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vendredi 23 juin 2023

Un faucon pèlerin immature kidnappe un bébé faucon pèlerin au nid du pont Jacques-Cartier!

Cet article a été publié le 24 août 2023 et daté du 23 juin 2023 afin de le placer à l'endroit voulu dans le blogue.

Le 23 mai 2023 une femelle faucon pèlerin immature s'empare d'un bébé faucon pèlerin dans le nid du pont Jacques-Cartier et s'envole avec. L'immature, qui est baguée, avait été donnée en adoption au couple nicheur l'été dernier et peut donc être considérée comme leur fille. Cette situation est très inhabituelle, ne serait-ce que parce que les jeunes de l'année précédente ne sont généralement pas tolérés sur le territoire de leurs parents au début de la nidification suivante. Le seul autre cas connu de kidnapping par une jeune de l'année précédente a eu lieu à Montréal en 2010 quand Polly, née l'année précédente dans le nichoir de la tour de l'Université de Montréal, s'est emparé d'un fauconneau sous sa mère dans ce même nichoir de l'Université de Montréal et s'est envolé avec. 

Le kidnapping du fauconneau du pont Jacques-Cartier n'a été que l'une des façons dont l'immature a perturbé la nidification qui a ultimement échoué. Le présent article se concentre sur le kidnapping; un autre article à venir couvrira l'ensemble de cette nidification hors de l'ordinaire.

Cet article est organisé comme suit. La première section décrit l'observation du 23 mai 2023 au pont Jacques-cartier. La 2ième section rappelle le kidnapping de mai 2010 à l'Université de Montréal et l'article scientifique qui en a découlé. Dans la 3ième section je mentionne des cas apparentés de jeunes parents inexpérimentés qui ont évacué un fauconneau (vivant) du nid. Finalement la dernière section discute brièvement différents sujets qui pourraient éclairer en partie ces comportements.

Cet article n'aurait sans doute pas été le même sans les commentaires de Marilou Skelling et Sarah Gagnon d'Environnement Faucon et du docteur Guy Fitzgerald de l'UQROP face à la vidéo que je leur ai envoyée. Merci beaucoup à eux. À noter que je ne leur ai pas soumis cet article avant sa publication, j'assume donc entièrement les erreurs qu'il pourrait contenir.


Le kidnapping du 23 mai 2023 au pont Jacques-Cartier

Contexte

En 2022 pour la première fois depuis au moins une décennie un couple de faucon pèlerin a choisi de nicher dans un des nichoirs installés sur une pile du pont Jacques-Cartier du côté de Longueuil. 3 fauconneaux y sont nés, qui ont été bagués le 8 juin 2022, voir cet article . Malheureusement leurs premiers vols ne se sont pas bien passés: le 29 juin un des fauconneaux avait trouvé la mort vraisemblablement par collision avec un véhicule sur l'autoroute, un autre avait disparu depuis plusieurs jours après avoir été photographié au sol et une 3ième avait été acheminée à l'UQROP après avoir été recueillie au sol, voir cet article. Le 30 juin 2022 ce dernier fauconneau - une femelle baptisée P03 - a été relâchée sous le pont Jacques-Cartier en compagnie de P04, une jeune femelle provenant d'un nid de la région de Varennes et qui avait aussi été acheminée à l'UQROP (les noms proviennent du code de leur bague de couleur). Les observations ont montré que les adultes avait accepté le retour de leur fille et adopté P04, voir cet article
 
Le 13 mars 2023 Élise Deshaies signale la présence d'une immature auprès des 2 adultes à proximité du nichoir. Le 18 mars elle observe que l'immature est baguée aux 2 pattes. Le 24 mars je parviens à identifier l'immature comme étant P04. Pour plus de détails, voir cet article et les références qu'il contient. Une immature baguée a continué à être observé les jours et semaines suivants près du nichoir et tout porte à croire que c'était à chaque fois P04 mais il n'est pas possible de le prouver hors de tout doute.
 
Le 22 mai je filme ce qui a tout l'air d'un nourrissage: un adulte entre dans le nichoir avec une proie, s'active pendant quelques minutes sans qu'on puisse voir exactement ce qu'il fait puis s'envole avec la proie ou ce qu'il en reste. C'est le premier signe suggérant que des fauconneaux étaient nés. Ce signe sera confirmé de façon plutôt dramatique le lendemain matin.

 

Le kidnapping

Par commodité les temps indiqués ici sont ceux indiqués par l'horloge de l'appareil photo: il a été estimé que cette horloge est en avance sur le temps réel d'une quarantaine de secondes. À mon arrivée à 6h56 je repère un faucon pèlerin au sommet de la tour d'habitation située au coin du boulevard La Fayette et de la rue de Sérigny. À 7h04mn58 je débute une vidéo-surveillance du nichoir dans l'espoir de documenter un autre nourrissage et peut-être entrevoir la tête d'un fauconneau. À 7h20 le faucon qui était sur la tour d'habitation s'envole en direction du nichoir. Je le perds de vue quelques instants derrière un pilier mais la caméra qui surveille le nichoir capte l'arrivée de l'immature à 7h21mn02. L'immature entre dans le nichoir à gauche et presque aussitôt l'adulte qui était au nid s'envole (à 7h21mn12). On devine ensuite l'immature qui s'affaire au-dessus du nid. À 7h21mn19 elle s'avance vers l'extérieur en tenant dans son bec un bébé par la peau du cou. 
 

À 7h21mn22 elle le dépose au sol, on voit ensuite à plusieurs reprises la tête de l'immature et elle n'a plus le fauconneau dans son bec. À 7h21mn55 elle le reprend dans son bec et fait un autre pas vers l'avant. À 7h22mn01 elle le transfère à une de ses pattes. Suivent des manipulations qui entrainent des mouvements du fauconneau qui laissent peu de doute sur le fait qu'il est encore vivant. À 7h23mn04 l'immature s'envole du nichoir en emportant le fauconneau de sa patte droite.


Ce kidnapping a permis d'obtenir la seule preuve visuelle directe (à ma connaissance) de la présence de fauconneau. 
 

Ce qui s'est passé ensuite

Lorsque j'ai vu le faucon perché sur la tour d'habitation s'envoler vers le nichoir je pensais qu'il s'agissait de l'autre l'adulte et je m'attendais à assister à un relai. J'ai soupçonné que quelque chose d'inhabituel se passait quand j'ai vu le faucon s'attarder sur le seuil du nichoir plutôt que de rester avec les fauconneaux (je n'avais pas vu l'arrivée de l'immature ni le départ de l'adulte puisqu'un pilier me cachait la vue pendant que je me déplaçais). Je me suis précipité vers la caméra et je suis arrivé juste à temps pour voir sur l'écran, l'immature s'envoler en transportant quelque chose de blanc.Sachant ce qui s'était passé en 2010 à l'Université de Montréal, j'ai tout de suite pensé qu'elle avait possiblement emporté un fauconneau.

