevoir qu'il soit possible d'arriver à la conclusion que les 2 faucons sont très probablement différents. Une tâche plus difficile est de déterminer si M est Sphinx ou non (Sphinx est le mâle qui a précédé Miro). La difficulté additionnelle ici est que Sphinx n'avait pas été vu pendant un bout de temps, ce qui ouvre la possibilité que certaines de ses caractéristiques aient évolué avec le temps. Lorsque j'ai interrogé Eve Belisle sur les mentions sur le clavardage d'un couple de faucon pèlerin intrus sur la tour en octobre 2022, elle m'a répondu, photos à l'appui, que c'était bien le cas et que d'après elle le nouveau mâle était Sphinx mais que tout le monde ne partageait pas cette analyse. Je rappelle l'historique des changements de partenaire connus:
2014: une femelle non baguée et Éole (un mâle né sur la tour de l'Université de Montréal en 2011) tentent sans succès de nicher à l'incinérateur des Carrières. Cette femelle sera nommée Eve par Richard Dupuis.
En 2015 et 2016 Éole fréquente simultanément 2 femelles: sa mère Spirit et Eve. Durant la saison de reproduction il doit céder l'Université de Montréal à un autre mâle mais reprend à chaque fois sa place à la fin de la saison.
En juin 2017 Eve chasse Spirit de l'Université de Montréal et devient l'unique partenaire d'Éole (article).
Le 6 avril 2020 Sphinx remplace Éole, aperçu la veille pour la dernière fois (article).
21 mars 2022: Miro remplace Sphinx après une courte bataille dans le nichoir 1 (article). Sphinx a par la suite été revu sur la tour le 3 mai 2022 (Facebook).
Visites de plusieurs femelles
Si Miro a du céder sa place, Eve s'en est mieux tirée mais elle a également été défiée. Le 14 mars 2023 Huguette Lenoir signalait sur le clavardage de la caméra que depuis l'automne dernier 3 femelles intruses (surnommées Mme, Mlle et Neige) avaient été observées sur la tour.
Voici une liste, très probablement non exhaustive, de ces visites (certaines intrusions étaient possiblement par un mâle):
Le 9 octobre 2022 une femelle intruse, apparemment baguée à la patte droite, se perche à gauche du nichoir 1 et est chassée par Miro et Eve. Une vidéo de l'incident a été publiée par Faucons de l'UdeM. Sur le clavardage de la caméra, Huguette Lenoir a décrit ainsi l'incident: ''[...] début du jasage 17h11, 17h12:05arrivée d'une intruse sur la corniche gauche nichoir 1, 17h12:06 Miro la frôle, il repasse à 17h12:16 et elle quitte. Le jasage continue Eve arrive au nichoir 2 pas contente à 17h14:51, une arrivée corniche 1 17h15:15, Eve quitte 17h18:17 et Miro corniche 1 quitte 17h23:52''.
23 octobre 2022: une femelle intruse visite le nichoir (source: Eve Belisle).
12 décembre 2022: une femelle intruse est chassée du nichoir 1. Le 14 décembre j'observe un 3ième faucon pèlerin en vol autour de la tour (publication Facebook).
26 décembre 2022: une femelle intruse profite de l'absence du couple pour prendre ses aises sur la tour: la publication Facebook de Faucons de l'UdeM ne donne aucune indication de temps, dans cette publication j'estime que sa présence a duré au moins 1h45. L'intruse est de retour le lendemain, avec une blessure près d'un œil, mais cette fois M est présent (source: clavardage).
30 décembre 2022: Eve est revue sur la tour après quelques jours d'absence: publication Facebook de Faucons de l'UdeM.
16 février 2023: à partir de 15h11 j'observe 2 faucons pèlerins sur la tour dont un agit comme un nouveau venu: il tente de se percher à des endroits impossibles comme par exemple les longues fenêtres de la tour et il se perche sur l'antenne de l'École Polytechnique, un perchoir plutôt rarement utilisé. De plus les faucons sont présents sur la tour jusqu'à après le coucher du soleil, ce qui est plutôt inhabituel à cette période de l'année. Ces anomalies suggèrent la présence d'un(e) intrus(e), pourtant les 2 faucons sont parfois aussi perchés côte-à-côte comme un vieux couple et il n'y a pas les cris qui viennent habituellement avec une intrusion... Rentré chez moi, je reçois un message d'Eve Belisle qui me demande si je n'ai pas observé de chicane puisque la femelle observée par les caméras à 15h30 ne semblait pas être Eve... Plus de détails dans cette publication Facebook.
3 mars 2023: visite d'une intruse au nichoir 1, qui se fait déloger.
13 et 14 mars 2023: visites d'une nouvelle femelle, baptisée Neige, avec qui M discute plutôt que de la chasser.
26 et 27 mars 2023: d'abord une femelle intruse adulte passe la nuit du 26 au 27 dans le nichoir 1! Puis en après-midi du 27 mars, une autre femelle intruse, juvénile celle-là, résiste aux tentatives répétées d'un(e) propriétaire des lieux de la déloger du toit du nichoir 1! L'Université de Montréal semble avoir enregistré 2 premières durant ces 2 jours: le séjour nocturne d'une intruse dans le nichoir et la présence confirmée de 2 intruses différentes le même jour (il y avait déjà eu à au moins 2 reprises 2 intrus simultanément sur la tour mais c'était un couple, voir cet article et celui-ci). Ces 2 intrusions du 27 mars sont montrées dans cette vidéo de Faucons de l'UdeM. Voir aussi cette publication Facebook concernant l'arrivée de la première intruse le 26 mars.