L'immature semblait s'être perchée sur la pile opposée avec ce qu'elle transportait, dans la moitié aval de la pile. J'avais peut-être une chance de l'apercevoir en passant du côté aval du pont. Oui mais est-ce que je devrais tenter ma chance en apportant l'appareil photo et donc interrompre la surveillance vidéo; ou tenter de voir quelque chose à l’œil nu (je n'avais pas apporté de jumelles) ? Ou même peut-être serait-il préférable que je reste sur place au cas où elle s'envolerait ? J'ai finalement choisi de passer de l'autre côté du pont tout en continuant la surveillance vidéo et je ne l'ai pas regretté puisque rendu de l'autre côté j'ai vu 2 faucons se précipiter au nichoir...

Un premier mérite de ne pas avoir interrompu la surveillance-vidéo est qu'elle montre que le fauconneau n'a pas été ramené au nichoir: ce fauconneau est donc vraisemblablement décédé puisque âgé de quelques jours il avait besoin d'être gardé au chaud (sans compter les éventuelles blessures causées par les griffes qui le tenaient lors du vol).
 
Une deuxième chose que montre la surveillance vidéo est une dispute dans le nichoir entre la femelle adulte et l'immature au sujet d'une proie! À 7h27mn55 on voit d'abord l'adulte arriver au nichoir avec une proie (la proie est en partie blanche mais il ne semble pas que ce soit le fauconneau). L'immature arrive 3 secondes plus tard et saisit la proie dans son bec. Chacun des faucons tire de son côté. L'immature cède une première fois mais revient immédiatement à la charge. Après un nouvel échec elle se perche sur une perche latérale à 7h28mn36, attendant sans doute une autre occasion. Le mâle a sans doute réussi à limiter les dégâts en se perchant sur une extrémité de poutre du pont avec une autre proie. L'immature s'est précipitée vers lui à 7h28mn55 et s'est emparée de sa proie, laissant la femelle nourrir tranquillement les fauconneaux survivants.

Le fait que l'immature a bataillé pour une proie aussi rapidement après avoir enlevé le fauconneau suggère fortement qu'elle ne l'a pas mangé.
 
À 8h21 j'interromps la surveillance vidéo du nichoir pour examiner le segment enregistré 1 heure plus tôt. Ce que je vois sur l'écran de mon appareil me laisse peu de doute sur le fait que la chose blanche est bien un fauconneau, par contre je préfère rester prudent sur l'age du faucon (adulte ou immature) qui a évacué le fauconneau: à 8h47 j'informe donc par courriel les biologistes d'Environnement Faucon qui suivent ce nid pour le compte de la société PJCCI qu'un faucon a évacué un fauconneau du nichoir. 

Je décide ensuite de traverser l'autoroute pour jeter un coup d’œil au pied des piliers au cas où le fauconneau (ou un autre) s'y trouverait. À vol d'oiseau la traversée ne prend pas plus de 1 minute mais à pied il faut se rendre jusqu'à la passerelle la plus proche, ce qui représente un trajet de 3,8kms d'après Google Maps. À mon arrivée à 9h30 je repère l'immature sur une canalisation verticale du pilier 08. Un examen rapide du sol entre les piles 08 et 09 ne montre aucun fauconneau. À 9h50, arrivant par l'arrière, l'immature s'empare d'une proie dans les pattes de la femelle quelques instants avant qu'elle n'atteigne le nichoir pour nourrir ses fauconneaux. La femelle met quelques secondes à se remettre de ce qui vient de se passer puis se lance à la poursuite de l'immature mais elle reviendra bredouille. Peu après 10h l'immature retourne au nichoir. Elle s'envole à 10h23 pendant que je changeais la batterie de mon appareil photo mais je suis bien placé pour constater que cette fois-ci elle ne transportait rien. Moins de 1 minute plus tard, un adulte retourne au nichoir, ce qui suggère que l'immature a été laissée seule avec les fauconneaux pendant une vingtaine de minutes.

La nouvelle du kidnapping du fauconneau (incluant une vidéo) a été dans un premier temps partagée uniquement avec les biologistes. Ce n'est que le 9 juin que j'ai partagé publiquement sur Facebook une photo tirée de la vidéo.


Un cas similaire: Polly vole un bébé à l'Université de Montréal en 2010

Le 7 mai 2010, Polly - une femelle née l'année précédente - s'empare d'un fauconneau sous les plumes de sa mère et s'envole avec. 
 
Ce qui suit est basé sur 3 sources d'information:
  • Le blogue d'Eve Belisle Histoires de Faucons à l'Université.
  • Le forum Bird Cams Around the World (qui sera référé par la suite par sa forme abrégée ''forum BCAW''). La section relative à Montréal 2010 s'accède depuis la page d’accueil en suivant les sous-menus Archives / Raptors / Peregrine Falcons / 2010 / International. Deux sous-répertoires contiennent les publications relatives au nid de l'Université de Montréal en 2010: un qui couvre la période du 1er janvier au 8 mai, et l'autre la période du 9 mai au 31 décembre.
  • L'article publié en 2012 dans Journal of Raptor Research.
     

Contexte

En mars 2008 un nichoir pour faucon pèlerin a été installé sur la tour de l'Université de Montréal à l'initiative d'Eve Belisle qui avait observé l'année précédente un couple montrer de l'intérêt pour la tour.  Le nichoir est adopté le printemps suivant par Roger (le mâle, non bagué) et Spirit (la femelle, baguée, née dans l'Ohio en 2004). 2 fauconneaux voient le jour et sont bagués le 6 juin 2009: un mâle baptisé Algo et une femelle baptisée Polly. Les 2 juvéniles vivent différentes expériences lors de leurs premiers vols, qui sont relatées dans le blogue Histoires de Faucons à l'Université d'Eve Belisle. En août 2009 à son retour de vacances Eve Belisle constate que Polly est blessée à la patte droite. Les tentatives de la capturer pour la soigner échouent.  

Possiblement en raison de son handicap, Polly ne quitte pas ses parents à l'automne comme le font généralement les faucons pèlerins juvéniles. Le 20 janvier 2010, quand 2 caméras sont installées dans le nichoir, Polly est toujours là.  Spirit pond 4 œufs entre le 24 mars et le 1er avril. Après une absence de quelques jours Polly est de retour et perturbe la couvaison. Mais malgré les perturbations de Polly 3 des 4 œufs éclosent: un le 2 mai et les 2 autres le 3 mai (lien 1, lien 2).
 

Polly vole un bébé

À 18h24 le 7 mai Polly entre dans le nichoir, saisit un fauconneau sous sa mère et s'envole avec! Tout se passe en quelques secondes. La scène a été captée par une caméra, voici une vidéo publiée par Eve Belisle.
 
Polly a emmené le fauconneau dans un second nid, une simple boite de nidification sans toit situé sur la façade ''Chapelle'' de la tour. Roger est intervenu, forçant Polly à s'envoler avec le fauconneau. Elle est ensuite revenue sans le fauconneau. Le 8 mai Polly a de nouveau visité par 2 fois le nichoir. Sources: publication d'Eve Belisle du 8 mai 17h22 dans le forum BCAW et communication personnelle. Dans sa publication du 16 mai 17h57, Eve Belisle précise que Polly était de retour rapidement après avoir quitté la boite de nidification, ce qui l'amène à penser que Polly a lâché le fauconneau quelque part alors qu'elle était poursuivie par Roger. 

Un détail intéressant est mentionné dans l'article scientifique: lorsque Polly a volé le fauconneau, c'était sa première visite dans le nichoir depuis le 2 mai alors qu'il n'y avait qu'un fauconneau nouveau-né, probablement bien à l'abri sous l'adulte.
 

Un kidnapping en direct

Comme les caméras étaient diffusées en direct,  le kidnapping a pu être vécu en temps réel par ceux qui regardaient. Mais comme le montre la vidéo, il fallait être attentif puisque le tout n'a duré que quelques secondes. 

Les archives du forum BCAW donnent une idée de comment le kidnapping a été vécu. Le premier message date de 19h18 - soit un peu moins de 1 heure après l'évènement - et possiblement en raison de la mauvaise maitrise de la langue Française, est très imprécis: ''It appears that one of the chicks has been eaten, possibly by Polly or another falcon ?''  Les réactions sont l'incrédulité ou le déni (''Il ne faut pas croire tout ce que les gens écrivent sur le chat'', traduction libre). Plusieurs disent attendre une confirmation par Wizzz (Eve Belisle). Cette confirmation intervient indirectement le 8 mai à 5h51 sous la forme d'une traduction par un des participants de la nouvelle qu'Eve Belisle a publié la veille au soir dans son blogue, puis de façon directe à 17h22 par Eve Belisle lorsqu'elle partage la vidéo. Il est intéressant de noter que personne dans le forum n'a évoqué de situation similaire malgré le grand nombre de nids de faucon pèlerin suivis par caméra que ces gens regardent.
 

Un article scientifique

Le cas a été décrit dans un article scientifique par Eve Belisle, M. Gabhauer et D. Bird dont le titre est ''Unusual Behaviors by a Juvenile Peregrine Falcon: Parental Interference, Siblicide and Incest'' et qui a paru dans Journal of Raptor Research.en septembre 2012 (comme le titre le suggère, Polly s'était aussi faite remarquée entre temps par son comportement incestueux en formant un couple avec son frère Algo...). 
 
Je n'ai trouvé qu'une seule citation de cet article dans la littérature scientifique. Il s'agit d'un chapitre d'un livre consacré à une sous-espèce de faucon pèlerin: Leonardi, G. (2020). Reproductive Strategies. In: Behavioural Ecology of Western Palearctic Falcons. Springer, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-030-60541-4 . Plus précisément l'article est cité dans une section intitulée ''’2.10.4 Siblicide, Cannibalism, Infanticide, and Conspecific Nest Predation''.  Les autres références citées dans cette section illustrent que lors de pénurie de nourriture les faucons peuvent sacrifier des fauconneaux pour assurer la survie d'autres fauconneaux ou même d'un adulte mais on n'est clairement pas dans cette situation à l'Université de Montréal. Aucune situation similaire à celle de l'Université de Montréal n'est mentionnée par Leonardi.


Des cas apparentés d'enlèvement de fauconneau

Le forum Bird Cams Around the World qui couvre des centaines de nid de faucons pèlerins avec caméra partout dans le monde est une source inestimable en comportements variés de faucon pèlerin. J'ai trouvé les exemples suivants en faisant une recherche avec ''Polly'' comme mot-clé, en tablant sur le fait que le cas de Polly est devenu une sorte de référence pour ce type de comportement. Une recherche plus poussée donnerait possiblement d'autres exemples.
 

San Francisco, 2020

Ce cas a été trouvé dans un sous-forum du forum BCAW mais le récit ci-dessous se base sur un article du SFist. Cet article contient une vidéo Youtube de l'enlèvement.
 
En mars la femelle pond 4 œufs d'un mâle qui est rapidement remplacé par un mâle immature. La première couvée échoue mais 3 autres œufs sont pondus en mai. Le nouveau couple se retrouve alors avec 7 œufs! Une publication de mwplay du 17 juin dans le forum BCAW suggère que le jeune mâle n'a jamais participé à la couvaison.  Le 16 juin, bien après la date estimée pour les éclosions, un des œufs éclot alors que la femelle venait juste de quitter le nid. Le jeune mâle arrive et commence par observer la scène depuis l'extérieur du nid. Puis il rejoint le fauconneau nouveau-né et le traine hors du nid, puis hors de vue de la caméra. Ce comportement a été expliqué par des participants au forum par le fait que le jeune mâle était dépassé par ce qui venait de se passer et qu'il n'avait pas les bonnes hormones.

Eindhoven (Pays-Bas), 2020

Même scénario: le mâle est remplacé par un nouveau mâle qui n'a jamais participé à la couvaison. Un des œufs éclot malgré tout 47 jours après la ponte du premier œuf.  Le 13 mai à 12h53, le mâle sort le fauconneau du nid et, possiblement en raison du retour de la femelle, l'abandonne sur la plateforme. La femelle arrive et le transporte à nouveau dans le nid. Une série de photos ainsi qu'une vidéo montrant l'incident ont été publiés dans le forum BCAW à 6h31 le 13 mai.
Malheureusement une heure plus tard le mâle récidive et cette fois semble s'envoler avec le fauconneau, qui en tout cas n'a plus été revu. Ce 2ième enlèvement est montré dans cette vidéo qui a été partagée dans le forum BCAW à 7h29 le 13 mai.

L'auteure des 2 publications dans le forum BCAW citées plus haut mentionne brièvement qu'un enlèvement d'un fauconneau par un mâle inexpérimenté avait aussi été observé à un nid en Pologne.


  

Discussions

Séparation juvénile/parent durant le premier automne

Normalement les jeunes faucons pèlerins nés au printemps cessent d'être observés sur le territoire de leurs parents durant l'automne. Il n'est pas clair si ceci résulte de la volonté des juvéniles ou si ce sont les adultes qui les expulsent.

Les cas de Polly et de P04 montrent que les parents n'expulsent pas systématiquement leurs jeunes de l'année précédente. Mais on peut remarquer que dans les 2 cas les parents vivaient presque certainement pour la première fois la situation où un jeune de l'année précédente interférait avec la nidification suivante: Spirit est née en 2004 et Eve Belisle n'a observé aucun signe de naissance en 2007 donc la seule possibilité pour Spirit d'avoir été confronté à cette situation est si un jeune né en 2005 avait interféré avec la nidification de 2006, ce qui est peu probable. Pour ce qui est du couple du pont Jacques-Cartier, sa nidification de 2021 sous le pont Jacques-Cartier a échoué après la naissance d'au moins un fauconneau pour une raison inconnue mais ni moi ni les biologistes n'avons observé d'interférence par un faucon tiers. En 2018, 2019 et 2020 un couple de faucon pèlerin était observé au pont Jacques-Cartier mais sans aucun signe de nidification. 