En plus du faucon pèlerin, il y a également eu des intrusions de grand corbeau près du nichoir 1. Cette vidéo Facebook de Faucons de l'UdeM montre la visite de 2 corbeaux le 25 décembre 2022. Déjà le 14 décembre un corbeau avait dérobé un restant de proie à droite du nichoir 1. De plus, le 10 octobre 2022 un pygargue à tête blanche a survolé l'université.
Attaques météorologiques
Dans la nuit du 19 au 20 février 2023 peu après minuit un énorme bloc de glace s'écrase sur le nichoir 2, qui a tremblé mais qui heureusement ne s'est pas brisé. Cette captation de la caméra 3 de Faucons de l'UdeM montre l'incident ainsi que la réaction des faucons pèlerins à leur arrivée au petit matin.
Le 5 avril, à quelques jours de la ponte (le 1er œuf sera finalement pondu le 16 avril), un important épisode de verglas touche l'Est du Canada (page Wikipédia) et en particulier Montréal, causant de nombreuses chutes de branches et même d'arbres au complet. Le 6 avril la température grimpe rapidement au-dessus de 0C, ce qui provoque une fonte rapide de la glace. Les nichoirs sont bombardés de morceaux de glace. Comparé à l'épisode du 20 février les morceaux de glace sont nettement plus petits mais le bombardement se déroule sur une plus longue période de temps, et surtout les faucons pèlerins sont présents. D'après le clavardage sur les caméras de Faucons de l'UdeM, les 2 faucons pèlerins visitent occasionnellement les 2 nichoirs jusqu'à 10h58 malgré les chutes de glace. J'arrive sur place à 11h10. À 11h34 des vocalises me font découvrir les 2 faucons pèlerins sur le toit du pavillon Armand Bombardier de l'École Polytechnique, un endroit assez rarement fréquenté mais où ils ne risquent pas d'être frappé par un morceau de glace. Les 2 faucons s'envolent à 12h21 et je les perds rapidement dans la brume mais les caméras de Faucons de l'UdeM enregistrent leurs arrivées au nichoir 1. À 13h35 les 3 faucons quittent la tour (entre temps le nichoir 2 avait également été visité). À 14h, comme ils n'étaient toujours pas revenus. je décide d'aller jeter un coup d’œil à l'Oratoire Saint-Joseph où les faucons avaient nichés en 2021. Là bas, Jacinthe - une employée de l'Oratoire travaillant dans l'aménagement paysager - m'interpelle depuis sa voiture pour me signaler qu'elle vient de voir un faucon pèlerin se percher pendant quelques minutes sur une corniche (je n'ai malheureusement pas eu le réflexe de lui demander à quand remontait sa précédente observation, il est donc impossible de savoir si cette visite pouvait avoir un lien avec le dérangement météorologique à l'Université de Montréal). À 15h40 je vois arriver un faucon pèlerin à un endroit susceptible d'abriter un nid:
Faucon pèlerin à l'Oratoire Saint-Joseph, 6 avril 15h40
Il s'est presque immédiatement envolé, s'est perché sur une autre façade de l'Oratoire puis a quitté vers l'Université de Montréal à 15h46. À 15h47 les caméras de Faucons de l'UdeM enregistraient l'arrivée des 2 faucons au nichoir 1.
Divers
Au moins 2 interventions humaines ont eu lieu aux nichoirs dans l'entre-saison. Le 5 octobre 2022 une intervention a eu lieu au nichoir 1 pour changer un câble de la caméra. D'après Eve Belisle les faucons pèlerins étaient présents sur la tour sur une autre façade et ne sont pas venus les voir. En revanche l'intervention du 2 décembre aux 2 nichoirs a provoqué une vive opposition des 2 faucons pèlerins, inattendue pour la saison.
En février 2023 des corbeaux ont amené des branches sous au moins un toit de l'Oratoire Saint-Joseph, ce qui en théorie pourrait mener à une nouvelle nidification des faucons pèlerins à cet endroit. Les corbeaux n'ont en fin de compte apparemment pas niché à l'Oratoire Saint-Joseph.
Accouplements et premières nuits au nichoir
Des cris d'accouplement sont captés pour la première fois le 24 mars tandis qu'un accouplement est filmé par la caméra le 26 mars. Beaucoup d'autres suivront.
Les premières nuits d'Eve au nichoir sont attendues avec impatience puisqu'elle précèdent de peu la ponte. Mais la nuit du 10 au 11 avril, c'est M qui la passe dans le nichoir 1. Cependant Eve n'était pas loin, elle est aperçue à droite du nichoir à 3h37. Le 13 avril Eve semble indiquer son choix pour le nichoir 1 en y restant pour la nuit mais à 3h01 le 14 avril elle le quitte et rejoint le nichoir 2 à 3h09 (source: clavardage).