Admettons que les parents de Polly et de P04 n'avaient jamais vécu auparavant cette situation. L'expérience de l'interférence de Polly et de P04 a du être particulièrement difficile: parents chassés du nid, obligation pour les parents de chasser pour l'immature (dans le cas de Polly il semble que cela se traduisait surtout par le pillage occasionnel de caches de nourriture alors que P04 se précipitait quasi-systématiquement sur l'adulte qui arrivait avec une proie) et surtout échec de la nidification (échec partiel en 2010 puisque 1 œuf sur 4 a résulté en l'envol d'un fauconneau mais échec total en 2023). Se pourrait-il que les faucons pèlerins tirent des leçons de ce genre d'expérience et qu'à l'avenir ils chassent impitoyablement tout juvénile qui voudrait s'incruster ? 
 
Mentionnons qu'après l'épisode de Polly, 3 autres faucons pèlerins nés sur la tour de l'Université de Montréal ont été revus sur cette tour mais alors qu'ils étaient adultes: AlgoÉole (qui ultimement a succédé à son père) et Rick; un 4ième (David) a été observé à l'incinérateur des Carrières pas très loin de la tour et un 5ième (Horus) signalé à Sainte-Catherine sur la Rive sud. L'un d'eux a-t-il été tenté de rester avec ses parents lors de sa première année et a été éconduit ? On l'ignore. Notons qu'il s'agissait à chaque fois de mâles, qui sont a priori moins susceptibles de perturber une nidification en raison de leur taille plus petite. Après 2010 il faudra attendre 2015 pour voir Spirit engendrer à nouveau une femelle (ses 3 fauconneaux étaient des femelles cette année-là) et cette nidification aura été son chant du cygne puisqu'elle n'a plus eu de fauconneau par la suite, en raison des batailles territoriales de 2016 et 2017 qui ont ultimement conduit à son remplacement par la femelle actuelle Eve, voir la page généalogie de Faucons de l'UdeM.
 

Les faucons pèlerins peuvent-ils transporter un bébé d'un endroit à un autre?

Quiconque a déjà vu une chatte transporter un chaton en le tenant dans sa gueule par la peau du cou pourrait trouver normal que P04 fasse la même chose avec un fauconneau. De nombreux autres mammifères transportent leurs petits de cette façon, typiquement pour déménager leur portée d'une tanière à une autre. Mais aucun oiseau - à ma connaissance -  n'est connu pour transporter leurs oisillons via la voie des airs d'un endroit à un autre.
 
Il y a cependant 2 situations où un faucon pèlerin peut faire quelque chose qui s'y apparente.
 
Premièrement un parent peut ramener au centre du nid un fauconneau trop aventureux en le saisissant avec son bec par la peau du crane. Ceci a été observé à plusieurs reprises par les caméras de Faucons de l'UdeM, voir par exemple cette vidéo. Dans ces cas le fauconneau n'est typiquement pas soulevé (ou pendant une très courte période) et le déplacement est sur une très courte distance.  
 
Deuxièmement les faucons pèlerins sont connus pour évacuer hors du nid, par la voie des airs, un fauconneau décédé. Dans ce cas la façon de le transporter importe peu. Lorsqu'elle nichait à l'Échangeur Turcot, Polly a perdu plusieurs fauconneaux. Le 21 mai 2014 une biologiste d'Environnement Faucon a observé Polly quitter son nid avec ce qui semblait être un fauconneau dans ses pattes et le déposer sur une corniche plus loin. Le 23 mai le fauconneau survivant a été bagué et les biologistes ont profité de l'occasion pour récupérer le cadavre du fauconneau décédé, voir cet article et les liens qui y sont inclus pour plus de détails. Dans cette vidéo de Robert Lussier filmée le 4 juin 2016 on voit Polly manipuler un fauconneau décédé mais elle ne s'envole pas avec.

Le fauconneau évacué par P04 était vivant, ce qui soulève la question de si un parent peut évacuer du nid un fauconneau très malade mais encore vivant? Remarquons d'abord que cela prend presque certainement un enregistrement vidéo pour arriver à la conclusion que le fauconneau transporté est vivant, ce qui réduit les chances d'observer ce phénomène. Mais de nombreux nids de faucon pèlerin sont suivis par caméra (le forum Bird Cams Around the World en couvre un grand nombre) et je ne me souviens pas avoir lu qu'un fauconneau vivant ait été volontairement emporté hors du nid (en revanche c'est déjà arrivé par accident). Des vidéos très touchantes montrant des mamans faucon pèlerin tenter de porter secours à un fauconneau en proie à une crise d'épilepsie (voir par exemple cette vidéo) m'amènent personnellement à douter qu'ils condamneraient à mort un fauconneau malade mais encore vivant, à condition toutefois qu'il n'y ait pas d'autres facteurs comme par exemple une grave pénurie de nourriture.

L'aide à l'élevage

Dans certains cas assez rares, un 3ième faucon pèlerin - généralement une jeune femelle née l'année précédente - aide un couple de faucon pèlerin à élever ses fauconneaux, soit en contribuant à la défense du territoire, soit en veillant sur les fauconneaux, soit en aidant pour la chasse. Dans son livre, Monneret raconte le cas d'une jeune femelle qui surveillait les fauconneaux d'un couple adulte et qui, à l'arrivée d'un adulte avec une proie, partait à sa rencontre, prenait possession de la proie et allait nourrir les fauconneaux.  

À Springfield (Monarch Place) au Massachusetts en 2019, une femelle immature a aidé le couple en participant à la couvaison (cette vidéo montre l'immature refusant de céder sa place sur les œufs à la femelle adulte!) et en nourrissant les fauconneaux (dans cette vidéo la femelle adulte donne des petits morceaux de nourriture à l'immature qui les distribue à 2 fauconneaux!). Il a été supposé que l'immature est une fille du couple née l'année précédente; par manque de chance les bagueurs avaient mal évalué l'âge des fauconneaux et avaient du renoncer à les baguer en 2018). À nouveau le forum BCAW fournit des informations très intéressantes sur cet épisode.