Ponte
Durant l'hiver et au début du printemps un faucon pèlerin a dormi à
l'Oratoire Saint-Joseph (probablement le mâle puisque le dortoir a
continué d'être utilisé après qu'Eve ait commencé à passer la nuit au
nichoir mais un 3ième individu ne peut pas être totalement exclu). Mais
durant la journée les faucons pèlerins étaient souvent présents sur la
tour de l'Université de Montréal, ce qui laissait présager une autre
nidification sur la tour.
Eve a pondu 4 œufs dans le nichoir 2 entre le 16 et le 23 avril. Voici le détail (les liens pointent vers les publications Facebook et Youtube de Faucons de l'UdeM):
Oeuf #1: 16 avril 13h01. La ponte de cet œuf signale le choix du nichoir 2 pour la nidification, une première pour ce nichoir installé en 2022. Faucons de l'UdeM a publié une seconde vidéo montrant M découvrant l’œuf.
Oeuf #4: 23 avril 5h37 (vidéo Youtube). Écart d'environ 55 heures avec le précédent.
Un 5ième œuf aurait théoriquement pu être pondu le 25 avril (peu probable dans la mesure où cela n'a jamais été observé avec cette femelle). Le 26 avril Faucons de l'UdeM annonçait implicitement que le compte resterait à 4 œufs avec cette vidéo Facebook montrant un relai entre les 2 adultes au nid.
Couverture médiatique
Peut-être à cause de la publicité sur le faucon pèlerin 'sick' lancée un mois plus tôt par le gouvernement du Québec pour mettre en garde contre le déclin de la langue Française, la ponte a été fortement couverte par les médias et pour la plupart d'entre eux avant même qu'elle soit complétée. D'autres facteurs qui expliquent en partie l'importance de cette couverture est la diversité des plateformes d'un même média (radio, télé et site web pour Radio-Canada par exemple) ainsi que la convergence des médias (le même article ou sa traduction qui paraissent dans des médias en apparence distincts). Finalement, comme me l'a souligné Eve Belisle, le premier article a été signé par le journaliste Mathieu Robert-Sauvé qui couvrait depuis longtemps les faucons pèlerins de l'Université de Montréal dans les médias de l'Université de Montréal (voir par exemple cette vidéo pour la chaine Youtube de l'Université de Montréal Fixez l'objectif en 2010 ou cette publication du 27 mai 2020 dans Forum/UdeM Nouvelles).
Les listes suivantes sont possiblement incomplètes: n'hésitez pas à me communiquer d'autres publications parues dans la période visée (15 au 30 avril).
Fait inusité, une des juvéniles qui a été élevée par le couple de faucon pèlerin qui a niché sous le pont Jacques-Cartier en 2022 est toujours présente sur le site alors que s'amorce la nidification 2023. La présence d'une immature auprès des 2 adultes a été signalée pour la première fois par Élise Deshaies le 13 mars. Le 24 mars j'ai réussi à identifier l'immature comme étant P04, une jeune femelle soignée par l'UQROP et qui a été relâchée le 30 juin 2022 sous le pont Jacques-Cartier dans l'espoir qu'elle serait adoptée par le couple nicheur. Manifestement l'adoption a trop bien réussi puisque l'immature était toujours présente le 14 avril auprès des adultes, sans signe évident d'agressivité envers elle!
Habituellement les jeunes quittent le territoire de leurs parents à leur premier automne pour vivre leur propre vie et ne sont plus revus à proximité du nid le printemps suivant. À Montréal je n'ai connaissance que d'un seul cas similaire, celui de la présence de Polly auprès de ses parents Roger et Spirit au printemps 2010, qui a significativement perturbé la nidification 2010.
Immature sur la perche du nichoir et adulte à l'intérieur - 9 mars 2023
Cet article est organisé comme suit. Je commence par décrire brièvement ce qui a été observé durant la période du 13 mars au 14 avril. Puisque l'immature a été identifiée comme étant P04, je consacre la 2ième section à une présentation de cette femelle. La 3ième section rappelle le précédent de Polly à l'Université de Montréal en 2010 et mentionne plus brièvement un cas plus récent au Massachussetts. Finalement l'article se termine par une courte discussion.
Des photos de cette nidification très spéciale sont disponibles dans cet album photo.
Rapide chronologie des observations pour la période 13 mars - 14 avril
Le 13 mars, Élise Deshaies a la surprise d'observer 3 faucons pèlerins à proximité du nid de 2022 sous le pont Jacques-Cartier du côté de Longueuil, dont un qui n'a pas encore son plumage d'adulte (je parlerai d'''immature'', bien que le terme ''juvénile'' serait peut-être techniquement davantage correct). Un des adultes s'envole avec un restant de proie, poursuivi par l'immature. Lorsque l'adulte lâche les restants, l'immature l'attrape en vol. Les observations d'Élise Deshaies sont décrites ici.
Le 22 mars j'observe pour la première fois l'immature en compagnie des 2 adultes. Ignorant à ce moment-là qu'Élise Deshaies avait documenté quelques jours plus tôt le fait que l'immature était bagué(e), je découvre à mon tour ce fait. Je parviens à lire un 0 sur la bague de couleur, ce qui n'est pas d'une grande utilité puisque 3 des 4 juvéniles qui ont transité par le pont Jacques-Cartier en 2022 ont un 0 sur leur bague: E08, P03 et P04....