Tentatives d'explication du comportement de P04 et Polly

Pourquoi P04 et Polly ont-elles sorti du nid un fauconneau ? Voici quelques tentatives d'explication dont aucune n'est pleinement satisfaisante:
  • E1. Confusion avec la nourriture. En particulier Polly avait déjà été observée volant de la nourriture sous sa mère pendant que celle-ci mangeait puis s'enfuyant avec (publication d'Eve Belisle du 14 mai, 11h39 dans le forum BCAW).
  • E2. Curiosité: cette explication pourrait à la limite fonctionner pour Polly puisque les fauconneaux étaient à chaque fois cachés sous un adulte mais s'applique difficilement à P04 puisque l'adulte a immédiatement quitté, permettant à P04 d'examiner à loisir les fauconneaux en les laissant dans le nid.
  • E3. Nettoyage du nid. Cette tentative d'explication est inspirée par le cas de San Francisco où le jeune mâle observe un fauconneau s'extirper d'une coquille et décide de l'évacuer du nid.
  • E4. Évacuation d'un fauconneau malade.
  • E5. Jalousie/élimination de rivaux. Jusqu'à la naissance des fauconneaux l'immature était la seule bénéficiaire de la nourriture apportée par ses parents mais cela a changé avec l'arrivée des fauconneaux.
  • E6. Désir d'élever son propre fauconneau. Selon cette théorie l'immature aurait volé un bébé dans le but de s'en occuper. Cette explication avait la faveur de plusieurs personnes dans le forum BCAW dans le cas de Polly, possiblement par ce que c'est la seule théorie qui ne se termine pas nécessairement par la mort du fauconneau. Cette théorie s'appuie en partie aussi sur le fait que Polly avait initialement amené le fauconneau dans le second nichoir, avant d'en être chassée par le mâle.
Les tentatives d'explication E1, E3 et E5 n'expliquent pas pourquoi apparemment un seul fauconneau a été sorti du nid. Dans le cas de Polly, les parents étaient peut-être plus vigilants mais P04 a été laissée seule à plusieurs reprises avec les fauconneaux (il est important de préciser ici que c'est le comportement de la femelle qui suggère qu'il y avait encore des fauconneaux, ceux-ci n'ayant pas été observés directement; bien que peu probable la femelle aurait pu réagir par un comportement de déni s'étalant sur plusieurs jours face à la mort soudaine de tous ses fauconneaux). Pour E1 et E3, une possibilité est qu'à travers le contact étroit avec le fauconneau durant le transport ou en l'examinant à l'arrivée, l'immature a réalisé que ce n'était ni de la nourriture ni un déchet. 
 
Si on ne comprend pas la raison qui a poussé l'immature à kidnapper le fauconneau, les biologistes semblent s'entendre pourquoi elle n'a pas agi de la bonne façon, c'est-à-dire en prenant soin des fauconneaux dans leur nid: ce serait une question d'hormones. N'étant pas spécialiste, je vais rester très prudent mais ma compréhension est que durant le processus de nidification qui commence par l'attachement à un partenaire et les accouplements, des hormones sont générées par le corps du faucon pèlerin qui l'amènent à prendre soin des œufs (couvaison) puis plus tard des fauconneaux (chez les humains une hormone qui semble jouer un rôle similaire est l'ocytocine). Un individu qui n'est pas passé par ce processus n'aurait pas ces hormones en quantité suffisante et donc n'aurait pas nécessairement un comportement correct avec les fauconneaux. Il est aussi possible que ce système de contrôle hormonal mette du temps à fonctionner normalement, et qu'en particulier son fonctionnement pourrait être imparfait chez l'immature.



 
 





 
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samedi 20 mai 2023

Un troisième nid en 3 ans pour les faucons pèlerins de l'Université de Montréal, avec 4 oeufs

Cet article a été publié le 29 novembre 2023 et daté du 20 mai 2023 afin de le placer à l'endroit voulu dans le blogue.
 
En 2021 - après de nombreuses années sans interruption à nicher sur la tour de l'Université de Montréal - le couple de faucon pèlerin a niché à l'Oratoire Saint-Joseph où il a conduit 2 jeunes à l'envol. En 2022 il est revenu au nichoir habituel sur la tour de l'Université de Montréal, sur la façade donnant sur le Cimetière Notre-Dame-des-Neiges. Cette année le couple a opté pour le second nichoir installé lui aussi sur la tour de l'Université de Montréal mais sur la façade donnant vers l'École Polytechnique. Entre le 16 et le 23 avril, la femelle y a pondu 4 œufs.
 
Le mâle M et les 4 œufs, 26 avril (crédit fauconsudem.com)

(L'image ci-dessus est tirée de la vidéo Facebook publiée le 26 avril par Faucons de l'UdeM).
 
À noter que la composition du couple a changé durant ces 3 années. Plus précisément il y a eu durant cette période au moins 2 changements de mâle: Sphinx a été remplacé par Miro le 21 mars 2022; puis Miro a été remplacé par M à l'automne 2022 (voir plus bas). Seule la femelle (Eve) semble être restée la même. Comme aucun des faucons n'est bagué, le changement d'individu se constate par de petites différences dans le plumage ainsi que dans les cicatrices, notamment au niveau du bec. Les caméras de Faucons de l'UdeM permettent de prendre des photos en gros plan des différents individus, ce qui facilite l'observation de ces petites différences. Le remplacement d'un individu par un autre individu lui ressemblant beaucoup pourrait cependant passer inaperçu. Des changements de comportement pourraient également indiquer un possible changement dans le couple et un déménagement est sans aucun doute un gros changement mais il ne semble pas que le couple ait changé entre la nidification de 2020 à l'Université de Montréal et celle de 2021 à l'Oratoire Saint-Joseph. En fait cela faisait plusieurs années que les différents couples qui ont niché à l'Université de Montréal fréquentaient l'Oratoire Saint-Joseph, autant les semaines précédant la nidification qu'à l'été avec leurs jeunes puis à l'automne sans eux. Cette fréquentation de l'Oratoire Saint-Joseph par le couple nichant à l'Université de Montréal est constatée depuis au moins 2012, année où le couple avait tenté de nicher à l'Oratoire en raison des travaux sur la tour de l'Université de Montréal qui avaient forcé le retrait des nichoirs, voir par exemple cet article de 2014.
 
Crédit et notes sur les sources
Cet article est basé largement sur une (petite) partie des informations publiques de Faucons de l'UdeM. Ces informations sont de différents types: diffusion 24h sur 24 des images de 2 caméras sur la chaine Youtube + archivage d'images (pour une durée de 2 semaines) de ces 2 caméras ainsi que de 2 autres caméras; vidéos publiées sur la chaine Youtube; page Facebook (incluant des vidéos Facebook). Faucons de l'UdeM a été créé en 2009 par Eve Belisle pour partager ses observations d'un couple de faucons pèlerins sur la tour de l'Université de Montréal, couple pour lequel elle avait fait installer un nichoir, voir son blogue pour plus de détails sur les années 2009-2015. Récemment 2 personnes ont eu un rôle grandissant dans Faucons de l'UdeM: Huguette Lenoir et Élise Deshaies. Ces personnes sont en particulier très actives sur le clavardage des diffusions en direct des caméras où elles partagent leurs observations et leurs analyses. Cette source a cependant 2 inconvénients: elle est très éphémère (ce qui y est écrit disparait au bout de quelques heures) et elle est aussi beaucoup (trop selon moi) utilisée pour du bavardage sans rapport avec les faucons pèlerins de l'Université de Montréal. Ce dernier défaut serait moins pénible si les informations importantes concernant ces faucons étaient aussi partagées sur les autres médias comme par exemple la page Facebook. Mais la nouvelle du changement de mâle en octobre n'a jamais été partagée clairement sur Facebook. La première mention du nouveau mâle dans Facebook remonte à une publication d'Elise Deshaies datée du 27 novembre et rapportant les observations faites sur le terrain la veille avec Huguette Lenoir. Rien dans le texte, à part la présence d'un nouveau nom, n'indique qu'il y a eu changement de mâle ni quand. C'est en réponse à une question dans les commentaires que ces informations sont apportées. En février 2023 une vidéo Facebook est publiée où cette fois le nouveau mâle est appelé M, ce qui provoque en commentaires la question bien compréhensible de si M est le diminutif de Miro (Miro étant le nom de l'ancien mâle). À ma connaissance il n'y a jamais eu de photos comparatives publiées expliquant ce qui a amené à la conclusion qu'il y avait eu un changement de mâle (rappelons que ni Miro ni M ne sont bagués). Lorsque le nouveau mâle est apparu, une nouvelle femelle a simultanément été observée mais cette information partagée dans le clavardage n'a fait son chemin dans Facebook que très indirectement. Il est juste de mentionner qu'Eve Belisle avait d'autres priorités à ce moment-là avec la naissance prochaine de son premier enfant. Pour les 2 raisons mentionnées plus haut je n'ai consulté qu'une petite partie du clavardage.