Curieux de déterminer l'identité de l'immature, j'y retourne à la première occasion, c'est-à-dire le 24 mars. Je suis sur place de 7h15 à 13h. P04 essentiellement aussi... P04 passe en particulier près de 3 heures sur une extrémité de poutre pas très loin de l'endroit où je suis posté, ce qui me permet de prendre de nombreuses photos de ses bagues. La très grande majorité des photos de sa bague de couleur est inexploitable ou ne montre qu'un seul caractère mais heureusement 2 photos permettent conjointement de déchiffrer la bague de couleur, même si on ne voit l'inscription au complet sur aucune d'elle:
Identification de P04: P et 4 visibles
Identification de P04 : ''04'' visible
(Dans ma publication Facebook du 25 mars,
la première photo est extraite de la première photo ci-dessus et est
tournée de 90 degrés de façon à faciliter la lecture de la bague).
Ce qui m'a le plus frappé cette journée-là, c'est la confiance apparemment totale de P04 envers les adultes. Par exemple elle faisait sa toilette, la tête enfouie dans ses plumes, alors qu'un adulte était perché sur la poutre voisine. La vidéo ci-dessous montre quelques séquences captées ce jour-là.
P04 au pont Jacques-Cartier: 24 mars
Ma visite suivante est le 29 mars de 6h20 à 13h15 et de nouveau j'échoue à voir l'immature. J'ai plus de chance le le 9 avril en après-midi. À 16h49 l'immature et un des adultes sont au nichoir 1 quand l'autre adulte arrive avec une proie. L'immature le voit arriver de loin et part à sa rencontre mais malheureusement un pilier me cache l'interaction entre les 2. Les 2 faucons reviennent vers le pont, celui avec la proie se perchant du côté aval (j'étais alors posté du côté amont). Malheureusement le temps de passer de l'autre côté il avait disparu. Je n'ai pas réussi à localiser de faucon en train de manger et je n'ai plus revu l'immature, les 2 faucons présents par la suite étant apparemment les adultes. La proie a-t-elle été déposée dans un garde-manger ou bien l'immature est-elle partie avec ? Je l'ignore mais c'est le genre d'observations qui alimente mes soupçons que P04 détourne de la nourriture à son profit.
Lorsque j'arrive sur place à 7h15 le 14 avril, je trouve l'immature en train de manger sur une extrémité de poutre. À 8h37 j'assiste à une courte dispute entre l'immature et un adulte qui vient d'arriver, dispute qui se poursuit dans la structure du pont. Je n'ai pas pu déterminer si l'immature a réussi à cette occasion à s'emparer d'une proie. À 9h46 l'immature s'envole du nichoir et poursuit de façon assez agressive un adulte qui transportait une proie. L'adulte résiste aux tentatives de vol et se met à manger sur une extrémité de poutre vers l'entrée du pont tandis que l'immature se perche sur une extrémité de poutre au-dessus de l'autoroute. Mais à 9h51 l'immature s'envole et part chasser l'adulte de son perchoir; heureusement l'adulte avait pris soin d'emmener avec lui son repas qu'il a poursuivi sur une autre extrémité de poutre sans être dérangé à nouveau.
La vidéo ci-dessous enregistrée ce jour-là montre ce qui pourrait devenir dans les prochains jours un autre comportement perturbateur de l'immature: ses interférences avec les relais des adultes au nid.
Une immature interfère avec la nidification du couple - 14 avril
Il n'est pas clair s'il y avait déjà des œufs et si oui, si leur incubation avait commencé: en effet la surveillance vidéo montre qu'à un certain moment le nichoir a été déserté pendant 22 minutes sans raison apparente. Or lorsque l'incubation a commencé, les œufs sont essentiellement couvés en permanence, en tout cas le chiffre de 22 minutes me parait un peu élevé.
La vidéo montre également un autre aspect intéressant: après avoir complété son repas, le faucon qui mangeait a apporté les restants à l'autre faucon dans le nichoir à l'occasion du 2ième relai montré par la vidéo. Généralement l'adulte qui a fini de manger va déposer les restants dans un garde-manger ou tout simplement les laisse sur place, à charge pour l'autre faucon de poursuivre s'il le désire le repas. Mais s'il avait fait cela, l'immature - qui était aux aguets - aurait sans aucun doute pris possession des restants. Le repas du 2ième adulte n'a pas été dérangé par l'immature.
P04 est une jeune femelle faucon pèlerin qui avait été acheminée à l'UQROP en provenance de Varennes d'après cette publication d'Environnement Faucon (une autre source mentionne Sorel comme lieu d'origine de P04; cet aspect sera probablement clarifié quand et si l'UQROP publiera sur ce cas). Elle a été relâchée le 30 juin 2022 au pont Jacques-Cartier en même temps que P03, une des femelles née sous le pont Jacques-Cartier et qui avait aussi séjourné à l'UQROP. La double-relâche a été effectuée par Environnement Fauconen collaboration avec les équipes de PJCCI, de la Clinique des oiseaux de proie du CHUV et de l’UQROP, voir la publication Facebook citée plus haut ainsi que cet article de blogue. L'opération a été un succès: les adultes ont accepté les 2 juvéniles et ont complété leur éducation.