Un autre aspect est que je me suis essentiellement contenté de repartager les informations partagées avec le grand public par Faucons de l'UdeM. Lorsqu'en octobre 2022 j'ai demandé à Eve Belisle si les mentions sur le clavardage d'un couple de faucon pèlerin intrus étaient sérieuses elle m'a rapidement envoyé des photos comparatives tendant à justifier cette affirmation. Personnellement je ne suis pas à l'aise avec la comparaison de 2 individus faucon pèlerin si l'un d'eux n'a pas une marque très distinctive puisqu'il y aura toujours de petites différences entre 2 photos dues au fait que les faucons ne sont pas exactement dans la même position ou que leurs plumes sont dans un état différent (mouillées, sèches, sales, ...). Je ne suis donc pas la meilleure personne pour partager et défendre ce genre d'analyse. Il n'en reste pas moins qu'une partie de cet article est basée sur des réponses d'Eve Belisle à mes messages, que je remercie pour sa patience et sa disponibilité.


3 nids différents en 3 ans

2009 à 2020

En 2008, un nichoir est installé sur la tour de l'Université de Montréal à l'initiative d'Eve Belisle qui avait observé depuis la fenêtre de son bureau un couple de faucon pèlerin s’intéresser à la tour. En 2009 le nichoir est adopté par Spirit et Roger (les noms donnés à la femelle et au mâle) qui ont eu 2 jeunes cette année-là. De 2009 à 2020 différents couples ont niché ou ont tenté de nicher dans ce même nichoir, à l'exception de 2012 où la tour était en travaux (les nidifications de 2016 et 2017 ont échoué en raison de conflits avec d'autres faucons pèlerins; en 2012 le couple a tenté sans succès de nicher à l'Oratoire Saint-Joseph). Pour plus d'informations, voir le site de Faucons de l'UdeM, en particulier son blogue pour la période de 2009 à 2015, ainsi que ce blogue à partir de 2014. En 2020 les fauconneaux ont été attaqués par des mouches buveuses de sang, ce qui a entrainé 2 interventions humaines pour les soigner; durant la première intervention un fauconneau fraichement décédé a été retiré du nichoir, voir cet article pour plus de détails.

2021

En 2021, à la surprise générale, le couple choisit de nicher à l'Oratoire Saint-Joseph!  L'Oratoire Saint-Joseph n'était pas un endroit nouveau pour eux, le couple (avec ou sans leurs jeunes) y avait en effet été observé à de nombreuses reprises et cela depuis au moins 2012. Le couple nicheur semblait cependant fidèle à l'Université de Montréal pour ce qui est de la nidification, jusqu'à cette année 2021. Une des hypothèses envisagées pour expliquer ce déménagement est que les faucons pèlerins auraient imputé aux humains la disparition d'un de leurs fauconneaux en 2020 et auraient par conséquent conclu que la tour n'était plus sécuritaire. Mais c'est plus probablement un ensemble de facteurs - et non un facteur unique - qui ont amené les faucons pèlerins à déménager, voir cet article pour une longue discussion de ce qui aurait pu provoquer le déménagement.

2022

Le 16 décembre 2021 l'Oratoire Saint-Joseph procède au retrait des nids de corbeau, dont celui qui a été utilisé par les faucons pèlerins, en vue de travaux prévus l'année suivante sur cette façade (déjà en 2021 des travaux prévus dans ce secteur avaient du être reprogrammés en raison de la nidification des faucons pèlerins). Ce retrait des nids de branches rendait difficile voire impossible une nouvelle nidification des faucons pèlerins à l'Oratoire Saint-Joseph en raison d'une légère inclinaison de la corniche (probablement pour éviter que l'eau ne s'y accumule), ce qui aurait probablement entrainé l'écrasement des œufs au sol (rappelons que les faucons pèlerins ne construisent pas eux mêmes de nid). Malgré ces obstacles le couple était très présent début 2022 près de la corniche où ils avaient niché l'année précédente. L'arrivée des travailleurs à cet endroit vers le 22 mars a mis fin définitivement à leur espoir de renicher sur cette corniche. Le couple s'est alors replié sur la tour de l'Université de Montréal, qu'ils n'avaient jamais complètement délaissée. Le 4 mars 2022 Faucons de l'UdeM avait procédé à l'installation d'un 2ième nichoir sur la tour de l'Université de Montréal, sur la façade donnant vers l'École Polytechnique. Le 13 avril Eve était présente dans ce nouveau nichoir quand 2 travailleurs ont ouvert la porte derrière le nichoir, provoquant sa fureur. Heureusement pour les amateurs de télé-réalité 'fauconesque', la conséquence de ce dérangement s'est limitée à un retour à l'ancien nichoir sur la façade donnant vers le cimetière: Eve y a pondu son premier œuf le 16 avril 2022. Voir cet article pour plus de détails sur les circonstances qui ont conduit à ce choix du nid.

2023

Après avoir hésité entre les 2 nichoirs de la tour de l'Université de Montréal, Eve a fait connaitre son choix pour le 2ième nichoir en y pondant le premier de 4 œufs le 16 avril vers 13h. Voir plus bas pour plus de détails.



Changement de partenaire, accouplements et ponte

Changement de mâle: M remplace Miro

Peu de chose a été communiqué par Faucons de l'UdeM sur le remplacement de Miro par M. Le 22 octobre Huguette Lenoir mentionne sur le clavardage que Miro a été vu pour la dernière fois le 18 octobre et que le nouveau mâle (surnommé Monsieur ou Mr ou M) a passé la journée du 20 octobre sur la tour. Le fait que Miro a été vu pour la dernière fois le 18 octobre et que M a été observé pour la première fois le 20 octobre est aussi mentionné en commentaire des publications Facebook du 27 novembre 2022 et du 1er février 2023 (et de probablement d'autres publications). Les premières photos de M apparaissent dans la publication Facebook du 27 novembre.
 
Par hasard je me trouvais à l'Université de Montréal le 20 octobre 2022. J'ai failli texter Eve Belisle lorsqu'un faucon pèlerin s'est perché sur une antenne au sommet de la tour vers 12h37: il y a quelques années ce perchoir était surtout utilisé lorsqu'il y avait des intrusions d'autres faucons pèlerins, sans doute parce qu'il permet une surveillance à 360 degrés. Mais je me suis abstenu parce que je ne connaissais pas assez Miro pour savoir si ce perchoir était inhabituel pour lui. À 12h49 il s'est envolé et s'est perché à la base du dôme au coin des façades Cimetière et Polytechnique, un perchoir plus fréquemment utilisé. À 12h59 il a plongé, possiblement vers une proie potentielle, puis est remonté en flèche et s'est perché sur la 1ière colonne de la façade Polytechnique, un autre perchoir habituel. Il s'est envolé à 13h01 vers l'avant et je ne l'ai plus revu, ni remarqué d'autres faucons. J'ai mangé à la cafétéria vers 13h25, j'ai ensuite refait un tour de la tour sans rien remarquer; rien non plus à l'Oratoire Saint-Joseph où je me suis rendu ensuite. À noter que le 27 novembre Élise Deshaies et Huguette Lenoir ont aussi observé M sur une antenne de la tour.
Faucon pèlerin à la base du dôme de la tour de l'UdeM - 20 octobre 12h52

À ma connaissance il n'y a pas eu de publication de photos comparatives de Miro et de M qui expliqueraient ce qui a amené à conclure qu'il s'agissait de faucons différents. Même si je ne suis pas à l'aise à comparer des individus faucon pèlerin je peux concevoir qu'il soit possible d'arriver à la conclusion que les 2 faucons sont très probablement différents. Une tâche plus difficile est de déterminer si M est Sphinx ou non (Sphinx est le mâle qui a précédé Miro). La difficulté additionnelle ici est que Sphinx n'avait pas été vu pendant un bout de temps, ce qui ouvre la possibilité que certaines de ses caractéristiques aient évolué avec le temps. Lorsque j'ai interrogé Eve Belisle sur les mentions sur le clavardage d'un couple de faucon pèlerin intrus sur la tour en octobre 2022, elle m'a répondu, photos à l'appui, que c'était bien le cas et que d'après elle le nouveau mâle était Sphinx mais que tout le monde ne partageait pas cette analyse. Je rappelle l'historique des changements de partenaire connus:
  • 2014: une femelle non baguée et Éole (un mâle né sur la tour de l'Université de Montréal en 2011) tentent sans succès de nicher à l'incinérateur des Carrières. Cette femelle sera nommée Eve par Richard Dupuis.
  • Automne 2014: Éole remplace son père Roger à l'Université de Montréal. 
  • En 2015 et 2016 Éole fréquente simultanément 2 femelles: sa mère Spirit et Eve. Durant la saison de reproduction il doit céder l'Université de Montréal à un autre mâle mais reprend à chaque fois sa place à la fin de la saison.
  • En juin 2017 Eve chasse Spirit de l'Université de Montréal et devient l'unique partenaire d'Éole (article).
  • Le 6 avril 2020 Sphinx remplace Éole, aperçu la veille pour la dernière fois (article).
  • 21 mars 2022: Miro remplace Sphinx après une courte bataille dans le nichoir 1 (article). Sphinx a par la suite été revu sur la tour le 3 mai 2022 (Facebook).

Visites de plusieurs femelles

Si Miro a du céder sa place, Eve s'en est mieux tirée mais elle a également été défiée.  Le 14 mars 2023 Huguette Lenoir signalait sur le clavardage de la caméra que depuis l'automne dernier 3 femelles intruses (surnommées Mme, Mlle et Neige) avaient été observées sur la tour.

Voici une liste, très probablement non exhaustive, de ces visites (certaines intrusions étaient possiblement par un mâle):
  • Le 9 octobre 2022 une femelle intruse, apparemment baguée à la patte droite, se perche à gauche du nichoir 1 et est chassée par Miro et Eve. Une vidéo de l'incident a été publiée par Faucons de l'UdeM. Sur le clavardage de la caméra, Huguette Lenoir a décrit ainsi l'incident: ''[...] début du jasage 17h11, 17h12:05arrivée d'une intruse sur la corniche gauche nichoir 1, 17h12:06 Miro la frôle, il repasse à 17h12:16 et elle quitte. Le jasage continue Eve arrive au nichoir 2 pas contente à 17h14:51, une arrivée corniche 1 17h15:15, Eve quitte  17h18:17 et Miro corniche 1 quitte 17h23:52''.
  • 23 octobre 2022: une femelle intruse visite le nichoir (source: Eve Belisle).
  • 12 décembre 2022: une femelle intruse est chassée du nichoir 1. Le 14 décembre j'observe un 3ième faucon pèlerin en vol autour de la tour (publication Facebook).
  • 26 décembre 2022: une femelle intruse profite de l'absence du couple pour prendre ses aises sur la tour: la publication Facebook de Faucons de l'UdeM ne donne aucune indication de temps, dans cette publication j'estime que sa présence a duré au moins 1h45. L'intruse est de retour le lendemain, avec une blessure près d'un œil, mais cette fois M est présent (source: clavardage).
  • 30 décembre 2022: Eve est revue sur la tour après quelques jours d'absence: publication Facebook de Faucons de l'UdeM.
  • 16 février 2023: à partir de 15h11 j'observe 2 faucons pèlerins sur la tour dont un agit comme un nouveau venu: il tente de se percher à des endroits impossibles comme par exemple les longues fenêtres de la tour et il se perche sur l'antenne de l'École Polytechnique, un perchoir plutôt rarement utilisé. De plus les faucons sont présents sur la tour jusqu'à après le coucher du soleil, ce qui est plutôt inhabituel à cette période de l'année. Ces anomalies suggèrent la présence d'un(e) intrus(e), pourtant les 2 faucons sont parfois aussi perchés côte-à-côte comme un vieux couple et il n'y a pas les cris qui viennent habituellement avec une intrusion...  Rentré chez moi, je reçois un message d'Eve Belisle qui me demande si je n'ai pas observé de chicane puisque la femelle observée par les caméras à 15h30 ne semblait pas être Eve... Plus de détails dans cette publication Facebook.
  • 3 mars 2023: visite d'une intruse au nichoir 1, qui se fait déloger.
  • 13 et 14 mars 2023: visites d'une nouvelle femelle, baptisée Neige, avec qui M discute plutôt que de la chasser.
  • 26 et 27 mars 2023: d'abord une femelle intruse adulte passe la nuit du 26 au 27 dans le nichoir 1! Puis en après-midi du 27 mars, une autre femelle intruse, juvénile celle-là, résiste aux tentatives répétées d'un(e) propriétaire des lieux de la déloger du toit du nichoir 1! L'Université de Montréal semble avoir enregistré 2 premières durant ces 2 jours: le séjour nocturne d'une intruse dans le nichoir et la présence confirmée de 2 intruses différentes le même jour (il y avait déjà eu à au moins 2 reprises 2 intrus simultanément sur la tour mais c'était un couple, voir cet article et celui-ci). Ces 2 intrusions du 27 mars sont montrées dans cette vidéo de Faucons de l'UdeM. Voir aussi cette publication Facebook concernant l'arrivée de la première intruse le 26 mars.