P04 au pont Jacques-Cartier, 9 juillet 2022
À ma connaissance les dernières observations confirmées de P04 au pont Jacques-Cartier datent du 27 juillet 2022 (observation de 2 juvéniles par Elise Deshaies, observation de Sylvain Cusson incluant des photos de sa bague, voir ci-dessous).
P04 au pont Jacques-Cartier, 27 juillet 2022 (crédit Sylvain Cusson)
Le 14 août 2022 je photographie une juvénile qui fait la sieste sur un des nichoirs du pont Jacques-Cartier mais je ne parviens malheureusement pas à l'identifier.
Juvénile non identifiée au pont Jacques-Cartier, 14 août 2022
Un peu plus d'une semaine plus tard, Patrick Léger photographie P04 dans l'ancienne carrière Francon sur l'ile de Montréal à une dizaine de kilomètres du nid du pont Jacques-Cartier (plus précisément, la photo de la bague que j'ai vue montre seulement l'inscription ''04'' donc en théorie il pourrait s'agir d'un autre individu mais ce serait extrêmement surprenant).
En 2007 Eve Belisle commence à observer un couple de faucon pèlerin sur la tour de l'Université de Montréal. En 2008 des accouplements sont observés mais aucun jeune n'est observé. À l'initiative d'Eve Belisle un nichoir est alors installé au 23ième étage de la tour. Le printemps suivant le couple adopte ce nichoir et 2 fauconneaux, une femelle baptisée Polly et un mâle baptisé Algo, voient le jour.
Un seul décès peut être attribué de façon certaine à Polly, celui du fauconneau kidnappé. Mais on peut s'interroger sur le rôle des interruptions de couvaison dans la non-éclosion du 4ième œuf et dans la maladie d'Eve (plus précisément, les interruptions de couvaison ont pu résulter en un système immunitaire plus faible qui a empêché de combattre efficacement la maladie).
Le kidnapping du fauconneau semble être sans précédent dans le monde. Pourquoi a-t-elle fait ça: confusion avec de la nourriture comme cela a été suggéré dans le blogue ? curiosité (enlever un fauconneau était peut-être pour elle la seule façon de découvrir ce qui se cachait sous les plumes de ses parents) ? acte de pure méchanceté motivé par la jalousie ? On l'ignore. Cet épisode funeste a comme marqué la fin de la présence de Polly près du nid: elle a fait une apparition de quelques secondes dans le nichoir le lendemain de son méfait comme le montre cette vidéo et d'après l'article scientifique elle a été vue pour la dernière fois sur la tour le 11 mai. Il n'est pas clair si cette disparition était son choix ou si elle a finalement été chassée par ses parents. Quelques années plus tard Polly élèvera avec succès ses propres fauconneaux à l'Échangeur Turcot (incidemment, en 2014 Polly a été revue transportant un fauconneau hors du nid mais ce comportement était alors considéré comme normal puisque tout porte à croire que le fauconneau était déjà décédé) puis à l'église River's Edge en 2019. Elle a été observée de façon certaine pour la dernière fois en mai 2020 au parc Angrignon.
Il existe d'autres exemples dans le monde où une femelle faucon pèlerin immature a été tolérée durant une nidification. Un cas récent est celui de Springfield au Massachussetts en 2019. Comme les juvéniles n'avaient exceptionnellement pas pu être bagués l'année précédente, il n'est pas possible d'affirmer que l'immature présente auprès des adultes est leur fille. Contrairement au cas de l'Université de Montréal cette jeune femelle participait efficacement à la couvaison. Mais quand les fauconneaux sont nés, elle s'est mise à compétitionner avec eux lors des nourrissages et évidemment raflait presque tout au grand désarroi des spectateurs qui suivaient la scène via la caméra! Heureusement elle a fini par évoluer et a par la suite aidé à nourrir les fauconneaux. Voir
par exemple le forum Bird Cams Around the World.
Discussion
Il n'est pas clair si les jeunes faucons pèlerins choisissent eux-mêmes de quitter le territoire de leurs parents après qu'ils soient devenus autonomes ou s'ils sont chassés par les adultes. René-Jean Monneret qui a beaucoup étudié le faucon pèlerin en France écrit dans son livre (le faucon pèlerin: description, moeurs, observation, protection, mythologie..., Les sentiers du naturaliste, 2000): ''l'émancipation n'est donc pas, comme il a été dit quelquefois une éviction de la part des adultes, mais une dispersion dont le déclenchement dépend à la fois de la <<pression>> alimentaire du milieu [...] et des tendances instinctives à la dispersion des jeunes eux-mêmes''. D'un autre côté, ce n'est pas nécessairement dans l'intérêt des adultes de tolérer des jeunes de l'année précédentes, qui peuvent rapidement se transformer en rivaux.
Certes, la présence d'une immature peut avoir des avantages pour le couple. Eve Belisle mentionne par exemple, en réponse à un commentaire d'une des entrées de son blogue, que Polly participait à la défense du territoire. Dans le cas de Springfield, l'immature a participé à la couvaison puis, après une période de flottement, a aidé à nourrir les fauconneaux. Dans le livre déjà cité, Monneret parle du phénomène d'aide à l'élevage documenté pour la première fois en 1973 à un nid en montagne où une immature montait la garde près du nid et lorsqu'un adulte arrivait avec une proie, allait chercher la proie en vol puis allait nourrir les petits pendant que l'adulte retournait chasser.