En plus du faucon pèlerin, il y a également eu des intrusions de grand corbeau près du nichoir 1. Cette vidéo Facebook de Faucons de l'UdeM montre la visite de 2 corbeaux le 25 décembre 2022. Déjà le 14 décembre un corbeau avait dérobé un restant de proie à droite du nichoir 1. De plus, le 10 octobre 2022 un pygargue à tête blanche a survolé l'université.


Attaques météorologiques

Dans la nuit du 19 au 20 février 2023 peu après minuit un énorme bloc de glace s'écrase sur le nichoir 2, qui a tremblé mais qui heureusement ne s'est pas brisé. Cette captation de la caméra 3 de Faucons de l'UdeM montre l'incident ainsi que la réaction des faucons pèlerins à leur arrivée au petit matin.
 
Le 5 avril, à quelques jours de la ponte (le 1er œuf sera finalement pondu le 16 avril), un important épisode de verglas touche l'Est du Canada (page Wikipédia) et en particulier Montréal, causant de nombreuses chutes de branches et même d'arbres au complet. Le 6 avril la température grimpe rapidement au-dessus de 0C, ce qui provoque une fonte rapide de la glace. Les nichoirs sont bombardés de morceaux de glace. Comparé à l'épisode du 20 février les morceaux de glace sont nettement plus petits mais le bombardement se déroule sur une plus longue période de temps, et surtout les faucons pèlerins sont présents.   D'après le clavardage sur les caméras de Faucons de l'UdeM, les 2 faucons pèlerins visitent occasionnellement les 2 nichoirs jusqu'à 10h58 malgré les chutes de glace. J'arrive sur place à 11h10. À 11h34 des vocalises me font découvrir les 2 faucons pèlerins sur le toit du pavillon Armand Bombardier de l'École Polytechnique, un endroit assez rarement fréquenté mais où ils ne risquent pas d'être frappé par un morceau de glace. Les 2 faucons s'envolent à 12h21 et je les perds rapidement dans la brume mais les caméras de Faucons de l'UdeM enregistrent leurs arrivées au nichoir 1. À 13h35 les 3 faucons quittent la tour (entre temps le nichoir 2 avait également été visité). À 14h, comme ils n'étaient toujours pas revenus. je décide d'aller jeter un coup d’œil à l'Oratoire Saint-Joseph où les faucons avaient nichés en 2021. Là bas, Jacinthe - une employée de l'Oratoire travaillant dans l'aménagement paysager - m'interpelle depuis sa voiture pour me signaler qu'elle vient de voir un faucon pèlerin se percher pendant quelques minutes sur une corniche (je n'ai malheureusement pas eu le réflexe de lui demander à quand remontait sa précédente observation, il est donc impossible de savoir si cette visite pouvait avoir un lien avec le dérangement météorologique à l'Université de Montréal). À 15h40 je vois arriver un faucon pèlerin à un endroit susceptible d'abriter un nid:
Faucon pèlerin à l'Oratoire Saint-Joseph, 6 avril 15h40

Il s'est presque immédiatement envolé, s'est perché sur une autre façade de l'Oratoire puis a quitté vers l'Université de Montréal à 15h46. À 15h47 les caméras de Faucons de l'UdeM enregistraient l'arrivée des 2 faucons au nichoir 1.

 

Divers

  • Au moins 2 interventions humaines ont eu lieu aux nichoirs dans l'entre-saison. Le 5 octobre 2022 une intervention a eu lieu au nichoir 1 pour changer un câble de la caméra. D'après Eve Belisle les faucons pèlerins étaient présents sur la tour sur une autre façade et ne sont pas venus les voir. En revanche l'intervention du 2 décembre aux 2 nichoirs a provoqué une vive opposition des 2 faucons pèlerins, inattendue pour la saison.
  • En février 2023 des corbeaux ont amené des branches sous au moins un toit de l'Oratoire Saint-Joseph, ce qui en théorie pourrait mener à une nouvelle nidification des faucons pèlerins à cet endroit. Les corbeaux n'ont en fin de compte apparemment pas niché à l'Oratoire Saint-Joseph.

 

Accouplements et premières nuits au nichoir

Des cris d'accouplement sont captés pour la première fois le 24 mars tandis qu'un accouplement est filmé par la caméra le 26 mars. Beaucoup d'autres suivront.

Les premières nuits d'Eve au nichoir sont attendues avec impatience puisqu'elle précèdent de peu la ponte. Mais la nuit du 10 au 11 avril, c'est M qui la passe dans le nichoir 1. Cependant Eve n'était pas loin, elle est aperçue à droite du nichoir à 3h37. Le 13 avril Eve semble indiquer son choix pour le nichoir 1 en y restant pour la nuit mais à 3h01 le 14 avril elle le quitte et rejoint le nichoir 2 à 3h09 (source: clavardage).


Ponte

Durant l'hiver et au début du printemps un faucon pèlerin a dormi à l'Oratoire Saint-Joseph (probablement le mâle puisque le dortoir a continué d'être utilisé après qu'Eve ait commencé à passer la nuit au nichoir mais un 3ième individu ne peut pas être totalement exclu).  Mais durant la journée les faucons pèlerins étaient souvent présents sur la tour de l'Université de Montréal, ce qui laissait présager une autre nidification sur la tour.
 
Eve a pondu 4 œufs dans le nichoir 2 entre le 16 et le 23 avril. Voici le détail (les liens pointent vers les publications Facebook et Youtube de Faucons de l'UdeM):
Un 5ième œuf aurait théoriquement pu être pondu le 25 avril (peu probable dans la mesure où cela n'a jamais été observé avec cette femelle). Le 26 avril Faucons de l'UdeM annonçait implicitement que le compte resterait à 4 œufs avec cette vidéo Facebook montrant un relai entre les 2 adultes au nid.



Couverture médiatique

Peut-être à cause de la publicité sur le faucon pèlerin 'sick' lancée un mois plus tôt par le gouvernement du Québec pour mettre en garde contre le déclin de la langue Française, la ponte a été fortement couverte par les médias et pour la plupart d'entre eux avant même qu'elle soit complétée. D'autres facteurs qui expliquent en partie l'importance de cette couverture est la diversité des plateformes d'un même média (radio, télé et site web pour Radio-Canada par exemple) ainsi que la convergence des médias (le même article ou sa traduction qui paraissent dans des médias en apparence distincts). Finalement, comme me l'a souligné Eve Belisle, le premier article a été signé par le journaliste Mathieu Robert-Sauvé qui couvrait depuis longtemps les faucons pèlerins de l'Université de Montréal dans les médias de l'Université de Montréal (voir par exemple cette vidéo pour la chaine Youtube de l'Université de Montréal Fixez l'objectif en 2010 ou cette publication du 27 mai 2020 dans Forum/UdeM Nouvelles).

Les listes suivantes sont possiblement incomplètes: n'hésitez pas à me communiquer d'autres publications parues dans la période visée (15 au 30 avril).
 
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