Mais la présence d'une immature peut aussi être source de nuisance. À l'Université de Montréal la présence de Polly s'est traduite par des trous importants dans la couvaison avant de culminer avec la mort d'un fauconneau. Au pont Jacques-Cartier, P04 semble intercepter à son profit la nourriture que le mâle destine probablement plutôt à sa partenaire (et plus tard, à ses fauconneaux). Il est intéressant de remarquer qu'autant à Montréal en 2010 et qu'au pont Jacques-Cartier en 2023 le couple a vu des jeunes s'envoler du nid pour la première fois l'année précédente et donc n'avait jamais eu l'occasion d'être confronté à une aspirante-Tanguy. Se pourrait-il que les faucons pèlerins apprennent de leurs expériences et chasseront par la suite leurs jeunes qui voudraient s'accrocher ?
Mentionnons pour terminer que bien que cela reste exceptionnel, une femelle faucon pèlerin peut très bien avoir des jeunes à elle dès sa première année. Par exemple en 2020 une femelle née l'année précédente dans un nid de Toronto a élevé avec succès 2 jeunes dans l'Indiana (détails). Au-delà de l'exploit biologique, ces exemples montrent qu'un faucon pèlerin est capable très tôt dans sa vie d'acquérir et de défendre un territoire. P04 peut donc dès maintenant être considérée comme une rivale potentielle pour la femelle adulte, qui a plutôt intérêt à surveiller ses arrières!
Article modifié le 23 janvier à 22h30 pour inclure une explication possible proposée par Eve Belisle. Les changements par rapport à la version initiale de l'article sont en italique.
Entre 7h45 et 10h20 le 19 janvier, 2 faucons pèlerins ont effectué une série de passages proche du sol au niveau d'un tas de neige sur un parking en face d'Allez Up. Ce comportement est pour le moment inexpliqué.
Appel à témoignage Si vous avez observé quelque chose en lien avec cet évènement ou si vous revoyez un faucon pèlerin sur un perchoir bas (lampadaire, toit d'entrepôt), merci de me le signaler à l'adresse falcourbanis@gmail.com.
Brève description des évènements
Les passages bas ont eu lieu au niveau d'un tas de neige résultant du déblaiement du parking délimité par les rues De Condé et Saint-Patrick, juste en face d'Allez Up. L'emplacement du tas de neige est indiqué par une étoile dans la photo ci-dessous.
Après avoir réalisé que les passages bas se répétaient j'ai filmé le tas de neige de 8h20 à 9h03. Durant ces 43 minutes il y a eu 9 interventions des faucons pèlerins qui sont montrées dans la vidéo ci-dessous.
Chaque intervention est composée d'au maximum 2 passages, ce qui pourrait suggérer que la cible - s'il y avait une cible - se mettait à l'abri et qu'une nouvelle intervention avait lieu quand les faucons pèlerins revoyaient la cible du haut de leurs perchoirs. Les faucons utilisaient l'édifice d'Allez Up ou les toits des entrepôts qui jouxtent le parking comme point de départ. Les interventions étaient silencieuses. 2 faucons pèlerins ont participé mais il est possible que la majorité des interventions ait été effectuée par un seul individu.
Parking, tas de neige et mat d'éclairage vus depuis la rue Saint-Patrick
Détails additionnels
Tout a commencé pour moi à 7h20 quand j'ai repéré un faucon pèlerin sur un toit d'Allez Up. À 7h24 il s'envole et se pose sur l'extrémité de toit le plus vers la rue Bridge. À 7h36 j'entends des vocalises, un indice qu'il n'est peut-être pas seul. À 7h42 un oiseau se perche sur un lampadaire à l'intersection des rues De Condé et Saint-Patrick. Je pense d'abord à un pigeon et je me dis qu'il a choisi une place bien dangereuse... Mais à ma grande surprise c'est un faucon pèlerin! Jamais depuis 2019, moment où j'ai commencé à observer les faucons pèlerins dans ce secteur, je n'avais vu de faucon pèlerin perché aussi bas: à Allez Up ils ne se perchaient pas en-dessous du sommet des cylindres verticaux qui caractérisent l'édifice et à Nordelec ils se perchaient sur les ornements situés un petit peu plus bas que le toit de l'édifice.
Faucon pèlerin sur un lampadaire à l'intersection des rues De Condé/Saint-Patrick, 7h42
Très vite il s'envole et se perche sur une structure similaire plus à l'intérieur de la rue De Condé. Il a disparu pendant que je m'approchais. Je le revois en vol à 7h45, il était bas et venait du parking. Il est allé se percher sur un toit d'Allez Up, plus bas que le premier faucon. À 7h47 un faucon pèlerin effectue un passage bas près du tas de neige. Le 2ième faucon pèlerin est toujours sur son toit, c'est donc le premier faucon pèlerin: chacun des faucons a donc effectué une intervention.
Le 1er faucon revient vers Allez Up et se perche sur une sortie d'air, plus bas que où ils se perchent d'habitude: une autre première.
Pendant que je filmais le faucon #1 sur sa sortie d'air, le faucon #2 arrive en vol avec une proie, se perche sur le mat d'éclairage du parking près du tas de neige et se met à manger. Il s'envole à 8h13 et se perche sur le toit d'un entrepôt: c'est de là qu'il effectuera la première intervention montrée dans la vidéo précédente à 8h21. Entretemps le faucon #1 a effectué une intervention à 8h14 puis est allé se percher sur la sortie d'air en-dessous de celle d'où il était parti.
Après la dernière intervention montrée dans la 1ière vidéo le faucon s'était perché sur l'édifice d'Allez Up (l'autre n'était alors plus visible). Il est parti à 9h06 et je l'ai presque immédiatement perdu de vue. Comme il ne revenait pas, je suis allé à Farine Five Roses où j'ai trouvé un faucon pèlerin qui a lancé plusieurs attaques depuis l'enseigne géante. À mon retour près d'Allez Up à 10h19 j'ai trouvé un faucon pèlerin sur le toit de l'entrepôt juste derrière le tas de neige qui a presque immédiatement volé près du tas de neige avant d'aller se percher sur l'édifice d'Allez Up. Il a disparu peu après et j'ai moi-même quitté.
Observations subséquentes: après-midi du 19 janvier, 21 et 22 janvier
À mon retour à 13h45 un faucon pèlerin mangeait sur un toit d'Allez Up. Il s'est envolé à 14h12 vers Nordelec. En vérifiant les façades de Nordelec j'ai trouvé 2 faucons pèlerins perchés sur des ornements du côté de la rue Shearer.
Vendredi 20 janvier il a neigé pendant une grande partie de la journée. J'y suis retourné le 21 janvier à la même heure où j'avais observé les passages bas 2 jours plus tôt. Le parking avait été déblayé et le tas de neige avait grandi en conséquence. En particulier il était maintenant adossé contre l'entrepôt, du moins à la hauteur de la rue De Condé:
Tas de neige maintenant accolé contre l'entrepôt (photo prise depuis la rue De Condé)
À 7h56 un faucon pèlerin est arrivé en vol et s'est perché sur l'édifice d'Allez Up côté canal. Je l'ai rapidement perdu de vue. En écrivant cet article j'ai réalisé qu'un faucon pèlerin apparaissait sur l'édifice d'Allez Up sur une des photos prises à 9h24 lors de mon second passage dans le secteur:
Faucon pèlerin à Allez Up près du nid présumé en 2019 et 2020
Une rapide vérification vers 14h ne m'a pas permis de voir de faucon pèlerin dans le secteur d'Allez Up/Nordelec. Par contre à 14h40 j'ai noté la présence de 2 faucons pèlerins à Farine Five Roses.
Le 22 janvier entre 8h50 et 9h15 je n'ai pas vu de faucon pèlerin sur les toits d'Allez Up ni sur les perchoirs bas utilisés le matin du 19 janvier. Par contre j'ai observé une buse à queue rousse qui se faisait harceler par des corneilles près de Nordelec.
Tentatives d'explication
Les
faucons pèlerins chassent principalement des oiseaux en vol et aiment
se percher en hauteur. Les voir évoluer proche du sol sur une si longue
période est donc inhabituel, surtout à cette période de l'année.
Examinons quelques explications possibles.
Recherche de nourriture ?
Bien que les faucons pèlerins chassent principalement des oiseaux en vol ils peuvent aussi tenter parfois d'attraper des oiseaux au sol et même exceptionnellement de petits rongeurs. Mais dans ce cas-ci il serait étonnant que les faucons pèlerins passent autant de temps (plusieurs heures) à tenter d'attraper une proie qui ne fait pas partie de leur menu habituel. Cette explication est peu probable à mon avis.
Ajout du 23 janvier, 22h30:
Une variante de cette explication, beaucoup plus vraisemblable, a été proposée par Eve Belisle de Faucons de l'UdeM après la publication d'une première version de cet article: selon cette théorie les faucons pèlerins auraient échappé une proie déjà tuée dans la neige et tentaient de la récupérer. La durée de l'évènement s'expliquerait d'une part par le fait que les faucons pèlerins avaient investi de l'énergie dans la capture de cette proie et que d'autre part il n'y avait pas urgence à la récupérer. Il est même possible que les faucons pèlerins ignoraient l'endroit exact où la proie serait tombée: j'ai en effet trouvé cette proie partiellement mangée au bord du trottoir à quelques dizaines de mètres de l'entrée du parking (la proie a en outre pu être déplacée par un véhicule).
Un faucon pèlerin intrus ?
Selon
cette théorie un 3ième faucon pèlerin se trouverait derrière le tas de
neige, très vraisemblablement blessé à la suite d'une bagarre avec les 2
premiers. Le couple de faucon pèlerin le garderait à l’œil, réagissant
de façon agressive dès que le blessé semblerait aller mieux. C'est une possibilité qui ne peut pas être écartée puisqu'on est à moins de 1 mois de la saison des amours (en 2020 j'avais observé un accouplement à Allez Up le 17 février) et il plus que temps pour les faucons pèlerins de se trouver un territoire et un partenaire.
Un prédateur ?
La scène rappelle vaguement les manœuvres observées en 2021 au pied du nid du pont Jacques-Cartier pour éloigner un renard (vidéo). Mais c'était en avril, en pleine période de nidification, et on peut facilement comprendre que le renard représentait un danger en cas de chute au sol d'un bébé. Les 2 situations ne semblent pas de la même nature.
Certains animaux sont fortement susceptibles d'être attaqués par les faucons pèlerins toute l'année. C'est le cas par exemple du grand-duc d'Amérique qui est un des rares prédateurs du faucon pèlerin adulte. D'autres hiboux ou chouettes pourraient aussi être attaqués. Se pourrait-il qu'un tel oiseau séjournait dans l'entrepôt et apparaissait occasionnellement par une ouverture ? Lorsque le tas de neige aura disparu il sera intéressant d'examiner le mur pour voir s'il y a des ouvertures. Une autre possibilité qui rejoint la théorie précédente est la présence d'un oiseau de proie blessé. Un grand corbeau pourrait aussi s'être retrouvé au sol après avoir été attaqué par les faucons pèlerins (le 10 mars 2022 j'avais trouvé un cadavre de grand corbeau sur un trottoir de la rue Richardson en face de Nordelec).
Des animaux autres que des oiseaux pourraient-ils être attaqués ? Il est difficile d'imaginer pourquoi un mammifère ou un reptile serait attaqué au sol en cette période de l'année puisqu'il ne présente pas de danger pour le faucon pèlerin adulte. Je vais cependant risquer une explication possible. Différentes expériences (lien1, lien2) suggèrent fortement que les corvidés sont capables de se souvenir d'individus d'une autre espèce qui leur ont nui dans le passé. J'ignore si des expériences semblables ont été tentées avec des faucons pèlerins mais il y a eu un incident à Montréal qui suggère que certains faucons pèlerins ont cette capacité de mémorisation. En 2019 et en 2020 il y a eu 2 tentatives de nidification d'un couple de faucon pèlerin sur l'édifice d'Allez Up qui ont échoué sans que l'on sache pourquoi. Parmi les hypothèses envisagées il y a celle d'une destruction des œufs par un prédateur qui aurait réussi à grimper jusqu'au nid (par exemple en utilisant les prises installées pour l'escalade extérieure mais il y a peut-être d'autres voies). Mon principal suspect était le raton-laveur mais un récent documentaire diffusé par CBC sur les super-pouvoirs du rat a montré que celui-ci est capable de grimper le long de murs. D'autres mammifères que j'avais considérés étaient ceux de la famille des mustélidés (martre, belette, pékan, ...) mais ceux-ci vivent en forêt donc cette piste semble pouvoir être exclue (la fouine, bien connue en Europe pour vivre près des habitations, n'est pas présente en Amérique du Nord). Se pourrait-il que la femelle faucon pèlerin ait reconnu l'individu qui a détruit son nid et qu'elle ait tenté de se venger en l'attaquant, entrainant à sa suite le nouveau mâle ?
Autres
Peut-être qu'il n'y a pas de raison particulière au comportement observé. Peut-être qu'il s'agissait simplement d'un jeu ou d'un exercice. Après tout, au moins un des faucons pèlerins avait mangé quand la plus grande partie des vols bas ont été observés, et il ne faisait pas froid donc les faucons n'avaient pas à économiser leur énergie pour garder leur chaleur.
Une possibilité très spéculative est que les faucons pèlerins ont agi en sachant que je les observais dans l'unique but de voir comment je réagirais! Les faucons pèlerins ont beaucoup de temps pour observer leur environnement et les créatures qui y vivent, et je n'ai aucun doute qu'ils m'observent au moins autant que je les observe. Sont-ils capables de concevoir une expérience dans le but d'en apprendre plus sur moi, de la même façon que les éthologues (spécialistes du comportement animal) soumettent des problèmes à des animaux pour tester leur capacité à les résoudre ? Dans ce cas-ci les faucons pèlerins cherchaient peut-être à déterminer si je grimperais sur le tas de neige ou sur le toit pour tenter de comprendre ce qui se passait (et dans ce cas peut-être que la réponse négative qu'ils ont eu les ont rendu plus confiant que je n'étais pas trop à risque de grimper jusqu'à leur nid!). Je n'ai pas de raison de penser que les faucons pèlerins sont intelligents à ce point mais je garde toujours cette possibilité dans un coin de mon esprit.
Conclusion
La présence d'un couple de faucon pèlerin à Allez Up est normale en ce temps de l'année et n'annonce pas nécessairement une nouvelle tentative de nidification: en 2021 et en 2022 les faucons pèlerins ont disparu en février/mars, probablement pour nicher ailleurs.
Ce qui était inhabituel c'était de les voir évoluer à basse altitude. Je n'ai pas d'explication définitive à ce comportement mais la présence d'un irritant (autre faucon pèlerin ou prédateur) est l'hypothèse que je privilégie. Étant donné l'endroit où l'animal se trouvait, on ne peut pas exclure qu'il était blessé. Lors de l'enlèvement du tas de neige ou de sa fonte il serait intéressant d'être attentif à la possible présence d'un cadavre. Rappelons à ce propos que la loi oblige à déclarer les oiseaux de proie trouvés morts ou blessés et si demandé par un agent de la faune, à lui remettre le cadavre.
Si vous avez des informations susceptibles d'éclairer ce qui s'est passé ce matin du 19 janvier, merci de communiquer avec moi à l'adresse falcourbanis@gmail.com.